Livre premier révolution et contre-révolution








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CHAPITRE VI


LA GUERRE D'INTERVENTION




1. Le prélude.


Dans l'été de 1919, sans déclaration de guerre, les forces armées de 14 Etats avaient envahi la Russie so­viétique. Ces Etats étaient : la Grande-Bretagne, la France, le japon, l'Allemagne, l'Italie, les Etats-Unis, Tchécoslovaquie, la Serbie, la Chine, la Finlande, la Grèce, la Pologne, la Roumanie et la Turquie.

Combattant aux côtés des envahisseurs antisoviétiques, il y avait les armées contre-révolutionnaires blanches19 conduites par d'anciens généraux tzaristes qui s'efforçaient de restaurer l'aristocratie féodale que le peuple russe avait renversée.

La stratégie des assaillants était ambitieuse. Les armées des généraux blancs, se déplaçant en liaison avec les troupes interventionnistes, devaient converger sur Moscou du nord, du midi, de l'est et de l'ouest.

Au nord et au nord-ouest, à Arkhangel, à Mourmansk et dans les Etats baltes, les forces anglaises s'équilibraient le long du front tenu par l'armée russe blanche du général Youdénitch.

Au midi, occupant le Caucase et les bords de la mer Noire se trouvaient les armées blanches de Dénikine, gé­néreusement équipées et renforcées par les Français.

A l'est, l'armée de l'amiral Koltchak opérant avec les conseillers militaires britanniques,. était campée le long de l'Oural.

A l'ouest, sous la direction d'officiers français se trou­vait les armées polonaises nouvellement organisées du général Pilsudski.

Les hommes d'Etat alliés ont donné diverses raisons pour justifier la présence de leurs troupes en Russie. Quand leurs soldats débarquèrent pour la première fois à Mourmansk et à Arkhangel pendant le printemps et l'été de 1918, les gouvernements alliés déclarèrent que ces troupes étaient venues pour empêcher que le matériel de guerre tombât entre les mains des Allemands. Plus tard, ils expliquèrent que leurs troupes étaient en Sibérie pour aider les Tchécoslovaques à quitter la Russie. Une autre raison donnée à la présence des contingents alliés était qu'ils aidaient les Russes à « rétablir l'ordre » dans leurs pays troublé.

A plusieurs reprises, les hommes d'Etat alliés nièrent toute intention d'intervenir militairement contre les So­viets, ou de se mêler des affaires intérieures de la Russie

« Nous nous proposons pas d’intervenir dans l’organisation intérieure de la Russie », déclara Arthur Bal four en août 1918. « Elle doit régler elle-même ses affaires ».

L'ironique et toujours brutal Churchill, qui dirigeait lui-même la 'campagne alliée contre la Russie soviétique, a écrit plus tard dans son livre The World Crisis : « Etaient-ils (les Alliés) en guerre avec la Russie ? Cer­tainement pas, mais ils tiraient sur les musses soviétiques. Ils avaient envahi le sol russe. Ils armaient les ennemis du Gouvernement soviétique. Ils bloquaient ses ports et coulaient ses navires. Ils désiraient sérieusement sa chute et faisaient des plans dans ce but. Mais la guerre, quelle horreur, quelle horreur ! Intervention, quelle honte ! Ils répétaient qu'il leur étaient indifférent de savoir com­ment les Russes, régleraient leurs affaires. lis étaient impar­tiaux, voilà ! »

Le jeune Gouvernement soviétique luttait pour son existence en face d'unités animées d'une volonté déses­pérée. Le pays avait été dévasté et épuisé par la guerre mondiale. Des millions d'êtres étaient dénués de tout et affamés. Les usines étaient vides, la terre inculte, les transports arrêtés. Il semblait impossible qu'un tel pays pût survivre à l'assaut forcené d'un ennemi disposant d'armées nombreuses, bien équipées, ayant d'importantes réserves financières, du matériel de guerre et du ravitail­lement en abondance. Assiégée de toutes parts par les envahisseurs étrangers, menacée par de constantes cons­pirations à l'intérieur, l'Armée Rouge se retiraient len­tement dans la campagne, combattant courageusement à toute occasion. Le territoire contrôlé par Moscou ne dépassait pas la seizième partie de la superficie totale de la Russie. C'était une île soviétique au milieu d'une mer antisoviétique.

