Regard prospectif sur l'avant-projet de schéma directeur








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RELIEF ARTIFICIEL/RELIEF NATUREL

REGARD PROSPECTIF SUR L'AVANT-PROJET DE SCHÉMA DIRECTEUR
Introduction

En déclarant, dès avant 1968, leur intention de construire une ville1, les délégués chargés d'assurer la transplantation de la section francophone de l'université de Louvain s'engageaient à affronter non seulement les questions de la construction d'un établissement universitaire mais aussi celles, plus générales, de la forme de l'établissement humain.
Nous voudrions montrer ici, à l'aide d'une documentation restée encore en partie inédite, extraite de l'étude du schéma directeur présenté le 31 mai 1969 et adopté par le conseil académique :

  • que l'élaboration du plan directeur de Louvain-la-Neuve n'a pas été purement et simplement dominée par l'instinct compulsif d'une réénonciation du mythe bourgeois de l'établissement humain

  • qu'au contraire, dans la phase initiale de l'activité des urbanistes belges réunis au sein du groupe U-A, une hypothèse s'est dessinée, dont les traces sont encore - dans une certaine mesure - à la base dans la structure actuelle de Louvain-la-Neuve, et qui témoigne de l'appartenance de la ville-nouvelle à une filière d'expériences sur le thème de la métropole qui visaient au dépassement des tendances en acte dans le phénomène métropolitain

  • que cette hypothèse pourrait soutenir la réflexion sur le projet de Louvain-la-Neuve, dans la perspective d'une résolution tout au moins partielle des contradictions dans lesquelles la ville-nouvelle s'est engouffrée.

Nous allons présenter ici trois aspects principaux de l'avant-projet de schéma directeur adopté par le conseil académique le 31 mai 1969 :

  • la structure formelle du port d'accès

  • la distribution de la masse résidentielle

  • l'interaction de la résidence avec le socle topographique


La ville-nouvelle et sa région. La new town anglaise comme terme de comparaison

Contrairement aux villes-nouvelles françaises, qui s'inscrivent seulement dans la ligne d'une réforme du phénomène métropolitain dont ne sont critiqués ni le radioconcentrisme foncier ni l'ancrage confondant à la capitale nationale, la new town anglaise apparaît aussi comme l'un des éléments nécessaires d'une construction régionale fondée sur une redistribution générale de toutes les activités - et d'abord des activités productives - sur le territoire national. La finalité de cette redistribution est explicitement la rupture avec la force d'attraction de Londres, et le rééquilibrage démographique de l'île. La new town est pour l'essentiel le centre de services et le noyau initial de peuplement d'une des multiples petites régions métropolitaines d'Angleterre, absolument nouvelles et inconfondibles aux anciennes provinces.

Les urbanistes belges ont visité Milton Keynes, Cumbernauld et Runcorn. Hook, qui tire les leçons des précédentes, est restée sur le papier. Cette ville-nouvelle imaginaire donne lieu à un véritable manuel de la ville-nouvelle - The planning of a new town - publié en 1961. Comme nous allons l'observer, Hook est le terme de comparaison le plus direct de Louvain-la-Neuve.

Les urbanistes belges sont conscients des limites étroites dans lesquelles ils imaginent leur ville-nouvelle. Aucune planification régionale n'existe. La Wallonie n'a pas encore été décrétée Région. La région qu'ils identifient comme l'aire d'interaction de la ville-nouvelle est la fraction wallonne de l'ancienne province de Brabant, déjà presque entièrement colonisée par la résidence métropolitaine en diffusion. Louvain-la-Neuve se situe en effet au centre géographique du Brabant wallon. Le terrain dont l'université vient de se rendre propriétaire est déjà destiné à l'encerclement. De toutes parts, des lotissements pavillonnaires sont promus, et qui ne tarderont pas à surgir.

Dans sa structure fondamentale, la ville-nouvelle sera - malgré toutes ces inconnues - une new town.

