A. E. Van Braam houckgeest








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A. E. Van BRAAM HOUCKGEEST
VOYAGE

de l'ambassade

de la Compagnie des Indes Orientales Hollandaises

vers

l'empereur de la Chine

dans les années 1794 & 1795




à partir de :

VOYAGE DE L'AMBASSADE DE LA COMPAGNIE

DES INDES ORIENTALES HOLLANDAISES,

vers l'empereur de la Chine, dans les années 1794 & 1795.

Où se trouve la description de plusieurs parties de la Chine inconnues aux Européens, & que cette ambassade a donné l'occasion de traverser.

Le tout tiré du Journal d'

André Éverard Van Braam Houckgeest (1739-1801)

chef de la direction de la Compagnie des Indes Orientales Hollandaises à la Chine & second dans cette ambassade ; ancien directeur de la Société des sciences & arts de Harlem en Hollande ; de la Société philosophique de Philadelphie &c. &c.

Et orné de cartes et de gravures.

Publié en français par M. L. E. Moreau de Saint-Méry.

Et se trouve chez : l'éditeur, imprimeur-libraire au coin de la première rue sud & de Walnut, n° 82 (Philadelphie, 1797-1798) ; les principaux libraires des États-Unis d'Amérique ; les libraires des principales villes d'Europe.

Édition en mode texte par

Pierre Palpant

www.chineancienne.fr

avril 2014

TABLE DES MATIÈRES

Épître dédicatoire.

Avertissement de l'éditeur.

Avant-propos.

Itinéraire du voyage fait par l'ambassade hollandaise. — Indications pour le plan de la ville : de Pe-king ; de Macao.

Voyage de l'ambassade.

1794 : avriljuilletseptembreoctobrenovembredécembre

1795 : janvierfévriermarsavrilmai.

Description de Macao.

Supplément à la relation du voyage de l'ambassade en Chine, contenant plusieurs pièces relatives à cette ambassade.

A. Lettre de l'auteur à MM. les commissaires-généraux de Batavia, sur l'ambassade projetée.

B. Commission d'ambassadeur en survivance.

C. Lettre des commissaires-généraux de Batavia au tsong-tou de Canton.

D. Dépêche des commissaires-généraux de Batavia à Kien-long, empereur de la Chine.

E. Dépêche des Premiers ministres de Pe-king à la régence de Canton, sur l'arrivée de l'ambassade hollandaise.

F. Liste des présents destinés : à l'empereur de la Chine ; aux quatre Premiers ministres ; aux mandarins & aux missionnaires.

G. Description de deux pièces mécaniques destinées à l'empereur.

H. État des personnes qui formaient la garde & la suite de l'ambassade.

I. Lettre de l'empereur aux gouverneurs des provinces pour leur prescrire de quelle manière ils doivent traiter l'ambassade.

K. Lettre de Kien-long empereur de la Chine au stathouder de Hollande & aux commissaires-généraux de Batavia, en latin.

L. La même lettre en français.

M. Liste des présents faits par l'empereur de la Chine à l'occasion de l'ambassade hollandaise.

N. Ordre de l'empereur pour faire restituer les droits payés par le vaisseau qui a transporté l'ambassadeur.

O. État des droits qu'on paye à la Compagnie du Cohang.

P. Extrait d'une lettre de M. de Gramont, missionnaire à Pe-king, au sujet de l'ambassade anglaise.

Q. Lettre du hou-pou sur un fiador.

R. Inscription trouvée en arabe au haut d'une mosquée à Hang-tcheou-fou.

S. Explication sur le jeu d'échecs chinois.

T. Programme d'un drame chinois intitulé : la Fidélité récompensée.

Table générale des matières

Notice des objets qui composent la collection de dessins chinois de M. Van Braam.

Relation abrégée du voyage que l'auteur a fait de la Chine aux États-Unis d'Amérique.