2. La campagne du nord.


Au début du printemps de 1918, des agents spéciaux du Service secret britannique étaient arrivés à Arkhangel. Ils avaient pour ordre de préparer un soulèvement armé contre l'administration soviétique locale de ce port d'une grande importance stratégique. Travaillant sous la direc­tion du capitaine Tchapline, un ancien officier tzariste qui s'était engagé dans l'armée anglaise, et aidés par des conspirateurs contre-révolutionnaires russes-blancs, les agents de l'Intelligence Service firent. les préparatifs de la rébellion.

L'insurrection éclata le 2 août. Le lendemain le ma­jor général Frédérick Poole, commandant en chef des forces alliées en Russie du nord, occupait la ville avec une unité débarquée sous la protection de navires de guerre anglais et français. Simultanément, des troupes serbes et russes-blanches sous le commandement du colo­nel Thorhill, du Service secret britannique, se mirent en marche à travers le pays en direction d'Onega pour couper la ligne Arkhangel-Vologda et attaquer par der­rière les Bolchéviks en retraite.

Ayant renversé le soviet d'Arkhangel, le général Poole organisa un gouvernement à ses ordres qu'il dénomma Administration suprême de la Russie du nord, à la tête duquel il mit un ancien politicien, Nicolas Tchaïkovski.

Avant peu, pourtant, même cette administration anti-soviétique parut trop libérale au goût du général Poole et de ses alliés tzaristes; aussi, décidèrent-ils de se dispenser de la formalité d'un gouvernement et d’instaurer une dictature militaire.

Le' 6 septembre, le général Poole et ses alliés russes-­blancs avaient exécuté leur projet. Ce jour-là, l'ambas­sadeur Francis qui était venu à Arkhangel, fut invité à passer en revue un bataillon de troupes américaines. Comme les derniers rangs défilaient, le général Poole se tourna vers l'ambassadeur américain et dit incidemment

- Il y, a eu une révolution ici cette nuit.

- Que diable dites-vous là s'exclama Francis. Qui a déclenché cela ?

- Tchapline, dit le général Poole en montrant l'of­ficier de marine tzariste qui avait organisé le coup contre le Soviet d'Arkhangel.

Francis demanda au capitaine. Tchapline de venir.

- Tchapline, qui a déclenché la révolution cette nuit ?

- C'est moi, dit Tchapline laconiquement.

Le coup d'Etat avait eu lieu la veille au soir. Le capi­taine Tchapline et quelques officiers britanniques, à la tombée de la nuit, avaient enlevé Tchaïkovski et les autres membres de l'Administration suprême de la Russie du nord et les avaient conduits par mer dans un monastère isolé d'une île voisine. Là, le capitaine Tchapline avait laissé les politiciens russes sous la surveillance d'une garde armée.

Des mesures si violentes étaient un peu trop indigestes même pour l'ambassadeur Francis qui, en outre, avait été laissé complètement en dehors du complot. Francis dit donc au général Poole que le gouvernement américain n'accepterait pas le coup d'État.

Dans les vingt-quatre heures, on ramena les administra­teurs factices à Arkhangel, on réinstalla en place « l'Ad­ministration suprême », et Francis put câbler au Départe­ment d'Etat des Etats-Unis que, grâce à ses efforts, la démocratie avait été rétablie.

Dans le premier trimestre de 1919 les effectifs britan­niques de Mourmansk e d'Arkhangel atteignaient le chiffre de 18400 hommes. A leurs côtés, combattaient 5100 Américains, 1.800 Français, 1200 Italiens, 1000 Serbes et environ 20000 Russes-blancs.

