Cours de grammaire française








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COURS DE GRAMMAIRE FRANÇAISE

(module d’orthographe)


Exercices

et

notes de cours

Maître-assistante : Mme Finné

Année 2011-2012

Section traduction-interprétation (1e baccalauréat)

CHAPITRE 1
L’orthographe française : quelques aspects historiques et structuraux
Lecture conseillée : CATACH Nina, L’orthographe, P.U.F., Que sais-je ?, Paris, 2008 (9e édition).


    1. QUELQUES REPÈRES HISTORIQUES




  • Moyen Âge : les scribes qui retranscriront pour la première fois le français naissant auront essentiellement pour but de restituer une prononciation. Cependant, ils vont se heurter à de nombreux écueils :

    • la langue a évolué et l’alphabet latin, avec ses 22 lettres, ne suffit plus pour retranscrire tous les sons (exemple : une même lettre « u » ou « i »va servir à retranscrire, selon la position, des sons très différents) ;

    • on prononce de façon différente selon la région de France où l’on se trouve ; chaque scribe adapte donc sa retranscription d’un texte en fonction de la variante régionale ;

    • par simplification, l’évolution du latin au français va aboutir à la formation de nombreux homophones monosyllabiques ; ce phénomène ne va pas concerner les autres langues romanes (exemple : les mots qui ont donné cinq, saint, sein, seing, ceint, sain, ne sont pas également devenus homophones dans ces langues).




  • Renaissance : à cette époque, le français s’est modifié sur tous les plans, mais l’orthographe se fige, bien que la prononciation des mots évolue beaucoup. Grammairiens, poètes et imprimeurs vont user de leur influence conjuguée pour réformer les graphies du français. Les modifications les plus importantes sont :

    • l’amélioration de l’alphabet (ajout des « k, j, v, w ») ;

    • l’ajout de lettres pour faciliter la lisibilité (« h » à « huile » pour distinguer ce mot de « vile » qui s’écrivait alors avec un seul « l ») ;

    • le recours systématique à l’étymologie, du moins pour distinguer la masse importante des homophones (vingt car > viginti) ; de nombreuses erreurs d’appréciation se sont alors produites (ex. : le mot « poids ») ;

    • le recours aux accents (on écrivait « il ha », avant de mettre un accent grave sur la préposition, ce qui a permis de distinguer le verbe « il a » de « à ») ;

    • les consonnes doubles : dans le cas de « nn » ou « mm », pour signifier qu’il s’agit d’une voyelle nasalisée suivie d’une consonne nasale (ex. année, grammaire) ; les autres redoublements vont servir à marquer la prononciation du e ouvert (ex. il appelle) mais ce procédé sera concurrencé par l’accent grave.

L’utilité de ces modifications étant purement visuelle, on dit de l’orthographe française qu’elle prend à cette époque un aspect idéographique, et donc perdre de son phonétisme.


  • XVIe siècle : des modifications nombreuses de graphies se font sous l’impulsion des grammairiens (Meigret, Estienne) et des imprimeurs (Tory). Ce sont ces derniers qui, d’ailleurs, vont faire naître entre 1520 et 1530 la notion d’orthographe en France. Ils vont préférer en outre le système des voyelles accentuées à celui du redoublement de consonnes, mais cette modification mettra 200 ans à s’imposer.




  • Epoque classique : le mouvement des imprimeurs en faveur d’une simplification de l’orthographe échoue, mais cette nouvelle orthographe continue à vivre, en province notamment. Le dictionnaire de Richelet (1680) atteste également de ces graphies simplifiées (suppression des lettres grecques, de consonnes muettes ex. : batême, mistère,…). Au XVIIIe siècle, de nombreux philosophes entrent à l’Académie, ce qui est à l’origine d’un nouveau mouvement en faveur d’une simplification. On supprime des lettres inutiles (« h » dans « autheur », « b » dans « debvoir »), on remplace le « es » par  « ê » (estre > être). Voltaire fait adopter l’orthographe « ai » au lieu de « oi » (anglois > anglais).




  • XIXe siècle : l’orthographe se recomplexifie sous l’impulsion de l’Académie qui, perdant de son prestige, édite des dictionnaires qui marqueront même quelques retours en arrière. D’autres dictionnaires tels que le Littré et le Larousse vont venir le concurrencer. L’orthographe se fixe davantage suite à l’obligation scolaire.




  • 1990 : nouvelle réforme de l’orthographe française. Celle-ci n’a presque pas été diffusée jusqu’à aujourd’hui. Ce n’est d’ailleurs que depuis 2008 qu’elle est devenue l’orthographe enseignée dans les écoles de la Communauté française.

