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Umbra



Par Imago



Gauthier avala le scotch d’une traite. Le liquide brûlant lui coula dans la gorge, lui faisant monter les larmes aux yeux. Pour la cinquième fois de la soirée, il se demanda pourquoi il buvait ainsi, alors qu’il ne supportait pas l’alcool. La réponse vint tout naturellement : son contact avait près d’une heure de retard, et ça le rendait nerveux. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas pris de douche, et pour cause, on lui avait coupé l’eau. Gauthier était aux abois.

Les temps étaient durs. Il y avait plus de runners que de boulots, et il avait foiré son dernier job. Ce n’est pas qu’il était mauvais, Gauthier avait connu son heure de gloire déjà.

Il se souvenait de cette époque, pas si lointaine, où il devait refuser du travail et où il vivait dans un appartement confortable, à défaut d’être luxueux. Mais le vent avait tourné, et le voilà aujourd’hui, à attendre que Robert  « Touche-touche » veuille bien pointer son nez.

Reposant son verre, il se remémora les informations que lui avait fourni le Johnson.

Voilà trois jours, un gang minable de St Denis, les « Têtes de plombs », ont attaqué un convoi appartenant aux industries Esprit, leur permettant d’obtenir du matériel militaire destiné à des forces de sécurité corporatistes. Le fait qu’ils aient mis la main sur du matériel militaire était assez dérangeant en soi, et Gauthier aurait compris que le Johnson veuille récupérer son bien, mais ce qui perturbait surtout le Johnson, c’était que ce gang, encore inconnu il y a un mois, possédait du matériel militaire AVANT. Vu la façon dont ils avaient agressé le convoi, c’était un miracle que tout n’ait pas explosé.

En clair, le Johnson voulait savoir comment ils avaient obtenu le matériel, qui était derrière tout ça, et comment récupérer son bien.

Ses pensées furent interrompues lorsque ses cyber-yeux se fixèrent sur un elfe aux cheveux blancs et habillé de synthécuir : Touche-touche.

«- Salut Gauthier, ça boume ? »

-Bordel, Touche-touche, t’as vu l’heure ? T’as de la chance que je me sois pas cassé à l’heure qu’il est !

-T’es sûr ? Parce que mes indics, ils seraient plutôt d’avis que t’es pas vraiment en fond en ce moment, et que ton boulot, c’est celui de la dernière chance. »

Gauthier secoua la tête. Génial, toute la communauté des ombres parisiennes devait être au courant qu’il était fauché. Le pire, c’est que Touche-touche avait raison, il était le seul qu’il soit en position de s’offrir pour l’instant.

« -Parlons boulot si ça te fais rien. T’as entendu parler d’un gang appelé les têtes de plombs ?

-Les têtes de plombs ? C’est marrant, on dirait qu’ils arrêtent pas de faire parler d’eux en ce moment. En tout cas, on peut dire qu’ils ont bien choisi leurs noms. Tu sais, ça m’a toujours fait marrer les noms débiles que se trouvent les gangs…. »

Gauthier grogna et interrompit son discours en tendant un petit paquet. Celui-ci disparut presque aussitôt de ses mains.

« -J’ai entendu dire qu’ils avaient fauché un convoi d’armement militaire. Pas bon ça, moi je dis. Pas des joujoux pour gangers.

-Je sais déjà tout ça. Ce qu’il me faut, c’est un historique et comment une bande de gangers minables a pu aborder un convoi d’Esprit lourdement défendu. »

Touche-touche se mordit les lèvres. Il espérait visiblement demander une rallonge pour la suite, mais comme il n'avait rien appris pour l’instant…

« -OK, je t’ai rien dit mais voilà ce que je sais. Ce gang est très récent, pas plus de deux mois. Je crois qu’il s’agit de la réunion de deux gangs minables qui se sont entretués, avant que le chef de l’un tue celui de l’autre. Il semblait devoir suivre le même chemin que tous les gangs du même acabit, mais le destin s’en est mêlé. D’un coup, ils se sont mis à sortir du matériel militaire ou de très haut grade. Ils semblent de plus avoir désormais une meilleure cohésion, et possèdent une véritable stratégie. En quelques semaines, ils ont décimés ou intégrés tous les gangs mineurs des alentours, formant le gang le plus influant de St Denis, et de loin le plus puissant. Les seuls encore au-dessus d’eux, c’est les gangs parisiens importants.

