Littérature québécoise Volume 144 : version 0 Journaliste, essayiste, conférencier, avocat, député, puis secrétaire d’État à Ottawa, Étienne Parent a été de nombreuses années directeur du journal Le Canadien,








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La presse


(Cette conférence a été donnée à une société littéraire portant le nom de Club social, en 1844.)

Le sujet à traiter dont j’ai fait choix, pour me conformer à la règle de notre club, est la presse périodique politique de notre pays ; sujet assez délicat, comme vous voyez, puisqu’il ne s’agit de rien moins que d’une des principales puissances de nos sociétés modernes libres ; puissance dont le pouvoir est si bien établi, si bien senti, qu’on l’a appelé le quatrième état sous le système gouvernemental britannique. D’autres l’ont appelé une magistrature, un apostolat, l’associant, la comparant à ce qu’il y a de plus vénérable parmi les choses de la terre, et à ce qui nous est envoyé de plus élevé d’en haut. Et si l’on considère quelle est la mission de la presse, mot par lequel, pour plus de brièveté, je désignerai la presse périodique politique ou le journalisme, si l’on considère, dis-je, quelle est la mission de la presse, on trouvera que ces désignations ou qualifications n’ont rien du tout d’exagéré. En effet qui s’adresse à un auditoire plus nombreux, plus respectable que la presse, et qui parle aux hommes d’intérêts plus graves, plus multipliés ? Qui est appelé à traiter de vérités plus salutaires, plus utiles ? Qui a de plus sublimes vertus à prêcher, et une cause plus sainte à défendre, que celle de la liberté, du bonheur du monde, résumé des devoirs de la presse ?

On admire et jamais on ne cessera d’admirer les grandes figures de Démosthène, de Socrate, et de ces fiers tribuns de Rome, qui entretenaient les deux plus célèbres nations de l’ère ancienne de leurs intérêts et besoins politiques. On voudrait avoir vécu du temps de ces grands citoyens, pour avoir eu l’avantage de les entendre et les voir à l’œuvre de leur haute et sublime mission. Eh ! messieurs, cette mission n’était autre que celle dont sont aujourd’hui chargés nos écrivains politiques, nos journalistes. La presse a remplacé le forum, la place publique, qui était chez les anciens le seul moyen qu’on eût de parler au peuple. Aujourd’hui l’homme animé de patriotisme harangue, agite les masses sans sortir de son étude, et sans que le peuple sorte de ses foyers. Le moyen, le procédé est changé, mais le sujet et le but sont les mêmes ; c’est-à-dire que la presse aujourd’hui parle au peuple et l’entretient des mêmes choses, et pour le même objet, que le faisaient autrefois Démosthène, Socrate et les tribuns de Rome.

J’irai même plus loin, je crois que l’on ne me taxera pas d’exagération, lorsque je dirai que la mission du journaliste se rattache à ce qu’il y a de plus vénérable dans l’Antiquité, et ici je n’entends rien moins que les prophètes du peuple de Dieu, dans ce que leur mission avait de temporel, en autant qu’elle se rapportait aux intérêts temporels. Pour s’en convaincre, il suffit de se rappeler leur sublime dévouement pour les libertés du peuple, et leurs luttes contre la tyrannie du dedans et du dehors.