Comme Cumbernauld, et comme Hook, elle sera dotée d'un réacteur régional : une ligne centrale d'équipements à deux registres superposés. Le registre inférieur est le port d'accès régional. On y trouve les voies d'accès ainsi que les principaux dépôts de véhicules. Le registre supérieur, superposé au premier et linéaire comme lui, est le cœur actif de la région. Il en est le forum, comme dans la colonia romaine, tout à la fois centre de services et lieu symbolique - lieu du rassemblement - de toute la région.
La ville cratère : un paradigme de l'établissement métropolitain

Le concept formel qui préside à la distribution des masses et des espaces libres est résumé par quelques schémas, et par une maquette. Au contraire de la plupart des villes issues de la tradition bourgeoise, mais aussi de nombreuses villes-nouvelles anglaises dont Cumbernauld, dont l'allure générale en coupe est convexe, la ville-nouvelle apparaît comme un immense relief cratériforme. Ce relief est formé de quatre hautes lignes de talus artificiel, toutes tournées vers l'intérieur de la ville-nouvelle. Les deux lignes internes forment les lèvres du forum. Les deux lignes externes forment les lèvres extérieures de la ville-nouvelle.

L'espace entre les deux séries de lignes est tapissé de constructions basses, en nappe.

Les auditoires, qui d'élèvent généreusement en hauteur, et les maisons basses, en nappe, sont donc associés en une hypothèse formelle générale. Un prototype de la ville-nouvelle au relief bien marqué : la ville-vallée.

Par ses caractéristiques tectoniques inverses de celles - à bloc - qui servent la diffusion métropolitaine, cette ville creuse est la réponse des urbanistes à la recherche d'un""point de référence urbain", d'un lieu architectonique au cœur même de l'"espace ininterrompu" de Motopia"2.
Toutes les caractéristiques formelles fondamentales du prototype distinguent nettement la ville-vallée de l'archétype de la ville-bourgeoise. Et ceci essentiellement parce que la ville-nouvelle n'est pas destinée d'abord à compléter l'architecture du territoire provincial, mais bien à contribuer à la configuration d'un territoire métropolitain, et d'un territoire métropolitain dégagé, sinon de l'idée de la ville, du moins de l'emprise du syndrôme qui, dans une société marchande abandonnée à ses tendances compulsives, tient lieu d'idée de la ville.

Comme le montrent les études en coupe, le trait taluté - que les urbanistes appellent conque ou zigourat - est un immeuble à terrasses. Le plan-relief général de la ville-nouvelle - l'urban pattern - adopté par les concepteurs de Louvain-la-Neuve donne sa pleine raison d'être au choix de l'immeuble à terrasses comme thème résidentiel privilégié. L'immeuble à terrasses apparaît capable de réconcilier une opinion désormais hostile aux tours avec le thème de la grande unité résidentielle - au centre de toutes les recherches européennes sur la métropole. Tout au long du XXème siècle, l'immeuble à terrasses a donné lieu à de multiples expérimentations - souvent fragmentaires. Citons, pour leur valeur exemplaire, ceux d'Henri Sauvage et d'Adolf Loos. Plus récemment, Jean-Pierre Blondel, un des trois directeurs du projet de Louvain-la-Neuve, s'était illustré par la construction d'un très bel immeuble à terrasses à Bruxelles. Parmi les nombreuses expériences contemporaines en lesquelles se manifeste la recherche de pistes alternatives réalistes sur le thème de la métropole, par l'application de l'immeuble à terrasses en opérations plus amples, et dont les urbanistes peuvent faire profit, citons : le campus d'East Anglia (Norwich) de Denys Lasdun (1962-68), le projet de la ville-nouvelle de Stafford Harbour (Virginie, près de washington) de Paul Rudolph (1967), Harvey court à l'université de Cambridge (Martin+Wilson), le collège de l'université d'Urbino (G. de Carlo), de grands groupes d'habitations en terrasses St John's housing à Cambridge (Colin St. John), à Londres (Camden), à Francfort (Gunther Balser), à Berne (atelier 5) et à Vienne (Puchhammer+Wawrik), ainsi que les nombreux projets de recherche méditerranéens sur le thème de la ville-nouvelle par Alexis Josic, Sadrash Woods, Dimitri Stamatiadis, etc., abondamment illustrés par la revue française "L'Architecture d'Aujourd'hui" tout au long de la décennie.
Topographie et territoire cosmopolitain