Dépeignant Arkhangel pendant cette période, le capi­taine Cudahy20, membre du corps expéditionnaire amé­ricain, a écrit plus tard dans son livre Arkhangel : The American war with Russia (Arkhangel: la guerre des Etats-Unis contre la Russie), que « tout le monde était officier. Il y avait, raconte-t-il, d'innombrables officiers tzaristes croulant sous le poids de leurs médailles étince­lantes », des officiers cosaques avec leurs hauts bonnets grisonnants, leurs tuniques voyantes et leurs sabres clique­tants; des officiers anglais sortis d'Eton et de Harrow; des soldats français aux magnifiques képis galonnés et aux bottes brillantes ; des officiers serbes, italiens, etc... « Et naturellement, il y avait des ordonnances en quantité innom­brable pour astiquer les bottes et fourbir les éperons et tenir le tout en bon état ; et d'autres ordonnances pour s'occuper des clubs des officiers et servir le whisky and soda ».

La façon seigneuriale avec laquelle vivaient ces offi­ciers contrastait violemment avec leur manière de com­battre.

« Nous employions des obus à gaz contre les Bolché­viks », écrit dans son livre Figting without a war (Combats sans guerre), Ralph Albertson, un fonctionnaire de la Y.M.C.A. qui était dans la Russie du nord en 1919.

« Nous dressions toutes les embûches possibles quand nous évacuions les villages. Une fois, nous avons fusillé plus de trente prisonniers... Et quand nous avons pris le commissaire de Borok, un sergent m’a dit qu'il a laissé son corps dans la rue blessé par plus de seize coups de baïonnette. Nous avions pris Borok par surprise et le commissaire, un civil, n'avait pas eu le temps de prendre des armes... J'ai entendu un officier répéter à ses hommes qu'ils ne devaient pals faire de prisonniers, qu'ils devaient les tuer même s'ils étaient désarmés... J'ai vu un pri­sonnier bolchévik désarmé, qui ne causait aucun ennui, abattu de sang-froid... Chaque nuit, un détachement d'incendiaires faisait des masses de victimes ».

Les soldats alliés, eux, n'avaient pas d'enthousiasme pour cette campagne antisoviétique. Ils se demandaient pourquoi ils devaient se battre en Russie quand la guerre était censée être finie. Le commandement allié éprouvait de la difficulté à fournir une explication. « Au début, on pensa que cela n'était pas nécessaire, raconte Cudahy. Puis le Haut-Commandement se rappelant l'importance du moral... lança des proclamations qui troublèrent et inquiétèrent les hommes plus que ne l'aurait fait le silence ».

Une des proclamations du quartier-général britannique en Russie du nord, qui devait être -lue aux soldats américains et. anglais, commençait par ces mots

« Il semble que, dans la troupe, on ne se fait une idée claire des raisons pour lesquelles nous combattons ici, en Russie du nord. Cela peut être expliqué en quelques mots. Nous nous sommes dressés contre le bolchévisme, qui signifie purement et simplement l'anarchie. Regardez la Russie actuelle. Le pouvoir est dans les mains de quel­ques hommes, la plupart juifs... ».

L'atmosphère devint de plus en plus tendue, Les que­relles entre soldats anglais, français et russes-blancs de­venaient de plus en plus fréquentes. Des mutineries écla­tèrent. Lorsque le 39e régiment d'infanterie américaine refusa d'obéir, le colonel Stewart qui le commandait, réunit ses hommes et leur lut les articles du code de justice militaire qui prévoient la mort en cas de mutinerie. Après un moment de silence impressionnant, le colonel demanda si quelqu'un avait une question à poser et une voix se leva dans les rangs pour demander :

- Mon colonel, pourquoi sommes-nous ici et quelles sont les intentions du gouvernement des Etats-Unis ?

Et le colonel ne put articuler une réponse..

Le chef de l'état-major anglais, Sir Henry Wilson, rapporte dans le Livre bleu officiel que la situation en Russie du nord en été 1919 était la suivante: « Le 7 juillet, une mutinerie se produisit dans la 3e compagnie du 1er bataillon de la légion anglo-slave et dans la com­pagnie de mitrailleuses du 46 régiment d'infanterie du Nord, qui était en réserve sur la rive droite de la Dvina. Trois officiers anglais et quatre officiers russes furent tués et deux officiers anglais et deux officiers russes blessés».

Le 22 juillet, on apprit que le régiment russe du dis­trict d'Onéga s'était révolté et était passé aux côtés des Bolchéviks.

