Recherches philosophiques








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cyphi, dont Plutarque donne la composition, que je ne voudrais pas garantir, non plus que celle que donne Dioscoride, puisque l'article du cyphi paraît avoir été interpolé dans les écrits de ce Grec par un copiste ignorant 2. Je trouve par un passage d'Oribase, qu'on prenait aussi cette drogue intérieurement contre la peste 3 ; ce qui me p1.086 confirme de plus en plus dans l'idée qu'Oribase lui-même n'en connaissait point la composition.

Il faut convenir, qu'on fait aujourd'hui dans les villes de la Chine, des fumigations aussi abondantes qu'on en a jamais pu faire en Égypte ; mais, je suis persuadé que cet usage n'est venu aux Chinois que par les Indiens, qui leur ont apporté le culte de Fo ; puisque c'est principalement, devant les statues de Fo & des divinités indiennes, qu'on brûle tous les soirs tant d'encens, tant de bâtons de pastille composés de râpures de santal blanc, que la fumée qui en résulte dans tous les quartiers des villes forme quelquefois un brouillard assez épais ; & on a même soupçonné que cela produit cette terrible maladie des yeux à laquelle les Chinois sont si sujets : aussi y trouve-t-on partout des mendiants & des filles de joie aveugles, au rapport de Mendoza 1. Mais ce ne saurait être là la véritable cause de l'ophtalmie chinoise, que plusieurs voyageurs ont attribuée aux qualités du riz dont on s'y nourrit, tandis qu'il eût été plus naturel de l'attribuer aux exhalaisons des rizières ; on a cru avec plus de fondement, que l'incontinence brutale du peuple, & l'usage universel dans tout l'empire de se laver le matin le visage avec de l'eau chaude, y affaiblissaient les organes optiques, mais je parlerai encore de tout ceci ailleurs.

C'est sans doute par le plus grand hasard du monde, que cette même maladie des yeux a affligé & afflige encore de nos jours les habitants de l'Égypte, qui l'ont imputée au nitre dont l'air est chargé, & à ces vents brûlants, p1.087 que les anciens nommaient les vents typhoniques, & les modernes mérissi ou saliel, & d'un nom plus particulier, champsin 2. Ces tourbillons entraînent un sable fort fin, & si chaud qu'il blesse les glandes lacrymales & la rétine de ceux qui le reçoivent au visage, comme ferait un feu volant.

Voilà ce qu'on a généralement cru jusqu'en 1751, lorsque M. Hasselquist se chargea de faire à cet égard des recherches au Caire : son sentiment est, que les vapeurs qui sortent des cloaques, y occasionnent ce mal 3. Mais quand je considère qu'il y avait anciennement en Égypte tant de médecins oculistes, dont la réputation était répandue par tout le monde, je ne saurais croire que ces médecins qui connaissaient leur propre pays, se soient trompés sur l'origine de l'ophtalmie égyptienne, qu'ils ne pouvaient attribuer aux exhalaisons des égouts, lesquelles ne sont devenues si dangereuses que par la mauvaise police des Turcs & des Arabes, qu'il faut regarder comme les tuteurs de la peste : ils la laissent, pour ainsi dire, naître sous leurs pieds, sans la détruire, & y exposent tous les ans l'Asie & l'Europe.

Les Chinois, qui auraient si fort besoin d'oculistes, n'en ont point ; & leur police à l'égard des aveugles n'est certainement pas la meilleure, quoi qu'on en puisse dire. Ils les laissent mendier, ou vivre dans la prostitution, sous prétexte que les femmes qui ont perdu l'usage p1.088 des yeux, ne sauraient gagner leur vie à d'autre métier qu'à celui-là, qui les conduit cependant toujours à la mendicité.

« J'ai observé chez les Égyptiens, dit l'empereur Hadrien, que tout le monde est occupé : les aveugles y travaillent, & ceux même qui ont la goutte, ne restent pas oisifs.

Cette police était bonne dans un pays où il y a toujours eu, & où il y aura toujours beaucoup d'aveugles. Corneille de Bruyn croyait que la quatrième partie des habitants du Caire est frappée de cécité, ou sur le point de l'être.

Après ce qu'on vient de dire des moyens employés pour prévenir ou pour arrêter les maladies contagieuses, on conçoit que la peste n'a pu empêcher l'Égypte de se peupler jusqu'à un certain point, qu'il s'agit de déterminer ; mais je ne saurais me faire comprendre qu'en entrant dans quelques discussions.