À SON EXCELLENCE

GEORGE WASHINGTON,

Président des États-Unis d'Amérique

Monsieur,

Un voyage fait chez le peuple le plus ancien de tous ceux qui habitent actuellement ce globe, & qui doit sa longue existence au système qui fait de son chef le père de la famille nationale, ne saurait paraître sous des auspices plus heureux que ceux du grand homme que le vœu universel d'un peuple nouveau a choisi pour le diriger dans la conquête de la liberté & pour affermir un gouvernement où tout parle du l'amour du Premier magistrat pour le peuple.

Souffrez donc que j'adresse aux vertus qui offrent dans Votre Excellence une aussi frappante analogie entre l'Asie & l'Amérique, l'hommage de ma vénération. Je ne saurais me montrer plus digne du titre de citoyen des États-Unis, devenus ma patrie d'adoption, qu'en payant un juste tribut au chef dont les principes & les sentiments sont propres à leur assurer une durée égale à celle de l'empire de la Chine.

Je suis avec respect,

Monsieur,

de Votre Excellence,

le très humble & très obéissant serviteur,

A. E. VAN BRAAM HOUCKGEEST.

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AVERTISSEMENT

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Plus les régions que les voyageurs décrivent sont éloignées, plus elles diffèrent dans leur ensemble physique & moral, d'avec les peuples à l'instruction & à la curiosité desquels ils destinent leurs observations, & plus il importe aussi au lecteur de savoir jusqu'à quel point sa confiance est due à celui qui l'entretient de ce qui le passe à de grandes distances & presqu'à l'autre bout de la Terre.

C'est surtout à l'égard de la Chine que la crainte de prendre pour un récit vrai des romans plus ou moins embellis, est plus facile à éveiller. Cet immense empire est si peu connu ; les préjugés de ses habitants ou plutôt la sagesse de son gouvernement, a mis tant d'obstacles au désir qu'auraient les Européens d'y pénétrer pour y promener d'avides regards, & y contempler ce que des traits à peine aperçus, & plutôt dérobés qu'étudiés en ont fait connaître, que s'il est aisé de donner des détails imaginaires pour des faits certains, il est difficile en même temps d'écarter de ce que l'on rapporte de véritable, une sorte de défiance qui met presque toujours le lecteur en garde contre le narrateur.

Ainsi attendre toujours des choses extraordinaires de quiconque parle de la Chine, & s'en défier précisément parce qu'il dit des choses qui semblent extraordinaires, telle est la disposition d'esprit de ceux qui lisent un ouvrage écrit sur cette étonnante contrée.

C'est pour montrer au lecteur instruit jusqu'à quel point il doit être rassurer quant au voyage qu'on ose mettre aujourd'hui sous ses yeux, que l'éditeur a cru utile de lui donner une idée du caractère de celui qui en fait l'hommage au public

M. André Éverard Van Braam Houckgeest, né en 1739 dans la province d'Utrecht en Hollande, a d'abord servi sa patrie dans la marine de la République Batave, où ses deux frères, qui vivent encore en ce moment, ont fait remarquer plus d'une fois des talents précieux, & ont obtenu l'un & l'autre, comme une juste récompense, le titre d'amiral.

Déterminé par des circonstances qu'un État, dont le caractère essentiel est d'être commerçant, offre souvent, M. Van Braam quitta la marine en 1758, pour aller à la Chine en qualité de subrécargue de la Compagnie des Indes Orientales Hollandaises. Il y habita Macao & Canton jusqu'en 1773, excepté durant deux très courts voyages en Europe.

Revenu dans sa patrie, après une résidence réelle de huit années dans un pays où elle aurait suffi pour lui acquérir un grand nombre de connaissances, M. Van Braam se fixa dans la province de Gueldres jusqu'en 1783.

À cette dernière époque l'indépendance des États-Unis d'Amérique venait d'être solennellement reconnue par les puissances de l'Ancien-Monde. Cet événement qui retentissait dans toute l'Europe, en y éveillant des idées presque aussi nouvelles que cet événement lui-même, inspira à M. Van Braam le dessein de venir habiter un sol qu'on louait avec enthousiasme.

