Livre premier révolution et contre-révolution








télécharger 1.62 Mb.
titreLivre premier révolution et contre-révolution
page2/35
date de publication04.02.2018
taille1.62 Mb.
typeDocumentos
ar.21-bal.com > documents > Documentos
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   35

CHAPITRE II


CONTREPOINT



1. Agent britannique.




Vers minuit, dans la nuit glacée du 18 janvier 1918, un élégant jeune Ecossais, enveloppé de fourrures, cherchait son chemin à la lueur d'une lanterne, sur le pont en partie détruit qui sépare la Finlande de la Russie. La guerre civile faisait, rage en Finlande et le trafic ferroviaire sur le pont avait été suspendu. Le gouvernement rouge finlandais avait fourni au jeune Ecossais une escorte pour l'accompagner, avec ses bagages, jusqu'en Russie soviétique, ou un train attendait `pour l'emmener à Pétrograd. Le voyageur était Bruce Lockhart, agent spécial du Cabinet de guerre britannique.

Fruit exclusif du système d'enseigr1ement, anglais, Bruce Lockhart était entré dans la diplomatie à 24 ans. Il était à la fois élégant et intelligent; et en peu de temps il s'était fait un nom comme l'un des jeunes hommes les plus talentueux et pleins de promesses de la diplomatie britannique. A 30 ans, il était vice-consul britannique a Moscou. Il parlait russe couramment, et était aussi au courant des intrigues et de la politique russes. Il avait été rappelé à Londres six semaines avant la Révolution bolchévique.

On l’envoyait maintenant en Russie à la demande personnelle du premier ministre Lloyd George, qui avait été profondément impressionné par ce qu'il avait appris sur la Russie de la bouche du colonel Thompson. L'ancien chef de Robins avait violemment dénoncé le refus des Alliés de reconnaître le régime soviétique. A la suite de la conversation qu'il avait eue avec Thompson, Lloyd George avait choisi Lockhart pour être une sorte de chargé d'affaires dans l'état actuel des choses auprès du Gouvernement soviétique.

Mais l'élégant jeune Ecossais était aussi un agent de l'Intelligence Service britannique. Sa mission non officielle était d'exploiter dans l'intérêt britannique le mouvement d'opposition qui apparaissait déjà au sein du Gouvernement soviétique.

L'opposition à Lénine était dirigée par l'ambitieux commissaire aux affaires étrangères Trotski, qui se considérait comme l'inévitable successeur de Lénine. Pendant 14 ans, Trotski s'était violemment opposé aux Bolchéviks puis en août 1917, quelques mois avant la Ré­volution d'Octobre, il avait rejoint le parti de Lénine et était parvenu au pouvoir avec lui. Dans le parti bolchévik, Trotski organisait une opposition de gauche contre Lénine.

Quand Lockhart arriva à Pétrograd au commencement de 1918, Trotski était à Brest-Litovsk où il présidait la délégation soviétique. Il y avait été envoyé avec des instructions catégoriques de Lénine de conclure la paix. Au lieu de suivre les instructions de Lénine, Trotski lançait des appels enflammés aux prolétariats de l'Europe, les invitant à se dresser et à renverser leur gouvernement. Le Gouvernement soviétique, déclarait-il, ne ferait en aucune façon la paix avec des régimes capitalistes. « Ni paix, ni guerre !» s'écriait Trotski. Il dit aux Allemands que l'armée russe ne pouvait plus se battre, continuerait à. se démobiliser mais qu’il ne signerait pas la paix.

Lénine en colère, dénonça la conduite de Trotski à Brest-Litovsk et ses propositions « Suspension de la guerre, refus de signer la paix et démobilisation de l'armée », comme « de la démence, ou pire ».

Le ministre des Affaires étrangères britannique, comme Lockhart l'a révélé plus tard dans ses mémoires, (British Agent) était extrêmement intéressé par « ces dissensions entre Lénine et Trotski, dissensions dont notre gouvernement espérait beaucoup4».