J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’un chef charismatique, comme ça arrive parfois, et que le gang s’éparpillerait à sa mort, mais si c’est le cas, il ne se montre pas. En fait, ça m’intriguait, et j’ai fait ma petite enquête, mais ça n’a servi à rien. Personne ne semble savoir ce qui ce passe. La seule chose que j’ai pu savoir, c’est que l’ancien chef semble toujours occuper ce rôle, mais qu’il en répond à quelqu’un d’autre. C’est tout ce que je sais. »

Gauthier hocha la tête. C’est plus qu’il n’en espérait. Que Touche-touche se soit intéressé à l’affaire était une aubaine.

« -T’es le meilleur, Touche-touche ! Tu peux garder une oreille qui traîne au cas où ?

-Pas de problème, du moment que le fric suit. »

Gauthier se leva et partit vers la sortie. Il entendit dans son dos Touche-touche commander une bière, et il l’envia. Mais la nuit n’était pas finie, et il avait du boulot.

Le troll jugea la silhouette dépenaillée qui se tenait devant lui avant de la laisser passer dans le hangar. Gauthier s’empêcha de soupirer de soulagement. Cela faisait deux jours qu’il observait les têtes de plomb, et il avait remarqué quelques petites choses à leur sujet. En autres, qu’ils se reconnaissaient essentiellement grâce aux couleurs de la bande. En effet, avec l’afflux massif de nouveaux membres et les autres gangs se faisant absorber, il était impossible de connaître tous les membres du gang. Gauthier les estimait déjà à plus de 150 au minimum. Mais cette négligence lui permettait aujourd’hui de pénétrer inaperçu dans ce qui semblait être un rituel d’initiation, grâce aux vêtements empruntés à un ganger quelques minutes plus tôt.

De nombreux membres s’étaient rassemblés ce soir pour assister à l’intronisation d’un ancien chef de gang en tant que lieutenant. L’entrepôt était plein. Au fond se tenait au autel à coté duquel se tenait le futur lieutenant, dansant d’un pied sur l’autre. En face, Gun Machine, le chef en titre attendait patiemment, les bras croisés sur la poitrine.

Gauthier se renfonça dans un coin, près de la porte. Il voulait être sûr de pouvoir partir au cas où ça tournerait mal. Après quelques minutes, le troll qui servait de portier rentra et ferma les portes en acier autant que les gonds rouillés le permettaient. Le silence se fit dans l’entrepôt. Tous les gangers semblaient attendre quelque chose.

Un mouvement sur la gauche, et les cyber-yeux de Gauthier zooment sur une silhouette encapuchonnée qui rentrait par la porte de derrière. Des murmures s’élèvent, rapidement étouffés par le « service d’ordre ». Gauthier distingue maintenant plus de détails : l’homme est un elfe, blanc et aux cheveux bruns. L’ombre de la capuche l’empêche néanmoins de distinguer plus de détails.

Celui-ci vient se placer au centre, devant Gun Machine, et fait face au jeune lieutenant. Celui-ci semble figé sur place et ne détache plus ses yeux de ceux de son interlocuteur.

« -Tu est ici aujourd’hui pour jurer fidélité à la nuit et aux ombres. Es-tu prêt à rejeter la lumière et à marcher dans les ténèbres pour le reste de ta vie ? »

Le ganger déglutit, visiblement impressionné.

« -Oui, je le suis. »

L’elfe tendit la main et toucha le front du jeune homme. Ses contours semblèrent commencer à se brouiller.

« -Sais-tu qui je suis ? »

Les contours devenaient de plus en plus difficiles à distinguer, ils semblaient grossir et se déformer. Là où se tenait l’elfe ne se tenait plus qu’un brouillard d’un noir de jais. Soudain, la brume sembla se solidifier pour former la forme terrifiante d’un dragon.

Gauthier avait déjà vu des dragons à la tridéo, comme tout le monde. Il regardait « Wyrm Talk ». Mais rien n’aurait pu le préparer à la vision qui apparaissait sous ses yeux.

