Livre premier révolution et contre-révolution








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CHAPITRE X

A LA FRONTIERE FINLANDAISE

1. Antibolchévisme à Broadway



Une délégation de Russes-blancs était sur le quai pour accueillir et saluer le Nieuw Amsterdam, le bateau qui amenait en Amérique à la fin de 1924, le capitaine Reilly et sa femme. Il y eut des fleurs, du champagne et d'ardents discours en l'honneur du « héros de la croisade antibolchévique ».

Reilly fut bientôt comme chez lui, aux Etats-Unis. On discutait alors partout d'un emprunt soviétique à l'Amérique. Un certain nombre d'hommes d’affaire amé­ricains influents y était favorable ; et le gouvernement so­viétique, désireux de gagner l'amitié de l'Amérique et ayant urgemment besoin d'argent et de machines pour réorganiser son économie dévastée, était disposé à faire des concessions pour l'obtenir.

« Les perspectives des Soviets d'obtenir ce prêt étaient favorables, a reconnu plus tard Madame Reilly, Sidney était résolu à l'empêcher. Une grande partie de son travail en Amérique avait pour objectif de faire obstacle à cet emprunt ».

Reilly se jeta immédiatement dans la lutte contre l'emprunt en discussion. Il ouvrit un bureau privé dans Broadway qui devint rapidement le quartier-général des 'conspirateurs antisoviétiques et des Russes-blancs des Etats-Unis. D'énormes quantités de matériel de propa­gande antisoviétique sortirent bientôt du bureau de Reilly et furent expédiées dans tous le pays pour influencer les directeurs de journaux, les éditorialistes, les professeurs, les hommes politiques et les hommes d'affaire. Reilly entreprit une tournée de conférences pour informer le public « du danger du bolchévisme » et de la menace qu'il constituait pour la civilisation et le commerce. Il eut un certain nombre d'entretiens confidentiels « avec des petits groupes choisis de financiers et de riches in­dustriels de diverses villes d'Amérique ». «A la fois par des conférences contre l'emprunt soviétique et par des articles d'ans la presse, écrit Mme Reilly, Sidney lut­tait contre l'emprunt soviétique. Et il est inutile d'expo­ser comment en faisant révélation sur révélation, décou­verte sur découverte, il obtint une victoire totale ; et l'emprunt soviétique ne fut jamais accordé37.

Saboter l'emprunt russe ne fut pas la principale ac­tivité antisoviétique de Reilly aux Etats-Unis. Sa prin­cipale entreprise fut la création sur le sol américain d'une section de la Ligue internationale antibolchévique, qui devait apporter un soutien puissant aux diverses cons­pirations antisoviétiques qu'il organisait en Europe et en Russie. Des sections de la ligue de Reilly fonctionnaient déjà à Berlin, à Londres, à Paris et à Rome, comme dans les pays du cordon sanitaire, de la Baltique aux Balkans. En Extrême-Orient, une section de la ligue financée par le japon avait été constituée à Kharbine, en Mandchourie, sous la direction du célèbre terroriste cosaque, l'ataman Sémyonov. Aux Etats-Unis, aucun appareil organisé de ce genre existait. Il y avait pourtant, d'excellents éléments pour en créer un...

Les amis russes-blancs de Reilly l'eurent vite pré­senté à celles de leurs relations américaines les plus influentes et les plus riches qui seraient disposées à con­tribuer par de grandes sommes au financement de son mouvement antisoviétique.

En ce qui concerne l'argent, le marché pour cette sorte d'entreprise est ici, et ici seulement, écrivait Reilly cette année-là, dans une lettre confidentielle à un de ses agents en Europe ; « mais pour obtenir de l'argent, il faut venir ici avec un plan très défini et très plausible, et avec des preuves très substantielles que la minorité est capable dans un délai raisonnable, d'entreprendre et de réussir une réorganisation de l'affaire ».

« La minorité » dont parlait Reilly dans son langage convenu était le mouvement antibolchévik en Russie. « Réorganisation de l'affaire » signifiait le renversement du gouvernement soviétique. Reilly ajoutait : « Avec de semblables prémisses, il serait possible d'approcher ici, en premier lieu, le plus grand fabricants d'automobiles, qui pourrait être intéressé par les brevets à condition qu'on lui prouve (non pas simplement qu'on lui dise) que les brevets serviront. Dès son intérêt acquis, la question d'argent peut être considérée comme résolue ». Selon les mémoires de Mme Reilly, son mari parlait d'Henry Ford.

