Rapport d'étape de thèse








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Les archives du Roi René


La majeure partie des archives du Roi René qui nous intéressent est conservée aux Archives départementales des Bouches-du-Rhône. Là encore, il s’agit en grande majorité de sources comptables, regroupées en 26 registres. Nous avons pu consulter les originaux, mais le repérage des documents concernant les spectacles nous a été grandement facilité par l’édition de G. Arnaud d’Agnel, publiée en 1908. Ce dernier a édité une grande quantité de documents en regroupant les dépenses de manière thématique. Le chapitre VI, « Vie et mœurs » comprend une subdivision « Jeux, fêtes et mystères » et une autre « Musiciens, ménestrels et fous ».

La première subdivision comprend 91 postes de dépenses et la seconde, 140. Le contrôle que nous avons pu faire sur les registres originaux, pour la plupart parfaitement conservés, nous a permis de constater que l’édition d’Arnaud d’Agnel était de bonne qualité et ne comportait pas de lacunes dans la transcription. Un travail plus approfondi serait toutefois nécessaire afin de s’assurer que les performances ont toutes été repérées et qu’il ne subsiste pas de mentions intéressantes qui lui auraient échappé ou qu’il n’aurait pas jugé relever du champ des arts du spectacle. Il faut en outre préciser que sur les 91 postes de dépenses de la rubrique « Jeux, fêtes et mystères », cinq se rapportent aux jeux de cartes, de paume ou d’échecs et un à la prostitution et n’entrent donc pas de manière spécifique dans le cadre de notre étude. Nous avons également laissé de côté pour l’instant un certain nombre de postes de dépenses concernant la nef d’apparat du roi René.

Enfin, il est possible de signaler une rubrique intitulée « Dépenses diverses à l’occasion de la mort du roi44 » qui comprend 44 articles sur lesquels nous reviendrons par la suite.
  1. L’espace public : un état des lieux


Notre thèse d’Ecole des chartes faisait une large place à la notion d’espace public. En effet, nous n’avons pas étudié le spectacle au sens strict, tel que l’on pourrait le percevoir aujourd’hui, mais plutôt les différents aspects spectaculaires que l’on retrouve dans les actes de la vie publique provençale à la fin du Moyen Âge. Nous avons alors naturellement employé le terme « d’espace public » afin de désigner l’ensemble des lieux dans lesquels se déroulent les manifestations spectaculaires que nous avons pu étudier. Nous avions alors présenté une typologie des différents lieux auxquels le public accède librement, ainsi que ceux, un peu plus restrictifs, où seule une partie de la population peut se rendre. En bref, l’espace public était avant tout pour nous le lieu où se trouvait le public de nos performances.

Toutefois, l’historiographie de la notion d’espace public est bien plus complexe. Depuis la parution du livre L’espace public : archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise du philosophe et sociologue allemand Jürgen Habermas en 1962, les historiens se sont penchés sur la question, avec des interprétations parfois différentes.

Nous ne prétendons absolument pas donner ici une nouvelle vision de l’espace public, mais plutôt tenter de présenter quelles sont actuellement les significations possibles du terme dans le champ de l’histoire du Moyen Âge et essayer de situer notre propre étude au sein de ces différentes interprétations. Nous sommes redevables au travaux du groupe « Information, opinion et espace public » dirigé par Patrick Boucheron et Nicolas Offenstadt au LAMOP, qui organise régulièrement des journées d’étude sur le thème de l’espace public au Moyen Âge et a publié une partie de ses travaux45.
        1. L’espace public médiéval selon Habermas


L’idée que se fait Habermas de l’espace public médiéval se situe pour l’essentiel dans la deuxième partie de son chapitre introductif46, sous le titre « la sphère publique structurée par la représentation », titre on ne peut plus alléchant pour qui s’intéresse aux représentations au sens performatif du terme. C’est d’ailleurs dans ce sens que l’entend, pour l’essentiel, Habermas.

Pour lui, le Moyen Âge serait une période où la nette perception d’une distinction entre public et privé, connaît un déclin, alors qu’elle existe avant et après : « il n’y a pas eu entre la sphère publique et le domaine privé une opposition comparable à celles qui sont présentes au sein des modèles antiques et modernes ».