1.2. LE SYSTÈME ORTHOGRAPHIQUE FRANÇAIS


      1. Introduction


L’orthographe peut se définir comme « l’ensemble des fonctions que l’on donne aux lettres et aux signes écrits »1. Comme chacun sait, l’orthographe française ne reproduit pas exactement la prononciation. Cela est notamment dû au fait que l’on a souvent introduit des lettres pour rapprocher certains mots français de leur étymon (ce qui a d’ailleurs parfois donné lieu à des aberrations). Pour mieux comprendre le fonctionnement de l’orthographe française, il faut tout d’abord savoir ce que l’on entend par les notions de phonème et de graphème.


      1. Phonème et son


Un phonème est la plus petite unité phonique qui permet de distinguer les mots d’une langue.

Exemple : Le mien / le tien : ici, les sons [m] et [t] sont des phonèmes car ils permettent de distinguer, à l’oral, la personne de ces deux pronoms possessifs.
Un même phonème peut pourtant connaître différentes réalisations concrètes (sons). Certains sons n’ont aucun rôle distinctif dans une langue.

Exemple : Soit le mot français « rien » : que l’on prononce ce mot en roulant le « r » ou en le grasseyant, on comprendra tout de même l’idée contenue dans ce mot.



      1. Graphème et lettre


La Grammaire méthodique établit ici un parallèle : « le graphème est à la lettre ce que le phonème est au son »2. Ainsi le graphème est-il la plus petite unité graphique à valeur distinctive. On l’oppose à la lettre qui, elle, peut connaître des réalisations multiples (manuscrite, imprimée, majuscule, minuscule).

Un graphème peut se présenter sous plusieurs formes. Soit le phonème [o], on peut le représenter graphiquement de plusieurs manières :

  • par une simple lettre (o) ;

  • par un digramme (au) ;

  • par un trigramme (eau).




      1. Principe phonographique vs principe idéographique


Dans le système orthographique français, un graphème peut :


  • soit correspondre à un phonème de la langue (principe phonographique). Selon la position dans le mot et les règles de combinaison, un même graphème peut correspondre à des phonèmes différents.

Exemple : Exonérer / exception : « x » seul devant une voyelle se prononce [gz] tandis que suivi d’un « c », il se prononcera [k].
Les phonogrammes sont les graphèmes qui réalisent strictement le principe phonographique de représentation des unités sonores.

Exemple : « ça » : « ç » = [s] ; « a » = [a]


  • soit remplir un rôle sémantique ou grammatical (principe idéographique). C’est le cas des lettres dites muettes, c’est-à-dire des lettres qui ne correspondent à aucun phonème.

Exemples : 1. Dans « ils trouvent » : le trigramme « -ent », qui n’est pas prononcé à l’oral, est la marque de la troisième personne du pluriel.

2. Dans « chant » : « t » sert à rapprocher ce mot d’un autre mot de la même famille et à le distinguer du mot « champ ».
Les morphogrammes, les logogrammes ainsi que les lettres étymologiques et historiques sont des graphèmes qui réalisent le principe idéographique.
Les morphogrammes peuvent être :

  • grammaticaux (désinences, marques du féminin, du pluriel, conjugaisons : ils trouvent) ;

  • lexicaux (comme indicateurs de série lexicale : chant - chanter).


Les logogrammes jouent aussi un rôle sémantique en permettant de distinguer les homophones (chant – champ).
Les lettres étymologiques et historiques sont « des lettres qui subsistent dans le système graphique comme des témoins de l’histoire de la langue ou de sa filiation par rapport au latin et au grec »3 (campus > champ).


      1. Syllabe graphique vs syllabe phonique


Selon Grevisse, une syllabe est « un groupe de sons que l’on prononce d’une seule émission de voix ». Une syllabe est dite ouverte quand elle se termine par une voyelle, fermée quand elle se termine par une consonne.
Le découpage d’un mot en syllabes diffère à l’oral et à l’écrit, notamment à cause de l’ « e » muet (qui disparaît souvent à l’oral) ou à cause des lettres muettes.
Exemple (voir RIEGEL, PELLAT, RIOUL, op. cit., ibid., p.66) 
A l’oral :

- le mot « mère » n’est constitué que d’une seule syllabe phonique fermée et se termine par le son [r] ;

- le mot « discret » comporte une syllabe phonique fermée [dis] et une syllabe phonique ouverte [krè].
A l’écrit :

- le mot « mère » est constitué de deux syllabes graphiques ouvertes (mè – re) ;

- le mot « discret » comporte deux syllabes graphiques fermées (dis – cret).
Les principes de découpage d’un mot en syllabes graphiques sont à la base des règles de la coupure d’un mot en fin de ligne. Voici ces règles :

  • Quand on coupe un mot en fin de ligne, on place un trait d’union.