Le résultat de la conduite de Trotski fut que les négociations de Brest-Litovsk échouèrent. En premier lieu, le Haut-Commandement allemand ne voulait pas traiter avec les Bolcheviks, Trotski, selon Lénine, fit le jeu des Allemands et avait « en fait aidé les impérialistes allemands ». Au beau milieu. d'un des discours de Trotski, le général allemand Hoffmann avait mis ses bottes, sur la table de la conférence et avait prié les délégués de s'en retourner chez eux.

Trotski revint à Petrograd et répondit aux remontrances de Lénine en s'exclamant : « Les Allemands n'oseront pas avancer ! »

Dix jours après la rupture des négociations, le Haut Comandant allemand lançait une grande offensive sur l'ensemble du front oriental de, la Baltique à la mer Noire. Dans le sud, les hordes allemandes envahirent l'Ukraine Au centre l'offensive partit de là Pologne vers Moscou. Dans le nord, Narva tomba et Petrograd fût menacé. Par tout le front, les restes de la vieille armée russe s'effondraient en pièces. Le désastre planait sur la nouvelle Russie,

Venus des villes, hâtivement mobilisés par leurs dirigeants bolchéviks, les ouvriers armés et les gardes rouges forgèrent des régiments pour stopper l’avance allemande.

Les premières unités de l’Armée Rouge entrèrent en action. A Pskov, le 23 février 1918, les Allemands furent arrêtés5. Pour un temps, Petrograd était sauvé.

Une seconde délégation soviétique, cette fois sans Trotski, partit en hâte pour Brest-Litovsk.

Comme conditions de paix, l'Allemagne demandait maintenant l'Ukraine, la Finlande, la Pologne, le Cau­case et d'énormes indemnités en or, en blé, en pétrole, en charbon et en minerai.

Une vague d’indignation contre les « brigands impérialistes allemands » balaya la Russie soviétique quand ces conditions de paix furent publiées... Le Haut-Com­mandement allemand, déclara Lénine, « espérait par cette paix de brigands » démembrer lé pays des Soviets et anéantir le régime soviétique.

Selon Bruce Lockhart la seule chose raisonnable que les Alliés dussent faire devant cette situation, c était d'aider la Russie contre l'Allemagne. Le Gouvernement soviétique n’essayait aucunement de masquer sa répugnance à ratifier la paix de Brest-Litovsk. Comme Lockhart s’en rendit compte, la question que les Bolcheviks se posait était: Que vont faire les Alliés ? Reconnaîtront-ils le gouvernement des Soviets, et viendront-ils à son aide, ou laisseront-ils les Allemands imposer leur « paix de brigands » à la Russie.

Au début, Lockhart était enclin à penser que les intérêts des Anglais en Russie dictaient un arrangement avec Trotski contre Lénine. Trotski et ses amis attaquaient maintenant Lénine en soutenant que sa politique de paix avait conduit à une « trahison de la Révolution »; et essayaient de former ce que Lockhart a appelé une coalition de « guerre sainte » au sein du Parti bolchévik qui lui semblait désignée pour mériter l'appui des Alliés et obliger Lénine à quitter le pouvoir.

Lockhart raconte dans ses mémoires, qu'il avait établi des contacts personnels avec Trotski dès que celui-ci était revenu de Brest-Litovsk. Trotski lui avait accordé un entretien de deux heures dans son bureau de Smolny.

Le soir même, Lockhart notait dans son journal ses impressions personnelles : (Trotski) « m'a fait l'impression d'un homme qui mourrait volontiers en luttant pour la Russie, à condition qu'il y ait un public assez nombreux pour le voir faire.»
L'agent britannique et le commissaire aux Affaires étrangères furent bientôt bons amis. Lockhart s'adressait à Trotski en l'appelant familièrement Lov Davidovitch et rêvait, comme il l'a dit plus tard « de faire un grand coup avec Trotski ». Mais à contrecœur, Lockhart en vint à la conclusion que tout simplement Trotski n'avait pas la force de remplacer Lénine. Comme il l'a dit dans ses mémoires : « Trotski était un grand organisateur et un homme d'un grand courage physique ; mais moralement il n'était pas plus capable de s'opposer à Lénine, qu'une puce à un éléphant. Au Conseils des commissaires du peuple, il n'y avait pas un homme qui ne se considérât l'égal de Trotski. Il n'y avait pas un commissaire, qui ne regardât Lénine comme un demi-dieu dont les décisions devaient être acceptées sans discussion ».

