Littérature québécoise Volume 553 : version 0 Du même auteur, à la Bibliothèque : Emparons-nous de l’industrie ! Robert Lozé Édition de référence : A.








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Errol Bouchette

Robert Lozé


BeQ

Errol Bouchette

Robert Lozé
roman


La Bibliothèque électronique du Québec

Collection Littérature québécoise

Volume 553 : version 1.0

Du même auteur, à la Bibliothèque :

Emparons-nous de l’industrie !

Robert Lozé

Édition de référence :

A. P. Pigeon, Imprimeur, Montréal, 1903.

« ... dédaignant d’être le lierre parasite,

Lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul... »

I



Le vagabond


Par un beau soir du mois de juin, deux fiancés errent dans les champs de Saint-Lambert, près de l’extrémité du pont Victoria.

La petite ville, qui en face de sa grande sœur semble une solitude, dort paisible mais pas tout-à-fait silencieuse. Par intervalles, l’oreille perçoit un grondement sourd qui bientôt s’accentue et se rapproche. Le vaste pont frémit sur ses assises de pierre, un nuage rougeâtre s’élève du tablier. Tout à coup, cyclope sortant d’un gouffre, la locomotive s’élance sur la rive, déchire l’air de son sifflement, puis comme un météore, traînant après elle sa longue queue de wagons, passe et disparaît dans la nuit.

Les deux promeneurs, jeunes gens de la classe ouvrière, ont voulu sans doute voir de plus près le passage d’un train. Ils gravissent maintenant les degrés de granit qui forment le talus de la voie, à l’endroit où elle fait voûte au-dessus du chemin des voitures ; et dépassant la maisonnette du gardien, lequel aurait dû leur interdire le passage, ils se dirigent, la main dans la main, vers l’entrée du pont. Les yeux baissés pour ne pas poser les pieds entre les solives, ils vont lentement et sans parler.

Près de l’arche sombre les jeunes gens se sont arrêtés et restent immobiles, groupe gracieux se détachant sur le fond noir de cet encadrement. Sauf le grondement lointain du rapide, tous les bruits se sont tus.

Brusquement, la scène change. Quelque chose bondit dans l’ombre de l’arcade. La jeune fille pousse un cri suffoqué : Oh ! Bertrand ! en voyant une face sinistre se dresser derrière son ami et deux mains l’empoigner. Ce dernier étouffe sous la pression de doigts frénétiques qui lui entrent dans la gorge. Il s’affaisse. C’est le moment où, en de tels assauts, l’agresseur lâche le cou de sa victime pour lui saisir les bras et lui mettre un genou sur la poitrine. L’ouvrier tombe, reprend son souffle, puis, aussi prompt que la pensée, se délivre du bandit. Il l’enlace et l’étreint à son tour dans ses bras aux muscles trempés comme l’acier qu’il manie d’habitude, se relève en chancelant sous ce corps qui, encore faiblement résiste, se redresse enfin comme un ressort, et d’un effort des reins bien connu des lutteurs, le lance par-dessus son épaule.

Le malheureux fut projeté du viaduc dans l’eau rapide du fleuve.

Ce drame s’était accompli en un instant et sans que les deux hommes proférassent un son. Glacée par la peur, la jeune fille avait à peine bougé. L’ouvrier, malgré l’intensité de l’effort, était resté calme ; il en est souvent ainsi des hommes courageux au sortir du danger.

– Viens, Louise, dit-il, allons repêcher cette canaille. Il faut espérer qu’il n’est pas mort.

Cette éventualité était en effet à craindre, car, l’homme était resté sans mouvement depuis sa chute. Dans cette lumière crépusculaire, son corps faisait une tache noire, comme un caillou à moitié découvert dans l’eau peu profonde.

Ils descendirent ensemble. Bertrand entra dans l’eau, tira l’homme sur la berge et l’examina à la lumière d’une allumette. Il était parfaitement mort, la tête brisée contre une pierre. Le corps, hideux, était recouvert de loques infectes. C’était évidemment un de ces vagabonds qui pullulent en certains endroits du continent et dont le Canada a sa part.