Le dragon était d’un noir total, luisant. Ses écailles semblaient faites de diamant noir. Sa gueule était un gouffre sans fond. Ses griffes étaient des rasoirs d’ébène démesurés. Il semblait écraser l’entrepôt de sa taille, et il était facile d’imaginer qu’il aurait pu faire s’écrouler tout le bâtiment d’un seul coup de griffe.

Le jeune homme se jeta à genoux devant la bête monstrueuse.

« -Tu es les ténèbres dans lesquels nous vivons. Tu es l’ombre qui nous protège. Tu es la nuit qui nous couvre de ses ailes. Tu es un fragment de la pénombre originelle envoyé pour nous montrer la vérité qui réside dans l’obscurité. Tu es Umbra. »

Les paroles étaient clairement ritualisées, mais le ganger les déclamait avec une ferveur et un fanatisme qui effraya encore plus Gauthier. Nul doute que si le dragon le lui ordonnait, il se sacrifierait sans hésiter. Autour de lui, la foule commença à scander le mot Umbra, et Gauthier regarda autour de lui . Le troll chargé de garder la porte avait avancé et le passage jusqu’à celle-ci était libre.

Gauthier se faufila vers celle-ci aussi rapidement qu’il l’osait. Rien ne servait de rester trop longtemps en compagnie des dragons, surtout quand ils ne sont pas de votre coté.

Gauthier ouvrit la porte, qui grinça horriblement. Un moment, Gauthier se vit transformé en hot-dog géant, avant de réaliser que le bruit des ovations avait largement camouflé le bruit.

Gauthier se faufila à l’extérieur en soupirant et jeta un dernier regard en arrière. C’est alors qu’il croisa le regard de la bête. Elle le regardait, par-delà la foule des gangers en délire, deux puits jaunes fendus de noir. Et soudain, Gauthier eu la certitude horrible qu’elle savait, qu’elle avait deviné qu’il n’était pas des leurs. Mieux, il l’avait toujours su, dés l’instant où il était entré dans le bâtiment.

Gauthier sortit à reculons, essayant de se détacher de ce regard terrible, puis se retourna et s’enfuit dans la nuit, aussi vite que ses jambes le permettaient. Il était sûr que le dragon allait le rattraper, le dévorer, le déchiqueter ou le brûler, mais il ne pouvait s’empêcher de courir, cédant à un instinct de survie primal.

Finalement, après près d’une demi-heure de course ininterrompue, il se força à s’arrêter, son cœur plus tout jeune sur le point d’exploser. Il scruta le ciel, mais ne vit aucune ombre le survolant. Il sursauta lorsque la sonnerie de son téléphone de poignet se mit à résonner. La première frayeur passée, il boxa la touche de réception.

« -Ouais ? »

L’écran était noir, affichant en bas Audio seulement.

« Gauthier ? C’est Touche-touche. Ecoute, faut que je te parle, c’est assez urgent. Tu peux me rejoindre au bar Cobra dans une heure ? Je crois que cette fois –ci, t’as vraiment touché le gros lot. »

Gauthier se préparait à lui renvoyer une critique acerbe, lorsqu’il réalisa qu’il valait mieux qu’il garde pour lui ce qu’il avait vu ce soir, au moins pour l’instant. De plus, Touche-touche semblait extrêmement nerveux, et ce n’était pas le moment pour qu’il le lâche.

« OK, j’arrive. » fit-il dans un soupir.

Le bar Cobra était plein à cette heure, au début de la nuit. Des runners et des Johnsons défilaient, échangeant des poignées de mains alors que les contrats étaient noués. Aucun ne faisait confiance à l’autre , évidemment, mais en ce bas monde, c’est les apparences qui sont importantes.

Dans une alcôve protégée contre les systèmes d’écoute, un Touche-touche nerveux s’agitait et essayait vainement de se faire discret. Qu’il ait décidé de payer le surcoût pour la protection électronique montrait à quel point il était inquiet. Quand Gauthier s’avança vers lui, il eut un vrai regard soulagé.

« -Alors Touche-touche, de quoi voulais-tu me parler ? »

Ce dernier se pencha pour chuchoter, précaution inutile vu le générateur de bruit de fond, mais il n’est pas facile de se débarrasser des vieilles habitudes.