S'il y avait à faire quelque chose en Russie, il fallait que ce fut avec Lénine. Cette conclusion, à laquelle Lockhart était arrivée, était partagée par Raymond Robins : « Quant à moi, dit-il, je me suis toujours demandé ce que Trotski allait faire, où on le trouverait à certaines heures et dans certaines circonstances, à cause de son extrême, vanité et de l'arrogance, en quelque sorte de sa vanité ».

Lockhart avait rencontré Robins peu de temps après son avivée à Petrograd. Il fut immédiatement impressionne par la juste appréciation du problème russe qu’avait l'Américain. Robins n'avait aucune sympathie pour les arguments des Alliés contre la reconnaissance Il se moquait de l'absurde théorie entretenue par les agents tzaristes que les Bolcheviks désiraient une victoire allemande. Avec une grande éloquence il décrivit à Lockhart les épouvantables conditions de l'ancienne Russie et le merveilleux réveil sous l'impulsion des Bolchéviks de millions d'opprimés.

Pour compléter le tableau, Robins emmena Lockhart à Smolny pour y voir le nouveau régime à l’œuvre. Comme ils revenaient à Pétrograd dans la neige qui tombait doucement, Robins déclara tristement que les ambassades alliées, avec leurs conspirations secrètes contre le Gouvernement des Soviets ne faisaient que de « jouer le jeu de l'Allemagne en Russie ».

Le Gouvernement soviétique s'installait pour durer et plus tôt les Alliés reconnaîtraient lé fait, mieux ce serait.

Robins ajouta franchement que Lockhart entendrait une toute autre chanson chez les autres représentants et agents du service secret des Alliés en Russie. et que ces personnes pourraient produire toutes sortes de preuves documentées pour appuyer leur opinion. « Il a été fabriqué plus de faux papiers en Russie que pendant toute l'histoire de l'humanité ! » dit Robins. Il y avait même des documents qui prouvaient que Robins lui-même était un Bolchévik et d'autres qui démontraient qu'il cherchait en secret à obtenir des Russes des concessions commerciales pour Wall Street.

Les deux hommes devinrent bientôt des amis intimes presque inséparables. Ils commencèrent par déjeuner ensemble tous les matins et à se consulter sur le plan d'action du jour. Leur but commun était de parvenir à obtenir que leur gouvernement respectif reconnût la Russie soviétique afin d'empêcher que l'Allemagne soit victorieuse sur le front6.

2. L'heure H.



La situation au début du printemps de 1918, était la suivante : l'Allemagne se préparait à renverser le Gou­vernement soviétique par la force si les Russes refu­saient de ratifier le traité de Brest-Litovsk. La Grande-Bretagne et la France soutenaient en secret les forces contre-révolutionnaires qui se rassemblaient à Arkhangelsk, à Mourmansk et sur le Don; les Japonais, avec l'appro­bation des Alliés, projetaient de s'emparer de Vladivostok et d'envahir la Sibérie.

Dans un entretien qu'il eut avec Lockhart, Lénine informa l'agent. britannique que le Gouvernement soviétique allait être transféré à Moscou, par crainte d'une attaque des Allemands contre Pétrograd. Les Bolcheviks se battraient s'il le fallait, même s'ils devaient se retirer jusqu'à la Volga et l’Oural. Mais ils se battraient dans leur propre intérêt ; ils ne voulaient pas tirer les marrons du feu pour les Alliés. Si les Alliés comprenaient cela, dit Lénine l’occasion d’une coopération était excellente, car la Russie soviétique avait besoin qu'on l'aidât à résister aux Allemands. « Pourtant; je suis convaincu, ajouta-t-il, que votre gouvernement ne verra jamais les choses sous cet angle. C'est un gouvernement réactionnaire qui coopérera avec les Russes réactionnaires. »

Lockhart télégraphia l'essentiel de cet entretien au Foreign Office. Quelques Jours après, il recevait un message de Londres. En toute hâte, il le traduisit, C'était la communication du point de vue d'un « expert militaire » qui estimait que tout ce qu'il fallait en Russie, c'était « un noyau, petit, mais résolu d'officiers anglais » pour prendre la tête des « Russes loyaux » qui met­traient rapidement fin au bolchevisme.