2. L'agent B 1.




Le chef du mouvement des émigrés blancs antisovié­tiques aux Etats-Unis était un ancien officier tsariste, le lieutenant Boris Brasol, qui avait appartenu à l'Okhrana et qui avait été une fois procureur à la Cour suprême de Saint Pétersbourg. Il était venu aux Etats-Unis en 1916, comme représentant de la Russie à la Conférence inter-­alliée de New-York, et était demeuré en Amérique comme agent spécial tsariste.

C'était un homme petit, au teint pâle, aux allures efféminées, avec un front fuyant, un nez proéminent et *des yeux sombres et rêveurs. Brasol avait la réputation d'être un propagandiste antisémite violent et abondant. En 1913, il avait joué un rôle de .premier plate dans la fameuse affaire de Beilis, où la police. secrète tsariste avait voulu prouver que les Juifs pratiquaient le meurtre rituel et qu'ils avaient tué à Kiev, un jeune enfant chrétien pour lui prendre son sang38.

Après la Révolution, Brasol avait constitué la première organisation secrète de, Russes-blancs aux Etats-Unis. Elle s'appelait l'Union des officiers de l'armée et de la marine impériales, et elle était surtout composée d'anciens membres des Cent-Noirs qui avaient émigrés aux Etats­-Unis. En 1918, le groupe de Brasol était en liaison étroite avec le Département d'Etat, et il lui fournis­sait la plupart des fausses données et des informations truquées sur lesquelles le Département d'Etat basa son opinion sur l'authenticité des frauduleux «documents Sisson»39. Revendiquant d'être un expert des questions russes. Brasol réussit à se faire une place dans le Service secret des Etats-Unis. Comme agent américain « B 1 », un des premiers actes de Brasol fut de faire traduire en anglais par Nathalie de Bogory, la fille d'un ancien géné­ral tzariste, les Protocoles des Sages de Sion, l'infâme faux antisémite qui avait été utilisé par la police secrète tzariste pour provoquer des pogromes de Juifs sur une grande échelle, et que l'émigré tzariste Alfred Rosenberg diffusait largement à Munich. Brasol, fit pénétrer la traduction des Protocoles dans le Service secret amé­ricain comme. un document authentique qui « expliquait la Révolution russe ».

Pour obtenir que les Russes-blancs soient soutenus et pour convaincre les Américains que la Révolution bol­chévik faisait partie du « complot juif international », Brasol se mit à répandre les Protocoles des Sages de Sion aux Etats-Unis. Il ajouta au faux tzariste, des écrits anti­sémites de son cru. Au début de !921, il publia à Bos­ton un livre intitulé The World ai the Crossroads (Le monde à la croisée des chemins). Il y affirmait que la Révolution russe avait été préméditée, financée et diri­gée par les Juifs. Le renversement du tzar et toutes les conséquences internationales qui en résultèrent, écrivait Brasol, faisait partie d'une « entreprise sinistre dans laquelle les Juifs du monde entier et M. Wilson étaient devenus associés ».

Le 1er juillet 1920, Brasol put se vanter dans une lettre adressée à un autre émigré blanc aux Etats-Unis, le major-général comte V. Tcherep-Spirodovitch : « L'an dernier, j'ai écrit trois livres qui ont causé plus de mal aux Juifs que dix pogromes ».

Tcherep-Spirodovitch était aussi, de son côté, un remarquable propagandiste antisémite. Bien plus, il recevait une subvention du célèbre industriel américain Henry Ford.

Boris Brasol était aussi en rapports étroits avec des agents de l'a société des automobiles Ford et des exem­plaires des Protocoles furent présentés au roi de l'auto­mobile40.

3. Les Cent-Noirs à Détroit.


Une étrange et sinistre alliance s'était conclue aux Etats-Unis, entre les émigrés tzaristes d'esprit féodal et le célèbre industriel américain qui avait développé les méthodes de production les plus modernes du monde...

La fin de la guerre avait amèrement déçu Henry Ford. Le don quichottesque projet du Navire de la Paix que Ford avait envoyé en Europe pendant la guerre avait tourné en un fiasco absurde et un grand ridicule en avait rejailli sur le fabricant d'automobiles. Il éprouvait en outre un profond ressentiment du fait qu'il avait rencontré de grandes difficultés à obtenir un prêt de Wall Street pour son projet d'extension de son entreprise, Aussi inéduqué qu'il était techniquement doué, Ford prêta une oreille complaisante aux Russes-blancs quand ils vinrent le voir, et lui dirent que les juifs étaient en fait la cause de ses difficultés. Pour prouver leurs agissements, ils lui montrèrent les Protocoles des Sages de Sion. Après avoir examiné soigneusement ces Protocoles, Ford arriva à la conclusion qu'ils lui donnaient l'explication de tous ses soucis. Il décida de donner à ce faux antisémite une dif­fusion nationale en le réimprimant dans son journal, le Dearborn Indépendant.