Parmi les États-Unis, la Caroline méridionale fixa son choix. Il y devint en 1783 & commerçant & fermier d'une plantation de riz. Il s'y fit même naturaliser citoyen des États-Unis en 1784 ; & il y vivait tranquille & heureux, lorsqu'un de ces coups affreux dont le climat de cette province n'offre que trop d'exemples, le priva dans le cours d'un seul mois, de quatre de ses enfants.

Cette perte, dont un cœur vraiment paternel, n'a jamais pu se consoler, & celle de sa fortune causée par un faux ami, furent les motifs qui déterminèrent M. Van Braam à écouter les propositions que lui transmit alors l'un de ses frères, de la part de la Compagnie des Indes Orientales Hollandaises, d'aller diriger les affaires à Canton en qualité de chef.

Cette nouvelle marque de confiance de sa patrie primitive ; le besoin d'éloigner ses regards d'une terre où ses deux seuls fils & deux de ses filles avaient trouvé leur tombeau, déterminèrent M. Van Braam à accepter ce qui lui était offert. Il retourna en Hollande, & en repartit aussitôt pour Canton.

La connaissance de plusieurs pays, & par conséquent l'habitude d'en saisir les contrastes, inspira à M. Van Braam le désir de considérer plus attentivement tout ce qu'il lui était permis de voir de la Chine. À ce premier vœu se mêla bientôt cette curiosité raisonnée qui cherche à pénétrer ce qu'on lui cache avec tant de mystère, justement parce qu'elle soupçonne qu'on lui ravit des résultats utiles ; & enfin ce sentiment naturel à un Européen de vouloir parvenir à la connaissance d'un peuple qui étonne par le peu qu'on connaît de sa propre histoire.

Dès que ce projet fut bien conçu, M. Van Braam en fit une affaire capitale. Laborieux par habitude & par goût ; à portée par ses devoirs mêmes de faire des remarques ; pouvant saisir des occasions plus ou moins fréquentes d'interroger des Chinois ; capable de dessiner lui-même ce qui était exposé à ses regards ; pouvant, par l'accroissement de sa fortune qui était une conséquence de ses succès dans l'administration qui lui était confiée, payer des artistes intelligents ; ne se lassant pas d'attendre pour mieux voir & pour ne rien hasarder sur de simples conjectures, chaque jour il augmentait ce que j'appellerai ses richesses chinoises.

Mais un de ces événements rares & tel qu'il serait à désirer que tous les amateurs de choses utiles en rencontrassent toujours, a servi de la manière la plus heureuse, & le plan & les penchants de M. Van Braam.

Nommé en second dans l'ambassade de la Compagnie des Indes Orientales Hollandaises, vers l'empereur de la Chine en 1794, une vaste étendue de pays s'est offerte à son examen. Convertissant ainsi en une expérience personnelle ce qui, à bien des égards, n'avait été qu'une tradition purement orale, il a eu l'occasion la plus favorable de vérifier ce qu'on lui avait raconté, &, ce qui est plus précieux encore, de juger ce qu'il n'avait pas même eu la pensée de chercher à connaître, parce que rien ne le lui faisait pressentir.

Étonné de ce qu'il voyait, M. Van Braam n'a pas perdu un seul instant l'idée d'associer, autant qu'il dépendrait de lui, les habitants des autres parties du monde aux sensations qu'il a éprouvées, à la juste admiration dont il a été plus d'une fois saisi. Doublement peintre, sa plume & son pinceau ont été constamment employés à tracer le tableau de tout ce qu'il a vu, & n'épargnant ni soins, ni dépenses, il n'a, pour ainsi dire, rien laissé échapper de ce qui l'a frappé, rien de ce qui a des droits à l'intérêt du public.

La relation de son voyage mérite même d'être regardée, en quelque sorte, comme un compte officiel de l'ambassade hollandaise, puisqu'ayant été soumise à l'examen de toutes les personnes attachées à cette ambassade, elles n'y ont pas trouvé le plus léger sujet de critique, & que l'ambassadeur lui-même en a pris des copies pour les envoyer & à la régence de Batavia & au stathouder.