Le 23 février, l' ambassadeur Francis avait écrit à son fils : « Mon plan est de demeurer en Russie aussi longtemps que je le pourrai. Si une paix séparée est conclue, comme je le pense, je ne risque absolument pas d'être pris par les Allemands. Toutefois, une telle paix séparée , sera un coup sévère pour les Alliés, et si quelque partie de la Russie refuse de reconnaître au Gouvernement soviétique l’autorité de conclure cette paix, je m'efforcerai de me rendre dans cette région et d'encourager la rébellion. »

Après avoir écrit cette lettre, l'ambassadeur Francis avait rejoint l'ambassadeur français Noulens et d’autres diplomates allies dans la petite ville de Volograd, située entre Moscou et Arkhangelsk, Il était clair que les gouvernements alliés avaient déjà décidé de ne coopérer en aucune façon avec le régime soviétique.

Robins discuta de la crise avec Trotski qui, ayant publiquement admis son « erreur » en s'opposant à Lénine à Brest-Litovsk, essayait maintenant de se réhabi­liter aux yeux de Lénine.

- Désirez-vous empêcher que le traité de Brest-Litovsk soit ratifié ? demanda Trotski.

- Certes, répondit Robins. Mais Lénine en est partisan et franchement, Monsieur le Commissaire, il affiche cette opinion !

- Vous vous trompez, dit Trotski, Lénine comprend que la menace de l'avance allemande est si grave que s'il peut obtenir la coopération et l'aide des Alliés, il refusera le traité, se retirera s'il le faut de Moscou et de Pétrograd jusqu'à Ekatérinbourg, réorganisera le front sur l'Oural et combattra avec l'aide des Alliés contre les Allemands.

Sur la demande pressante de Robins, Lénine accepta d'adresser une note formelle au gouvernement des Etats-Unis. Il avait peu d'espoir d'une réponse favorable; mais il voulait bien faire la tentative.

La note fut régulièrement remise à Robins pour qu'elle soit transmise à Washington. Elle disait :

« Au cas où a) le Congrès panrusse des Soviets refuserait serait de ratifier le traité de paix avec l'Allemagne ; ou b) si le gouvernement allemand, rompant le traité de paix, ferait une nouvelle offensive afin de poursuivre son raid de brigandage.

  1. Le Gouvernement soviétique peut-il compter sur l'aide des Etats-Unis d'Amérique, de la Grande-bretagne et de la France dans sa lutte contre l'Allemagne ?

  2. Quelle sorte de soutien pourrait être accordé dans les délais les plus rapides, et à quelles conditions: équipements militaires, moyens de transport, vivres?

  3. Quelle sorte de soutien pourrait être fournie spécialement par les Etats-Unis ? »


Le Congrès panrusse des Soviets devait se réunir le 12 mars pour discuter de la ratification. du traité de paix de Brest-Litovsk.

Lénine accepta, à la demande de Robins, d'en retarder la convocation jusqu'au 14 mars, donnant à Robins et à Lockhart deux jours de plus pour persuader leur gouvernement d'agir.

Le 5 mars 1918, Lockhart envoya un nouveau télégramme, suppliant le Foreign Office de reconnaître le Gouvernement soviétique. «Si jamais les Alliés ont eu une chance en Russie depuis la Révolution, les Allemands la leur ont donnée par les conditions de paix exor­bitantes qu'ils ont imposées aux Russes... Si le Gouvernement de sa Majesté ne désire pas voir l'Allemagne s'installer en Russie, je vous implore le plus sérieusement du monde de ne pas négliger cette occasion ».

Il n'y eut pas de réponse de Londres. Lockhart ne reçut qu'une lettre de sa femme insistant auprès de lui pour qu'il soit prudent et l'avertissant qu'on répandait au Foreign Office le bruit qu'il était devenu un « Rouge».

