Images de l’espace à Los Angeles : éléments de géographie cognitive et vernaculaire








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Colloque Espace(s), IUF, mai 1999 : Jérôme Monnet, « Images de Los Angeles », p.

Publié:

MONNET, Jérôme: "Images de l'espace à Los Angeles: éléments de géographie cognitive et vernaculaire". Communication au Colloque de l'Institut universitaire de France "Espace(s)", Toulouse, 1999. Actes en ligne: http://webast.ast.obs-mip.fr/people/rieutord/IUF_conf/actes.html. [également diffusé dans la collection « Culture et Ville », n°99-25, Montréal, Canada : INRS-Urbanisation, 37 p.]
Adaptation en anglais: « The Everyday Imagery of Space in Los Angeles ». In : SALAS, Charles G. & ROTH, Michael S. (eds.), Looking for Los Angeles : Architecture, Film, Photography, and the Urban Landscape. Los Angeles : The Getty Research Institute, 2001, p.289-303.

Images de l’espace à Los Angeles :

éléments de géographie cognitive et vernaculaire



Jérôme Monnet
Sommaire :
Introduction : quel(s) espace(s), quelle(s) image(s) ?
I. Les vues « d’en haut »

  • I.A. Vue verticales et plans de ville

  • I.B. Les « cartes-panoramas »


II. Photographies de paysages : les cartes postales

  • II.A. La distribution géographique des cartes postales

  • II.B. La composition paysagère des cartes postales


III. Partage des images et divisions de la ville

  • III.A. Une icône publique de Los Angeles

  • III.B. Le paysage : image de l’espace, espace de l’image

  • III.C. Les structures ségrégatives


Liste des figures et provenance des documents originaux

Références bibliographiques

Communication présentée au Colloque « Espace(s) » de l’Institut universitaire de France,

Toulouse, 06-07 mai 1999
Ce texte présente certains résultats d’une recherche menée à la faveur d’une invitation du Getty Research Institute à Los Angeles (1996-1997), pour participer au programme « Perspectives on Los Angeles : Narratives, Images, History ».

Introduction : quel(s) espace(s), quelle(s) image(s) ?



L’espace dont il est question ici est l’espace géographique, dimension spatiale de la condition humaine. Dans l’univers dans lequel vivent les êtres humains, rien ne se passe qui ne prenne place quelque part ; aussi l’espace est-il simultanément une réalité objective et subjective. Objective, car les propriétés géométriques de l’espace ne dépendent pas de l’observation et n’obéissent pas à la volonté. Subjective, car il n’y a pas de conscience qui ne soit conscience d’être quelque part, il n’y a pas d’action qui ne soit localisée : l’espace géographique n’est pas quelque chose que l’observateur peut observer ou manipuler de l’extérieur, car l’observateur lui-même n’existe que dans l’espace géographique. La géographie humaine étudie donc les relations entre une matérialité et une abstraction régies par des lois naturelles et des logiques humaines ; ces relations structurent l’expérience humaine de l’espace. En effet, si l’espace géographique impose des conditions physiques aux projets humains, il est aussi manipulé, c’est-à-dire représenté et aménagé, comme un instrument pour réaliser ces projets.
Ce texte tâche d’analyser certaines des circonstances dans lesquelles les êtres humains font l’expérience de l’espace, et comment ces circonstances contribuent à orienter leurs actions dans et sur l’espace. Nous nous plaçons ici en amont de l’action (qu’il s’agisse de se déplacer, de travailler, de consommer, etc.), pour observer dans quelles conditions l’action est informée et se forme.

Il faut ici faire une première remarque sur le passage de la catégorie générale « espace » à l’identification ordinaire d’une pluralité d’espaces concrets. Dans cette perspective, nous pouvons postuler que nous observons ou imaginons toujours UN espace depuis UN AUTRE espace. Ce faisant, nous réalisons quelque chose d’absolument essentiel pour se situer, car cela permet de passer d’un absolu irreprésentable à une relativité manipulable. Ainsi, les progrès de l’observation du Ciel puis de l’Espace (intersidéral) semblent avoir cherché à pallier à l’inconvénient d’avoir un point d’observation unique pour comprendre l’univers : la Terre. Inversement, disposer de points d’observation « extra-terrestres » a bouleversé l’observation de l’espace géographique lui-même, comme en témoignent la fascination publique pour les photos du globe et la multiplicité des applications concrètes engendrées aujourd’hui par l’imagerie satellitaire de notre planète.