Quoique parmi toutes les provinces désolées par ce merveilleux gouvernement des Turcs, l'Égypte soit, par rapport à l'agriculture, un peu moins désolée que les autres, il s'en faut cependant de beaucoup qu'on y cultive aujourd'hui toutes les terres mises anciennement en valeur, comme quelques voyageurs mal instruits l'ont soutenu : je doute que le riz & le blé qu'on en exporte maintenant, montent à douze millions de muids romains par an, & Auguste en tirait tous les ans vingt millions, & cela en un temps où la population était beaucoup plus forte : de sorte que les exportations ont dû être relativement moindres. Les environs du lac Maréotis jusqu'à la tour des Arabes, que Strabon nous représente comme très peuplés, sont actuellement très déserts ; & on sait que M. Hasselquist a trouvé des champs entiers fort propres à la culture, envahis par cette p1.089 herbe si pernicieuse que le vulgaire nomme arrête-bœuf, & les botanistes Anonis spinosa ; quant à la Thébaïde, elle est sans comparaison plus délabrée que le Delta. Cependant je m'imagine qu'il y a quelque erreur dans les commentaires de Pancirole sur la Notice de l'empire, lorsqu'il prétend que l'empereur Justinien tirait tous les ans de l'Égypte quarante-huit-millions de muids romains, ou huit millions de médimnes attiques en blé 1 : à moins que déjà alors les villes de l'Égypte n'aient été pour la plupart désertes ; tandis qu'on faisait valoir les terres par des fermiers impériaux : ce qui a pu arriver par l'avidité du fisc au temps du bas-empire, lorsque les princes, à force d'acquérir des fonds de terre pour les convertir en domaines, renversèrent l'État : car il ne faut pas que les souverains acquièrent sans cesse des fonds d'une manière ou d'une autre ; quand on ne connaît pas en cela de bornes, tout est perdu.

On eut beau faire des lois effrayantes sous Honorius, qui voulait qu'on brûlât vifs sur-le-champ ceux qui perceraient une digue du Nil 1. Tout cela ne pouvait prévenir la destruction d'une contrée où l'on dépouillait les habitants de leur propriété. On vit quelque chose de semblable dans l'antiquité sous le règne de ces p1.090 usurpateurs féroces, que les historiens appellent les rois pasteurs ou les rois bergers ; mais je trouve que longtemps après l'exclusion de ces tyrans, Sésostris rendit aux Égyptiens la propriété de leurs terres, & voilà pourquoi ils ont tant aimé ce prince, qui répara les injustices & les maux affreux qu'avaient faits les usurpateurs durant la conquête 2.

Il paraît que sous un climat tel que celui de l'Égypte, où il pleut très rarement, les terres tant soit peu élevées se convertissent en un pur sable mouvant, dès qu'elles restent en friche pendant un siècle : car les sels & les particules végétales & animales, qui constituent ce que l'on nomme le terreau, se consument & se dissipent par l'extrême chaleur, & le défaut d'eau. Les caloyers ou les moines grecs ont fait quelques jardins admirables dans l'Arabie pétrée ; mais il ne faudrait peut-être pas cinquante ans pour que toute la terre végétale disparut de ces endroits, si une fois on cessait de les arroser & de les cultiver : ni vis humana resistat. Aussi voyons-nous que quand Mohammed, soudan des Mammelucs du Captchak, voulut en 1338 rétablir l'agriculture en Égypte, il fut d'abord obligé de faire ôter le sable mouvant, qui couvrait beaucoup de terres ; ainsi pour évaluer ce que cette contrée peut avoir de lieues carrées, propres à la culture, il faut bien risquer d'y envelopper quelques espaces sablonneux, qui peuvent avoir été anciennement fertilisés. Je n'examinerai point ce que M. le comte de Caylus & d'autres savants ont pensé sur tout ceci ; car n'ayant pas fait une étude particulière de la p1.091 géographie, ils n'ont pu atteindre à aucun degré de précision.

Dans les Mémoires sur l'Égypte ancienne & moderne, de M. d'Anville, imprimés au Louvre en 1766, ce géographe assure que, par une opération faite sur ses propres cartes, il a trouvé que tout le terrain cultivable de l'Égypte n'a jamais pu être que de deux mille, & tout au plus de mille-onze-cent lieues carrées, à vingt-cinq au degré : de sorte que, selon lui, l'Égypte n'équivaut qu'à la douzième partie de la France 3. Mais tout homme raisonnable avoue avec moi, que cette supposition n'est point du tout juste : car il n'y a nulle justesse à opposer les seules terres cultivables de l'Égypte, à toutes les terres de la France en général : il fallait au moins en excepter les forêts, les gâtines, les bruyères, les landes de Bordeaux, & d'autres cantons, qui ne valent pas mieux que les hauteurs de la Thébaïde, ou des Arabes Bédouins trouvent de quoi faire paître leurs chevaux.