Plusieurs des recherches contemporaines dont nous venons de parler, et dont les concepteurs de Louvain-la-Neuve chercheront à tirer parti aussi, explorent les possibilités d'adaptation du modèle bâti au modelé du terrain, du relief artificiel de la ville-nouvelle au relief naturel.

Cette exploration porte à la redécouverte d'une dialectique qui, anciennement, était essentielle à la pratique de la construction des villes : la dialectique du lieu mental et du lieu physique, du modèle - du type - et de sa détermination particulière.

Sous cet angle, parmi les newtowns, Hook fait encore figure de précédent exemplaire. Contrairement à Cumbernauld et à Milton Keynes, qui exhibent les deux registres de leur réacteur régional - la central area - en terrain plat, Hook s'implante sur une légère dépression de terrain. Sur trois côtés, l'upper deck - le sol artificiel de la central area - vient à la rencontre des pentes du terrain, de plain-pied avec lui.

Le terrain d'Ottignies est une petite vallée : le Malaise.

Le schéma linéaire de la ville-nouvelle s'y superpose. Sa ligne centrale d'équipement se pose exactement sur le thalweg de la vallée. Il en épouse l'ondulation. Il décrit un double coude au confluent des vallons d'amont.

Et puisque le thalweg est en pente, l'upper deck sera fragmenté en une série de plate-formes. Ces plate-formes réalisent l'épannelage du terrain, comme le font les planches de niveau d'une maquette, par régularisation de la pente naturelle. Elles épousent le thalweg du Malaise et remontent dans les thalwegs des vallons affluents. Toutes ensemble, elles forment ce que les urbanistes appellent le "squelette" de la ville.

Ce squelette, c'est le forum dont nous parlions plus haut. Les urbanistes l'appellent aussi "le communautaire".

L'ensemble du relief artificiel de la ville-nouvelle, passé le moment de la modélisation, se modèle sur le relief naturel. Il épouse sa suggestion topographique, dans une relation de solidarité hyperbolique avec elle. Les masses accompagnent et accentuent le mouvement du relief, en plan comme en élévation. Les traits talutés s'incurvent en grands auditoires en croissants de lune. Les lignes internes se posent au pied des pentes. Les lignes externes se posent en tête des vallons. Les premières tracent la ligne de rencontre entre le thalweg et les coteaux. Les secondes tracent la ligne de rencontre des coteaux et du plateau wallon.

C'est cette intention de solidarité bien déterminée du relief artificiel avec le relief naturel qui donne évidemment sa raison d'être au travail d'inflexion en plan et en coupe qui s'opère sur la résidence. C'est elle aussi qui donne à l'ensemble du relief artificiel de la ville-nouvelle son unité bien particulière, une unité qui n'est concentrique qu'en apparence. Le relief de la ville-nouvelle est fondamentalement filamentaire, et ouvert à d'autres développements, sur d'autres vallons, et en d'autres lieux où plateau et vallées se rencontrent.

La solidarité hyperbolique du relief artificiel et du relief naturel qui s'énonce dans ces premières études est peut-être le choix par lequel le prototype de Louvain-la-Neuve ouvre le plus radicalement la voie à ce que nous avons appelé un dépassement des contradictions de la métropole pathologique.

Elle suggère une architecture métropolitaine qui adopterait à titre de structure fondamentale la structure du relief naturel, qui reconnaîtrait donc au socle topographique sa virtualité architectonique.