Il en résulta que les aristocrates russes antisémites, les terroristes blancs, les Cent-Noirs pogromistes et les anciens agents de la police secrète tzariste qui avaient émigré aux Etats-Unis après la Révolution, firent leur apparition aux Etablissements des Automobiles Ford de Detroit. Ils con­vainquirent Ford que le gouvernement des Etats-Unis lui­-même était menacé par un « complot juif » révolution­naire et que les groupes américains libéraux et les hommes qui en faisaient partie constituaient en fait des « fronts Juifs ». Sous leur contrôle habile, une formidable organi­sation complexe et secrète fut mise sur pied, entretenue par la situation et la fortune de Ford qui lui donnait de la respectabilité. Elle avait pour objet d'espionner les Américains libéraux, de recueillir tous les bavardages anti­sémites et de faire une propagande violemment antijuive aux Etats-Unis.

L'état-major de cette organisation était à la Société des Automobiles Ford. Chacun de ses membres avait un indicatif chiffré. Le secrétaire particulier de Ford E.G. Liebold, était le 121 X, le directeur du Dearborn Indépendant, W.J. Cameron, était le 122 X. Nathalie de Bogory qui, en qualité d'adjointe de Boris Brasol, avait traduit les Protocoles en anglais, était le 29 H.

L'organisation de Ford pénétrait dans tous les secteurs de la vie américaine. Ses agents étaient actifs dans les grands journaux, dans les universités célèbres, dans les sociétés commerciales très connues, et même dans des bureaux du gouvernement des Etats-Unis.

Un ancien membre du Service secret américain, le Dr. Harris Houghton, dirigeait une division spéciale de cette organisation de conspiration, appelée service d'enquête Ford. L'indicatif de Dr.Houghton était 103 A. La principale, tâche du service d'enquête était de fournir des renseignements confidentiels sur des Américains li­béraux éminents dans des buts de propagande antisovié­tique et antisémite. Parmi ceux qui étaient l'objet d'en­quête et qui figuraient sur la liste noire, il y avait Wilson, le colonel Robins, le révérend J.H. Holmes, Helen Kel­ler, les juges Hughes et Brandeis. D'après les rapports secrets du service d'enquête, ces personnalités, et des quantités d'autres semblables, étaient utilisées dans le « complot juif » pour renverser le gouvernement améri­cain.

Les découvertes du service secret d'enquête étaient publiées dans le Dearborn Independant de Ford qui, à la même époque, donnait en feuilleton les Protocoles de Sion. Voici un commentaire typique sur Woodrow Wil­son : « M. Wilson, quand il était Président, était très lié avec les Juifs. Son administration, comme tout le, monde le disait, était dominée par eux. Comme ancien presby­térien, il arrivait à M. Wilson de commettre des fautes de pensée chrétienne au cours de ses discours publics et il était sérieusement contrôlé par ses censeurs juifs ».

Une biographie de William Taft se terminait par la conclusion suivante : « Telle est l'histoire des efforts de William Taft pour résister aux juifs, et comment ils le brisèrent. Cela mérite sans doute d'être su, en considé­ration du fait qu'il est devenu un de ces « gentils » que les Juifs utilisent pour leur propre défense ».

Des agents spéciaux de l'organisation de Ford étaient envoyés à l'étranger et faisaient des milliers de kilo­mètres pour recueillir de nouvelles calomnies et des faux contre les Juifs. Un de ces agents, un Russe-blanc nommé Rodonov partit au japon pour y chercher dans la colo­nie d'émigrés russes dans ce pays des matériaux pour la propagande antisémite. Avant de quitter les Etats­-Unis, Rodonov télégraphia à Charles Smith, un des chefs de l'organisation Ford : « Mes conditions sont les suivantes : pendant six mois je vous fournirai exclusi­vement les matériaux convenus. Vous m'avancerez 1.500 dollars américains par mois, payables à la Yoko­hama Specie Bank. Vous devez rite payer les matériaux que je vous ai déjà fourni ».

