Une lecture méthodique consiste à un repérage préliminaire du sens du texte à partir de deux niveaux: le niveau de la fiction (ce qui est dit) et le niveau la








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date de publication23.03.2018
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Une lecture méthodique consiste à un repérage préliminaire du sens du texte à partir de deux niveaux: le niveau de la fiction (ce qui est dit) et le niveau la narration (comment c'est dit). Cette lecture est ressortie d'axes de lecture qui peuvent être support à un éventuel commentaire composé (ou dirigé) ou à une éventuelle lecture analytique du texte. Voici un canevas de lecture méthodique, suivi d'un exemple de cette lecture de l'incipit du Chevalier double et d'une tentative de lecture analytique de cet incipit.

Canevas de lecture méthodique:

Après avoir observé le texte (une première lecture), on procède tout d'abord à sa situation par rapport à ce qui précède s'il est inséré dans l'oeuvre au programme. La situation d'un passage se fait de manière chronologique et logique. Chronologique par rapport aux événements qui précèdent, logique, non pas par rapport à n'importe quels événements mais par rapport à ceux qui ont amené ce texte et qui permettent son enchaînement. Mais un texte isolé, un poème par exemple, se situe par rapport à son contexte historique, l'incipit se situe par rapport à sa double fonction.

I-Au niveau de la fiction:

1-La situation d'énonciation: qui parle? De qui? A qui? De quoi?, où?, quand?, …

2-L'identification du texte: Type de texte? Genre d'où est extrait le texte? Type de l'énonciation (récit / discours / OU récit avec des éléments de discours)

Remarque: à la question «de quoi?», il est possible de répondre en énumérant tous les sous-thèmes dont il est question dans le texte

3- La découverte du passage

-Thème principal?

-Intérêt du thème et son enjeu? (satirique, historique, psychologique, philosophique…)

4-Les hypothèses de lecture

C'est après une première observation du texte (première lecture) que nous pouvons émettre des hypothèses qui, après d'autres lectures,accompagnées de repérage des procédés d'écriture , seront confirmées ou infirmées. Les hypothèses de lecture sont de deux niveaux, au niveau microstructural (elles concernent le sens du texte) et au niveau macrostructural (elles concernent le devenir de l'action grâce à des indices en puissance).Quelque soit l'hypothèse relevée, elle est suivie d'un point d'interrogation

II-Au niveau de la narration

Il s'agit d'étudier les principaux signes significatifs du texte et leur connotation. Grâce à des outils d'analyse généraux et spécifiques, il s'agira de repérer des procédés d'écriture qui permettent de dégager les effets de sens et d'interpréter le texte. Après ce repérage, Il nous faut ordonner et regrouper les procédés dominants et récurrents, afin de formuler un, deux ou trois axes. Ces outils s'appliquent à tous les textes avec des nuances, ils concernent:

1-La structure du texte: Disposition typographique et progression du texte

2-l'énonciation et le point de vue:

Il s'agira de repérer les marques de la présence de l'énonciateur dans son énoncé, ainsi que le type de focalisation adopté. Ainsi, peut-on interroger:

a-L'appareil formel du discours du narrateur:

- Les indications spatio-temporelles en rapport avec le moment de l'énonciation /Les pronoms personnels (je et nous du narrateur, tu et vous du narrataire) / Les temps verbaux, temps du discours (présent, passé

composé, futur) / Les démonstratifs en rapport avec la situation de l'énonciation / l'interrogation par le narrateur / L'exclamation par le narrateur / L'intimation par le narrateur

b-Les types fonctionnels du discours du narrateur

-Le discours évaluatif / Le discours modal / Le discours abstrait / Le discours communicatif / Le discours explicatif / Le discours émotif…

3-Les personnages

-leur statut

-leur évolution

-leur portrait (caractéristiques et attributs qui permettent de les identifier,)

-leur caractère prototypique, représentant une classe, un groupe, des valeurs…

-leurs rapports avec les autres personnages

4-Temps et espace de l'action

-le siècle, l'époque, le contexte, le moment en rapport avec le présent des personnages, temps de l'histoire et temps du récit…

-le pays, la région, le lieu (maison, château, palais, quartier, rue..), la topographie, la toponymie, l'architecture…

5- L'action

-réaliste (vraisemblable), fantastique (invraisemblable), romanesque, tragique, dramatique, comique, action noble, action de tous les jours…

-schéma narratif, schéma actantiel, durée, progression (chronologie et linéarité ou achronie avec des analepses, des prolepses ou des ellipses…), noeud et dénouement (péripétie, chute, rebondissement, bouleversement…)

-L'enjeu de l'action qui consiste à des actes des participants visant un objectif

6-Les jeux d'opposition et la mise en parallèle: Que révèlent-ils

7-Les champs lexicaux: A quel domaine appartiennent-ils?