Le 14 mars 1918, le Congrès panrusse des Soviets se réunissait à Moscou. Pendant deux jours et deux nuits, les délégués discutèrent de la ratification du traité de Brest-Litovsk. L'opposition trotskiste donna à plein, es­sayant de tirer un parti politique de l'impopularité du traité ; mais Trotski lui-même, comme l'a dit Robins, «boudait à Pétrograd et refusa de venir».

A 11 heures du soir, au cours de la deuxième nuit du Congrès, Lénine fit un signe à Robins qui était assis sur une marche devant la tribune.

- Avez-vous des nouvelles de votre gouvernement-?

- Rien !

- Lockhart en a-t-il du sien ?

- Rien !

Lénine haussa les épaules. « C'est à mon tour de monter à la tribune, dit-il. Je vais parler en la faveur de la ratification du traité. Il sera ratifié ».

Lénine parla pendant une heure. Il n'essaya aucunement de dépeindre la paix comme autre chose qu'une catastrophé pour la Russie. Avec une patiente logique, il souligna la nécessité pour le Gouvernement soviétique isolé et menacé de toutes parts, de s'assurer à tout prix un «espace vital »

Le traité de Brest-Litovsk fut ratifié.

Une résolution votée par le Congrès déclarait

« Dans les conditions présentes, le Gouvernement soviétique de la République russe, étant laissé à ses seules forces, est incapable de s'opposer à la ruée de l'impérialisme, allemand, et se trouve dans l'obligation, dans l'intérêt de la sauvegarde de la Russie révolutionnaire, d'accepter les conditions qui lui sont imposées ».

3. Fin de Mission.



L'ambassadeur Francis télégraphiait le 2 mai 1918, au Département d'Etat « Robins et sans doute Lockhart également ont défendu la reconnaissance du Gouvernement soviétique, mais vous et tous les Alliés vous êtes toujours opposés à la reconnaissance; j'ai obstinément refusé de la recommander et je n'ai pas le sentiment de m'être trompé dans cette question ».

Quelques semaines après, Robins recevait un télégramme du secrétaire d'Etat Lansing: « En tout état de cause, considère désirable que vous reveniez en Amérique pour consultation».

Au cours de son voyage à travers la Russie par le transsibérien pour trouver un passage à Vladivostok, Robins reçut, trois messages du Département d'Etat. Tous trois comportaient la même instruction de n'avoir à faire aucune déclaration politique.

De retour à Washington, Robins remit à Lansing un rapport qui condamnait vigoureusement l'idée de toute intervention des Alliés contre la Russie soviétique. Robins annexait à son rapport un plan détaillé pour le développement des relations commerciales- russo-améri­caines. Lénine le lui avait donné en mains propres immédiatement avant qu'il quittât Moscou pour le remettre au président Wilson.

Le plan de Lénine ne parvint jamais à Wilson. Robins tenta de voir lui-même le président, mais en. vain. Il était arrêté à chaque pas. Il essaya de faire paraître son message dans les journaux. La presse l'ignora ou falsifia ce qu'il avait -à dire...

Robins dut se défendre devant une Commission sénatoriale qui enquêtait sur le «bolchévisme » et la «propagande allemande ».

« Si j'ai dit la vérité, si je n'ai pas menti ou abusé le peuple, si je n'ai pas dit que ce sont des agents allemands, des voleurs, des assassins, des criminels, alors je suis un Bolchevik! déclara Robins. Mais parmi tous les représentants alliés en Russie, j'ai eu la meilleure place pour voir et comprendre, et j'ai essayé de garder les pieds sur la terre. J'aimerais pouvoir dire la vérité sut les gens et sur les actes, sans passion et sans ressentinrent, même bien que je m'en sépare. Je pense parfai­tement que le peuple russe doit avoir la forme de gouvernement qu'il désire, que cela me convienne, que cela soit en accord avec mes principes, ou non. Je pense que pour savoir ce qui se passe actuellement en Russie est, dès le début, et pour nous et notre pays, affaire de jugement honnête et loyal, plutôt qu'affaire de passion ou de rapports non conformes à la vérité... Je n'admettrai jamais qu'on veuille arrêter des idées par la force des baïonnettes. La seule réponse à faire au désir d'une meilleure vie humaine est d'assurer une meilleure vie humaine »...