Décrivant la situation qui s'était développée à la Société des Automobiles Ford, Norman Hapgood, un grand journaliste américain qui fut plus tard envoyé comme mi­nistre des Etats-Unis au Danemark, a écrit : « Dans l'atmosphère dans laquelle travaillaient les inspecteurs de Ford, on parlait de pogromes qui` allaient avoir lieu dans ce pays. En fait, dans le milieu de Ford, grandissaient les mêmes symptômes qui existaient en Russie aux temps des Cent-Noirs... Politiquement, cela signifiait que l'his­toire se répétait. Comme Brasol était dans ce pays le chef des émigrés russes qui essaient de ramener les Roma­nov sur le trône, cela signifiait que les persécutions de Ford, par la logique des choses rejoignaient la croisade vieille comme le monde, que les despotes de l'Europe avaient constamment suscitée en vue d'exciter, dans leurs intérêts à eux, les passions religieuses des masses igno­rantes ».

Comme Henry Deterding en Angleterre, et Fritz Thyssen en Allemagne, le roi américain de l'automobile Henry Ford s'était identifié avec l'antibolchévisme mon­dial et avec le phénomène du fascisme, en voie de déve­loppement rapide. Selon le New-York Times du 8 février 1923, Auer, le vice-président de la Diète bavaroise, dé­clara publiquement « La Diète bavaroise est informée depuis longtemps que le mouvement d'Hitler est en parsie financé par un chef antisémite américain, qui est Henry Ford. M. Ford a commencé à s'intéresser au mouvement antisémite bavarois il y a un an, après qu'un de ses agents soit venu prendre contact avec, Dietrich Eichart, le pangermaniste bien connu... L'agent retourna en Amé­rique et immédiatement après, l'argent de Ford commença à arriver à Munich. M. Hitler se vante ouvertement de l'appui de M. Ford et loue M. Ford, non pas d'être une grande personnalité, mais d'être un grand antisémite ».

Dans le petit bureau banal de .la Korneliusstrasse à Munich qui était le quartier général d'Hitler, il n'y avait qu'une seule photographie encadrée sur le mur : celle de Ford.

4. La fin de Sidney Reilly.



Peu après son arrivée aux Etats-Unis, Sidney Reilly avait entrepris un travail' d'intime collaboration avec l'or­ganisation antisémite et antisoviétique des agents de Ford. Avec leur aide il dressa « une liste complète de tous ceux qui en Amérique travaillent secrètement en faveur des bolchéviks »41.

.

Grâce aux efforts de Reilly, des contacts s'établirent entre le mouvement antisémite et antidémocratique aux Etats-Unis et les sections d'Europe et d'Asie de la Ligue internationale antibolchévique. Dès le printemps de 1925, la charpente d'un centre international propagande fas­ciste et d'espionnage, agissant sous le masque de l' « anti­bolchévisme », se trouvait ainsi construite...

Entre temps, Reilly maintenait d'étroits rapports avec ses agents en Europe ; des lettres lui parvenaient régulièrement de Reval, d'Helsinski, de Rome, de Berlin et autres centres d'intrigues antisoviétiques. La plus grande partie de cette correspondance, adressée au bureau de Broadway de Reilly, était écrite en langage conven­tionnel ou à l'encre sympathique au dos de lettres com­merciales d'apparence innocente. Ces communications con­tenaient des rapports détaillés sur chaque nouveau progrès réalisé par le mouvement antisoviétique européen. La débâcle de Savinkov avait pour un temps démoralisé d'im­portantes sections du mouvement. Les « gardes verts » s'étaient divisés en petits groupes isolés de terroristes pro­fessionnels et de bandits. La jalousie et la suspicion mu­tuelles contribuaient pour leur part à désorganiser les autres groupes antisoviétiques. Il semblait que la grande contre-­révolution dût être différée pour un certain temps.

« Sidney vit parfaitement, écrit Mme Reilly, que la contre-révolution devait. partir de Russie ; et que tout ce qu'il faisait de l'extérieur n'aurait pas d'autre résultat que de créer à l'étranger une hostilité passive à l'égard des Soviets. Il avait eu a plusieurs reprises des visites de la part d'organisations de Moscou, comme il avait eu celle de Drebkov à Londres, mais il agissait avec prudence »...

