Recherches philosophiques








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apis.

Si l'on objectait encore, que les Égyptiens, loin d'avoir donné leur religion aux Chinois, ont oublié leur propre religion à la Chine, je dirais que ce n'est guère connaître le génie des peuples orientaux, dont le culte est chargé de beaucoup d'observances qu'on retient plus opiniâtrement qu'on ne retient des dogmes. En voici bien des exemples tirés de l'histoire même des nations étrangères, établies à la Chine.

p1.166 Les Kin-Kiao ou les juifs, qui s'y transplantèrent avant notre ère vulgaire, ont conservé toute leur horreur pour la viande de cochon, s'y coupent encore le prépuce, y célèbrent encore la pâque, & s'ils n'y rognent point les monnaies, c'est qu'il n'y a pas là des monnaies qu'on puisse rogner. Il en est de même des mahométans, qui s'établirent dans cet empire vers le neuvième siècle : rien n'y a altéré les points essentiels de leur croyance. Il en est encore ainsi des Parsis ou des Guèbres, qui s'y refugièrent suivant quelques auteurs, vers l'an 500, quoiqu'il paraisse que ce ne soit qu'au temps où la Perse tomba sous le joug des musulmans, que quelques-uns de ces malheureux allèrent chercher une nouvelle patrie, & portèrent avec eux les livres du grand & petit chariot, qu'on a depuis traduits en chinois. Il en est encore ainsi des Tartares, qui suivent la religion du grand lama, & qui formèrent leurs principaux établissements à la Chine sous la dynastie des Mongols. Quant aux Indiens, qui ont apporté aux Chinois le culte de Fo, tout le monde sait que leur doctrine, loin d'avoir dégénéré, a au contraire subjugué l'esprit de presque toute la nation.

Ainsi les Égyptiens qui ont policé la Chine, comme on le prétend si ridiculement, seraient les seuls qui n'auraient pu ni y faire adopter, ni y conserver leurs institutions religieuses. Mais on voit de plus en plus qu'il y a bien de la différence entre des systèmes puérils, hasardés sur des apparences trompeuses, & une longue suite de recherches où les choses, étant beaucoup mieux exposées, ne sauraient produire aucune illusion. Je finis ici cette digression.

On sait que la vigne est connue dans p1.167 quelques provinces de la Chine ; mais on n'a jamais pu parvenir à en tirer une bonne liqueur ; quoique les jésuites n'aient rien négligé à cet égard, en faisant une infinité d'essais dans les jardins de leurs couvents de Pékin. Ce qu'on y appelle vin de mandarins 1, est un breuvage si désagréable, que les empereurs de la dynastie actuellement régnante, ont préféré de faire venir du vin d'Espagne, sur lequel les négociants ont d'abord gagné cent pour cent, & ensuite ils ont perdu ; car en 1754, il arriva par un cas singulier, qu'à Canton, aux extrémités de notre hémisphère, le vin de Xérès coûtait moins qu'à Cadix ; parce que trop de vaisseaux en avaient apporté qu'on ne put vendre ; l'exemple du souverain, qui est, comme on sait, d'une famille étrangère, n'ayant pas influé sur les inclinations du reste du peuple, qui aime mieux une boisson qu'on nomme skietesaoa & vulgairement sampsu, dans laquelle on ne trouve aucun rapport avec le zythum. Car elle n'est point brassée ; mais comme distillée grossièrement du riz, & a, tout au moins à Canton, le goût de la plus mauvaise eau-de-vie de grain qu'on fasse en Europe. Les Chinois boivent cette liqueur chaude, comme toutes celles dont ils usent : & on peut dire qu'en cela ils sont uniques.

