I. Christianisme et humanisme : les arts visuels entre recherche d’expressivité et idéal antique








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date de publication08.06.2018
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Naturel et idéal dans les arts visuels

du Moyen-Age à nos jours
Bien sûr c’est un travail sérieux partant d’une problématique qui demanderait un peu plus de quuestionnement
Introduction


  • Idéal → cf. art antique et « canôn » de Polyclète, mesure, proportion des corps → idéalisation du corps à travers la sculpture. Période dite classique. Oui.

  • Naturel → représentation réaliste (au sens commun, pas forcément d’allusion au courant du XIXe), qui vise une certaine expressivité, un certain mouvement, sans exagération (cf. maniérisme ou baroque), sans souci nécessaire de beauté ou de proportion. +/- mimésis (qui depuis l’antiquité définit les qualités du peintre et du sculpteur).

  • Arts visuels : excluent l’architecture → principalement peinture et sculpture ( + enluminures, mosaïques, fresques…).


→ Se poser la question du naturel et de l’idéal dans les arts visuels du MA à nos jours, c’est donc envisager que l’idéal antique connaît une certaine postérité, et qu’à la fois, une autre approche de la représentation, plus naturelle, fait jour. Donc : notions de rupture et de continuité au centre de la réflexion. Oui bien sûr, mais il ne faut pas dire que l’Antiquité était idéale et le Moyen Age s’en est éloigné. Les choses sont plus compliquées.

Attention ! Selon Panofsky la sculpture des Anciens était à la fois emprunte d’idéal, qu’il appelle aussi « classique » (-> beauté : Aphrodite, Hermès de Praxitèle, majesté : Athéna ou Zeus de Phidias) et de naturel (cf. Discobole de Myron, Apollon sauroctone, Spinario, Gladiateur Borghèse, Gaulois mourant, Laocoon etc.).

Selon lui le Moyen Age a dissocié le naturel (expressivité, « réalisme ») de l’idéal classique la délicatesse des belles madones et plus du côté de l’idéal mais elles manquent de naturel, la statue d’Adam de Notre-Dame de Paris est plus du côté du naturel ce qui ne signifie pas qu’elle n’est pas belle, mais les proportions ne sont pas respectées, le mvt du corps manque d’équilibre. Inversement Hercule de Nicola Pisano est d’une beauté idéale alors que celui de Giovanni à la chaire de la cathédrale de Pise est plutôt d’une allure pathétique qu’on pourrait rapprocher du Laocoon). Selon lui il faut attendre le Saint Georges de Donatello et surtout le David de Michel Ange pour que classique et naturel fusionnent de nouveau
Problématique : en quoi les arts visuels oscillent-ils entre naturel et idéal, c’est-à-dire entre rupture et continuité, du MA à nos jours ?

I. Christianisme et humanisme : les arts visuels entre recherche d’expressivité et idéal antique

(Jusqu’au Quattrocento)
1. Le christianisme médiéval et son art : une rupture dans les arts visuels dans le haut MA et le MA central « classique »


  • L’art religieux du haut MA s’inspire surtout du hiératisme byzantin. Rupture parce que les corps et les scènes représentées ne sont plus idéalisées → l’homme qui regarde est écrasé sous la (les) figure(s) divine(s), (attention, l’homme est aussi très proche du sacré dans l’adoration des icônes qui établissent un lien affectif avec les saints ou avec la divinité) il n’est plus fasciné par la beauté anatomique d’un corps complètement idéalisé (cf. art grec classique). Pour autant, pas de recherche formelle de naturel : la portée est avant tout liturgique.

  • Mais : l’antique ne disparaît pas complètement → cf. humanistes du MA, qui étudient encore les textes, etc + Charlemagne qui veut reproduire la grandeur de Rome et de son empereur, en l’occurrence, lui-même (même si cela passe surtout par l’architecture). Dans les arts visuels à proprement parler, jusqu’à la fin du XIIe, on ne voit plus d’idéalisation des corps ou des scènes représentées.

  • Mais : dans les enluminures, notamment celles de l’évangéliaire d’Ebbon (Reims), on voit apparaître quelques éléments antiques. Mais : idéalisation ? Certainement pas → vitalité des figures, allures parfois caricaturales, gestuelle expressive.