Il faut toutefois préciser deux éléments importants. Habermas tire la majorité de ses exemples, pour le Moyen Âge, du droit germanique, plus particulièrement du système féodal, et il ne dit quasiment rien des seigneuries collectives. Or, dans le cas des municipalités que nous étudions, le pouvoir urbain, même s’il est en théorie subordonné à une autorité supérieure (comte de Provence ou pape) est avant tout celui des municipalités. Le caractère personnel du pouvoir est donc moins marqué pour des consuls ou syndics élus pour un an que pour des seigneurs qui tirent le leur du sang ou de la parenté. Il est probable que pour un dignitaire municipal, c’est davantage la fonction que l’être lui-même qui est porteur d’autorité. Nous en voulons pour preuve que le nom propre des consuls ou syndics n’est que rarement mentionné dans les textes officiels : on se contente souvent de « messeigneurs les consuls ». En outre, Habermas signale que ce qui caractérise un pouvoir public « moderne » est avant tout l’existence d’un système fiscal permettant à l’autorité de satisfaire à ses besoins croissants et d’une administration permanente : l’observation du cadre que constituent les municipalités provençales à la fin du Moyen Âge nous semble donc les faire entrer dans ce qu’Habermas appelle des pouvoirs publics modernes. On le remarque bien dans le cas des performances où la ville indique précisément sur quel type de recette, existante ou créée pour l’occasion, on assigne les dépenses. Les performances provençales ne sont pas uniquement l’expression fastueuse d’un trop plein de richesses : ce sont des entreprises coûteuses pour lesquelles chaque florin est à trouver. Rappelons ici l’exemple de la messe en commémoration de la mort du roi Louis III à Toulon en 1435 où il est prévu de placer dans la cathédrale un bassin où chaque participant devra déposer un gros destiné à payer les 24 couronnes déposées sur le catafalque. Cet exemple semble nous indiquer que la municipalité est capable d’estimer de manière assez précise le nombre de personnes dans l’assistance puisqu’elle pense pouvoir couvrir avec cette « recette » une dépense elle aussi très précise.

En revanche, Habermas avance une idée qui semble trouver un écho dans nos performances provençales. Il indique que l’espace public, structuré par la représentation, se situe là où se trouve le représentant de l’autorité publique, le noble, par opposition au bourgeois. Il prend d’ailleurs pour exemple les entrées solennelles : « Il n’est pour exemple que la manière dont un prince fait son entrée, dans un style où tout n’est plus que grâce ; il est public en vertu de la représentation qu’il incarne et c’est au sein de cette sphère qu’il se nimbe d’une aura personnelle ». Selon Habermas, c’est donc la présence d’une autorité qui crée l’espace public. Nous le suivons pleinement dans cette hypothèse pour le cas provençal, où c’est bien souvent la présence d’une autorité collective, d’un haut personnage, qu’il soit vivant, mort ou « représenté » par ses armes, qui « façonne » les performances. Rappelons que dans les sources avignonnaises, on mentionne toujours la présence des armes de la ville, peintes sur des formes en papier ou portées en étendard par le premier consul ou les courriers.
        1. Le statut public de l’espace performatif provençal, essai de définition


Nous désignons d’ordinaire par le terme d’espace public les différents lieux dans lesquels se déroulent les performances, auxquels la plus grande partie de la population urbaine a accès. Il est également à noter que les espaces où se déroulent les performances sont également des lieux où le pouvoir public se met en scène. Lors des entrées, processions, funérailles officielles ou célébrations commémoratives, l’autorité publique, souvent municipale, qui paie les dépenses prend bien soin de faire apparaître sa présence. A Avignon, les sources narratives dont nous disposons47 précisent toujours la présence du premier consul portant la bannière de la ville, des armes de la ville peintes sur papier ornant les cierges, du viguier, premier magistrat municipal et représentant du pape, se tenant derrière le plus gros cierge lors des célébrations religieuses.

Il serait donc possible d’avancer l’idée que l’autorité, du fait de l’exposition de son blason et de la présence physique de ses plus hauts dignitaires, « crée » l’espace public. Nombreux sont les exemples, à diverses époques, où la présence d’un officiel donne au lieu où il se trouve un statut particulier.

Le statut d’un lieu peut ainsi changer : l’église des frères mineurs, où se déroule une grande partie des cérémonies solennelles d’Avignon, demeure un établissement religieux, relevant en principe de la juridiction du clergé. Cependant, lors des messes commémoratives du décès du roi de France ou du premier consul d’Avignon, ce sont les armes de la ville que l’on dispose partout dans l’édifice et la municipalité prend à sa charge la totalité des dépenses, y compris les honoraires du célébrant et les frais engagés par les frères pour parer leur édifice. Il semble bien alors que le pouvoir laïc de la municipalité s’étende à l’intérieur du lieu, qui quitte alors l’espace religieux pour rejoindre l’espace public municipal.