L'âge de M. Van Braam, le bonheur dont ses entreprises ont été accompagnées, les liens de la nature, ceux de l'amitié l'ont enfin déterminé à quitter Canton le 6 décembre, pour venir passer le reste de sa vie dans les États-Unis d'Amérique, & il est arrivé le 24 avril 1796 à Philadelphie.

Jamais, j'ose le dire, un étranger n'est sorti de la Chine avec un pareil trésor, avec autant de témoins de sa véracité, & M. Van Braam ne fit-il que montrer les nombreux dessins de tout ce que cet empire lui a présenté de propre à figurer dans son immense collection, la Chine serait mieux connue par cela seul, que parce que nous en savons jusqu'à ce moment. Pour donner une idée de ce que fait éprouver la vue de tout ce que M. Van Braam a recueilli en tableaux qui présentent la Chine sous tous les aspects & sous tous les rapports, je dirai qu'à l'instant où la curiosité la plus exercée, la plus accoutumée à exiger & à attendre d'un voyageur intelligent, est déjà satisfaite, il reste une multitude d'objets à examiner & qui réveillent encore la surprise.

Enfin, comme s'il était de la destinée de M. Van Braam de signaler son séjour à la Chine par des traits marquants, il a amené plusieurs Chinois qui semblent être venus pour attester les faits que ce voyageur a pris chez eux, & consignés dans sa collection de dessins ; collection qu'il a présentée, durant plusieurs mois à Philadelphie, à tous les amateurs de choses intéressantes. On se croit donc vraiment transporté à la Chine quand on est environné de ces Chinois vivants & de ces images de leurs mœurs, de leurs usages, de leurs monuments & de leurs arts.

Voilà quels sont les titres de M. Van Braam à la bienveillance de ses lecteurs, & j'ai presque dit à leur reconnaissance.

Quant au travail de l'éditeur, il a été fait avec le plus grand soin, & il a du moins le mérite d'une grande fidélité, parce qu'il n'en est pas une seule ligne qui n'ait été soumise à l'examen de l'auteur, auquel la langue française est assez familière pour qu'il en soit un excellent juge.

Persuadé que quelques notes explicatives ajouteraient encore à l'intérêt de l'ouvrage, l'auteur & l'éditeur en ont placé à la tête de chacun des deux volumes auquel elles appartiennent plus particulièrement. Le même motif les a inspirées toutes, le désir de plaire au public.

C'est encore dans le même esprit que l'éditeur a cru devoir offrir une notice de la riche & précieuse collection des dessins réunis par M. Van Braam, qui a employé constamment, durant cinq années, deux dessinateurs chinois à former cette curieuse & nombreuse réunion d'objets de tous les genres. Mais combien l'éditeur regrette de ne pouvoir pas faire partager au lecteur par cette courte énonciation, le plaisir que cause la vue même des dessins, plaisir qui s'accroît d'autant plus, que l'examen des détails est plus réfléchi & fait avec des yeux plus accoutumés à trouver des beautés qui échappent en quelque sorte aux premiers regards.

L'éditeur ne se permettra aucune observation sur le fond même de l'ouvrage, si ce n'est qu'il respire partout un caractère de candeur qui est celui de l'auteur. Il n'est pas jusqu'aux répétitions que l'aspect d'objets semblables a nécessairement produites dans un ouvrage en forme de journal, qui ne soit une preuve de sa véracité ; & la franchise avec laquelle M. Van Braam avoue, dans deux ou trois endroits, qu'il s'est trompé sur ce qu'il avait cru certain, d'après des circonstances antérieures, est un témoignage estimable de sa probité littéraire, qualité qu'on ne saurait trop priser dans un voyageur.