  • Donc : ni d’idéal (plus de corps comme ceux de la Grèce classique) ni de naturel (soit hiératisme, soit caricature) → rupture. Oui.


2. La recherche d’une nouvelle expressivité : la fin de l’idéalisation ?


  • Avec l’art gothique, les artistes parviennent à créer des formes qu’ils estiment avoir autant de valeur que les créations antiques → ils n’ont plus besoin de les ériger en exemple, de les idéaliser encore plus. Si, certains théologiens (cf. Adhémar) ne condamnent pas la culture antique, la grande majorité est loin d’idéaliser l’Antiquité et préconise la lecture des textes bibliques avant tout (cf. Saint Bernard de Clairvaux).

  • Gothique, en sculpture notamment : naturel des figures, silhouettes réalistes , beauté des visages, finesse des traits, plis qui tombent naturellement + saints habillés comme au MA (donc pas d’idéalisation du saint en tant que tel → il est placé au niveau des hommes).

  • Donc : rupture par rapport à la Grèce classique (corps complètement idéalisés, idée du Beau chez Platon et surtout chez Plotin, cad Beau en soi et l’histoire des jeunes filles qui posent pour que l’artiste, Phidias, prenne ce qu’il y a de mieux chez elles) mais aussi rupture par rapport à l’art du haut MA (beaucoup plus d’expression et de naturel oui -> rupture avec le hiératisme byzantin mais lire la mise au point plus haut pour plus de nuances).

  • Exception à Reims, avec le groupe de la Visitation, inspiré selon Adhémar des enluminures de l’évangéliaire d’Ebbon (exemple à développer dans une dissertation rédigée). Mais : expériences sans lendemain.

  • Mais : ne peut-on pas voir là une sorte de nouveau canon, de nouvel idéal du corps, justement et paradoxalement, doit être naturel ? L’expressivité des corps est poussée très loin → n’est-ce pas là une vision de ce que doit être la représentation des corps ? Ne pas oublier l’Italie du Dugento et surtout Giotto qui a marqué la représentation d’une figure humanisée, expressive rompant avec le byzantinisme !


3. Le clivage gothique / antique dépassé : vers une nouvelle vision de la représentation


  • Oui mais situer dans le temps et dans l’espace Forte présence de l’influence antique : début d’idéalisation des corps, de recherche du Beau, nouvelles manière de glorifier les personnages dont il est question, et à la fois d’expérimenter les possibilités offertes par la matière. Toujours présence également du gothique international, que l’on retrouve dans l’expressivité et la gravité (= à quoi ce terme fait-il référence ? -> exemple ? des personnages. Apparition du portrait et recherche toujours grandissante d’individualisation, d’expressivité, et de réalisme psychologique. Oui.

  • Donc : à la fois rupture et continuité → rupture parce qu’on ne se trouve plus dans une logique d’idéal anonyme à représenter (→ individualisation des figures), continuité parce que de nombreux éléments de l’art antique persistent (→ position, iconographie...).

  • Dessins de Pisanello : tendent vers l’antique, mais sont encore anguleux, maladroits, etc.

  • Massacio, Le Tribut de Saint Pierre, fresque de la chapelle Brancacci : corps en mouvement (mouvement ? c’est relatif…), expressivité, gestuelle (cf. gothique très limitée au stricte nécessaire pour la compréhension du récit) mais toges à l’antique + dignitas, gravitas (cf. Giotto et Antiquité) Oui !

  • Mantegna, Saint Sébastien : rupture avec le gothique international. Expressivité mais corps très athlétique + vestiges → colonne et chapiteau corinthien, peint très minutieusement. Douleur idéalisée.

  • Donatello à Orsanmichele, « imitatore degli antichi e della natura », Saint Georges, Jean, Marc : grâce, authenticité, humaine, apparence naturelle et idéale à la fois (Oui), ronde bosse, ordonnent elles-mêmes l'espace. Statue équestre de Gattamelata ( ?): retour à l'Antiquité, cf. Marc Aurèle, bronze, concentration du visage.