p1.168 La qualité des eaux, dans toute l'étendue de leur empire, n'est, généralement parlant, point des meilleures : parce que dans de certains endroits elles sont saumâtres, & paraissent être, en d'autres, légèrement atteintes d'un principe de sélénite, qui se trouve peut-être dans cette couche schisteuse, entrecoupée de veines de charbon fossile, qui se prolonge sous terre, à ce qu'on prétend, d'une extrémité de la Chine à l'autre. Le limon jaunâtre du Hoang-ho paraît être dû à une substance ferrugineuse, ainsi que la couleur rougeâtre de la rivière Tan : le Mekiang charrie des particules vitrioliques : les eaux du Hiao sentent le bitume : celles du Cungyang sont savonneuses à cause de leur alkali. D'ailleurs le père Le Comte observe, dans ses Mémoires sur la Chine, que la plupart des fleuves, & surtout dans les temps de pluie, n'y sont que d'immenses torrents de boue ; parce qu'ils se précipitent de fort haut, & entraînent en descendant des montagnes, toutes les terres délayées. Quant aux rivières de la province du Petcheli, Martini prétend qu'elles contiennent une quantité si étonnante de nitre que la glace s'y forme plutôt, & s'y fond plus tard que cela ne devrait être, eu égard à la latitude de son climat, que M. Linnæus assure être plus rigoureux que celui de la Suède, où il a élevé des plantes que la gelée tue aux environs de Pékin, quoique plus méridional de près de vingt degrés. On a bien dit que le vent en soufflant de dessus les neiges de la Sibérie & de la Tartarie par le rumb du Nord, précisément sur la capitale de la Chine, y augmente nécessairement l'âpreté du froid : mais après avoir examiné avec attention ce phénomène, je ne doute plus, que le peu de culture qu'il y a dans l'intérieur de la province du Petcheli n'y contribue p1.169 extrêmement. On peut se former là-dessus des idées assez justes, en lisant la description d'un immense terrain où l'empereur Can-hi chassa en 1721 avec l'ambassadeur de Russie : cette solitude n'est qu'à deux ou trois lieues de Pékin, & on ne saurait rien imaginer de plus sauvage :

« Il y avait six heures, dit M. Antermony, que nous étions à cheval, & quoique nous eussions déjà fait quatre milles d'Angleterre, nous ne voyions pas encore le bout de la forêt. Nous tournâmes du côté du midi, & nous arrivâmes dans un terrain marécageux, couvert de roseaux fort hauts, d'où nous fîmes lever quantité de sangliers 1.

Au lieu de nous faire remarquer de tels cantons, qui influent beaucoup sur la température de l'air, les jésuites ont mieux aimé soutenir que la quantité du sel nitreux devenait toujours plus abondante, à mesure qu'on quitte Pékin pour avancer vers la Tartarie ; mais comme on ne trouve pas qu'ils aient fait une seule analyse chimique de ce prétendu sel, il faut regarder leurs assertions à cet égard comme très hasardées. Nous sommes aussi bien instruits par rapport à Canton : comme il n'y existe pas de sources, toute l'eau qu'on y boit, est puisée dans la rivière, qui ressent le flux à plusieurs lieues au-dessus de son embouchure. Or on conçoit qu'une précipitation qui ne dure que six heures, & qui n'est jamais parfaite, ne saurait clarifier l'eau mêlée de limon.

Au reste, à quelque cause qu'on veuille attribuer ce qu'on dit de la nature des eaux de la p1.170 Chine, il est certain que l'expérience y a enseigné qu'elles devenaient meilleures par la cuisson & l'addition de quelques feuilles astringentes comme celles du prunier & du théier 2. Cette découverte s'est faite il y a près d'onze cent ans, comme de certains historiens le prétendent, & il en a résulté une diminution considérable dans l'usage du sampsu ou de la bière de riz, qu'on a néanmoins fait chauffer pour la boire dès les temps de la plus haute antiquité, & plusieurs siècles avant la découverte du thé, s'il est vrai qu'on n'ait commencé à le connaître que sous la dynastie des Tang ce qui n'est pas croyable.

Je suppose ici pour un instant que le lecteur est instruit de ce qui a été écrit en Europe depuis Duncan jusqu'à nos jours, sur les maux horribles qu'entraîne après soi l'usage des boissons chaudes au sentiment de tant de médecins ; mais il suffira de citer M. Tronchin, qui parlera pour tous les autres.

« Il s'est joint, dit-il, aux maladies décrites par les anciens, de nouveaux maux dont le siège est dans les nerfs, qui leur étaient inconnus. Ces nouveaux maux font à présent un peu plus de la moitié des maladies des gens aisés. La vie des femmes a fait des boissons chaudes un amusement qu'elles se procurent sans peine : car il ne coûte presque rien ; mais elles souffrent plus que les hommes. Ces femmes ainsi affaiblies sont moins fécondes, & si elles le sont c'est à pure perte : les fausses couches sont plus fréquentes ; les enfants, qui échappent au naufrage, plus faibles & plus délicats. C'est ainsi que la faiblesse de la race humaine p1.171 se perpétue, que les maladies des nerfs deviennent héréditaires, & que la propagation diminue.