Aux Etats-Unis, des voix de plus en plus nombreuses réclamaient le retrait des troupes américaines de Russie. Le flot ininterrompu de la propagande antibolchévique ne réussissait pas à couvrir la voix des femmes et des familles qui ne comprenaient. pourquoi, puisque la guerre était finie, leur mari et leur fils devaient participer à cette campagne indécise et mystérieuse dans les déserts de la Sibérie et les plaines de la région de Mourmansk et d'Arkhangel. Au cours de l'été et de l'automne de 1919, des délégations venues de toutes les villes des Etats-Unis se rendirent à Washington pour y voir leurs députés et demander que les soldats américains en Russie soient ra­patriés. Leur appel fit écho au Congrès.

Le 5 septembre 1919, le sénateur Borah prit la parole pour déclarer : « M. le Président, nous ne sommes pas en guerre avec la Russie ; le Congrès n'a déclaré la guerre ni au gouvernement ni au peuple russe. Le peuple amé­ricain ne veut pas être en guerre avec la Russie... Pourtant, bien que nous ne soyons pas en guerre avec la Russie, bien que le Congrès n'ai pas déclaré la guerre, nous faisons la guerre au peuple russe. Nous avons une armée en Russie ; nous fournissons des munitions et du matériel à d'antres forces armées dans ce pays, et nous sommes aussi complè­tement engagés dans ce conflit que si l'on avait déclaré la guerre et que si la nation avait été appelée à prendre les armes dans ce but... Il n'y a de justification ni légale, ni morale pour sacrifier ces vies. Cela constitue une vio­lation des principes d'un gouvernement libre ».

Les peuples de France et d'Angleterre partageaient le sentiment populaire américain concernant la, guerre contre la Russie soviétique. Et pourtant, la guerre non déclarée contre la Russie continua.

3. La campagne du nord-ouest.



L'armistice de novembre 1918 entre les Alliés et les puissances centrales, dans un article 12 auquel on fit peu de publicité, stipulait que les troupes allemandes demeureraient, aussi longtemps que les Alliés le jugeraient utile, dans tout secteur du territoire russe qu'elles occu­paient alors. Il était entendu que ces troupes devaient être utilisées contre les Bolchéviks. Toutefois dans les Etats baltes, les armées du kaiser se désagrégèrent rapidement. Les soldats allemands épuisés par la guerre et révoltés désertaient en masse.

En présence des progrès rapides du mouvement sovié­tique en Lettonie, en Lithuanie et en Esthonie, le Haut­-Commandement britannique décida de concentrer son appui sur les bandes de gardes blancs qui opéraient dans les régions baltes. L'homme qui fut choisi pour commander ces bandes et les grouper dans une unité militaire cons­tituée était le général comte Rüdinger von der Goltz, du Haut-Commandement allemand. '

Le général von der Goltz avait commandé un corps expéditionnaire allemand contre la République finlandaise au printemps de 1918, peu de temps après qu'elle eut proclamé son indépendance en conséquence de la Révolu­tion russe. Von der Goltz avait entrepris cette cam­pagne à la demande expresse du baron Gustav von Man­nerheim, un aristocrate suédois qui avait été officier de la garde impériale du tzar et qui commandait les forces blanches de Finlande 21.

Commandant de l'armée des gardes blancs dans la ré­gion baltique, von der Goltz lança une campagne de terreur pour écraser le mouvement soviétique en Lettonie et en Lithuanie. Ses soldats ravagèrent de vastes portions du pays et exécutèrent les civils sur une grande échelle. La population de ces deux nations n'avait qu'une faible organisation militaire et peu d'armement pour résister à cette ruée sauvage. Et avant peu, von der Goltz fut le dictateur virtuel de la région.

L'administration américaine de secours (American Re­lief Administration) dirigée par Herbert Hoover mit d'importants. stocks alimentaires à la disposition du géné­ral allemand von der Goltz. La livraison de ces approvi­sionnements aux populations baltes affamées avait été dif­férée jusqu'au moment où le territoire fut occupé par les troupes de von der Goltz.

Les Alliés furent bientôt en face d'une sorte de dilemme : avec leur aide, von der Goltz dominait la région baltique, mais c'était encore un général allemand et il y avait par conséquent un danger que, par suite de son influence, l'Allemagne cherchât à contrôler les Etats baltes.