  • On a bien une nouvelle vision de la représentation, ni tout à fait idéale au sens antique du terme, ni tout à fait naturelle comme pouvaient l’être les représentations gothiques → début de Renaissance ?

Un oubli : la Vénus et le Printemps de Botticelli : les sujets mythologiques qui se multiplient à partir du XVe siècle favorisent l’introduction du nu. Opposition entre la Vénus céleste (nue, beauté idéalisée, couleur d’ivoire qui évoque plutôt une sculpture qu’un corps réel, véritable christianisation de la déesse païenne : cette « Vénus pudica » a une expression du visage emprunte d’une douce mélancolie inexistante dans les statues antiques, comme d’ailleurs n’est pas antique la position des mains qui ne cachent pas les seins ni l’entre-jambes qu’on ne montrait pas, comme c’était l’usage, mais que Botticelli décide de montrer de manière suggestive par la l’ondulation de la longue chevelure). Titien reprendra dans amour sacré amour profane le thème (cf. lumineuse analyse iconologique de Panofsky dans Essais d’iconologie, les thèmes humanistes dans l’art de la Renaissance ainsi que par Abby Warburg dans Essais florentins).

→ A la fois idéal et naturel, rupture et continuité. Mais : émergence d’une nouvelle vision de la représentation. Intérêt pour les textes classiques et l’art classique → Renaissance. Mais : simple reprise, ou innovation ? Continuité / rupture pures, Innovation stylistique ou Antiquité revisitée ?

La rupture a commencé avec Pétrarque (XIVe), incontournable pour montrer le changement de paradigme par rapport à l’Antiquité (dans la poésie mais cette approche .
II. Innovation et modèle antique : une association paradoxale ?

(XVe ( : ? je ne comprends pas, le XVe a déjà été traité dans la partie précédente – XVIIIe)
1. La reprise des canons de l’Antiquité : copie ou appropriation ?


  • La Renaissance se fonde sur l’art antique → reprise des idéaux esthétiques (dans tous les domaines des lettres et des arts), technique considérée comme digne d’appropriation, iconographie introduite beaucoup plus nettement dans les œuvres.

  • Mais : c’est aussi l’époque de l’Humanisme, de la Pléiade (→ volonté d’enrichir la langue vernaculaire par le latin et le grec et non de la faire disparaître à leur profit), de la redécouverte du corps et de son anatomie → le naturel est maintenu voire recherché, on tend vers une certaine expressivité, vers une communication entre l’œuvre et celui qui la voit et la regarde.

  • Donc : idéal antique, admiration pour l’Antiquité, etc., MAIS avec un souci de retranscrire le corps tel qu’il se donne à voir dans tout sa beauté → héritage à la fois de l’Antiquité et du gothique international.

  • David, Michel-Ange : recherche de réalisme (veines sur les mains pex), soin apporté au détail, expressivité du visage. Mais : grande influence antique, corps idéalisé, attention portée sur l’anatomie (bien que disproportionné) → +/- fusion gothique naturel /classique.

  • Pietà, Michel-Ange : +/- même chose, on voit la douleur sur le visage de la Vierge et la matière charnelle du corps du Christ (paradoxe ?), drapé ample. Mais : scène elle-même complètement idéalisée, grande beauté de la Vierge (dont on devine les seins).

  • L’école d’Athènes et (!) la dispute du Saint Sacrement, Raphaël : « naturelle opposition » entre Antiquité et Christianisme, mais nuance est faite en réunissant les deux œuvres dans la même salle → idéal d’une « cohabitation » ? Utopie dans laquelle serait fondue la Cité idéale platonicienne et la Jérusalem Céleste ? Donc : association paradoxale, entre l’image d’une opposition factuelle (les deux œuvres s’opposent, se font face je ne dirais pas cela, les deux images dialoguent, se complètent)) et la réalité d’une association spirituelle idéalisée (en effet le triomphe de la Cité de Dieu devient possible, se renforce même grâce à l’esprit de l’Antiquité représenté par les Arts, la Science, la Philosophie, Platon n’était pas un païen mais une sorte de « prophète », son monde des idées fusionne avec la Jérusalem céleste. Pied d’égalité entre Platon et Aristote et la Sainte Trinité : ces figures emblématiques sont placées en haut (escalier / nuages et « putti »). Préciser donc le soubassement théologique néo-platonicien de cette œuvre qui affirme l’unité du beau, du juste du vrai (Idea Panofsky)

  • Donc : à la fois rupture et continuité → les canons de l’Antiquité sont repris mais pas en tant que tels, ils sont revisités par des artistes imprégnés du gothique international et soucieux de placer l’homme lui-même au centre de toute préoccupation → à la fois naturel et idéal.