  • A la fin d’une ligne, un mot se coupe entre deux syllabes (syl/labe ; con/cours)

  • Si le mot contient une consonne double, on coupe entre ces deux consonnes (conson/ne), sauf « ll » équivalant au son [j] (fa/mille).

  • Un mot composé se coupe après le trait d’union (porte-/paquet).

  • On coupe après un préfixe ou avant un suffixe sans respecter les règles énoncées ci-dessus (bis/annuel ; endo/scopie).

  • On ne coupe jamais :

  • après une apostrophe.

  • entre deux voyelles.

  • avant ou après « x » suivi d’une voyelle sauf si ce « x » se prononce [z].

  • avant ou après « y » entre deux voyelles (rayon/ner).

  • entre « ll » = [j].

  • en fin de ligne, après une voyelle seule.

  • devant une consonne + « e » muet à la ligne suivante.


EXERCICES


  1. Découpez les mots suivants en syllabes phoniques puis en syllabes graphiques.


Trembler – écriture – savoir – transpercer – dompter – pédestre


  1. Où ces mots peuvent-ils être coupés en fin de ligne ?


Allègement – sixième – mille-pattes – chatoyer – horizontale – alambic –expatrier – villégiature – orthographe – échalas


  1. Décrivez la polyvalence des unités graphiques des mots suivants.


Exhausser – sangsue - seing – hôtel – femme – grammaire
CHAPITRE 2
L’orthographe d’usage
On distingue habituellement :


  • l’orthographe grammaticale qui définit la façon d’indiquer graphiquement les éléments variables des mots (règles d’accords, conjugaisons,…).




  • l’orthographe d’usage (ou lexicale) qui définit la façon d’écrire les mots du lexique indépendamment de leur usage dans la phrase ou le texte.


Deux remarques cependant :

    • premièrement, on pourrait croire que l’orthographe lexicale est arbitraire, or elle relève d’une certaine logique que quelques règles peuvent servir à décrire ;

    • secondement, il n’est pas tout à fait juste de dire que la façon d’écrire ces mots est indépendante de leur usage dans la phrase, aussi faut-il disposer du contexte pour orthographier certains mots qui ont un ou plusieurs homonymes…

Enfin, les Rectifications de la nouvelle orthographe (1990) ont aussi touché l’orthographe d’usage. Nous examinerons ces modifications ici.
2.1. ACCENTS ET AUTRES SIGNES DIACRITIQUES


      1. Les accents


Si l’usage des accents graves, aigus et circonflexes doit, dans certains cas, faire l’objet d’une mémorisation, il est cependant possible de retenir quelques règles.


    • L’accent aigu peut seulement se trouver sur un « e » : léger, amitié, rétabli,…

    • L’accent grave se trouve surtout sur un « e » : chèvre, Adèle,…

Dans certains cas aussi, on trouve l’accent grave sur un « a » ou sur un « u ». Ceci concerne quelques mots très utilisés (comme « déjà ») et certains homophones grammaticaux (le présentatif « voilà » vs le verbe « il voila » ; l’adverbe « là » vs l’article « la » ; le pronom relatif « où » vs la conjonction de coordination « ou »).

Remarque : on ne mettra jamais un accent grave sur le « a » du pronom démonstratif « cela » de même que sur « ça » (sauf dans l’expression « çà et là »).

    • A l’intérieur d’une syllabe fermée, on ne mettra pas d’accent grave sur un « e » pour représenter le son [ɛ] ni d’accent aigu pour représenter le son [e], sauf dans les mots terminés par –ès : chanter, pied, grec, cher, effet, mais procès, faciès, après,… 

    • Quant à l’accent circonflexe :

  • il peut correspondre à une lettre disparue relativement récemment. Cette disparation peut alors être vérifiée en cherchant d’autres mots de la même famille (hôpital/hospitalisation).

  • il permet de distinguer des homonymes ou des mots très proches (tâche/tache ; pêcheur/pécheur).

  • On le retrouve également aux première et deuxième personnes du pluriel du passé simple (nous mangeâmes ; vous jouâtes).

  • A retenir : le mot « piqûre ».