De tout ce raisonnement il résulte que le système nerveux devrait être tellement affaibli dans les Chinois, qu'il ne leur resterait plus assez de force pour engendrer, ni à leurs femmes assez de force pour concevoir. Cependant les Chinoises, qui ne boivent que du thé, qui commencent, & qui finissent leur vie dans la retraite, sont fort fécondes, & elles prétendent que c'est à l'usage des boissons chaudes qu'elles doivent cette flexibilité, cette souplesse de toutes les parties de leurs corps, qui les sont enfanter facilement, quoiqu'il s'en faille de beaucoup, comme quelques voyageurs ont pu l'insinuer, qu'elles se passent d'accoucheuses, ainsi que les anciens habitants du Pérou où avant l'arrivée des Espagnols, dit Garcilasso, on n'avait jamais ouï parler des sages-femmes.

Il ne faut absolument pas croire que le climat fait varier du tout au tout l'effet d'une même cause ; puisque nous savons bien, que la population n'a pas diminué en Hollande & en Angleterre depuis l'an 1660, quoiqu'on y ait consommé plus de deux cents millions de livres de thé depuis cette année-là. Ainsi il est difficile de persuader que les boissons chaudes diminuent précisément la fécondité, quoique leur action sur les viscères & sur le sang paraisse réelle. Mais s'il y a un peuple au monde qui ait dû s'en ressentir, ce sont sans doute les Chinois : le mal néanmoins n'est pas tel parmi eux, qu'il le serait, si M. Tronchin n'avait rien exagéré ; & on voit par le poème que l'empereur Kien-long actuellement régnant a composé sur les prétendues vertus du thé, combien on p1.172 est encore éloigné aujourd'hui à la Chine de soupçonner qu'il altère la constitution dans des parties aussi essentielles que le sont les nerfs, & qu'il entretient cette pusillanimité ou cette poltronnerie dont les Chinois sont si généralement accusés ; au point qu'on craint que, tandis que les Tartares Mandhuis combattent pour eux du côté du Nord, ils ne se laissent encore subjuguer du côté du midi par les Péguans. Quoique de certains exemples d'héroïsme, qu'on lit dans leur histoire, soient dus aux effets de l'opium, dont des raisons politiques ont aujourd'hui fait défendre l'importation dans toute l'étendue de l'empire, il est sûr que beaucoup de causes purement morales empêchent les Chinois de s'aguerrir & de s'exercer dans l'art militaire. D'un autre côté, il faut avouer qu'il ne serait pas facile de procurer à un peuple si pauvre une boisson qui coûtât moins que le thé, & qui valût néanmoins plus que l'eau bourbeuse de la rivière de Canton, où le commerce de cette feuille doit avoir considérablement augmenté la population depuis l'an 1500 ; & on juge très mal de tout l'empire, lorsqu'on n'en juge que par cette ville-là : car les marchands ont déserté plusieurs endroits, & surtout Émoui, pour venir, suivant leur coutume, s'accumuler à Canton 1, où les vaisseaux de l'Europe doivent porter tous les ans des sommes considérables ; parce que jusqu'à présent c'est une observation constante, que les p1.173 peuples, qui une fois ont adopté l'usage des boissons chaudes, n'y renoncent plus ; hormis qu'on n'use à leur égard de violence, comme nous le voyons pratiquer de nos jours dans quelques petits États d'Allemagne, où on est d'abord plus alarmé par l'exportation de l'argent : mais la violence même serait inutile en Turquie, où l'usage des boissons chaudes trouva cependant dans son origine des obstacles singuliers & de la part du gouvernement & de la part de la religion. Maintenant rien ne serait capable d'y faire renoncer les Arabes, les Égyptiens & beaucoup d'autres nations de l'Asie & de l'Afrique, où à tous autres égards les mœurs sont immuables. Il semble que ce soit un charme, qui provient moins de la nature même de ces boissons que du peu qu'elles coûtent, & de cette espèce de paresse qu'elles entretiennent.

