Xavier Crépin, Architecte Urbaniste, Enseignant iedes et Sciences Po Rennes








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« Métropoles sans Ghetto »

Xavier Crépin, Architecte Urbaniste, Enseignant IEDES et Sciences Po Rennes

vendredi 30 juin 2017
En prononçant le terme « apartheid » à propos des quartiers de relégation1, Manuel Valls a voulu, à la suite des évènements ayant frappé les animateurs de Charlie Hebdo et d’autres innocents de la communauté juive, marquer les esprits sur les risques liés aux quartiers sensibles, bien connus des spécialistes et des politiques à la fin des années 80, avec leurs flambées de violence récurrentes depuis 20072.
Les élites méconnaissent la réalité de ces quartiers de relégation, où ils se rendent occasionnellement dans des convois quasi militarisés. Les préfets qui sont attachés à leur sécurité réalisent avec les forces de l'ordre des prouesses pour éviter que ne se reproduisent les incidents qui ont émaillé les visites du ministre de l’intérieur en 20053.
Les élus locaux ont pour une grande part déserté le terrain, laissant l’expression publique aux extrêmes politiques et religieux, et la vie quotidienne aux mafias locales. Cet état de fait leur incombe en premier rang puisque depuis les lois de décentralisation de mars 1982, elles sont en charge de l’urbanisme et du foncier 4 et du logement social depuis 2005. Cela confère une responsabilité première à l’Etat, « garant de la solidarité nationale », même si le financement du logement social est largement pris en charge par les entreprises5.
Depuis les années 90 de nombreuses politiques et des moyens financiers considérables pour6 les quartiers ont été déployés, parfois avec succès pour résorber ces poches de relégation7. Un ministère dit de la « ville » conduit des plans ambitieux de renouvellement urbain qui modifient et améliore progressivement la structure physique de ces quartiers.
Toutefois, même si les sous-préfets à la ville ont tenté de coordonner les interventions publiques, entre les politiques de rénovation urbaine, d'emploi, d'éducation et bien d'autres, force est de constater que les outils classiques ou même spécifiques (ANRU) souffrent de manque de cohérence, de disparités et de décalages dans les interventions dans ces quartiers. Il n'existe pas de définition commune de ces quartiers et donc de vision partagée des actions à y conduire8.
De quoi parle-t-on vraiment? De 70 quartiers qui au total accueillent environ 800.000 habitants, soit l'équivalent d'une ville métropole régionale. Quantifier les phénomènes permet de les ramener à juste proportion, tout en considérant que si une grande partie des populations radicalisées et des candidats au Jihad en sont issus, il s'agit d'un chiffre impressionnant qui doit attirer toute notre vigilance. C'est peu ou prou l'équivalent de dix fois la population carcérale en France, ce parallèle n'étant pas anodin en matière de radicalisation.
Ce type de « ghetto » existe dans de nombreuses villes du monde avec des proportions incomparables9, et il est sans doute éclairant de prendre en considération les réponses qui y ont été apportées. Au Brésil et plus spécifiquement à Rio de Janeiro, les autorités politiques ont développé une réponse globale sécuritaire et socio économique qui a fait débat10.
Toujours en Amérique latine, la ville de Medellin a su relever le défi des cartels de la drogue et transformer cette ville en une agglomération sûre et dynamique. D'un forum urbain mondial à l'autre11, en l'espace de quatre ans, les progrès ont été enregistrés, et nous pouvons en tirer profit12.
La brutalité et la soudaineté de l'intervention dans les favélas de Rio a cédé la place à la mobilisation de l'ensemble des acteurs, y compris et surtout économiques, pour  adopter une approche planifiée, intégrale et participative à Medellin.
La population locale ne passe plus de dominée à assistée, mais accède à la maîtrise et au partage du territoire. Elle bénéficie pour cela du soutien des investissements publics et privés combinés notamment ceux qui assurent le transport, les services, les équipements y compris l'accès à la culture et aux loisirs.
Cette démarche locale est appuyée massivement par l'Etat pour la sécurité, et les élites politiques dont le mandat de 4 ans, non renouvelable pour les Maires, ne leur laisse pas le temps de développer un clientélisme qui est universel dans nos démocraties13.
Comment faire pour intervenir dans ces 70 quartiers qui en France abritent des concentrations de citoyens en rupture avec notre société, ses valeurs, ses fondements?
Agir vite, fort, et massivement en s'appuyant sur les forces internes, en sortant du clientélisme des élus locaux, quelque soit leur tendance, l’Etat doit répondre à ses responsabilités en organisant la riposte14.
A chaque défi de cette nature depuis la seconde guerre mondiale, les pouvoirs publics ont dû par le passé répondre de manière adéquate. Reconstruction après la guerre, défis de l'urbanisation rapide (villes nouvelles), attraction des sièges des multinationales (EPAD), industrialisation lourde (Fos sur Mer, Dunkerque), tourisme de masse (Languedoc), désenclavement (Société d’autoroutes) ou cohérence ou protection territorial (PNR), du développement des transports publics (Société du grand Paris), les autorités publiques en cas de nécessité savent déroger au cadre général par la mise en place d’organismes spécialisés15.
Cet outil dans sa forme courante d'établissement public, qui permet d’agir comme un Etat dans l'Etat, dont la durée est calée sur la mise en œuvre d'un programme, constitue à l'évidence la réponse appropriée. Les 70 quartiers étant regroupés pour la plupart entre le nord pas de calais, la région Île de France et la métropole marseillaise, la région lyonnaise et l’Alsace, le périmètre des quelques établissements publics doit être adapté.
Le GIP « Atelier du Grand Paris », dont plusieurs équipes membres ont élaboré des propositions opérationnelles pour ces quartiers en Ile de France, peut en être la préfiguration pour cette région. Deux ou trois autres établissements sont envisageables pour le Nord, la région marseillaise, en Alsace.
En créant une structure dotée de tous les pouvoirs nécessaires à la bonne exécution de son mandat, on répond à l'exigence d'efficacité et de résultat que les politiques "ordinaires" et les pouvoirs locaux ne sont pas en mesure d’apporter.
A titre de comparaison, les principales villes marocaines ont durant des décennies été incapables de développer la modernisation de leur centre et de leur transport. L'établissement public du Bouregreg16 a permis en un temps record de régler ces deux questions pour le centre de Rabat, et « Al Omran » 17qui travaille à la réduction de l’habitat insalubre dans les villes marocaines a su combler progressivement le déficit de représentation des acteurs. Il en va différemment pour la question des logements sociaux qui traité par un organisme national peine comme l'ANRU18, à s'adapter aux spécificités locales de ces quartiers19.
Il ne s'agit cependant pas de répliquer les modèles des années 70. La participation des forces légitimes et répondant aux valeurs de la République doivent y avoir un rôle prépondérant. Cela doit se traduire dans les types de projets et de financements mis en œuvre20. Cette nouvelle forme de démocratie dont l’exemple nous vient d’Amérique latine et du Maghreb doit entrer dans les mœurs des pouvoirs publics qui peinent en France à partager le pouvoir.
Le temps long est également un gage de succès, indépendant des enjeux politiques de court terme. A la suite de banlieue 89, puis de la démarche de la politique de la ville et plus récemment du grand paris, cette nouvelle étape dans la construction de notre civilisation urbaine21, qui passe par le lancement de ce vaste chantier, pour que dans la suite de « Charlie », cet événement sans précédent, puisse profiter à la qualité de la vie quotidienne de nos concitoyens, pour que disparaissent les "no-go-zones" dont certains médias aux États-Unis ont présenté comme une réalité des villes française22.
En mobilisant ses professionnels en lien étroit avec les universités et écoles, et en synergie avec les habitants et les acteurs dans ces quartiers, la France doit pouvoir d’ici quelques années retrouver ses grandes métropoles sans Ghetto, comme les villes sans bidonville dans les années 7023.