Au reste, on voit par tout ceci que l'étendue de l'Égypte, & l'état de sa population, sont des choses qu'on a prodigieusement exagérées ; & surtout lorsqu'on considère le calcul de M. Goguet, qui y met vingt-sept-millions d'hommes sous les premiers pharaons 4. L'histoire ancienne & l'histoire moderne sont remplies d'exagérations semblables, & quand on en détruit p1.092 quelques-unes, on fait naître des vérités nouvelles.

Par un dernier effort d'industrie & de travail les anciens Égyptiens ont pu mettre en valeur, à peu près, 2.250 lieues carrées, y compris les oases, quelques endroits élevés comme les environs d'Alabastronpolisy dont on trouve les ruines à 23 lieues de la rive orientale du Nil : sur tout ceci il faut bien décompter l'emplacement des villes, les champs ensemencés de lin, ainsi que les autres cultures secondaires : l'entretien des animaux sacrés ne me paraît point avoir été un objet assez considérable, pour qu'on en fasse ici mention. Cependant, comme dans les pays chauds les terres rapportent beaucoup, & que les hommes y mangent peu, une lieue carrée peut y nourrir plus de monde que dans les pays froids où les terres rapportent moins, & où les hommes mangent davantage : ainsi l'Égypte a pu avoir anciennement, à peu près, quatre millions d'habitants, & il faut regarder comme inadmissible tout ce qui est porté au-delà, soit par Diodore de Sicile, soit par le juif Flavius Joseph. Cette population diminua sous les Persans, dont le joug fut toujours un joug de fer ; elle diminua encore sous à les derniers Ptolémées, qui ruinèrent en un jour ce qui avait coûté des années de soins aux trois premiers Lagides, qu'on peut nommer des rois ; mais leurs successeurs ne furent jamais que des brigands ou des imbéciles, qui avaient tout oublié puisqu'ils avaient oublié d'entretenir les canaux du Nil, que les Romains, dès qu'ils eurent conquis l'Égypte firent nettoyer ; de sorte qu'ils cultivèrent beaucoup plus de terres qu'on n'en avait fait valoir sous le règne de Cléopâtre, & sous le règne de son père Auletès l'exemple des mauvais princes.

p1.093 Je passe ici sur tous les raisonnements de ceux qui prétendent que l'inondation du Nil s'étendait jadis plus loin qu'aujourd'hui, à cause du limon, qui doit avoir fait hausser, selon eux, le sol de quelques pieds ; mais ils ne sauraient le prouver d'une manière évidente. S'il est vrai que la Méditerranée baisse, soit à cause des gouffres qui se sont ouverts dans son bassin, soit par le retour des eaux vers le pôle austral, alors on conçoit comment le Delta peut un peu s'accroître sans que le limon du Nil y contribue de beaucoup : est-il essentiel de dire ici, que M. de Maillet a porté au-delà des bornes même de la vraisemblance ce qu'il écrit de l'accroissement du Delta ; parce qu'il s'est trompé sur la ville de Damiette, croyant que c'était la même que celle qui avait un port sur la Méditerranée au temps de St. Louis ; mais c'est une ville nouvelle bâtie plus avant dans les terres par les Mammelucs ; celle, qui existait au temps de St. Louis, a été rasée parce qu'elle était trop exposée au brigandage des Croisés. S'il est difficile d'excuser M. de Maillet surpris dans une telle erreur, il est bien plus difficile d'excuser quelques auteurs grecs, qui ont placé dans l'ancienne Égypte depuis vingt jusqu'à trente mille villes ; tandis qu'en comptant les moindres villages & les hameaux même, on ne trouve pas aujourd'hui plus de trente-neuf mille habitations dans toute la France, dont l'étendue n'entre pas en comparaison avec celle de l'Égypte, comme on vient de le voir. Il n'est pas probable qu'il y ait de l'erreur dans les mots numériques de Diodore de Sicile, lorsqu'on réfléchit que son calcul le plus fort est assez conforme à celui de Théocrite, qui a bâti la plupart de ces villes dans une idylle 1, pour flatter p1.094 honteusement Philadelphe, qui était un prince très riche, & Théocrite ne l'était pas. Or on conçoit ce que la pauvreté a pu faire dire à un poète, & surtout à un poète grec. Le comble du merveilleux est de soutenir ensuite, que Philadelphe, outre les trente mille villes, qui existaient déjà dans ses États, en fit encore construire trois cents autres : tandis que nous voyons clairement qu'on eut beaucoup de peine à peupler Alexandrie, ou la bourgade de Racotis, qu'Alexandre avait fait considérablement agrandir. Quoiqu'en dise Quinte-Curce, il est certain que le premier des Ptolémées y appela les juifs ; ceux qui connaissent les juifs, comprendront bien, qu'on ne se détermina à choisir de tels hommes, qu'après en avoir cherché inutilement d'autres.