« -Gauthier, j’ai regardé du coté des activités des gangs comme tu me le demandais, et je suis tombé sur beaucoup plus gros que je ne le pensais. En faisant le tour de mes informateurs, je me suis aperçu que le cas des Têtes de plomb est loin d’être unique. Bordel, Gauthier, dans chaque banlieue d’importance, un gang d’inconnus débarque soudain avec du matos de pointe et décime tous leurs concurrents. J’ai pas pu trouver encore qui était derrière tout ça, mais faut pas être diplômé de la Sorbonne pour voir qu’il y a anguille sous roche. En faisant appel à d’anciennes faveurs, j’ai déterré un nom : les Griffes de la Nuit. Il s’agirait d’un groupe de lanceurs de sorts. Du type puissant, tu vois, tous d’anciens runners qui se sont mis à leur compte. J’ai pas de détails, mais je parierais que chacun vaut bien trois magos ordinaires. On dit aussi qu’il y aurait un chef caché, mais pas d’infos là-dessus. Le seul qui ait bien voulu m’en parler est un ganger qui n’appréciait pas la tournure des événements, mais il est mort avant qu’on ait pu finir notre conversation. Putain, j’ai moi-même failli y rester ! Et si ces gars sont aussi déterminés qu’ils en ont l’air, je ferais mieux de partir en vacances. Alors j’espère que tu va bien me payer cette fois. »

Gauthier se renversa dans son fauteuil, mémorisant ces informations et essayant de les intégrer. Et il n’aimait pas leur implication. Si chaque gang était aussi bien fourni que les têtes de plomb, cela faisait au niveau de l’effectif…

Non, mieux valait ne pas y penser. Gauthier donna distraitement le reste de l’avance du Johnson à Touche –touche qui déguerpit aussitôt. De toute façon, il avait fait son boulot aussi bien qu’on pouvait le lui demander. Maintenant, il était temps de rappeler le Johnson.

Gauthier se pencha sur la table qui renfermait des merveilles technologiques et appuya sur quelques touches pour obtenir une ligne télécom. Le message d’accueil s’affichait quand une voix derrière lui le fit sursauter.

« Monsieur Gauthier ? »

Celui qui avait prononcé ces mots était un elfe élégant, habillé d’un costume haut de gamme et d’une cape flottante Mortimer.

« Seriez-vous libre ? Je voudrais discuter avec vous de certains problèmes qui doivent trouver une solution,disons, officieuse. »

Gauthier soupira. Un Johnson. Décidément, ses nerfs lui jouaient de plus en plus de tours avec l’âge. Il vieillissait et il songea qu’il devrait bientôt se retirer. Il renvoya d’une touche la ligne télécom.

« -Cette place est libre, essayez-vous » fit-il à l’adresse de l’elfe.

« -Je vous remercie. Je suis honoré de rencontrer un homme de votre stature. Vous avez, comment dire, un flair véritable pour les affaires.

-J’essaie de faire mon possible. Que puis-je faire pour vous ? 

-Ma foi, j’ai appris, peu importe comment, que vous enquêtiez sur des gangs en ce moment. Je suis venu pour vous convaincre que quelqu’un de votre stature devrait s’intéresser à des affaires autres que de vulgaires gangers. »

Gauthier se raidit. L’elfe n’était peut-être pas un Johnson finalement. Sa main se rapprocha lentement de son arme.

«  Je conçois bien sûr que l’affaire sur laquelle vous enquêtiez vous passionne » poursuivait l’elfe « et j’admire votre conscience professionnelle, mais je vous conjure d’oublier toute cette affaire. En fait, je suis ici pour vous y aider. »

L’elfe tendit la main à une vitesse surhumaine et un flash se produisit. Gauthier tenta de rejoindre son revolver dans son holster, mais le monde commença à tournoyer autour de lui, et il chuta dans le noir.

L’humain referma son téléphone portable et attendit l’elfe.

« -Pas de problème ?

-Aucun. Il ne se souvient de rien. Du coté de la matrice ?

-Archange a réussi à localiser la ligne du Johnson, et il lui envoyé un faux rapport. Tu as fait ce que je t’ai demandé ?

-Oui, c’est fait. J’ai influencé l’esprit d’un corpo qui va lui filer un travail bien payé. Je ne comprendrais jamais ta sensibilité à cet égard. Enfin, du moment que ça ne nuit pas à notre cause… »

L’humain soupira.