Au début de ce printemps de 1925, Reilly reçut une lettre mise à la poste de Reval, en Esthonie, qui l'agita beaucoup. La lettre écrite en langage convenu, provenait d'un vieil ami, le commandant E***; qui avait travaillé avec Reilly dans le Service secret britannique pendant la guerre mondiale et qui appartenait maintenant au corps consulaire dans un des Pays baltes. La lettre datée du 24 janvier 1925 commençait ainsi

« Mon cher Sidney, deux personnes, un homme et une femme, du nom de Krachnochtanov, peuvent venir vous voir à Paris de ma part. Ils vous diront qu'ils ont à vous faire une communication sur la Californie et vous remet­trons un papier contenant un poème d'Omar Khayam (sic) que vous reconnaîtrez. Si vous désirez en savoir plus long sur leur affaire, vous devez leur demander de rester. Si elle ne vous intéresse pas, vous direz : « Merci beaucoup. Au revoir ».

Dans le langage convenu entre le commandant E*** et Reilly « Krachnochtanov » s'appliquait à un agent anti­soviétique nommé Schultz et à sa femme; la « Califor­nie » signifiait l'U. R. S. S.; et le poème d'Omar Khayam constituait un message spécialement secret. Le commandant E*** poursuivait : « Pour ce qui est de leur affaire : ils représentent un « concern » qui selon toutes les probabilités aura une grande influence dans l'avenir sur les marchés européens et américains. Ils ne s'attendent pas à ce que leur affaire connaisse un plein développement avant deux ans, mais, des circonstances peuvent se pro­duire qui leur donneraient l'impulsion désir dans, un ave­nir proche. C'est une très grosse entreprise, dont il vaut mieux ne pas parler »..

Le commandant E*** continuait en disant qu'un « groupe allemand » cherchait vivement à participer à « l'affaire », et que des « groupes français et anglais » s'y intéressaient activement. Parlant à nouveau du « con­cem » qui, indiquait-il, travaillait en Russie, le comman­dent E*** ajoutait : « Ils refusent pour le moment de faire connaître à qui que ce soit le nom de celui qui. est derrière cette entreprise. Je peux vous dire que quelques­ unes des principales personnes sont des membres des groupes de l'opposition. Vous pouvez par conséquent com­prendre parfaitement la nécessité du secret... Je vous com­munique ce plan dans l'idée qu'il pourrait peut-être remplacer l'autre que vous aviez mis au point, mais qui échoua dans des conditions si désastreuses ».

Sidney Reilly et sa femme quittèrent New-York le 6 août 1925. Ils arrivèrent à Paris le mois suivant et Reilly prit immédiatement contact avec Schultz et sa femme à propos desquels le commandant E*** lui avait écrit. Ils lui firent un tableau de la situation intérieure de la Russie où, depuis la mort de Lénine le mouvement d'opposition en liaison avec Trotski s'était organisé clandestinement sur une grande envergure, avec l'objectif de renverser le régime de Staline.

Reilly se convainquit vite de l’importance de cette nouvelle situation et voulut prendre personnellement con­tact aussitôt que possible, avec les dirigeants de la fac­tion opposée à Staline en U.R.S.S. Par des agents se­crets, on échangea des messages. Il fut finalement convenu que Reilly rencontrerait un représentant important du mouvement à la frontière soviétique. Reilly partit donc pour Helsinki afin de conférer avec le chef de l'état-major de l'armée finlandaise qui était un de ses amis intimes et qui appartenait à la Ligue antibolchévique, Ce dernier devait prendre les dispositions nécessaires pour que Reilly puisse passer la frontière soviétique.

Peu après, Reilly écrivit à sa femme qui était demeurée à Paris. « Il se passe vraiment en Russie quelque chose d'entièrement nouveau, de puissant et d'intéressant ».

La semaine suivante, le 25 septembre 1925, Reilly envoyait un mot hâtif à sa femme de Viborg, en Fin­lande « Il faut absolument que j'aille passer trois jours à Pétrograd et à Moscou. Je pars cette nuit et je serai de retour ici mardi matin. Je désire que vous sachiez que je n'aurais pas entrepris ce voyage s'il n'avait pas. été indis­pensable et si je n'avais pals été convaincu que je ne cours pratiquement aucun risque. Je vous écris cette lettre seu­lement au cas tout-à-fait improbable où il m'arriverait un contretemps. En ce cas, vous ne devez faire aucune démarche ; elle ne servirait que peu, mais pourrait en fin de compte donner l'alarme aux Bolchéviks et faire décou­vrir mon identité. Si par hasard, je devais être arrêté en Russie, cela ne pourrait être que pour quelque détail insignifiant et mes nouveaux amis sont assez puissants pour obtenir ma libération».

Ce fut la dernière lettre écrite par le capitaine Reilly, du Service secret britannique.