En juin il919, les Anglais décidèrent de remplacer von der Goltz par un général plus directement sous leur contrôle.

Et l'ami de Sidney Reilly, l'ex-général tzariste You­dénitch, âgé de 58 ans, fut nommé commandant en chef des armées blanches réorganisées. Les Anglais acceptèrent de fournir les approvisionnements militaires nécessaires pour que Youdénitch pût tente, une offensive sur Pétro­grad. Le premier chargement de matériel qui débarqua comprenait l'équipement complet de 10000 hommes, 15 millions de cartouches, 3000 fusils automatiques et un certain nombre de tanks et d'avions.22
Les représentants de l'Administration américaine de Secours d'Herbert Hoover promirent de livrer des vivres aux régions occupées par les troupes du général Youdénitch. Le major Powers, chef de la section estho­nienne de la mission baltique de l'Administration améri­caine de Secours, se mit en mesure de faire une estima­tion de la quantité de ravitaillement qui serait nécessaire pour assurer la prise de Pétrograd par les armées russes blanches du général Youdénitch.

Des bateaux chargés des stocks de l'Administration de secours destinés aux territoires occupé par les troupes de Youdénitch commencèrent à arriver à Reval.

Sous le commandement de Youdénitch, une offensive générale fut lancée sur Pétrograd. Dans la troisième semaine d'octobre 1919, la cavalerie de Youdénitch apparut dans les faubourgs de la ville. Les gouvernements alliés étaient convaincus que la chute de Pétrograd n'était plus qu'une question de jours, peut-être d'heures. Les manchettes du New-York Times dépeignaient la victoire comme assurée :

le 18 octobre. :LES FORCES ANTISOVIÉTIQUES SONT A PÉTROGRAD, DIT-ON A STOCKHOLM.

le 20 octobre : ON CONFIRME LA CHUTE DE PÉTROGRAD. LALIGNE DE MOSCOU EST COUPÉE.

le 21 octobre : LES FORCES ANTISOVIÉTIQUES PRÈS DE PÉTROGRAD. A LONDRES, ON S'ATTEND D'HEURE EN HEURE A LA CHUTE DE LA VILLE.

Mais aux portes mêmes de la ville, Youdénitch fut stoppé. Massant toutes ses forces, Pétrograd l'obligea à reculer. Les troupes de Youdénitch s'enfuirent devant l'attaque courageuse des défenseurs de la ville révolution­naire. Le 20 février 1920, le New-York Times, imprimait «Youdénitch quitte l'armée; il part pour Paris avec une fortune de 100 millions de marks ».

Fuyant d'Esthonie vers le sud, dans une voiture sous pavillon britannique, Youdénitch laissait derrière lui les épaves de sa si fière armée. Ses soldats, par bandes, erraient par la campagne dans la neige, mourant par mil­liers de. faim, de maladie et de dénuement.

4. La campagne du sud.



Tandis que l'armée de Youdénitch marchait sur Pé­trograd dans le nord, l'offensive dans le sud se préparait sous le commandement du général Dénikine, un ancien officier tzariste de 45 ans, d'allure distinguée avec sa barbe grise. Le général Dénikine disait de son armée « qu'elle avait au coeur une pensée sacrée, un espoir et un désir vivaces... c'était de sauver la Russie ». Mais au, sein de la population de la Russie méridionale, l'armée de Dénikine était mieux connue par ses méthodes de guerre sadiques:

Dès le début de la Révolution russe, l'Ukraine avec ses riches terres à blé, et la région du Don avec ses im­menses réserves de charbon et de minerai de fer, avait été le lieu de conflits sauvages. Après l'instauration de la République soviétique d'Ukraine en décembre 1917, le chef antisoviétique ukrainien, le général Petlioura, avait pressé les Allemands d'envoyer des troupes en Ukraine pour l'aider à renverser le régime soviétique. Il n'avait pas été nécessaire d'inviter deux fois les Allemands qui jetaient des regards affamés sur les immenses ressources alimentaires de l'Ukraine.