« -Imago, tu te rend bien compte que tout ceci ne tiendra pas longtemps. De plus en plus de fuites se profilent. On ne peut pas surveiller chaque ganger, et on ne pourra pas effacer la mémoire de tous ceux qui s’y intéressent. Même si nous y parvenions, tôt ou tard, certains se souviendront.

-Tu dramatises, comme toujours, Talion. Nous n’en aurons pas besoin. D’ici moins d’un mois, nous aurons solidifié notre contrôle sur les ombres de banlieue. A partir de là, il ne nous faudra pas longtemps pour déraciner les dinosaures que représentent la mafia et les autres syndicats. La France sera notre berceau, celui qui verra la naissance d’un nouveau type de crime organisé. Umbra sera prochainement la seule organisation du crime dans notre beau pays.

-Un brin mégalomane, tu ne crois pas ?

-Et alors ? Les dragons ont le droit d’être mégalomanes. »

Imago se tourna vers son compagnon. Ses yeux étaient deux puits jaunes fendus de noir.
Informations pour le jeu :

Umbra est un nouveau type d’organisation criminelle basée sur l’exploitation de la force brute des gangs, dirigée par une poignée d’individus très puissants, et renforcé par un corps d’élite chargé de s’occuper des problèmes où le scalpel est préférable à la massue.

Sa structure est en fait encore très souple, car se pliant aux ordres des dirigeants. Ceux-ci sont pour l’instant inconnus, mais on sait qu’un groupe d’initiés connus sous le nom des Griffes de la Nuit s’y trouve. Des rumeurs font aussi état d’un dragon qui dirigerait en sous-main toute l’affaire.

Les plus observateurs auront remarqué que dans l’hypothèse du dragon, il ne fait qu’un avec Imago, un ex-runner chaman elfe. Imago était-il un dragon depuis le début et trompait-il son entourage, voire continue à le tromper ? Imago est-il mort sous les griffes d’un dragon qui a pris sa place ? Est-ce encore une autre solution ? Je vous laisse toute latitude sur ce point, même si j’ai ma propre hypothèse. Si vous voulez savoir ce que j’utilise pour ma campagne, envoyez-moi un mail.

Au niveau statistiques, les Griffes de la Nuit comportent mages, chamans et adeptes, avec une moyenne de 6 niveaux d’initiation et beaucoup d’argent en banque. Les groupes d’élites sont l’équivalent des archétypes de samouraïs ou de mercenaires au minimum, voire bien plus. Les gangers correspondent à l’archétype, mais avec un bon matériel et une compétence pour s’en servir. Il n’est pas rare qu’ils sortent des armes lourdes.

On peut prévoir que la volonté expansionniste d’Umbra va déclencher une guerre entre les syndicats. Dans les faits, la stratégie utilisée par Umbra est de déclencher la guerre entre la Mafia et les Yaks, si possible en impliquant les autres syndicats. Ainsi, ils pourront arriver après la bataille pour récupérer les marchés en ruine.

Un bon moyen d’impliquer les PJ serait de les faire employer par la mafia ou un autre syndicat. Umbra pourrait par exemple faire assassiner Kenji Koriato, l’Oyabun parisien, pour faire porter le chapeau par Don Syfferetti, le parrain de la mafia parisienne, déclenchant les hostilités. Les PJ devrait comprendre que quelque chose cloche et désigner le vrai coupable à la fin de leurs investigations. Evidemment, Umbra tentera de les réduire au silence avant qu’ils ne sabotent leur plan. Cela ouvre de plus la porte à d’autres scénars puisqu’ils s ‘attireraient les bonnes grâces de Syfferetti qui pourrait les engager pour la guerre qui s’ensuivra.

Alternativement, ils pourraient travailler, consciemment ou non, pour Umbra, auquel cas, ils seraient par exemple chargés de l’assassinat en question, tout en laissant les fausses preuves, puis de détourner les soupçons des hommes de main un peu trop malins.

Dans tous les cas, n’oubliez pas qu’Umbra possède quelques agents infiltrés et de nombreuses relations. En fait, Imago lui-même est un ami de Don Syfferetti et un des rares métahumains pour lesquels Kenji Koriato ait de la sympathie.

Le destin des ombres parisiennes est entre vos mains.