2. Le classicisme et le baroque : le naturel mis à l’écart ?


  • Au XVIIe, grand débat « classique » / « baroque » → on recherche ce qui est le mieux, on hésite entre les deux, on cherche à se détacher clairement de l’un ou de l’autre.

  • Le Grand Style français maintient l’idéal antique et l’élève quasiment comme règle absolue → héritage de l’Antiquité et de la Renaissance, c’est donc une Antiquité revisitée donc l’idéal est retenu. Mise en ordre des héritages grecs, romains, de la Renaissance. Essor de la peinture héroïque (cf. iconographie antique).

  • Baroque : hérité du maniérisme ? Mouvement exagéré, surcharge décorative, effets dramatiques, tension, exubérance, grandeur.

  • Paradoxe entre la reprise d’un art antique qui attache pourtant de l’importance à l’expressivité, au pathétique (forme de « naturel idéalisé » ?) et un art baroque qui refuse cet idéal pour tomber dan un autre, celui de l’exagération, de l’accentuation du naturel ( cf. concept de sublime défini par Hugo au XIXe ? → Drame = sublime et grotesque → cf. +/- théâtralisation que l’on peut voir dans le baroque ?). De + : le portrait n’est pas abandonné → représentation du naturel (et pas traits idéalisés qui visent un beau en soi), mais peut-on aller jusqu’à parler de réalisme ? (discutable).

  • Poussin, Céphale et Aurore : iconographie antique, corps dénudés, drapés à l’antique (drapé d’Eos → cf. drapés des statues antiques de Vénus/Aphrodite, idem pour sa coiffure), lauriers sur le personnage allongé, cheval ailé. Mais : présence de deux « putti », mouvement, gestuelle, expressivité. Le corps de Céphale tend vers le canon de l’athlète alors que celui d’Eso (Aurore) a plus la morphologie que l’on connaît aux femmes du XVIIe (ventre, bas du dos très charnels + pieds nus → dimension érotique, Eos cherche à faire montre de ses aouts pour garder Céphale avec elle). Donc : idéalisation, mais recherche d’expressivité.

  • Rubens, Portrait d’une dame avec son nain : portrait, mais visage très idéalisé. A l’arrière-plan, colonnes à chapiteaux corinthiens → grand intérêt pour le décor et la lumière. Portrait et visage du nain représenté +/- avec ses défauts (mais par prototype, par la représentation typique que l’on se fait du nain à l’époque ?) → baroque.

  • D’autres déjà placent au centre de leur art la représentation du naturel en et pour lui-même : cf. Georges de la Tour, Rembrandt, les frères Le Nain.

  • Donc : à la fois reprise du modèle antique (bien que revisité) et à la fois style nouveau avec le baroque (même si héritages de l’Antiquité et de la Renaissance). Difficile de parler d’innovation et de modèle antique, les deux courants associant les deux, chacun à leur manière. Le naturel toutefois n’est pas mis à l’écart : l’idéalisation n’est plus complète → intérêt croissant pour l’expressivité.


3. Le retour de l’antique : l’idéal prend le pas sur le naturel


  • Au début du XVIIIe, l’art antique semble dépassé → le baroque est rejeté par les autorités (cf. Bernin et la statue équestre de Louis XIV, refusée par le roi puis transformée) mais les commanditaires comme les artistes veulent se détacher de ce qui commence à être un certain académisme +/- dogmatique, doctrinal (le « Grand style » français) . Intérêt pour l’antique redonné par les découvertes d’Herculanum (1738) et de Pompéi (1748).