L'éditeur terminera cet avertissement par une réflexion que le lecteur fera sans doute comme lui, c'est que le voyage de M. Van Braam n'étant pas un ouvrage entrepris pour raisonner d'une manière systématique sur la Chine, mais un compte rendu de ce qu'il y a rencontré & aperçu, on ne peut ni supposer, ni appréhender qu'il ait voulu mettre les faits d'accord avec une opinion quelconque. Ce sont ces faits eux-mêmes qu'il relate ; il les consigne à mesure qu'ils se présentent ; il le fait même, avec une sorte d'empressement qui ne peut lui permettre aucune combinaison où l'amour-propre d'auteur aura influé, & toutes ces circonstances font autant de garants que ses expressions appartiennent à la vérité.

C'est à les faire passer avec cette pureté originelle dans la langue française, que l'éditeur s'est constamment appliqué, & le suffrage de l'auteur sous les yeux duquel il a toujours travaillé, lui est d'un favorable augure. Heureux si le lecteur daigne applaudir à ses efforts !

MOREAU DE SAINT-MÉRY.

AVANT-PROPOS

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Un voyage depuis Canton jusqu'à la ville de Pe-king où réside la cour impériale ; un voyage fait en traversant des parties de l'empire de la Chine, où le pas d'un Européen n'a jamais été empreint, où son œil curieux n'a jamais été à portée de faire la moindre observation, ne peut être que très intéressant pour le public, soit en Europe, soit dans l'étendue des États-Unis d'Amérique, & lui paraîtra sans doute une offrande agréable. C'est dans cet espoir que j'entrepris d'écrire la relation de ce voyage, & que je m'imposai la loi d'user de la plus grande promptitude pour mettre sur le papier tout ce que j'aurais vu & observé, afin d'en offrir une peinture fidèle à mes concitoyens.

Lorsque je voyageais par eau, j'avais toujours mon journal sur ma table, pour qu'à l'instant même, il pût recevoir la mention de chaque chose ; & la nuit n'était pas une raison pour que je me dispensasse de cette exactitude. Il me paraissait bien préférable de perdre quelques heures de mon repos, plutôt que de laisser échapper un seul objet de remarque.

Lorsque ma route a eu lieu par terre, j'avais pour usage invariable, quelle que fut l'époque de la nuit où je m'arrêtais, de confier à mon journal que j'emportais alors dans mon palanquin, ce qui m'avait paru intéressant pendant le cours de la journée.

Jamais en rentrant de la cour impériale à l'hôtel que l'ambassade a occupé à Pe-king, je n'ai eu un soin plus pressé que celui de noter tout ce qui s'était offert à mes regards.

Par cette méthode, rien ne m'a échappé, & une mémoire très heureuse m'a toujours prêté son secours pour retracer les particularités même les plus minutieuses, & pour me rappeler jusqu'au moindre pas que j'avais fait.

C'est d'après ces précautions continuelles que je puis promettre un récit exact du voyage de l'ambassade, tiré de ce journal, dépositaire continuel des faits rédigés dans la plus exacte vérité.

Il m'est donc permis de croire qu'on trouvera dans tous les détails que je présente, une exactitude rigoureuse, & que mon ouvrage aura de plus le mérite d'être entièrement neuf, attendu qu'il n'en est pas une seule ligne que j'aie empruntée, ni d'un voyageur, ni d'un écrivain quelconque. Je croirais même faire injure à tout lecteur instruit, si je n'étais persuadé qu'il s'en apercevra facilement. Je ne déclare donc que pour rendre un hommage de plus à la vérité, que depuis vingt ans je n'avais rien lu sur la Chine. Quoique nous eussions avec nous l'ouvrage de Nieuhoff, for la première ambassade hollandaise envoyée à Pe-king, je n'ai pas voulu l'étudier, soit pour n'être pas tenté de me livrer à une réfutation dont sa relation serait très susceptible, soit parce qu'il me semblait certain qu'un siècle & demi avait dû apporter quelque changement dans l'aspect des villes, des campagnes & des établissements.