Sous le commandement du feld-maréchal Hermann von Eichhorn, les troupes allemandes occupèrent le pays. Von Eichhorn était personnellement considérablement intéressé par cette campagne ; sa femme était une comtesse Dournova, une riche aristocrate russe, un des plus grands propriétaires fonciers de l'Ukraine. Les forces sovié­tiques furent chassées de Kiev et de Kharkov et une « Ukraine indépendante », contrôlée par l'armée allemande d'occupation, fut instaurée avec le général Petlioura à sa tête. Déclarant que son but était l'établis­sement du «national socialisme», Petlioura organisa contre les Juifs une série de pogromes sanglants dans toute l'Ukraine. D'impitoyables mesures punitives furent prises pour supprimer les ouvriers et paysans révolution­naires d'Ukraine.

Et pourtant, le mouvement révolutionnaire continua à progresser. Von Eichhorn décidant que Petlioura était incapable de dominer la situation, remplaça son gouverne­ment par une dictature militaire. Un nouveau régime aux ordres de l'occupant fut instauré, avec à sa tête le beau­ frère de von Eichhorn, le général Skoropadski, un cava­lier russe jusque-là inconnu qui ne savait pas un mot d'ukrainien. Skoropadski prit le titre d'hetman d'Ukraine.

L'hetman Skoropadski ne réussit guère mieux que Pet­lioura. Avant la fin de 1918, déguisé en soldat allemand, il s'enfuit d'Ukraine avec l'armée allemande d'occupa­tion qui avait été décimée par l'Armée Rouge et les partisans ukrainiens.

Le départ des Allemands ne signifia aucunement la fin des soucis des Bolchéviks en Ukraine. Les Alliés aussi avaient appuyé les mouvements russes-blancs anti-soviétiques de la Russie méridionale. L'aide alliée était allée surtout aux armées contre-révolutionnaires qui avaient constitué « l'armée volontaire » de la région cosaque du Don, sous le commandement de Kalédine, de Kornilov, de Dénikine et autres anciens généraux tzaristes qui avaient fui dans le sud après la Révolution d'Octobre.

Au début, la campagne de l'armée volontaire rencon­tra de sérieux revers. Le général Kalédine, son comman­dant en chef du début, se suicida. Son successeur, le général Kornilov, fut chassé de la région du Don par l'Armée Rouge et, finalement, fut tué dans une bataille le 13 avril 1918. Le commandement de l'armée volon­taire en retraite, effroyablement fatiguée, fut assumé par le général Dénikine.

C'est à ce moment, alors que la fortune des Russes-blancs semblait être à son niveau le plus bas, que les premiers contingents anglais et français débarquèrent à Mourmansk et à Arkhangel, et que les approvisionnements substantiels d'origine alliée commencèrent à passer les frontières de la Russie, pour ravitailler les armées blanches. L'armée durement menacée de Dénikine fut sauvée de la des­truction. Réparée et renforcée, à la fin de 1918, l'armée de Dénikine fut prête à reprendre l'offensive contre les Soviets.

Le 22 novembre 1918, onze jours exactement après la signature de l'armistice qui mettait fin à la première guerre mondiale, un radiotélégramme parvenait au quartier géné­ral de Dénikine, l'informant qu'une flore alliée était en route pour Novorossisk. Le lendemain, les bateaux alliés jetaient l'ancre dans ce port de la mer Noire, et des émissaires français et anglais débarquèrent pour faire savoir à Dénikine que d'abondantes quantités de matériel de guerre, originaires de France et de Grande-Bretagne, lui seraient fournies dans un avenir très prochain. Pendant les dernières semaines de l'année, des troupes françaises occupèrent Odessa et Sébastopol. Une flottille anglaise traversa la mer Noire et débarqua un contingent à Batoum. Un officier anglais fut nommé gouverneur général de la région23 .

Sous le contrôle du Haut-Commandement français et largement approvisionné en matériel de guerre anglais, Dénikine déclencha une grande offensive en direction de Moscou. L'adjoint de Dénikine dans cette offensive était le général baron von Wrangel, un officier grand e maigre aux cheveux clairsemés, au regard. froid bleu ardoise, dont la sauvage cruauté était notoire. Périodiquement, Wrangel faisait fusiller des groupes de prisonniers désar­més devant leurs camarades, et donnait aux assistants de l'exécution le choix entre l'enrôlement dans son armée ou la mort.