Mais la voix honnête de Robins fut. submergée par le flux montant des informations mensongères et des calomnies.

Pendant l'été de 1918, bien que les Etats-Unis fussent en guerre avec l'Allemagne et non avec la Russie, le New-York Times qualifiait déjà les Bolchéviks de nos «ennemis les plus malfaisants» et de «bêtes de proie rapaces». Les dirigeants soviétiques étaient uni­versellement dénoncés par la presse américaine comme étant des agents à la solde » des Allemands, «des bouchers, des assassins et des aliénés», «des criminels intoxiqués par le sang», «des rebuts de l'humanité». Tels étaient quelques-uns des vocables avec lesquels les journaux américains parlaient de Lénine et de ses collaborateurs. Au Congrès, on les appelait «ces bêtes maudites»...

L'ambassadeur Francis demeura en Russie jusqu`en juillet 1918. Périodiquement, il publiait des appels et des proclamations appelant le peuple russe à renverser le Gouvernement soviétique. Avant de s'embarquer pour les Etats-Unis, il reçut de Tchitchérine, le nouveau commissaire, aux Affaires étrangères, un télégramme de salutations au peuple américain. Francis a révélé plus tard ce qu'il fit du message de Tchitcherine. « Ce télégramme était évidemment rédigé à l'intention des pacifistes américains, note l'ex-ambassadeur dans son livre, Russia From the American Embassy (La Russie vue de l'Ambassade américain), et craignant qu'il soit communiqué au peuple américain par le Département d'Etat, je ne l’ai pas transmis»

Bruce Lockhart demeura en Russie. «J'aurais dû démissionner et retourner en Angleterre », a-t-il dit plus tard. Pourtant il demeura à son poste en qualité d'agent britannique.

«Presque avant que je l'ai compris, confessa-t-il dans son livre British Agent, je m’étais identifie, avec une action qui, quel que soit son objet à l'origine, était dirigée non contre l'Allemagne, mais contre le Gouvernement de fait de la Russie»
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
Le matériel qui a servi de base au récit de la mission de Raymond Robins est la déposition de Robins lui-même devant la Commission Overman, en 1919, d'après German and Bolshevik Propaganda : Reports et Hearings of the Subconunittee of the Judiciary of the U.S. Senate, 65, th Congress, vol. III (1919), (Propagande allemande et bolchevique : rapports et débats de la sous commission de la Justice du Sénat des E. U., 65° Congrès, vol. 111, 1919) et Raymond Robins’ Own Story, (Histoire personnelle de Raymond Robins), par William Hard..

Les dialogues entre Robins et certains personnages comme son chef, le colonel Thompson, Kerenski, le major-général Knox et Lénine, sont tels que Robins les a rapportés. La déposition de Robins devant la sous-commission du Sénat constitue un témoignage oculaire des plus riches, des plus compréhensifs et des plus vivants de la Révolution d'Octobre, et elle mérite l'attention de quiconque s'intéresse à cette période de l'histoire.

Pour les arrière plans historiques, les auteurs ont utilisé un certain nombre de sources parmi lesquelles:

Papers relating to the Foreign Relations of the U.S., .1 918, Russia. Vol. 1, II et 111. (Papiers relatifs aux relations étrangères des Etats-Unis; 1918, Russie)

JOHN REED, Dix jours qui ébranlèrent le monde.

Histoire du Parti communiste (Bolchevik) de I'U.R.S.S., rédigée par une commission spéciale du Comité central du P. C (b) de -l'U.R.S.S.

ALBERT WILLIAMS, The Soviets.

J. BUNYAN et H. FisHElt, The bolchevik Révolution. 1917-1918.

Lénine, Vladimir Ilitch, bref aperçu de sa vie et de son oeuvre, préparé par l'Institut Marx Engels-Lénine, de Moscou.

Lénine, V.I., Oulianov (Ogitz, Moscou) : une extrêmement intéressante collection de photographies et de documents peu courants.

FREDERICK SHUMAN, American Polity towards Russia since 1917 (La politique américaine à l’égard de la Russie depuis 1917).