8-Les figures de style ou de répétition: Quel effet connotent-elles?

9-La syntaxe et la ponctuation: Type de phrases et structure syntaxique, ordre des mots dans la phrase…

10-Les procédés de la narration: procédés classiques, modernes, transgressés…

11-Le rythme et la sonorité:

Rythme binaire, ternaire, quaternaire / croissant, décroissant/ jeux de sonorité (assonances, allitérations, rimes internes…)

12-Le ton et les registres: dominante tonale, registres de langue

Ce repérage, au niveau de la narration, nous permet d'interroger de nouveau nos hypothèses de départ, et partant la formulation des axes de lecture: Pour parvenir à un axe de lecture, on établit des liens entre les différents relevés, on s'efforce de regrouper plusieurs centres d'intérêt. Deux modes d'organisation sont envisageables:

-Un plan qui s'appuie sur la structure propre du passage. Il s'agira de dégager deux ou trois principaux axes de lecture.

-Un plan thématique et/ou problématique regroupant divers centres d'intérêt. Il s'agira de dégager un axe majeur sous-tendu par deux ou trois parties.

Tentative de lecture méthodique de l'incipit du Chevalier double

«Qui rend donc la blonde Edwige si triste ?….dans l'angle de la fenêtre.»

Remarque:

La séance de la lecture méthodique de l'incipit du Chevalier double se situe juste après une première séance de «travaux encadrés» où certains élèves ont présenté des exposés sur le genre du «fantastique». La séance de «travaux encadrés» est ressortie d'une reprise. A la fin de cette activité, nous avons demandé aux élèves de préparer, pour la prochaine séance («étude de texte»), le passage «Qui rend donc la blonde Edwige si triste?........dans l'angle de la fenêtre», et de répondre aux questions suivantes:

  1. Situation de l'énonciation: Qui parle? A qui ? De qui? De quoi? Où? Quand?

  2. Identification du passage : Type du texte?/ Genre d'où est tiré le texte? / Type de l'énonciation?

  3. Les passages qui correspondent à chacune des étapes suivantes : état initial, fait imprévu, déroulement des actions

Lecture méthodique du passage:

Séance 2

Activité: étude de texte

Objectif: reconnaître dans un énoncé les traits distinctifs du genre fantastique(Lecture méthodique)

Support: L'incipit:«Qui rend donc la blonde Edwige…………………dans l'angle de la fenêtre»

Niveau: tronc commun

Durée: 2h

Remarque: le déroulement de la séance, pour parvenir à des traces écrites, est laissé à l'initiative de l'enseignant

Traces écrites:

-Situation du passage: C'est l'incipit avec sa double fonction expositive et programmatique.

A-Au niveau de la fiction

-Situation de communication

-Qui parle ? Un narrateur à la troisième personne

- A qui ? Aux jeunes femmes, aux jeunes filles et à ceux qui sont doubles (voir la fin de la nouvelle)

- De qui ? D'une femme, Edwige; d'un' étranger, maître chanteur

-De quoi ?d'une certaine connivence entre la femme et l'étranger

- Où ? Dans un château

-Quand ? Il y a quelques mois

-Identification du passage

-Genre d'où est extrait e texte? : genre littéraire en prose narrative: la nouvelle (fantastique?)

-Type du texte? : descriptif-narratif avec des éléments de discours

-Découverte du passage

-Thème principal du passage: Il s'agit d'un certain ascendant d'un être sur un autre

- Intérêt du thème : ésotérique, échappant à la science, à la raison

-Hypothèses de lecture:

-Au niveau microstructural

-Une atmosphère ambigüe et incertaine?

- une narration étrange?

-Au niveau macrostructural

-Une histoire dramatique, voire tragique?

-Un péché fatal?

-Un récit fantastique?