Quand les troupes de Denikine et de Wrangel occu­pèrent la ville de Sébastopol, un de leurs premiers actes fut de pénétrer dans 'un hôpital' et d'y massacrer 70 sol­dats blessés de l'Armée Rouge. Le pillage était une pratique officielle de l'armée de Dénikine. Wrangel lui-­même fit savoir à ses hommes que le butin de guerre serait également partagé « entre eux ».

Se dirigeant vers le nord, les armées de Dénikine et de Wrangel occupèrent Tzaritsyne (actuellement Stalingrad en juin 1919 et en octobre approchèrent de Toula à environ 180 kms de Moscou. « Le régime bolchévik, tout entier semble devoir s'effondrer » annonça le New-York Times. « L'évacuation de Moscou, la capitale du bolchévisme a commencé »..Le Times disait de Dénikine qu'il « balayait tout devant lui », et que l'Armée Rouge battait en retraite, dans « une panique désordonnée ».

Mais, mettant en pratique un plan d'attaque conçu par Staline, qui était membre du Comité militaire révo­lutionnaire, l'Armée Rouge entreprit une soudaine contre-­offensive.

Les armées de Dénikine furent complètement battues par surprise. En quelques semaines, l'armée blanche du sud dut se retirer vers la mer Noire. Le moral abattu, ce fut une fuite panique et désordonnée. Malades et cadavres encombraient les routes. Les trains sanitaires n'avaient ni médicaments, ni médecins, ni infirmières. L'armée se désagrégea en bandes de voleurs, se dirigeant à toute vitesse vers le sud.

Le 9 décembre 1919, le général Wrangel envoya un. dépêche désespérée au général Dénikine : «Voici l'amère vérité : l'armée a cessé d'exister comme force combat­tante ».

Dans les premières semaines de 1920, les restes de l'armée Dénikine atteignirent le port de Novorossisk sur !a mer Noire. Des soldats blancs, des déserteurs et des ré­fugiés civils envahirent la ville.

Le 27 mars 1920, tandis que le navire de guerre anglais Emperor of India et le -croiseur français Waldeck ­Rousseau bombardaient les colonnes rouges qui appro­chaient, Dénikine s'enfuit de Novorossisk sur un bateau de guerre français. Des dizaines de milliers de soldats de son armée étaient massés sur les quais, attendant sans espoir un secours tandis que leur chef et leurs officiers disparaissaient à toute vapeur.

5. La campagne de l'est.



Selon le plan magistral des interventionnistes, tandis que Dénikine marcherait sur Moscou en venant du sud, l'amiral Koltchak devait assiéger la ville par l'est. Pour­tant les événements ne se réalisèrent pas comme prévu...

Pendant le printemps et au début de l'été de 1909, les journaux de Paris, de Londres et de, New-York publièrent de fréquents informations détaillées ,sur les défaites écrasantes subies par l'Armée Rouge, grâce aux succès de l'amiral Koltchak. Voici quelques-unes des manchettes du New-York Times:

le 26 mars : KOLTCHAK POURSUIT LES DÉBRIS DE L'ARMÉE ROUGE.

le 20 avril : LES ROUGES S'EFFONDRENT A L'EST.

le 22 avril : LA DICTATURE ROUGE CHANCÈLE AVEC LA VICTOIRE DE KOLTCHAK.

le 15 mai : KOLTCHAK PROJETTE UNE OFFENSIVE SUR MOSCOU.

Mais le 1 août, le Times publiait une dépêche de Washington : « Une haute personnalité du gouvernement a déclaré ce soir qu'il était temps de préparer les milieux anti bolchéviks à la possibilité d'un effondrement du régime Koltchak en Sibérie occidentale ».