A Fréjus, l’ « assemblée et conseil général » qui fait suite aux violences de la fête des Innocents de 1558, nous fournit également un exemple intéressant de la publicité revêtue par les lieux de performances. Le rituel de la fête des Innocents, également connue sous le nom de fête des fous, est attesté jusqu’à la mi XVIe siècle en Provence à Aix, Antibes et Fréjus et semble très ancien. Il consiste à élire parmi les enfants de chœur un « evescot » et à célébrer dans un rite burlesque la véritable cérémonie de la fête des Innocents. Selon Mireur48, c’est une tentative des clercs de la cathédrale d’empêcher une telle célébration qui aurait été à l’origine des troubles de 1558 : le viguier est bousculé et des menaces sont proférées dans la cathédrale à l’encontre de l’évêque lui-même.

C’est Pierre Bouteiller, consul de Fréjus, qui réclame alors la tenue d’une « assemblée et conseil général » afin de dénoncer ces actions et se montrer solidaire de la plainte de l’évêque. On peut se poser la question du bien fondé de la réaction du consul, représentant de l’autorité laïque, dans une affaire relevant de la juridiction ecclésiastique. Mireur49 avance l’argument que l’évêque a reproché à la communauté des habitants de ne pas l’avoir soutenu dans sa protestation suite aux troubles survenus dans la cathédrale, qui sont le fait de membres de cette communauté. C’est donc en tant que chef de cette communauté qu’intervient le consul. On peut également y voir un souci de gestion de l’espace public et de ses débordements. En agressant les dignitaires religieux, les habitants de Fréjus ont transgressé le principe de cohabitation entre l’espace public, qui accueille la performance festive, et l’espace religieux, dont le caractère sacré ne permet pas la transgression.

Une fois les faits exposés, la communauté décide d’envoyer une délégation de douze habitants de la ville auprès de l’évêque pour lui présenter les excuses de la communauté et lui préciser que la performance festive n’a pas été organisée dans un but blasphématoire mais « par costume et passe-temps », ce qui évoque à la fois l’argument important de l’usage et celui, non moins important pour le pouvoir municipal, de divertissement public.

En outre, les citoyens prient l’évêque de leur « perdonner et leur remettre de telles injures »50 : on peut donc supposer que la communauté demande à l’évêque de remettre le jugement de l’affaire à la juridiction civile communale, reconnaissant ainsi que les troubles qui se sont produits ne relèvent pas du blasphème, mais de trouble dans l’espace public municipal. La suite de l’acte va dans ce sens en mentionnant la requête du lieutenant du juge royal, représentant de la justice civile :

« Et illec M. Raymond Vesilis, lieutenant de juge royal audict Frejus, a dict que là et quant on lui fera plainte [en] daumages, excès et violances, qu’il s’offroyt y fere son debvoyr et administrer justice »51

Pour finir, le texte de la délibération du conseil de ville mentionne la dénonciation spontanée des performeurs, qui précisent à nouveau le cadre dans lequel ils ont agit, par « passe-temps » et sans vouloir offenser l’église :

« Et là incontinent, Xristofle Preyre, dit Barlon, habitant audict Frejus, se levant, a dict et remonstré au conseil qu’il avoyt esté de la companhie que avoint faict l’evescon ainsi que dessus habilhés, et qu’ilz ne passoint faillir ni fere deshonneur audict sr evesque, ne pour se mocquer de Dieu ou eglise, ayns pour passe-temps seulement ; toutefoys s’il avoyt failhi envers Dieu ou l’eglise et icellui sr, qu’il s’offroyt demeurer à telle correction et fere telle emande que plairoyt au conseil adviser et seroit commandé de fere, estant desplaisant et marry du faict »52

Nous avons ainsi la preuve que les habitants de Fréjus ont conscience du cadre dans lequel ils agissent et qu’ils n’ont pas de sentiment de culpabilité à l’égard leurs actes, pourvu qu’ils s’accomplissent dans le cadre prévu par la coutume. L’espace public performatif peut ainsi être vu comme la sphère d’exercice d’un « passe-temps » respectueux des autres espaces de la cité, ce qui fait de lui un espace résolument civil.

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