Naturellement, l’être humain observe son environnement depuis une hauteur généralement comprise entre un et deux mètres du sol. Cependant, un petit nombre de situations permettent d’avoir le sentiment d’observer le sol depuis une hauteur de plusieurs dizaines ou centaines de mètres : cimes de collines, falaises ou montagnes ; sommets de tours, clochers, plus récemment gratte-ciel ; nacelles de ballons, cabines d’avions. Les « points de vue » et « panoramas » ont depuis le 19ème siècle une remarquable et continuelle popularité, qui se traduit par leur signalement et classement dans les guides touristiques comme par des aménagements particuliers (tables d’orientation, stationnements spécifiques au bord des routes, routes panoramiques spécialement construites, « observation decks » et cafés ou restaurants « tournants » au sommet des gratte-ciel et tours, etc.). Nous postulerons ici que cette popularité de la vision panoramique du paysage vient du fait que l’observation élevée rompt avec l’observation quotidienne, au ras du sol, en provoquant une sorte de « révélation cognitive » sur l’environnement : on voit des choses sous un aspect qu’on ne leur connaissait pas, on voit des choses qu’on ne voyait pas autrement.

L’espace vu, c’est-à-dire le paysage, semble donc d’autant plus apprécié qu’il est exceptionnel, « grandiose », en contraste avec l’expérience quotidienne ; cet intérêt a donné lieu à la production d’images spécifiques depuis les débuts de la modernité occidentale au 16ème siècle jusqu’à nos jours (Mappemonde 1987 ; Berque 1990). Ce sont ces images de paysages et autres vues de l’espace qui nous intéresseront ici, dans le but de repérer quelles sont les structures géographiques sur lesquelles elles s’appuient et ce que cela peut impliquer pour la relation des habitants à leur espace de vie. Ce qui est institué par la relation entre l’espace et son image, c’est le paysage : le paysage, c’est d’abord l’espace vu et représenté ; il n’y a pas de paysage sans observateur, car le paysage, c’est l’espace depuis un certain point de vue, avec un continuum qui va de l’expérience égocentrée de l’espace, la plus concrète et la plus ordinaire, jusqu’à la vue cartographique la plus abstraite et la plus spécialisée. Mais nous verrons aussi que le paysage, c’est l’espace aménagé pour correspondre à sa représentation.

Nous ferons une différence entre « l’image » au sens large et « les images » au sens restreint. L’image d’un espace, ce que j’appelle autrement le « complexe imaginaire » (Monnet 1993), c’est l’association des représentations personnelles issues de l’expérience directe de l’espace et des représentations matérialisées dans un objet verbal ou iconographique (textes, cartes, photos, tableaux, etc.) ; c’est donc tout l’ensemble des références à un lieu dans la conscience et la mémoire individuelle et dans la culture collective. Les images, pour leur part, sont les objets iconographiques qui représentent cet espace, mais ne sont qu’un élément du complexe imaginaire, dont il faut compléter l’analyse par ailleurs, avec l’étude des représentations verbales.

Les images sont donc des « vues » produites et fixées par un moyen technique quelconque et qui entretiennent un certain rapport analogique (conservation des formes, des proportions et/ou des couleurs) avec l’espace représenté. Je ne développerai pas ce point, mais il ne faudra pas oublier que chaque moyen technique (dessin, peinture, photo ou cinéma, numérisation, holographie, etc.) correspond à une manière de :

1) limiter (cadrer) la représentation ;

2) traiter les rapports analogiques (formes, volumes, couleurs, textures, distances, etc.) ;

3) sélectionner les éléments représentés.

Ajoutons à cela que jamais (ou presque), une représentation analogique ne se présente sans être accompagnée d’éléments symboliques : des signes codés en fonction d’une convention (mots des titres, légendes, toponymes, « symboles » cartographiques, etc.). Il existe un continuum de symbolisation croissante entre les images presque purement analogiques (une photographie sans titre ni légende) et des images surchargées de symboles (une carte thématique, par exemple).
Ce que nous appellerons les « images » de Los Angeles, ce sont donc ces représentations d’une vue de l’espace angeleno, produites selon les techniques photographiques, cartographiques ou autres, AVEC les symboles verbaux ou iconiques qui en font partie. Ce corpus de « vues » s’organise autour de deux axes de vision, (sub)horizontal d’un côté (le paysage vu au niveau du sol, « à hauteur d’homme »), (sub)vertical de l’autre (le paysage vu à œil d’oiseau). Les vues les plus « spectaculaires » adoptent souvent un angle intermédiaire qui permet de combiner l’expérience humaine quotidienne et la perspective aérienne : c’est le point de vue du panorama, qui délivre des révélations cognitives immédiates que l’on peut rapporter à son appréhension subhorizontale habituelle de l’espace. Le panorama transforme l’espace en spectacle, car il fait « voir » l’espace habituellement non vu par la perspective quotidienne.