NOUVELLE ORTHOGRAPHE :
1. On emploie l'accent grave (plutôt que l'accent aigu) dans un certain nombre de mots (pour régulariser leur orthographe), au futur et au conditionnel des verbes qui se conjuguent sur le modèle de céder, et dans les formes du type puissè-je.

Cela signifie notamment que désormais on écrira « évènement » (et non plus « événement ») sur le modèle d’ « avènement », « règlementaire » (et non plus « réglementaire ») sur le modèle de « règlement ».
2. Les verbes en -eler ou -eter se conjuguent sur le modèle de peler ou de acheter (« il amoncèle » et non plus « il amoncelle « ). Les dérivés en -ment suivent les verbes correspondants (« un amoncèlement » et non plus « un amoncellement »). Font exception à cette règle appeler, jeter et leurs composés (y compris interpeler).
3. L'accent circonflexe disparait sur i et u (« il parait » et non plus « il paraît » ; « le cout » et non plus « le coût »).

On le maintient néanmoins dans les terminaisons verbales du passé simple, du subjonctif et dans cinq cas d'ambigüité. Les mots où le circonflexe est conservé parce qu'il apporte une distinction de sens utile sont : les adjectifs masculins singuliers , mûr et sûr, jeûne(s) et les formes de croitre qui, sans accent, se confondraient avec celles de croire (je croîs, tu croîs, etc.).


      1. Le tréma


On met un tréma sur une voyelle pour indiquer qu’elle se détache de celle qui la précède. Les voyelles « e, i, u » peuvent être surmontées du tréma.

Exemples : canoë, archaïque, paranoïa,…
NOUVELLE ORTHOGRAPHE :
Le tréma est déplacé sur la lettre u prononcée dans les suites -güe- et -güi- (« ambigüe » et « ambigüité » plutôt que « ambiguë » et « ambiguïté »), et est ajouté dans quelques mots pour éviter les erreurs de prononciation (« une gageüre » et non plus « une gageure » ; « j’argüe, nous argüons » plutôt que « j’argue, nous arguons »).


      1. La cédille


La cédille se place sous le « c » devant « a, o, u » quand le « c » doit conserver le son [s].

Elle avançait

c > ç Un garçon

Un reçu


    1. LE TRAIT D’UNION


Le trait d’union s’emploie :

  • en fin de ligne pour marquer la coupure d’un mot.

  • entre le pronom personnel et « même » (moi-même).

  • avant et après le « t » euphonique (a-t-il tout compris ?).

  • entre « mi », « semi » et « demi » et le nom ou l’adjectif qui suit (semi-liberté).

  • entre « non » ou « quasi » suivi d’un nom (la quasi-totalité).

  • Entre un nom ou un pronom démonstratif suivis de « ci » ou « là » (cette fille-là ; celle-là).

  • entre un nom et « né » (un nouveau-né).

  • entre « nu » et un nom (nu-tête).

  • dans les adjectifs numéraux composés.

  • entre « Saint » et le nom du saint lorsque l’expression désigne un lieu ou une fête (et non quand il s’agit du saint lui-même).

  • entre le verbe et son pronom (sujet ou complément) ainsi qu’entre le verbe et « ce » ou « on » (venez-vous ; vas-y ; est-ce vrai ?).

  • dans de nombreux noms composés sans règle précise (un aide-mémoire ; un pèse-personne).



NOUVELLE ORTHOGRAPHE :
1. Les numéraux composés sont systématiquement reliés par des traits d'union.

Exemples :

328 : trois-cent-vingt-huit (et non plus « trois cent vingt-huit »)

1128000 : un million cent-vingt-huit-mille (et non plus « un million cent vingt-huit mille »)

On peut ainsi désormais distinguer « cinquante et un quart » (50 + ¼) de cinquante-et-un quarts (51/4).


  1. La soudure s'impose dans un certain nombre de mots, en particulier :

  • dans les mots composés de contr(e)- et entr(e)- (« entretemps » au lieu d’ « entre-temps »).

  • dans les mots composés de extra-, infra-, intra-, ultra- (« extraterrestre » au lieu d’ « extra-terrestre »).

  • dans les mots composés avec des éléments « savants » (« socioéconomique » au lieu de « socio-économique »)

  • dans les onomatopées (le tictac) et dans les mots d'origine étrangère (le weekend).

  • dans les mots que l’on peut rapprocher d’autres mots (« portemonnaie » à la place de « porte-monnaie », par analogie avec « portefeuille »).




    1. CONSONNES GÉMINÉES




      1. Généralités


On ne double pas la consonne qui suit une voyelle accentuée.
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