  • L’antique revient en masse à partir du milieu du XVIIIe → anticomanie des élites, accès aux résultats de fouilles, dessins, etc. Naissance de ce que l’on nomme le néo-classicisme, en architecture surtout (p.ex Greek Revivial cf. Palladianisme, Renaissance grecque, Regency) mais aussi dans les arts visuels et le mobilier. Grande place jouée par les autorités, qui voient dans la représentation à l’antique le moyen d’asseoir leur grandeur (p.ex Catherine II ou Frédéric II).

  • Sur le plan esthétique : reprise des canons de l’Antiquité, de l’iconographie antique, des figures et des motifs. Impact sur le pouvoir : cf. empire romain, naissance d’un certain patriotisme (notamment avec Napoléon en France) place de l’armée, etc.

  • J.-L. David, Académie dite Patrocle : corps qui rappelle ceux des athlètes, grande recherche sur l’anatomie, mais complète idéalisation → mise en valeur de l’homme. Personnage de Patrocle : reprise d’un personnage de la Guerre de Troie, dont la mort est souvent sublimée et rendue avec un grand pathétique (parce que par erreur). Ici, Patrocle vivant.

  • J.-L. David, Le serment des Horaces : style très antiquisant, personnages habillés à l’antique (plus du tout de disjonction dont parle Panofsky jusqu’à la fin du MA), représentation très sévère du devoir et du respect, du courage et de la responsabilité. A l’arrière-plan, colonnes (et décompo sition tripartite). Mais : David se détache toutefois d’un certain académisme (touche « plate ») Modèle : la sculpture antique : reliefs.

  • Ingres, Napoléon Ier sur le trône impérial : portrait de Napoléon, mais complètement idéalisé. Attributs antiques : lauriers, aigle, etc, propres à l’empereur Napoléon qui se comparait à un « imperator » romain, cad un général → dimension militaire et autoritaire → médaille de la Légion d’Honneur (créée par lui-même en 1802). L’Antiquité est fondue au présent. Sorte de « méta-représentation » : Ingres fait une représentation à l’antique d’un empereur qui est lui-même une représentation de l’antique → mise en abyme du renouveau de l’Antiquité, à tous les niveaux.


→ Peut-on bien parler d’innovation et de modèle antique de la Renaissance au XVIIIe siècle ? Le terme d’innovation pose problème → l’Antiquité est plutôt revisitée à travers l’héritage du gothique international, parler d’innovation pour désigner le baroque semble donc un peu abusif. Quand à l’expression « modèle antique », si elle peut convenir pour le XVIIe et le XVIIIe, elle demeure à nuancer, paradoxalement, à la Renaissance : certes, l’Antiquité apparaît comme un idéal, un exemple, mais dans les œuvres mêmes, ce modèle est à nuancer → expressivité, corps en mouvement, tension dramatique (voire pathétique). Le corps est représenté dans toute la beauté de son anatomie, mais on peu relever nombreuses disproportions par rapport au canon de Polyclète. Donc : source antique certaine à la Renaissance, l’Antiquité est vue comme un idéal, mais elle est revisitée et pas copiée au sens où les Romains copiaient les Grecs pendant la période hellénistique → continuité assurément, mais aussi certaine rupture. Associer idéal et naturel semble ainsi moins paradoxal qu’il n’y paraît : au XVIIe, de nombreux artistes rejettent l’antique et insiste sur le naturel, d’autres associent les deux dans des œuvres baroques. Le XVIIIe certes, par sa dénomination même de « néo-classicisme », se fonde entièrement sur une esthétique antique. Mais : ne dure pas → la modernité, qui voit émerger l’individu artiste, bouleverse les rapports entre idéal et naturel. Le rapport à l’antique s’en trouve changé : quelles sont les nouvelles ruptures et les nouvelles continuités qui apparaissent au XIXe et au XXe siècle ? Sont-elles les mêmes qu’aux siècles précédents ? Éviter de répéter la même formule à chaque transition. Plutôt qu’une expression passe partout préférer une interrogation précise qui fait référence aux termes du sujet. Le XVIIIe est marqué par la référence à la sculpture grecque classique dont la place dans l’histoire de l’art est redéfinie par Winckelmann pour qui elle est un modèle à imiter (cf. Réflexions sur l'imitation des œuvres grecques dans la sculpture et la peinture) en prenant le contre-pied de la sculpture « moderne » inaugurée par Michel-Ange à la Nouvelle Sacristie de San Lorenzo (tombeau de Jules de Médicis) qui préfère les poses affectées (voire improbables quand il parle de Michel-Ange et du Bernin) à la grâce mesurée et à l’équilibre de la sculpture grecque.