Ces vagabonds ou chemineaux de l’Amérique sont un intéressant sujet d’étude. Ce sont au fond des anarchistes, avec en plus la lâcheté et la paresse absolues. Lorsqu’il arrive qu’un homme manque à la fois de ressources et de courage, au point d’être incapable même du triste effort de volonté que comporte le crime ou le suicide, il se fait vagabond. Ennemi désormais de la société, il a pour but de vivre à ses dépens. Le nouveau parasite établira probablement son quartier général dans les États du sud, devenus, à cause de leurs hivers cléments, le rendez-vous de toute une population de fainéants nommés là-bas « pauvres blancs » (poor whites). On les range dans l’échelle sociale après les nègres. Dans la belle saison, ces forçats de la paresse, obligés de se disperser pour vivre, envahissent à peu près tout le continent, gitent où ils peuvent, se couvrent plus ou moins de guenilles, et trouvent moyen de se faire nourrir sans travailler. Ils infestent les abords des voies ferrées, lesquelles leur fournissent, bien involontairement de la part du personnel, le transport gratuit... tout comme aux ministres et aux députés. Mendiant et filou, le vagabond est rarement cambrioleur ou assassin. Le crime exige un certain travail, ce qui lui fait horreur, car il se complaît surtout dans l’absolue oisiveté. Paresse, abjection, malpropreté, voilà cet être. Pourtant, explique qui pourra les mystères de l’âme humaine ! Maimon, un des philosophes de l’Allemagne, fut un vagabond. Barine dit que Kant, avant de pouvoir lire les manuscrits de ce gueux de génie dut les faire fumiger, tant ils étaient infects. Quelquefois aussi, l’instinct brutal l’emporte sur la paresse. Malheur alors à la femme ou à l’enfant qui se trouve à la merci du monstre.

C’était sans doute un forfait de ce genre que Bertrand venait d’empêcher.

– Diable, pensa-t-il, je passerai peut-être en cour d’assise.

– Je cours chercher le médecin, dit Louise, plus affectée que lui.

– Va, et qu’il se dépêche. Ce sera toujours un témoin, répondit Bertrand.

Louise revint bientôt avec le vieux praticien de la localité. Celui-ci constata le décès, s’enquit sommairement des circonstances et se chargea d’avertir les autorités. On transporta le mort sous un hangar. Louise, qui demeurait au village, partit avec le médecin. Bertrand, déclarant qu’il allait se livrer à la police, traversa le grand pont en courant, entra dans le premier poste, raconta l’affaire et se constitua prisonnier.

L’homicide, même en légitime défense, est chose grave. En faisant son récit au sergent du poste, Bertrand le comprit mieux qu’au moment où le drame avait eu lieu.

Dès qu’il sût ce dont il s’agissait, le sergent l’interrompit.

– Un moment, mon ami, soyez prudent et n’oubliez pas que ce que vous allez dire pourra servir contre vous. C’est mon devoir de vous en avertir.

Mais Bertrand n’en persista pas moins à raconter l’affaire en détail, fort de son droit et certain d’avoir fait son devoir. Ce n’était pas seulement sa propre vie qu’il avait défendue, mais la vie et l’honneur d’une femme, sa fiancée, qui lui était plus chère que l’existence même. Puis, avait-il tué ? Il était sans arme, sa main même n’avait pas frappé. Il n’avait fait que rejeter loin de lui son agresseur dont les doigts restaient encore imprimés sur son cou. Sur tout autre terrain, l’homme ne fut pas mort. Non, décidément, il n’avait rien à craindre.

Les constables faisaient cercle autour de lui, écoutant son récit. Leur contenance lui paraissait sympathique, mais, bouche close par la discipline, ils attendaient le « fiat » du sergent. Celui-ci, le récit terminé, tira sa montre.

– Onze heures, dit-il. Il vaut mieux que vous passiez la nuit ici. Demain matin, nous verrons.

Le jeune homme se jeta tout habillé sur un banc-lit qu’on lui indiquait dans un coin, et, fatigué des émotions de la soirée, il s’endormit bientôt profondément. Son sommeil ne fut pas sans rêves. Il se vit saisir par un démon affreux qui allait l’entraîner dans un gouffre sans fond, lorsque apparut un ange qui ressemblait à Louise, et à cette vue le mauvais esprit s’évanouit en fumée.

II



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