Un de nos compagnons de voyage, M. de Guignes, français, qui, sous le titre d'interprète, a accompagné l'ambassade, a aussi rédigé des observations avec le dessein de les publier ; mais ce projet qui pourra même servir à montrer quelle est la conformité de nos remarques, ne m'a été d'aucune utilité, puisque ni moi, ni aucune autre personne attachée à l'ambassade, nous n'avons eu connaissance de son travail. Mon journal, au contraire, a été copié pour l'ambassadeur & est resté ouvert pour tous les autres Hollandais qui étaient du voyage.

À notre retour à Canton, j'ai eu le bonheur de rencontrer une carte topographique très exacte de la ville de Pe-king. Le propriétaire de cette carte, déjà très ancienne, n'a pas voulu me la sacrifier, mais il m'a permis d'en prendre une copie. Elle est si détaillée à tous égards, qu'on y distingue chaque rue, & qu'on y a tracé l'élévation de chaque édifice. Je reconnus facilement celles de ces rues où j'avais passé en voiture, & j'y retrouvai également les quatre portes ou arcs de triomphe que j'avais remarqués dans un carrefour en revenant de Yuen-ming-yuen, comme l'indique mon journal à la date du 6 février. Je fus donc convaincu de la parfaite exactitude de ce plan.

Cependant le palais impérial n'y était, pour ainsi dire, que désigné & sans que rien en marquât les limites ; je la redressai à cet égard autant que mon propre jugement pouvait m'autoriser à le faire, après avoir vu & traversé plus des trois quarts de ce palais. Le faubourg manquait aussi à ce plan, mais je l'y ai fait joindre, d'après celui qui est dans l'ouvrage de Duhalde, où le plan de la ville se trouve au surplus conforme à celui de ma grande carte.

C'est ainsi que j'ai rendu ma topographie de Pe-king encore plus exacte qu'elle ne l'était dans l'original chinois. Il ne m'a cependant pas été possible de montrer le faubourg aussi en détail que la ville, parce que je n'en avais pas une connaissance assez précise. Je me suis donc borné à y indiquer les rues principales qui répondent & qui aboutissent aux portes de la ville, & le temple du Ciel & celui de la Terre, qui sont des édifices connus. Le reste du faubourg n'offre, dans la réalité, qu'un espace très irrégulièrement bâti, où se trouvent des portions de champs, des intervalles vides, tellement que la moitié de cette enceinte est encore sans bâtiments, comme nous eûmes occasion de nous en convaincre le 15 février, à notre sortie de Pe-king. Il m'a paru plus sage de laisser quelque chose d'imparfait dans ce point, plutôt que de suppléer par des erreurs ce que je ne savais pas.

J'espère toutefois que ce ne sera point une raison pour que cette carte intéressante paraisse aux curieux moins agréable que ma relation elle-même, d'autant que j'ai encore quantité d'autres dessins & des vues qui, par leur concordance avec le plan, en montrent la justesse. J'en ai esquissé une partie moi-même, & le surplus est dans ma collection de vues chinoises, propres à donner encore plus d'authenticité à ce que je dis. Je ne doute pas que cette espèce de supplément ne satisfasse le désir de mes lecteurs.

J'ai écrit les noms des villes & des autres lieux, d'après l'orthographe chinoise mandarine, & avec des divisions. Ces traits indiquent que tout ce qu'ils ne séparent pas, doit être prononcé d'une manière simple & brève, comme ne formant qu'une seule syllabe, quoiqu'il y en ait qui, dans les langues européennes, en composeraient deux. Il faut donc prononcer : Kiang, Liang, Hiang comme une.

J'ai cru devoir ces éclaircissements préalables à mes lecteurs, dans l'espoir que mon travail ne déplaira point au public, & si cette attente n'est pas trompée, j'aurai obtenu la seule récompense que j'ose solliciter pour prix de mes soins & de mes peines.

A. E. V. BRAAM HOUCKGEEST.

In magnis et voluisse sat est. 1

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ITINÉRAIRE

du voyage fait par l'ambassade hollandaise vers l' empereur de la Chine, de Canton à Pe-king, servant d'explication à la carte géographique faite pour être mise à la tête de ce premier volume

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