On compte aujourd'hui dans toute l'Égypte à peu près deux mille cinq cent villes, bourgs & villages : si, pour les plus beaux siècles de cette contrée, on doublait ce nombre d'habitations, on serait plutôt au-delà qu'en deçà de la vérité : car il faudrait qu'un pays eût été extrêmement délabré pour avoir perdu jusqu'à la moitié de ses habitations. Pour peu qu'on soit versé dans la géographie ancienne, il est facile de p1.095 s'apercevoir qu'on ne trouve pas beaucoup de noms de villes égyptiennes dans les auteurs, en comparaison de ce que des exagérateurs en disent, & nous ne ferons pas ici reculer les rochers de la Thébaïde & les sables de la Libye, pour y placer les habitations imaginaires d'Hérodote, de Théocrite, de Diodore & de ceux qui les ont copiés sans jugement.

Avant que de finir cette section, il convient de faire quelques observations sur la fécondité des femmes égyptiennes : les anciens qui en ont beaucoup parlé, l'attribuent constamment aux vertus des eaux du Nil. Ces eaux ont été plus d'une fois analysées, & par toutes les analyses on a découvert qu'elles contiennent en assez grande quantité un sel, qui paraît être un principe de cette maladie dont je ferai mention dans l'instant. Comme il y a une veine, qui sort de l'émulgente, & par laquelle toutes les sérosités nitreuses, & même les substances alkalines se déchargent dans les reins, les eaux du Nil ont une vertu stimulante, tant par rapport aux hommes que par rapport aux bêtes ; & voilà à quoi se réduit tout le prodige : car il ne faut pas croire qu'elles aient jamais produit des effets aussi étonnants qu'on l'a prétendu. Si l'on trouve dans quelques historiens, qu'anciennement on portait ces eaux jusqu'en des contrées fort éloignées, & surtout chez les princesses du sang des Ptolémées, mariées dans les familles étrangères, ce n'était point pour les boire, contre la stérilité, comme on l'a cru ; mais pour les répandre dans les temples d'Isis, ce que je ne dirais pas, si je n'étais en état de le prouver par un passage formel de Juvénal, cité dans la note 1.

p1.096 Aristote a soutenu qu'on met les eaux du Nil en ébullition par un degré de feu une fois moindre que celui qui est requis, pour faire bouillir les eaux ordinaires, expérience si difficile à faire, qu'on peut assurer qu'un physicien de l'antiquité n'a eu des instruments assez parfaits pour la vérifier : cependant c'est sur cette assertion hasardée que paraît être fondé tout ce que Trogue-Pompée, Columelle, Pline, Athénée, & le jurisconsulte Paul, ont dit, en se copiant sans cesse les uns les autres, & en n'observant jamais.

Les eaux du Nil n'ont pas changé de nature & cependant les Égyptiennes n'accouchent plus de quatre enfants à la fois, & bien moins de sept, ce que le menteur Phlégon n'eût point osé mettre en fait, s'il n'y avait été encouragé par l'exemple d'Aristote. On a regardé comme un prodige qu'en 1751 un Turc, qui couchait successivement avec huit femmes, ait eu au grand Caire quatre-vingts enfants en dix ans. Or ce fait, qui parut prodigieux en Égypte, pourrait arriver en Europe, s'il y avait des polygames aussi déterminés que ce musulman. Encore faut-il observer qu'en Égypte, comme dans tous les pays chauds, les femmes cessent plutôt d'avoir des enfants que dans les contrées tempérées ; & c'est ainsi que la nature, s'il est permis de le dire, se contrebalance elle-même. Ce qu'il y a de bien certain, c'est que les Égyptiennes ne se servent point contre la stérilité du
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