Voir : http://www.geographis.ch/~podouphis/winckelmann_2.htm

III. Entre canon et modernité : la réinvention de l’antique

(XIXe – XXe)



1. L’idéal visé par l’académisme



  • Au cours du XIXe, l’influence de l’académie des Beaux-arts est prégnante et joue un grand rôle dans le rapport des artistes et du « public » à l’art (même si elle existe depuis le XVIIe). Goût très fort pour l’historicisme et l’orientalisme, antique vu comme un idéal à imiter ( → modèle au sens premier du terme). Héritage du néo-classicisme : glacis comme Ingres ou David en peinture, style, iconographie. Reprise des canons antiques et complète idéalisation (des corps, des scènes, mais aussi de l’Antiquité elle-même). Plus aucune trace du naturel.

  • Charles Gleyre, Le coucher de Sappho, 1867 : reprise de l’antique à plusieurs niveaux → figure de Sappho (poétesse de Lesbos), chambre avec de nombreux éléments à l’antique (à développer dans un devoir entièrement rédigé), corps parfait (déhanché, nu, drapé à la main qui rappelle celui que les statues grecques portaient à la taille).

  • Gérôme, Phryné devant l’aréopage, 1861 : tableau intéressant parce qu’en plus de correspondre aux normes académiques, il représente l’hétaïre Phryné, compagne d’un temps de Praxitèle, à qui elle aurait inspiré l’Aphrodite de Cnide → donc +/- mise en abyme de l’idéalisation voire de l’idéal lui-même. Le corps de Phryné est peint comme s’il s’agissait d’une statue.

  • Cortot, Le soldat de Marathon annonçant la victoire, 1834 : toujours les mêmes canons académiques. Reprise d’une figure antique. Corps athlétique.

  • Donc : au début au (tu es allée jusqu’à 1867 pour Sappho) XIXe, on se trouve non seulement en continuité avec le XVIIe classique, mais aussi avec les canons antiques. L’Antiquité est bien plus qu’un « réservoir de formes », elle est elle-même idéalisée → pas seulement revisitée, mais reprise en tant que telle. ≠ avec la Renaissance par exemple.


2. L’émergence de l’individu-artiste : le naturel sublimé


  • Face à cet académisme, les romantiques et leurs successeurs affirment l’individualité de l’artiste, sa subjectivité, son rapport personnel à l’œuvre. Mélancolie, vestiges et nature sublimés, lyrisme, introspection, souvenir…

  • L’Antiquité n’est pas oubliée, mais elle appartient au passé sous forme de ruines (qui, finalement, sont plus une composante d’une vision idéale de la nature que comprises en tant qu’œuvres d’art à imiter). Paradoxe : le naturel est sublimé, il devient une sorte d’idéal → l’expression de soi et d’une certaine idée subjective de la beauté confine à un désir d’absolu.

  • Chassériau, Sappho se précipitant du rocher de Leucate : le traitement que fait Chassériau de Sappho, contrairement à celui qu’en fait Gleyre, est beaucoup plus porté sur l’expression de soi → Sappho n’est pas présentée comme un idéal de beauté dont le corps nous est proposé à la contemplation, mais une femme humaine, qui veut se suicider à cause d’un amour non partagé. On retrouve les topiques romantiques de la douleur intérieure, la fascination pour le rapport vie/mort, etc. Touche qui annonce l’impressionnisme.

  • David d’Angers, statue équestre, tombe du Général Nicolas Gobert : conception animée des masses (≠ modelé lisse académique) chère aux romantiques. Modèle de la statue équestre. Le Général tombe presque du cheval → vu non pas sous l’angle de son grade militaire mais sous celui de son humanité (il s’agit d’un homme qui meurt d’une balle dans la tête et non pas d’un général qui tombe sous les coups de l’ennemi).