Ce qu'on croit avoir bien remarqué, c'est que le thé fait pâlir la plupart des Chinoises : aussi la mode de se farder avec la terre de Nieu-cheu & de se peindre les joues, a-t-elle été portée dans ce pays à un degré qui décèle bien le vice qu'on a voulu corriger : il faut cependant que les drogues, dont on s'y sert, soient encore plus pernicieuses que le carmin & la laque de carthame, qui font éclater l'épiderme, parce qu'ils sont avivés par de forts acides. Dans le recueil de Salmon il est dit que, vers l'âge de trente à trente-cinq ans, le teint des Chinoises est entièrement gâté par la violence du fard.

Quand on considère qu'en général le peuple est fort sobre à la Chine, & qu'il y boit principalement de l'eau chaude, alors on ne soupçonnerait point qu'il est plongé si avant dans la débauche la plus grossière. M. Torren dit p1.174 qu'il y a lieu d'être très étonné que les jésuites aient continuellement gardé, dans leurs relations, un profond silence sur ce désordre qu'ils n'ont pu ignorer 1 : mais cela n'est pas exactement vrai ; puisque nous savons que le père Parrenin a voulu persuader à M. de Mairan, que ce débordement n'y était pas encore parvenu au même point où on le voit dans d'autres parties de l'Asie ; & en cela le père Parrenin n'a fait que se conformer aux maximes des missionnaires de son ordre, qui ont constamment tâché de donner une idée trop avantageuse des Chinois, en induisant toute l'Europe en erreur : ces religieux eussent parlé d'une manière bien différente, si l'empereur Can-ki, au lieu de les favoriser à sa cour, les eût expulsés de Pékin ; car quand ils furent expulsés de l'Éthiopie, ils n'eurent rien de plus pressé que de faire représenter dans une estampe l'empereur d'Éthiopie comme un misérable Nègre sans souliers & sans chemise 2. Ces relations mensongères dictées par la haine ou par la passion, m'ont fait rencontrer dans le cours de ces recherches plus d'obstacles & de difficultés, qu'on ne pourrait le croire. Tous les voyageurs attestent que les Parsis des Indes vivent d'une manière irréprochable, en comparaison des Chinois ; & cela sous un climat aussi ardent que l'est celui de la province de Canton. Cette différence ne peut provenir que de ce que les principes de leur morale sont meilleurs que les principes de la morale chinoise, qui a plus réglé les manières que les mœurs ; elle a consumé p1.175 la force dans les petites choses, & n'en a plus eu pour les plus grandes. Quand on confond de vaines opinions, des cérémonies & des rits avec les devoirs les plus essentiels de l'homme, on affaiblit en lui les remords & la conscience qui les donne.

On a cru que l'usage continuel que les Chinois font du jaen-saem influait aussi sur leur tempérament ; mais il faut dire comme une chose avérée, que cette racine ne possède pas à beaucoup près toutes les vertus qu'on lui a attribuées, même en qualité d'aphrodisiaque ; quoique M. Koenig l'ait placée au premier rang, en y joignant un procédé très singulier, dont on se sert, à ce qu'il prétend, dans le sérail de Constantinople 3. Ç'a été une véritable charlatanerie de vendre pendant quelque temps en Europe le jaen-saem à un prix excessif, à un prix presque incroyable. Mais heureusement on s'est bien détrompé à cet égard de nos jours, & au lieu d'aller chercher cette plante à la Chine, on y porte furtivement celle qui nous vient de l'Amérique, & dont les tartares Mandhuis ont défendu l'entrée autant qu'ils, ont pu, en déclarant que le jaen-saem du Nouveau monde ne valait absolument rien. Comme ces Tartares sont exclusivement en possession de la récolte de cette racine, on voit bien qu'en défendant l'importation des espèces étrangères, ils entendent mieux leurs intérêts que les Chinois n'entendent la médecine, où ils ont introduit les préjugés les plus bizarres, & qui sont gravés si avant dans leur esprit, qu'on ne saurait plus les en effacer : on sait qu'ils ont porté l'extravagance jusqu'au point de chercher p1.176 pendant plusieurs siècles le breuvage de l'immortalité ; & ils le cherchent peut-être encore ; quoiqu'il ait empoisonné quelques-uns de leurs empereurs, & probablement la plus grande partie de ceux qui l'ont pris. Je pourrai parler ailleurs plus au long de cette composition ; mais ici il suffira de dire, que, suivant toutes les apparences, on y a constamment fait entrer le
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