De tous les récits sur les journées révolutionnaires, le livre de John Reed demeure après vingt sept ans le plus passionnant et le plus instructif. On comprend facilement pourquoi Lénine lui-même disait qu'il lisait ce classique du reportage « avec le plus grand intérêt et sans que l'attention faiblisse jamais »

Les tractations secrètes de l'ambassadeur David Francis avec les éléments contre-révolutionnaires et les diverses intrigues antisoviétiques dans lesquelles il s'est compromis sont extraites de ses rapports confidentiels au Département d'Etat qui furent publiés dans Papers relating to the Foreign relations of the U.S. 1918, Russia ; ainsi que son récit autobiographique, Russia front the American Embassy, April 1916, November 1918 (La Russie vue de l'Ambassade américaine, avril 1916, novembre 1918).

Parmi les autres sources qui décrivent les intrigues de cette époque, citons :

Sir SAMUEL HOARE, The Fourth Seal (Le quatrième Sceau).

A. KÉRENSKI, La Catastrophe et La Liberté crucifiée.

BORIS SAVINKOV, Mémoires d'un Terroriste.

Chacun de ces trois livres donne un tableau intéressant des divers éléments qui luttaient contre les Soviets aux temps de la Révolution russe.

L'ouvrage de J. WEELER BENETT, The forgotten Peace, Brest-Litovsk, March 1918 (La paix oubliée, Brest Litovsk, mars 1918) est une analyse passionnante et savante de la controverse sur le traité de Brest-Litovsk, avec de nombreux documents intéressants sur l'activité de Trotski et de l’Opposition de gauche à l'époque.

BRUCE LOQUART a fait un compte rendu de sa mission et de ses agissements en Russie pendant la Révolution dans son livre British Agent (Agent britannique).

On trouvera d'autres, documents de première main dans le livre de JACQUES SADOUL, ‘La République socialiste de Russie. Les fameux «documents Sissons » qui étaient censés démontrer que la Révolution bolchévique était un complot ourdi par le Haut-Commandement allemand et certaines banques allemandes, ont été publiés pour la première fois aux Etats-Unis dans le document officiel du gouvernement des Etats-Unis, The German-Bolchevik Conspiracy (La conspiration germano-soviétique).

Le compte-rendu des négociations de L. TROTSKI à Brest-Litovsk et la soi-disant justification de sa conduite pendant la période révolutionnaire peuvent être trouvés dans son Histoire de la révolution russe.
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   35

similaire:

Livre premier révolution et contre-révolution iconRevolution industrielle et vie quotidienne au xixe siecle
«révolution industrielle» pour le xixe siècle. A quoi te fait penser cette expression ?

Livre premier révolution et contre-révolution iconL’atelier sur l’agir commun
«commun». Cette synthèse nous a permis d’entrevoir qu’une révolution du «commun» est belle et bien en train d’émerger, sous des formes...

Livre premier révolution et contre-révolution iconDéfinition du Surréalisme, in André Breton
«La Révolution Surréaliste» et publie son premier «Manifeste du Surréalisme»

Livre premier révolution et contre-révolution iconL’autoroute d’une Nouvelle Révolution

Livre premier révolution et contre-révolution iconLa révolution bolchévique se prépare… du côTÉ du parc montsouris

Livre premier révolution et contre-révolution iconL’invention de l’imprimerie est une revolution
«Ceci tuera cela» car elles sont «énigmatiques» (L. 4) : l’auteur se doit donc de les expliquer à son lecteur. Hugo va donc traiter...

Livre premier révolution et contre-révolution iconTitre : «La face cachée de la révolution tunisienne. Islamisme et...
«La face cachée de la révolution tunisienne. Islamisme et Occident, une alliance à haut risque»

Livre premier révolution et contre-révolution iconLes familles québécoises depuis la Révolution tranquille Mutations...

Livre premier révolution et contre-révolution iconOpalka – one life, one oeuvre andrzej Sapija (Pologne) Prix du Jury...

Livre premier révolution et contre-révolution iconVocabulaire Ponts Clé de voute Machine à vapeur Moyen de transport...








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
ar.21-bal.com