Douce Vengeance

Il leva son arme pour se défendre. Son épée vint heurter l'arme de l'attaquante dans un bruit métallique désagréable.

Ils se regardèrent un instant.

Elle était horrible à voir. C'était d'ailleurs la première fois qu'il affrontait un esprit insecte, mais il les connaissait de réputation. Et celle-ci n'avait rien à envier aux folles rumeurs qui parcouraient la Matrice.

Il avait affaire à une fourmi. De la taille d'un homme.

Ses mandibules se contractaient de manière irrégulière, comme si elle se préparait déjà à lui déchirer la peau. Mais il la vendrait chèrement, sa peau...
...
Tout avait commencé le 13 novembre 2056, par un mardi pluvieux, mais combien de mardis ne sont pas pluvieux, à Seattle ? Il pleuvait 300 jours sur 365, et quelques fois, ce qui tombait ne ressemblait pas à de l'eau de pluie...

Thomas Martin, alias Kash, était shadowrunner. Il passait sa vie à courir sous les balles pour le compte de corporatistes, le plus généralement, qui se croyaient bien plus dignes de vivre que lui.

Ce 13 novembre, il avait été engagé par un gars du nom de Steve Smith, mais Kash se doutait que Smith devait être un nom d'emprunt. Ce Smith, donc, l'avait chargé de mettre la main sur une puce électronique, détenu par un certain Alexander Yonami, cadre d'Ares Macrotechnology. Et il s'était trouvé que ce Yonami n'était pas un homme ordinaire...
...
Son arme se brisa sous la pression des pattes gigantesques du monstre. Kash fut déséquilibré et tomba en avant, juste sous la gueule du monstre. Celui-ci s'abattit d'un coup sur le runner, obscurcissant largement son champ de vision. Kash sentit le souffle putride de la créature sur son visage, et vit les mandibules s'approcher lentement de sa tête. Il passa en revue tous les sorts qu'il connaissait...
...
En perception astrale, Yonami ressemblait à un individu ordinaire, mais le fait qu'il travaille dans la section "Recherches et Développements Magiques" d'Ares tendait à démontrer qu'il devait posséder certaines affinités avec la magie.

Kash avait appris que le cadre vivait seul dans un appartement du centre-ville de Seattle. Kash avait engagé un decker pour mener une enquête matricielle sur lui. Le decker avait découvert que Yonami travaillait pour Ares depuis plus de cinq ans, et qu'il avait participé à de nombreux succès de la corporation en matière d'avancées magiques. Son nom était cité de nombreuses fois dans plusieurs articles de revues scientifiques, magiques ou mondaines. En effet, il avait perdu sa femme l'année dernière, et d'après certains magazines "à sensation", il avait commencé à boire suite à cet événement...
...
Le sort Eclair frappa la créature de plein fouet. Elle vola sur quelques mètres pour atterrir dans un bruit mat. Kash en profita pour se remettre debout et, mentalement, il passa en revue son grimoire de sorts.

La fourmi se relevait déjà, comme si l'éclair n'avait été qu'une simple décharge de courant. Une voix désincarnée lui parvint :

" Il faut te rendre à l'évidence, tu n'es pas de taille..."
...
Cela faisait plusieurs jours que Kash suivait Yonami. Celui-ci menait une vie corporatiste banale : la journée, il se rendait à son travail, le soir, il allait prendre un verre dans un bar nommé "Le Crochet" puis rentrait chez lui.

Kash n'avait pas encore essayé de se rendre chez le corpo en projection astrale, de peur de se faire découvrir par un esprit gardien, mais il pensait sérieusement tenter le coup. Pour l'instant, il s'était contenté de le suivre. Le troisième soir il se rendit à l'entrepôt n°59...
...
Le runner se retourna pour regarder qui lui parlait, et découvrit un homme vêtu d'une sorte d'armure de chitine noire aux reflets brillants. L'homme en question était plutôt grand et il portait à la main un couteau à la lame noire.

Un couteau rituel.

Son armure faisait ressembler son corps à celui d'une fourmi, et seul son visage indiquait à Kash qu'il avait affaire à un humain. Les yeux injectés de sang de l'inconnu le fixaient avec envie. Et c'est alors que le runner le reconnut.