Après plusieurs semaines, Mme Reilly, n'ayant plus de nouvelle de son mari, chercha à joindre Mme Schultz. Mme Reilly a raconté cette entrevue dans ses mémoires:

« Lorsque votre mari est venu, dit Mme Schultz, je lui ai décrit l'état exact de la situation, pour autant que cela concernait notre organisation. Nous avons avec nous quel­ques-uns des principaux fonctionnaires bolchéviks de Mos­cou, qui désirent vivement la fin du régime actuel si seulement leur sûreté peut être garantie. Au début, le Capitaine Reilly était tenté d'être sceptique et il dit qu'on ne pouvait compter sur l'appui étran­ger à une nouvelle entreprise contre l'U.R.S.S., que si le groupe qui conspirait en Russie avait une puissance véritable. Je l'ai, assuré que notre organisation en U.R.S.S., était puissante, influente et bien unie ».

Elle relata ensuite comment il avait été convenu qu'une rencontre entre Reilly et des représentants de l'organisation conspirative russe aurait lieu à Viborg, en Finlande. « Le capitaine Reilly fut vivement impressionné par eux, dit Mme Schultz, et en particulier par leur chef, une personna­lité bolchévique haut placée qui, sous le couvert de ses fonctions, était un des plus ardents ennemis du régime actuel ».

Le lendemain, accompagnés par des gardes-frontières finlandais qui avaient été spécialement, désignés pour cette tâche, Reilly et les conspirateurs russes partirent pour la frontière. « Quant à moi, raconta Mme Schultz, j'allais avec eux jusqu'à la frontière, pour leur souhaiter bonne chance». Ils demeurèrent dans un fortin finlandais au bord d'une rivière jusqu'à la tombée de la nuit. «Pendant un bon moment, nous attendîmes, tandis que les Finlandais guettaient anxieusement la patrouille rouge ; mais tout était calme. Enfin, un des Finlandais entra prudemment dans l'eau moitié nageant, moitié à gué. Votre mari le suivit »...

C'est ainsi que Mme Schultz vit pour la dernière fois le capitaine Reilly. Et quand elle eut achevé son histoire, elle tendit à Mme Reilly une coupure du journal russe Izvestia sur laquelle on lisait : « Dans la nuit du 28 au 29 septembre, quatre contrebandiers ont essayé de traverser la frontière soviétique finlandaise : deux furent tués, le troisième, un soldat finlandais, fut fait prisonnier; et le quatrième fut si grièvement blessé qu'il en est mort ».

On a pu savoir par la suite ce qui s'est passé. Reilly avait réussi à traverser la frontière et avait rencontré quelques membres de l'opposition russe, adversaires de Staline. Il était sur le chemin du retour et s'approchait de la frontière finlandaise lorsqu' avec ses gardes du corps, il fut accosté par un détachement de gardes-frontières sovié­tiques. Reilly et ses compagnons tentèrent de fuir. Les gardes-frontières ouvrirent le feu. Une balle atteignit Reilly au front, le tuant sur le champ.

Les autorités soviétiques n'identifièrent pas avant plu­sieurs jours quel « contrebandier » ils avaient tué. Quand ils le purent, ils annoncèrent formellement la mort du capitaine Sidney Reilly, de l'Intelligence Service britan­nique.

Le Times de Londres inséra une nécrologie en- deux lignes : « Sidney George Reilly a été tué, le 28 septembre, par des soldats de la Guépéou au village d'Allekul, en Russie ».
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES

Les faits concernant les agissements antisoviétiques de Reilly aux Etats-Unis et sa dernière mission secrète en U.R.S.S. proviennent de son livre, Britain's Master Spy.

Les documents sur l'activité antisémite et antidémocra­tique d'Henry Ford vers 1920 sont largement tirés de la série d'articles sensationnels de Norman Hapgood qui parut dans les N° de juin à novembre 1922 de l'Hearst International. Les dossiers du Dearborn Indépendant fourmillent de matériaux antisémites et antidémocratiques.

Les intrigues auxquelles Boris Brasol a participé vers 1920 sont aussi décrites dans les articles d'Hapgood. Le genre de propagande que Brasol faisait aux Etats-Unis est abondamment illustré par ses livres, tels que The World at the Crossroads (Le Monde à la croisée des chemins).

On trouvera un intéressant récit de l'origine et de l'his­toire des Protocoles des Sages de Sion, que Brasol a dif­fusé aux Etais-Unis dans le livre de KONRAD HEIDEN, Der Fuehrer.
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