B-Au niveau de la narration

-Le portrait des personnages

-Edwige : Blonde, croyante, agonisante, être humain comme habité par le diable (statue d'albâtre, languissante, demi-morte, enivrée). Le personnage est présenté comme troublé et confronté à un phénomène inexplicable.

-L'étranger: beau, charmant, fascinant, effrayant, le diable incarné sous une forme humaine (ange tombé, tigre et serpent, venu du monde sous terrain)

-Le temps et l'espace

-Le temps: déroge aux lois de la nature, apocalyptique,

-L'espace: le château, symbole de grandeur et de pérennité, n'est plus qu'une brindille d'herbe

-Le schéma narratif

-D'emblée, le narrateur est présent par la transgression du schéma narratif: la structure de la nouvelle viole les procédés narratifs consacrés du schéma quinaire classique d'un récit (le récit réaliste, par exemple): l'état initial, première étape du schéma narratif, se voit, ici, rejeté en troisième plan, situé après une séquence dont les actions appartiennent à la troisième étape (celle des péripéties) et après le fait imprévu qui constitue la seconde étape du schéma narratif. Et c'est grâce à une analepse interne que le narrateur évoque l'état initial(il y a quelques mois, il faisait un temps terrible….qui veut entrer)

-L'idiolecte et le registre verbal

La présence du narrateur est remarquable à plusieurs niveaux:

-Au niveau lexical : un lexique évaluatif très abstrait, voire étranger au dictionnaire et qui saura maintenir l'ambigüité et l'incertitude. (Le trouble du personnage est caractérisé par le lexique de l'étrange et le champ lexical de la peur)

-Au niveau syntaxique : le récit commence par une série d'interrogations qui établissent un état d'attente angoissé et un sentiment de suspense, et où les temps verbaux (présent, passé composé) n'ont pas de place.

-Au niveau stylistique : comparaisons, personnifications et oxymores dominent et suscitent, par leurs images, une impression de l'étrange et de la terreur, elles témoignent de l'incapacité à cerner le phénomène.

- Tonalité

Par son sujet ésotérique, son atmosphère ambiguë et incertaine, par ses procédés narratifs et linguistiques transgressés, la tonalité du passage ne peut être que fantastique (voir les caractéristiques du fantastique dans la première séance)

C- Quelques axes possibles:

En établissant des liens entre les différents relevés et en regroupant plusieurs centres d'intérêt on peut parvenir à des axes tournant autour de la fiction et de la narration:

1-Une fiction étrange et équivoque

2-Le suspense de la narration

Remarque: le travail du relevé et du regroupement des centres d'intérêt, en vue d'élaborer des axes de lecture, se fait oralement au tableau en collaboration avec les élèves.

Tentative de lecture analytique de l'incipit du Chevalier double

«Qui rend donc la blonde Edwige si triste ?….dans l'angle de la fenêtre»

Remarque: l'analyse s'appuie sur les axes dégagés au terme de la lecture méthodique du passage (voir la lecture méthodique du passage)

Se plaçant au début du récit, ce passage peut être considéré comme l'incipit, censé répondre à la double fonction d'exposition et de programmation. Par sa fiction d'un monde étrange et équivoque et les procédés de suspense de sa narration, le passage réussit à mêler le naturel et le surnaturel, à laisser hésiter entre réalité et illusion, et par conséquent, parvient à nous introduire dans un univers fantastique.

1-Une fiction étrange et équivoque

Au niveau des personnages, aussi bien qu'au niveau du temps et de l'espace, l'étrangeté et l'équivoque sont inscrits dans l'ambigüité qui mêle le monde réel à l'univers irréel.

a-Un monde réel

Par la présentation de personnages réels, d'un espace et d'un temps aussi bien réels, le lecteur ne peut nier son appartenance à un univers on ne peut plus réel .Edwige est un personnage en chair et en os (blonde, triste, morne, enceinte, versant des larmes, pâlissant, rougissant..). L'étranger, par sa physionomie, ne semble appartenir qu'à ces êtres séduisants et inéluctablement séducteurs (beauté, langueur, grâce, charme, fascination). L'espace, n'est autre que ce lieu topos, symbole de puissance, de grandeur et de pérennité (château). Quant au temps, par sa linéarité (il y a quelques mois) et son aspect hivernal (il faisait un terrible temps…), il ne semble pas déroger aux lois de la nature. Cependant, ce monde qui semble réel, est en filigrane un monde transgressé d'illusion et de surnaturel.