Oh ! ne craignons pas de trop relever la mission de la presse. Plus on sentira la dignité de l’état de journaliste, plus ceux qui y sont engagés chercheront à le bien remplir, et plus les peuples seront exigeants sur les qualifications de ceux qui se mettent à la tête de la presse. Et peut-on l’être trop, quand on réfléchit à l’influence immense de l’engin puissant de la presse sur les destinées des nations ? Et l’a-t-on été assez dans notre pays depuis trente à quarante ans que la presse a pris le rôle dans nos affaires politiques ? Et c’est là que j’en voulais venir. Cette haute magistrature, ce sublime apostolat, ce quatrième état dans le gouvernement, entre quelles mains se sont-ils trop souvent trouvés ? Ici ma tâche devient pénible, mais j’aurai le courage de dire ma pensée. Heureux si je puis contribuer tant soit peu à une réforme, à laquelle on n’a pas encore pensé, et qui est peut-être la plus importante de toutes, la première à faire ; celle qui doit former le fondement de toutes les autres ; celle sans laquelle les autres ne pourront que difficilement s’opérer. Cette réforme est d’autant plus pressante que nous entrons sous un nouvel ordre de choses, sous un système de gouvernement régulier, et cela après ce qu’on peut véritablement appeler une révolution. Pendant un demi-siècle nous nous étions trouvés dans une position telle que nous n’avions d’autre alternative, d’autre devoir, presque, que de faire au gouvernement une opposition constante et systématique, opposition sur tout, opposition partout, opposition toujours. Il s’agissait d’user, de détraquer un système de gouvernement qui se refusait à toute réforme. Telles étaient au moins les idées du temps, et elles ont si bien prévalu qu’un bon jour le système de 91 s’est écroulé sous l’effort incessant d’une opposition semi-séculaire. Et après une période d’anarchie, suite ordinaire des commotions politiques, un nouveau système nous est apparu, que nous avons dû accepter, et dans lequel il ne nous reste plus qu’à remplir la part qui nous y est faite, à moins que nous ne voulions abdiquer, et sceller nous-mêmes notre anéantissement comme peuple. On concevra tout d’un coup que notre rôle est changé ; qu’il ne s’agit plus tout simplement pour nous de faire une opposition systématique à l’ordre de choses existant, mais d’y jouer notre rôle du mieux possible. De spectateurs hostiles, nous sommes devenus acteurs. Cette position est beaucoup plus difficile que l’autre, et demande d’autres talents et d’autres qualités. Dans notre première position, il suffisait d’être tribun, dans la nouvelle il faut être homme d’État ; naguère, réduits à la guerre de guérillas, il nous suffisait d’avoir de bons soldats, aujourd’hui que nous avons à livrer des batailles régulières en rase campagne, il nous faut de bons capitaines ; il nous suffisait de manœuvres pour détruire, il nous faut maintenant des architectes pour rebâtir. Et dans tout cela la presse est appelée à jouer un rôle très marquant, sinon le principal.

Ces propositions admises, que devons-nous avoir à la tête de nos journaux ? Des jeunes gens tout frais sortis des bancs de l’école, ou des hommes expérimentés et versés dans les sciences politiques et dans la connaissance du monde ? Des aventuriers venant chercher ici, non une nouvelle patrie, mais du pain, ou des hommes liés à nous par les liens du sang, par des affections et des idées communes, et par des intérêts et des besoins communs ? Des hommes à passions violentes, qui, semblables à des vipères, ne se plaisent qu’à déverser le venin dont leur cœur est rempli, qui par leur intempérance de langage vous ruineront la meilleure des causes, qui vous feront perdre vos amis, et multiplieront vos ennemis, ou bien des hommes au cœur chaud mais à la tête froide, qui dans les moments les plus critiques sauront faire taire leurs mouvements passionnés, et à force de raison, de modération et de savoir-vivre feront respecter votre cause de vos adversaires mêmes, raffermiront vos anciens amis et vous en feront de nouveaux ? Des hommes brouillons, pétulants, écervelés, qui lorsque des réconciliations ou des rapprochements se préparent au sein du peuple divisé, y viennent inconsidérément jeter de nouveaux brandons de discorde, ou des hommes posés et sensés qui cherchent sans cesse à opérer ces rapprochements et ces réconciliations ?

Je ne pousserai pas plus loin l’antithèse, et je vous demanderai dans laquelle de ces catégories vous placerez un grand nombre des journalistes que vous avez connus. Hélas ! je crains bien que votre réponse ne soit désolante, et que par elle ne s’expliquent une foule de maux qui sont tombés sur notre pays et sur notre race, sans compter le bien qui souvent a manqué de s’opérer. Comment en serait-il autrement ? La presse... mais c’est la langue du peuple, c’est l’expression de ses idées, de ses sentiments. Si cette expression est outrée, désordonnée, le peuple en souffrira, tout comme chaque individu souffre des écarts de sa propre langue. Ceci me rappelle l’anecdote de cet ancien maître d’hôtel, à qui on ordonna de composer alternativement un dîner de ce qu’il y avait de meilleur et de pire au monde, et qui servit à chaque fois des langues, prouvant à chaque fois par des raisons démonstratives que la langue était ce qu’il y avait de meilleur et de pire. On peut appliquer à la presse ce que ce maître d’hôtel moraliste disait de la langue, que c’est la chose la plus pernicieuse ou la plus utile, selon l’usage qu’on en fait, ou selon les hommes entre les mains desquels elle se trouve.