3 "Dès demain, on va nettoyer au Karcher la cité. On y mettra les effectifs nécessaires et le temps qu'il faudra, mais ça sera nettoyé". Cette phrase a été prononcée par Nicolas Sarkozy le 19 juin 2005, dans la cité des 4.000 à la Courneuve, après la mort de Sid-Ahmed Hammache, un enfant de 11 ans tué d'une balle au bas de son immeuble, victime d'une rixe entre deux bandes. »

4 Vincent Renard, directeur de recherche au CNRS (laboratoire d'économétrie de l'école polytechnique) et chercheur associé à l'Iddri-Sciences Po, affirme dans un colloque en octobre 2014 : « il faudrait retirer aux maires le pouvoir foncier : la délivrance des permis de construire, l’élaboration des documents d’urbanisme comme les PLU et surtout le droit de préemption ».

http://www.ird2.org/wp-content/uploads/2014/10/SOIREE.pdf

6  Rapport d'information fait au nom du comité d'évaluation et de contrôle des politiques publiques sur l'évaluation des aides aux quartiers défavorisés - Tome I. – Rapport "Quartiers défavorisés ou ghettos inavoués : la République impuissante" GOULARD François, PUPPONI François :

http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/104000577/index.shtml

9 La population de la plus grande favela de Rio de Janeiro, Rochina, compte 70.000 habitants, et il y a 970 favelas dans la métropole brésilienne pour le tiers de sa population

10 « Agir contre la relégation urbaine » Le Monde 10.12.10

http://xavier-crepin.com/?p=10

12 7ème Forum urbain Mondial Déclaration finale de Medellin

Equité comme fondement du développement durable des villes

« Nous, participant à la 7ème session du Forum Urbain Mondial, gouvernements, secteur privé, organisations internationales, universités, professionnels et représentant de la société civile, nous réaffirmons notre engagement pour une approche équitable de la ville dans l’agenda du développement, mobilisant toutes les ressources et moyens disponibles pour la transformation des villes inclusives, sures, prospères et harmonieuses au profit de tous. Nous devons entreprendre d’urgence toutes les actions collectives et individuelles pour faire bénéficier chacun de ces progrès. »

14 « Cela passe par la résolution rapide et massive des questions de sécurité dans les favelas de la ville. Une politique déterminée de résorption de l’insécurité urbaine a donc été mise en place il y a deux ans. Elle combine avec succès une politique massive et concomitante intégrant une action sécuritaire déterminée contre les gangs avec l’installation d’une antenne permanente de la police, la mise en place d’une aide financière aux plus pauvres en échange de l’envoi des enfants à l’école, la rénovation complète allant jusqu’au “destruction/relogement” des plus menacés par les risques d’éboulement et la réhabilitation des services urbains, avec la présence permanente d’une équipe pluridisciplinaire dans le quartier, à l’écoute des habitants. » Le Monde 10.12.10 Xavier Crépin

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