b-Un monde irréel

. Imperceptiblement, l'identité des personnages n'est plus assurée : Edwige, statue animée, est également, par sa physionomie, un être mythique (Elfes, Willis), et par son portrait moral, une créature comme habitée par le diable (languissante, demi-morte, enivrée). L'étranger, par son pouvoir énergique surnaturel, est tantôt un Satan sous une forme humaine ( ange tombé), tantôt un être androgyne qui tient de l'humain et de l'animal (tigre, serpent) , tantôt le diable venu du monde souterrain pour semer la malédiction et la tentation (terreur , effroi , charmait à la façon du serpent qui fascine l'oiseau , chantait d'étranges poésies qui troublaient le coeur , depuis ce jour Edwige ne fait que pleurer).Le temps, donne plutôt une impression d'apocalypse quand tous les êtres inanimés deviennent des créatures animées (les tours tremblaient, le feu rampait , le vent frappait). Au milieu de cette atmosphère fabuleuse, l'espace, symbole de puissance et de pérennité, n'est plus qu'un roseau (le château s'agitait…comme si la rafale eût voulu le déraciner).

Cependant, l'ambigüité et le suspense ne sont pas rendus uniquement par la fiction mais aussi et surtout par la narration.

2-Le suspense de la narration

a-Un schéma narratif transgressé

L'état initial, première étape du schéma narratif d'un récit, devait se placer normalement au début de l'histoire (le début de La Ficelle, par exemple), or, pour créer un état de suspense, l'ordre chronologique consacré du schéma quinaire se trouve violé. En effet, l'incipit, au lieu de débuter par la description du cadre, sous-tendu d'un état d'équilibre, commence in media res par une séquence qui appartient à la troisième étape du schéma narratif (déroulement des actions) et qui se caractérise par une instabilité totale. D'emblée, Edwige, le personnage protagoniste, est interceptée dans un état de douleur extrême (Qui rend donc……pèse sur son âme). Et ce n'est que grâce à une analepse interne que le narrateur évoque ,d'abord ,«le fait imprévu», deuxième étape du schéma narratif (l'intrusion d'un étranger dans le château), ensuite, «l'état initial»,rejeté au troisième plan (Il y a quelques mois, il faisait un terrible temps……qui veut entrer), avant de revenir au «fait imprévu» , l'étranger, pour brosser son portrait physique et moral, en adoptant toujours ce style ambigu et abstrait.

b-Un style abstrait

Commencer un récit par une série de phrases interrogatives est un procédé narratif étranger aux procédés de la narration classique, (la narration réaliste, par exemple). Ce procédé montre l'intention du narrateur à instaurer dès le début du récit une situation d'attente angoissée à la manière d'une intrigue policière (Qui …? Que…? Croyez-vous…? Doutez-vous ? Pourquoi...?). Mais au suspense des procédés syntaxiques s'ajoute le suspense des procédés lexical et rhétorique qui tendent à l'abstraction absolue : le lecteur est soit devant un lexique hermétique qui retarde et brouille la compréhension, lexique soutenu et recherché d'une part (Albâtre, Elfes ,ciboire, sept glaives..), inaccessible ou inconnu au dictionnaire d'autre part (Willis) ; soit devant différents degrés de l'image (comparaisons, oxymores, personnifications..) qui, grâce à leur dimension abstraite ,suscitent l'émotion et une impression de terreur (plus morne que le désespoir, plus pâle que la statue d'albâtre qui pleure sur un tombeau, comme cette goutte d'eau qui suinte des voûtes du rocher, le feu rampait, le vent frappait, importun qui veut entrer, grâce scélérate, noir vernissé…). Le sentiment d'attente se trouve renforcé, finalement, par des sèmes en puissance qui permettent de suggérer un drame survenu ou à venir (coeur percé, terrible secret, depuis ce jour…ne fait que pleurer).

Conclusion

L'incipit, malgré sa transgression de certains procédés d'écriture, répond parfaitement à sa double fonction. Mais en présentant les personnages et le cadre spatio-temporel de l'action comme réels, il nous introduit d'emblée dans l'univers de l'indécision et de l'irréel. A la touche surnaturelle de sa fiction s'ajoute le suspense que met en relief les procédés de sa narration.

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