Voilà bien le mal, me direz-vous : il est constant ; mais le remède ?... Le remède est difficile, d’autant plus que le mal est bien grand. Mais je ne désespère pas d’en trouver un, sinon complet et assuré, qui au moins offrira de grandes chances de succès. Ce sera le sujet d’une prochaine esquisse.

* * *

Je viens aujourd’hui remplir la promesse que je vous fis dans mon dernier article, où je présentai un aperçu rapide de l’état défectueux de notre journalisme, en vous annonçant que je tâcherais d’esquisser de même les moyens d’y introduire quelque réforme.

Je verrais deux moyens d’opérer la réforme désirée, et il me semble que leur emploi ne devrait pas être jugé impossible au milieu d’une société en état d’apprécier l’importance du journalisme.

Le premier serait un entendement général en vertu duquel on ne donnerait d’encouragement qu’aux journalistes qui se présenteraient avec toutes les conditions voulues, avec des garanties, suffisantes au moins, de patriotisme, de capacité, de prudence et d’expérience. Et en cela, on rendrait souvent aux aspirants incapables un aussi grand service qu’à son propre pays ; on les détournerait d’une carrière à laquelle ils ne sont pas propres, et on les forcerait à tourner les yeux vers d’autres occupations où ils travailleraient plus utilement pour eux et pour la société. En effet combien n’a-t-on pas vu de jeunes gens perdre de bien précieuses années, souvent leur avenir, dans des efforts avortés, pour avoir reçu des encouragements à entrer dans cette carrière difficile ? C’est une libéralité bien mal avisée, certes, sous un autre point de vue plus grave, que celle qui met l’engin politique le plus puissant entre des mains inhabiles, qui le plus souvent ne servent que d’instruments à de mauvaises passions, au grand dommage des intérêts publics. Quelle inconséquence ! quand il s’agit d’intérêts individuels même les plus minces, on a bien le soin de s’adresser à des hommes professionnels de talents et de respectabilité, et l’on accepte pour défendre les grands intérêts de la société, ceux de plusieurs générations, le premier individu que le hasard présentera ! Mais, dira-t-on, il faut bien prendre ceux qui se présentent tels qu’ils sont, si l’on veut avoir des journalistes, car jusqu’à présent, cet état, les hommes de capacité supérieure ont eu de la répugnance à s’y livrer. Oui ; et cette répugnance vient justement en grande partie de la trop grande facilité avec laquelle on a accepté les services de gens incompétents, qui d’abord s’emparent de la place, et qui ensuite jettent du discrédit sur la carrière, de façon à éloigner et dégoûter d’autres plus capables d’y entrer. Qu’il soit une bonne fois bien connu qu’on exigera des qualifications supérieures des conducteurs de la presse politique, et vous ne tarderez pas à trouver facilement des sujets dignes en tout de cette haute mission ; il s’en formera pour cette branche comme pour les autres, du moment qu’elle sera devenue respectable et rémunérative. Malheureusement jusqu’à présent, et c’est notre faute, le journalisme n’a pas été un état, et ce devrait être le premier. Très souvent il a été le refuge des naufragés de tous les autres états : quand on ne savait que faire pour gagner du pain, on trouvait toujours, pour un temps au moins, quelques centaines de bénévoles lecteurs pour vous souhaiter la bienvenue : autant d’ôté souvent à un digne travailleur dans la vigne du peuple, et empêchement toujours renaissant à des entreprises vraiment utiles au pays. Si l’on voulait se donner la peine de calculer ce que l’on a payé en souscriptions et contributions, depuis trente ans, pour les publications avortées, on verrait que les sommes que l’on a ainsi jetées au vent auraient suffi pour fonder plusieurs établissements respectables et permanents.