L’objectif est ici de comprendre comment les habitants ou les visiteurs se rendent intelligible l’espace qu’ils pratiquent (habituellement ou exceptionnellement) ; cela amène à accorder beaucoup d’importance aux notions d’expérience, d’appréhension de l’espace, de perception et de représentation. Il s’agit de repérer quelles ressources cognitives sont mobilisées pour se situer, s’orienter, établir limites et distances ; afin de comprendre comment les gens construisent ou utilisent l’espace pour y réaliser leurs projets, il semble utile de comprendre comment ils voient l’espace. D’une part, nous pouvons parler de géographie cognitive, en analysant les processus par lesquels les humains apprennent à connaître leur espace de vie ; d’autre part, de géographie vernaculaire, à propos des savoirs et des aménagements qui résultent d’une pratique non réflexive de l’espace. Nous approcherons ce que l’on peut appeler la « cognition vernaculaire » de l’espace au travers de l’imagerie de la culture populaire des habitants de Los Angeles.
Le corpus étudié ici est constitué de différentes images cartographiques, de cartes postales, de publicités sur divers supports, des illustrations de la presse, des couvertures d’ouvrages ou de brochures, de décors des journaux télévisés, d’impressions sur des T-shirts, etc. Ces images ont en commun d’être explicitement référées, par un titre ou un autre accompagnement de l’image, à « Los Angeles ». A travers le corpus, il s’agit de faire apparaître les structures paysagères de ces images, qui permettent de parler d’images-archétypes que j’appellerai des icônes. Je tenterai de montrer comment les structures iconiques peuvent organiser l’interprétation et la compréhension de la ville par ses habitants. Il s’agit de mettre en évidence une boucle d’inter-détermination entre les aménagements de l’espace et les structures paysagères et iconiques. L’enjeu est de comprendre les procédures par lesquelles un habitant (ou visiteur) de Los Angeles s’oriente dans la ville : quels sont les moyens utilisés pour se repérer, pour identifier les lieux, pour établir les limites, pour trouver ou mettre les choses et les gens à leur place.

A partir des images de l’espace, il est possible de faire trois types d’analyse :

a) Une analyse des conditions de production de ces images, qui implique une démarche « généalogique » (s’attachant à la logique de leur genèse) et identifie les causes des choix du producteur d’images (techniciens et artistes, personnels et dirigeants des maisons d’édition, studios, agences de communication, administrations etc.). Je n’ai pas envisagé ce type de travail dans le cas étudié ici, car il apparaît qu’il existe une filière de production différente pour chaque type d’image (éditeurs de cartes postales, entreprises de cartographie, de presse ou de télévision, agences de photo aérienne, d’imagerie satellitaire ou de publicité, administrations de planification urbaine ou de transport, etc.). Le fait qu’il existe des structures et des éléments communs à tous les types d’image produits par ces diverses filières m’amène à postuler l’existence, en amont, de structures de l’imaginaire spatial communes à tous ces producteurs différents.

b) Une analyse de la consommation de ces images, c’est-à-dire de la façon dont les habitants d’un espace y accèdent, les assimilent, les utilisent voire les reproduisent. Je développerai par ailleurs cette dimension de l’analyse, par l’intermédiaire d’une enquête spécifique sur les images qui peuplent le quotidien des citadins, celles qu’ils utilisent pour se diriger (cartes routières ou des lignes de bus, etc.), communiquer à distance (cartes postales), décorer leur espace de vie (posters), se vêtir (T-shirts), etc. Grâce à des entretiens, il s’agira de repérer dans quelles circonstances ils ont accès à quel type d’image, qu’est-ce qu’ils en disent, quelles relations ils établissent entre elles et leur environnement, comment ils les utilisent, etc. Cette analyse sera confrontée aux résultats présentés ici, pour vérifier s’ils sont validés par les consommateurs d’images.

c) Une analyse de la structure interne des images : nous ne ferons ici que la partie de cette analyse concernant la relation entre structures iconographiques et structures géographiques (dans leurs dimensions à la fois symboliques et physiques). Il s’agit de mettre en évidence les éléments qui permettent d’une part la circulation d’un document à un autre et d’un type d’image à un autre, et, d’autre part, le passage des images aux paysages concrets. L’étude présentée ici s’est appuyée sur un corpus constitué selon deux démarches différentes : d’une part, une sélection d’images mises à la disposition du public et susceptibles d’être vues par le plus grand nombre (décors des principaux journaux télévisés, cartes publiées dans les principaux quotidiens, cartes routières les plus diffusées, panneaux publicitaires sur les murs ou les flancs des bus urbains, etc.) ; d’autre part, une recherche systématique de certaines images (cartes postales, documents publicitaires, T-shirts, peintures murales) disponibles dans quatre des sites d’étude choisis dans le cadre général du programme de recherche sur l’agglomération de Los Angeles (Westside, Whittier Boulevard, Ontario, Santa Ana).

Tous les documents originaux étudiés ont été obtenus dans des lieux et circonstances non touristiques. Ces images banales sont à la disposition effective et routinière des habitants, aux caisses des supermarchés, dans les boutiques de centres commerciaux, sur les panneaux d’affichage, sur la voie publique, dans la presse, dans les émissions télévisées locales. Bref, les images de paysage sont des éléments du paysage urbain, elles font partie du paysage, à Los Angeles comme ailleurs.

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