  • Donc : rupture parce qu’accent portée sur le naturel, le ressenti. Mais : les formes antiques sont loin d’être oubliées (iconographie / type d’œuvre) et sont sublimées lorsque, en harmonie avec la nature, elles figurent à l’état de vestiges. Bien !


3. Un art antique réinventé : rupture et continuité


  • A la fin du XIXe et du XXe, si l’académisme est toujours bien présent, l’artiste – individu s’est affirme → nouveaux courants artistiques. L’antique demeure toutefois, pour certains, au centre de leurs préoccupation → reprise de l’iconographie, de certaines formes, : être plus précise, aux Beaux Arts l’idéal de beauté reste la sculpture grecque et ses relectures classiques depuis l’antiquité.

  • Mais : ce qui apparaît le plus, c’est la manière dont ces différents « styles » se sont appropriés le modèle antique → celui-ci n’est plus vu comme un idéal à imiter, mais comme une source d’inspiration, un point de départ dans leur création propre → on n’est plus du tout dans la copie ou dans la reprise de motifs, mais dans la réinvention.

  • Pluralité des styles (presque autant → on sort de la simple (et simpliste) opposition académisme/originalité.

  • Cézanne, Les baigneuses : les corps des femmes peuvent rappeler la beauté des statues antiques ou celle des naïades, mais ils sont complètement retravaillés à travers la technique picturale de Cézanne (cf. +/- « je peins ce que je vois »).

  • Voir toutes les représentations de la Vénus de Milò (cf. exposé → idées principales à développer dans un devoir rédigé + accent sur la photographie).

  • Ne pas oublier le style « néo-classique » de Picasso dans les années ’20 (Trois femmes à la fontaine + études, La fûte de Pan) ainsi que les dérives nazies de « l’idéal » classique (et même olympique) : corps musclés, athlétiques et défense de la « race aryenne » cf . Olympia de Leni Riefenstahl et statues d’Arno Brecker (qui n’ont plus rien d’idéal d’ailleurs) :


http://www.youtube.com/watch?v=x6-0Cz73wwQ

http://picasaweb.google.com/lh/photo/JapWdDZBd78OlD4EFWJOjg?feat=directlink

http://fr.wikipedia.org/wiki/Arno_Breker


  • Donc : idéal et naturels dépassés dans l’appropriation singulière que fait chaque artiste de l’héritage artistique + volonté propre de le réinventer. A la fois continuité et rupture (ce fut pratiquement le cas à chaque période alors il est inutile de reprendre à chaque fois cette idée) → la réinvention se détache nettement de l’idéal antique, est en rupture avec lui, mais ne l’oublie pas. Oui.


→ Donc : académisme et individu artiste, mais, de plus en plus de styles nouveaux qui revisitent l’Antiquité à leur propre manière. Le rapport à elle n’est plus celui d’un âge d’or achevé, dont les textes sont un enseignement irrévocable et indispensable à toute approche des lettres, des arts et des sciences humaines. Au contraire, elle est une présence, un héritage, et si ses textes enseignent toujours, ils ne sont plus considérés comme la seule et unique source d’apprentissage et les seuls pouvant donner lieu à une création digne de ce nom. La modernité, lorsqu’elle réinvente l’antique, ne se ferme pas sur un héritage sorte d’horizon indépassable du beau, mais inscrit, une nouvelle fois, le rôle de l’Antiquité dans une histoire de l’art toujours en train de s’écrire.
Conclusion
→ Naturel et idéal (il me semble que la problématique des arts plastiques (terme utilisé dans l’art contemporain n’est pas compatible avec la notion d’idéal qui implique l’existence de critères esthétiques canoniques qui ne sont plus acceptés, la notion de beauté indissociable du terme « idéal » n’est plus un critère de création dans l’art contemporain) toujours présents dans l’art sous diverses formes → les arts visuels oscillent entre les deux selon leur rapport à l’antique, mais aussi leur conception de l’art et de l’homme. Avec la réinvention de l’Antiquité, il semblerait que l’on ait plus qu’une présence de la dialectique naturel/idéal : il s’agirait davantage d’une réécriture que d’une réinsertion → à la fois rupture et continuité.

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