Alexander Yonami...
...
Kash regarda le corpo pénétrer dans le bâtiment en béton. Il était 23h21 à sa montre. Il attendit.

Au bout de deux heures, le runner se demandait ce que pouvait bien faire un corpo pendant si longtemps dans un endroit comme celui-ci. Il se décida à entrer à son tour. Il vérifia son Fichetti 2000, une arme de poing assez efficace, et sortit de sa voiture. Il alla chercher dans son coffre son épée longue, cadeau de son oncle. Il valait mieux assurer ses arrières, on n'était jamais trop prudent...
...
Mais quand Yonami s'approcha de lui, une idée s'imposa à son esprit. Une idée terrible. Une idée qui le paralysa littéralement.

Son armure n'était pas une armure. C'était sa peau.

Il voyait le "corpo" s'avancer sur lui. Tétanisé, il allait assister à sa fin...

Le monstre Yonami prit la parole.
...
Il pénétra dans le bâtiment par une porte arrière. Le peu de lumière qui filtrait du toit troué lui suffisait à voir. L'entrepôt était empli de palettes et de caisses en bois. On voyait plusieurs chariots élévateurs ainsi qu'un semi-remorque. De la lumière sortait de la remorque. De la lumière et des ombres. Et les ombres bougeaient à l'intérieur du camion.

D'où il était, Kash ne voyait pas l'intérieur de la remorque. Il s'avança.
...
"Je sais pourquoi tu es là. Mais tu ne sais pas qui je suis. Alors laisse-moi éclairer ta lanterne, mon cher.

Je suis Patte-Griffue et je suis un Chaman. Mais un chaman d'un type différent de ce que tu connais. Mon Totem est Fourmi et je suis sur Terre pour le servir, et servir mes congénères.

Ce soir, tu vas mourir, je peux donc tout te révéler. J'ai toujours eu ce côté mélodramatique..."

La créature derrière Kash émit un bruit ignoble, peut-être une sorte de rire...

"En 2055, Chicago a été fermée. Et la plus grande de nos fourmilières a été détruite. Par ta faute. Ou celle de tes frères humains. Mon Totem m'a dit que la corporation que j'infiltrais en était responsable. J'ai décidé de me venger. Mais si les fourmis sont éphémères et pressées de vivre, moi pas. Je prépare ma vengeance contre Ares depuis plus d'un an, et tu peux voir que j'ai bien avancé. Au fait, tu n'as pas dit bonjour à ma femme..."
...

Kash s'était rapproché de la remorque. Il était à une dizaine de mètre d'elle quand il put voir ce qu'il y avait dedans, quand il compris ce qu'il y avait dedans. Un immense cocon, recouvert d'une sorte de toile d'araignée mêlée à une substance gélatineuse luminescente. Et des créatures qui se mouvaient à l'intérieur du cocon.

Il entendit un bruit sourd derrière lui, et se retourna à une vitesse à peine croyable, grâce à ses foci de rapidité.

Il se maudit d'être venu déranger ces choses quand il vit ce qu'il avait devant lui...
...
Kash se rendit compte que son corps ne lui obéissait plus. Du coin de l'œil, il observait la fourmi géante qui le contournait, une bave verdâtre aux lèvres. En face de lui, le corpo déblatérait des âneries à propos d'une mission donnée par Fourmi : vaincre Ares. Yonami disait qu'avant, il avait sauvé sa femme de la mort en lui donnant l'immortalité de l'esprit fourmi, et qu'il espérait que tous deux, ils parviendraient à fonder une fourmilière conséquente, dont il se servirait pour attaquer Ares, comme le lui avait ordonné Fourmi.

Le Chaman Fourmi s'était approché de Kash de manière à mettre son visage à moins de 10 centimètres du sien. Sa "femme" s'était elle aussi approché de lui, et il sentait plus qu'il n'entendait ses mandibules claquer dans son cou.

Kash se concentra, usant de toute sa volonté pour se libérer du sort.

Il sentit son énergie magique l'envahir, et visualisa le sort qui le paralysait en astral. Il se prépara à lancer un sort contre le sortilège du chaman... mais sa concentration se brisa en même temps que sa nuque quand les mandibules de l'esprit fourmi lui déchirèrent le cou.
M. Yonami et sa femme firent festin cette nuit-là..
Par Jérôme "Angelus" Tromparent
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