Le remède ou moyen que je viens de proposer serait-il jugé être d’une application difficile, en ce qu’il exige le concours de toute la société, adressons-nous aux chefs, aux notabilités des partis politiques ou de leurs diverses nuances, et demandons-leur d’utiliser le principe de l’association au profit du journalisme. Cela se voit en France, où l’on voit les hommes distingués d’un parti ou d’une nuance politique former des associations ayant pour but la fondation de journaux politiques. On y contribue non seulement de sa bourse, mais aussi de sa plume lorsqu’on en est capable. Ces entreprises sont souvent profitables sous le rapport pécuniaire ; elles le sont toujours sous le rapport politique, par le talent, par la convenance et par la respectabilité de la polémique et de la rédaction des journaux, qui font honneur aux partis qui les supportent, et dont ils défendent et promulguent les idées et les doctrines, et par là aident à populariser ces idées et ces doctrines. On ne voit pas là le manque de savoir-vivre, la brutalité, l’ignorance, l’emportement, l’inexpérience des journalistes, dégoûter les gens bien élevés et éclairés, et compromettre gravement les hommes du parti dont les journaux sont ou passent pour être les organes. En effet, les chefs et les partis politiques ont beau s’en défendre, on les tient partout responsables du mal que disent et font leurs journaux. S’ils n’ont pas écrit ou dicté les articles répréhensibles, on dit qu’ils l’ont été sous leur inspiration ; s’ils ne les ont pas inspirés, on dit que ceux qui l’ont fait savaient bien qu’ils les approuveraient, ou qu’ils ne leur déplairaient pas ; enfin on dit qu’il ne tiendrait qu’à eux d’empêcher telles et telles observations s’ils le voulaient. Aussi voyez-vous souvent des haines mortelles s’élever entre des hommes publics d’opinions différentes, souvent sur des questions mineures ou passagères, sans qu’ils aient eu ensemble le moindre différend personnel. Ces haines passent des chefs aux partisans subalternes, puis se communiquent aux masses, et rendues là il faut souvent des flots de sang pour éteindre ces terribles passions. Tout cela sera dû peut-être à quelques paroles indiscrètes sorties d’une plume étourdie ou envenimée, tout comme il ne faut qu’une étincelle pour causer un grand incendie.

Ces observations n’ont malheureusement rien d’exagéré. Elles sont conformes à ce qu’on connaît de la nature humaine, et l’on pourrait citer de nombreux exemples à leur appui. Pour le moment bornons-nous à désirer qu’il soit pris des mesures pour empêcher le mal qui nous occupe de reparaître au milieu de nous, au moyen d’une presse politique respectable et respectée. Il y a bien assez des improvisations chaleureuses de la tribune pour jeter les germes de passions haineuses au sein de la société ; il est urgent que la presse, elle qui a le temps de la réflexion, sache et fasse comprendre que son premier devoir est de ramener les discussions sur le terrain de la raison ; qu’une presse qui excite, flatte ou reflète les passions populaires, ne peut être mieux comparée qu’à un cheval fougueux monté par un maniaque : le sort de la société, comme celui de l’infortuné, en pareilles circonstances, est facile à prévoir.

La presse, telle qu’il serait désirable de l’avoir, telle que tous les bons citoyens doivent désirer l’avoir, je pense qu’on pourrait se la procurer par l’un ou l’autre des moyens que je viens de signaler. Avec le premier, il ne se présenterait dans la carrière du journalisme, et avec le second on n’y appellerait que des hommes dignes, et capables de la fournir avec honneur pour eux et avec avantage pour le pays. Alors on verrait des écrivains qui chercheraient à faire prévaloir leur cause par la force de leur argumentation, par leur habileté dans les discussions, par l’étendue et la variété de leurs connaissances, enfin par la considération et le savoir-vivre. Ce spectacle de gladiateurs furieux qui ne combattent que pour le plaisir de s’immoler aux yeux d’une foule avide de sang. En effet quelle est l’intention et l’objet de notre polémique politique en général ? De faire triompher des convictions consciencieuses et honnêtes ? Non, car alors on discuterait sans passion. Ce que l’on veut, c’est perdre des adversaires, des rivaux, des concurrents. Aussi les plumes de la plupart de nos écrivains politiques laissent-elles couler à flots le fiel et le poison... et la société se trouve pour ainsi dire emportée par deux torrents de lave brûlante à une perte assurée.