Un choix par lequel la métropole s'identifierait à la mise en relief de la Terre, et se superposerait distinctement aux sédiments artificiels issus des projets territoriaux d'initiative antérieure.
Conclusion

Ces choix ont été contestés. Le renoncement au principe distributif par lequel les hauts reliefs artificiels s'unissent au relief naturel a provoqué l'affaissement général de la coupe urbaine et l'étalement plutôt informel de la résidence, avec l'abandon de l'objectif de peuplement initial. L'implantation de la structure universitaire bicéphale sur le terrain a mené tout à la fois à la quasi-obstruction du squelette de la ville-nouvelle vers l'aval (sciences humaines) et à la dispersion sur le plateau (sciences exactes et parc scientifique). Il a conduit à l'affirmation d'une autre directrice, perpendiculaire au squelette de la ville : le cardo universitaire (rue des Wallons). Le "communautaire" forme un bloc centralisé et compact - le centre-ville -, sous lequel l'anneau routier linéaire se perd en boucles. En opposition à ce centre compact, les quartiers tendent à s'effilocher, en faubourgs. Leur disposition en croix autour du centre affirme leur assujettissement à une mathématique plus que leur interaction avec le site de vallée. Un ring pour automobiles encercle la ville-nouvelle en un anneau concentrique. Les accès latéraux vers le centre et la tranchée du chemin de fer se sont approprié les vallons. Les rues principales des quartiers gravissent donc la pente plus raide des mamelons. Une flaque romantique - le lac - interdit le déploiement du forum vers l'aval.

Les deux édifices - grande aula et centre commercial - par lesquels Louvain-la-Neuve a seulement commencé, au cours de ces quinze dernières années, à affirmer sa vocation régionale, sont implantés exactement sur le thalweg du Malaise, en amont et en aval de ce "centre-ville" compact. Ils apparaissent paradoxalement comme deux verrous, motivés par l'ambition d'"achever le centre-ville", et de le contraindre à son hypercentralité.

Pour continuer à affirmer sa vocation régionale, Louvain-la-Neuve peut compter sur la structure solide du squelette que les urbanistes-architectes lui ont offert dès les premiers temps de l'étude. Il faudra donc faire sauter les verrous, ou s'en accommoder, et reprendre la réflexion sur l'extension du communautaire vers l'amont et vers l'aval du Malaise.

Il faudra aussi reprendre la réflexion à l'échelle régionale sur les formes et la distribution d'un relief résidentiel régional, en étroite relation avec l'étude de nouvelles lignes de transport en commun léger. Louvain-la-Neuve pourra ainsi ne pas s'obliger plus longtemps à prétendre concentrer sur son domaine toutes les bonnes réponses aux questions de la résidence. Elle pourra s'affirmer comme port régional et envisager aussi l'entretien et le perfectionnement de son beau cristal universitaire.


1 Ces intentions sont clairement exprimées dans le programme pour le concours d'idées - cité universitaire d'Ottignies rédigé par le secrétaire général de l'UCL en date du 15 septembre 1967. Dès 1963, du reste, le groupe Alpha avait dressé le projet d'un Centre Satellite à Ottignies à la demande du Ministre des Travaux Publics. Cette même année 1963, un étudiant du cours d'urbanisme de M. Jean-Pierre Blondel à La Cambre dresse lui-aussi le projet d'une ville-nouvelle à Ottignies. Voyez : Woitrin M., Louvain-la-Neuve Louvain-en Woluwe Le grand dessein, Paris-Gembloux 1987, pp. 54-56 et p. 79. Voyez aussi : Laconte P., La programmation physique du projet Ottignies, in "Louvain", bulletin trimestriel des amis de l'université de Louvain, n°3 et 4, Leuven 1968

2 Kenneth Frampton, Modern architecture. A critical History, London 1980, tr. It. Bologna 1993, p.324




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