Mais, il est un autre mal que j’aurais dû signaler dans mon premier article, et qui n’est pas moins à déplorer, résultant aussi de l’existence d’une presse mal conduite, ce mal c’est la perte de l’influence de la presse. Une presse politique confiée à de mauvaises mains, si elle ne communique pas ses mauvais instincts, ses passions à la masse de la société, y produira par ses excès la défiance ou l’indifférence. Les dénonciations d’abus graves les mieux fondées, seront regardées comme de vaines criailleries. Ne vous est-il pas arrivé souvent d’entendre des propos comme celui-ci : « Avez-vous lu l’article de (tel journal) au sujet de (telle personne ou telle chose) ? – Oui (ou non, c’est selon). Mais, bah ! des articles de gazettes... » Voilà l’état de discrédit où la presse se fait souvent tomber elle-même, et dans le cas actuel comme dans d’autres, les bons souffrent pour et avec les mauvais ; les bons journaux ne sont pas plus crus que les autres. La presse rendue là se trouve à peu près comme ces menteurs d’habitude, que l’on ne croit plus même lorsqu’ils disent la vérité. Eh ! bien, cela est un grand mal, surtout dans une société libre, avec un gouvernement représentatif, où l’action de la presse est nécessaire, où elle est appelée à être pour ainsi dire un des pouvoirs de l’État. Un grand écrivain ne demandait que la presse pour établir l’empire de la liberté : il entendait la presse dirigée par la raison et la sagesse, et non la presse sous la conduite de la licence ou de la folie, qui ne peut mener qu’à l’anarchie et au despotisme.

Avant de terminer, il sera peut-être à propos de répondre à une remarque que l’on ne manquera pas de faire probablement. On demandera pourquoi il devient nécessaire de prendre ici, à l’égard de la presse, plus de soins et de soucis qu’on le fait dans les autres pays où règne la liberté de la presse, et où on la laisse à elle-même. À cela je répondrai qu’en Angleterre et en France où il y a des centaines de milliers de lecteurs, les capitalistes ont tourné leur attention du côté de la presse périodique, et emploient des capitaux considérables à l’établissement des journaux politiques : c’est dire que ces établissements sont tenus sur un pied respectable à tous égards, et qu’ils ont à leur tête des hommes du plus grand mérite. Il faut aussi ajouter qu’il existe dans ces pays des règles de goût et de convenance, maintenues par une opinion publique toute-puissante. Nous sommes ici privés de cela, ou si nous l’avons c’est à un degré bien minime.

Ainsi l’on voit qu’en Angleterre et en France, l’on a réellement les moyens de prévenir le mal qui existe en Canada. Mais aux États-Unis, pays que l’on cite aussi comme modèle ou comme exemple, quand il s’agit de civilisation et de tout ce qui en dépend, que fait-on, qu’a-t-on pour prévenir le mal en question ? Aux États-Unis, l’on fait à peu près comme ici, l’on laisse faire. Cependant, le grand nombre de lecteurs qui se trouve aux États-Unis peut permettre l’établissement de journaux sur le même pied qu’en Angleterre et en France, et il y en a plusieurs qui peuvent jusqu’à un certain point contrebalancer la funeste influence du journalisme infime et populacier. L’habitude et la connaissance des affaires y sont en outre beaucoup plus répandues qu’ici, et le peuple y est par conséquent moins exposé à être égaré. Malgré cela, le journalisme fait beaucoup de mal aux États-Unis, et il faut la vigueur de la jeune république pour qu’elle n’y succombe pas.

Résumons en peu de mots. Notre presse politique n’a pas été en général jusqu’à présent à la hauteur de son importante mission, d’où il est résulté et résultera qu’elle exercera une influence pernicieuse dans la société, ou, ce qui n’est pas moins à déplorer, qu’elle n’en exercera aucune ou pas assez, et qu’ainsi le peuple sera privé du plus puissant engin de bonheur, de progrès et de liberté.

Deux moyens de remédier au mal se présentent. Le premier serait de décourager toute entreprise individuelle qui n’offrirait pas toutes les garanties désirables, afin de laisser la place libre aux candidats dignes de s’asseoir au fauteuil éditorial, qui dans ce cas ne manqueraient pas de se présenter.

Dans le cas où ce moyen ne suffirait pas pour attirer les hommes de mérite dans la carrière, substituer aux entreprises individuelles le principe de l’association si fécond en résultats partout ailleurs, au moyen duquel on formerait tout d’abord ces établissements respectables, devant lesquels ne pourraient tenir ni se montrer ces nombreuses tentatives éphémères, qui ne servent qu’à jeter le journalisme dans le discrédit, et à faire couler dans les sentiers de l’ignorance ou des mauvaises passions, des ressources qui, écoulées dans une autre direction, auraient produit le plus grand bien.

Il semble que ces moyens ne présentent aucune difficulté insurmontable. On peut donc espérer qu’ils attireront l’attention surtout des hommes qui sont à la tête du mouvement politique et social.
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