Au milieu de l'été, l'amiral Koltchak fuyait désespé­rément devant les attaquas foudroyantes de l'Armée Rouge. En même temps, ses troupes étaient constamment harcelées sur leurs arrières par une guérilla qui s'étendait et s'accroissait rapidement. En novembre, Koltchak évacua sa capitale, Omsk. En uniformes déguenillés et avec des bottes usées, les hommes de Koltchak se tramèrent le long des routes qui partent d'Omsk. Par milliers ils s'enfuyaient, pour finalement mourir dans la neige le long des routes; la voie de chemin de fer au-delà d'Omsk était encombrée de locomotives détériorées. « On empi­lait les cadavres sur des wagons-plateformes, où ils pour­rissaient », a noté un observateur.

Koltchak atteignit Irkoutsk dans un train, sous les pa­villons anglais et américain, les drapeaux tricolores italien et français et le soleil levant du japon.

La population d'Irkoutsk se révolta le 24 décembre, 1919, instaura un Soviet et arrêta Koltchak. Fut saisi avec lui un trésor considérable qu'il avait emporté dans son train spécial : 5.143 caisses et 1.680 sacs de lingots d'or, de monnaie et de valeurs diverses qui fut estimé à l mil­liard 150 millions 500.000 roubles.

L'amiral Koltchak fut déféré en jugement par les autorités soviétiques et accusé de trahison. « Quand un navire coule, il coule avec tout l'équipage », dit Koltchak à ses juges et il exprima son regret de n'être pas resté un marin. Avec rancoeur, il soutint avoir été trahi par les « éléments étrangers » qui l'avaient abandonné dans les heures difficiles.

La cour condamna Koltchak à mort. Il fut exécuté par un feu de peloton le 7 février 1920. Un certain nombre des collaborateurs de Koltchak purent s'enfuir chez les Japonais. L'un d'eux, le général Bakich envoya ce message d'adieu au consul russe-blanc d'Ourga, en Mongolie : « Poursuivi par les juifs et les Communistes, j'ai traversé la frontière ! ».


6. Les Pointais et Wrangel.


En dépit de leurs revers catastrophiques, les interventionnistes anglais-français lancèrent à l'ouest deux nou­velles offensives contre la Russie soviétique.

En avril 1920, exigeant toute la région de l'Ukraine occidentale et la ville de Smolensk, les Polonais atta­quèrent à leur tour. Abondamment pourvus en matériel de guerre par les Français et les Anglais et aidés par un prêt américain de 50 millions de dollars24, les Polonais envahirent l'Ukraine et occupèrent Kiev. Là, l'Armée Rouge les stoppa et les obligea à reculer.

Avec les troupes russes sur leurs talons, les Polonais battirent en retraite à toute allure. En août, l'Armée Rouge était aux portes de Varsovie et de Lvow. Les gouvernements alliés envoyèrent d'urgence du ma­tériel et firent de nouveaux prêts aux Polonais. Le maréchal Foch dépêcha en toute hâte, son chef d'état-­major, le général Weygand, pour diriger les opérations polonaises. On envoya. à Varsovie, des tanks et des avions britanniques. L'Armée Rouge commandée par le général Toukhatcheviski et le commissaire à la Guerre Trotski avait dangereusement allongé ses lignes de com­munications. Elle en supportait 'maintenant les consé­quences, devant faire face à une contre-offensive polo­naise qui s'étendit sur tout le front. Le gouvernement so­viétique, par le traité de Riga, du céder au Polonais les régions occidentales de la Biélorussie et de l'Ukraine...

La paix avec la Pologne permit à l'Armée Rouge de s'occuper du baron Wrangel qui, remplaçant le général Dénikine dans le sud et aidé par les Français, avait attaqué en direction du nord, et partant de la Crimée, avait pénétré en Ukraine. Vers la fin de 1920, Wrangel, était reconduit en Crimée et encerclé par les forces rouges. En novembre, l'Armée Rouge occupait Pérékop et nettoyant la Crimée, chassait l'armée Wrangel dans la mer.

7. Le dernier survivant.


Après l'anéantissement de l'armée Wrangel et la fin de l'intervention à l'ouest, la seule armée étrangère qui demeurât sur le sol russe était celle de l'Empire japonais. On aurait pu croire que la Sibérie avec toutes ses richesses était destinée à tomber complètement dans les mains des Japonais. Le général baron Tanaka, ministre de la Guerre et chef du Service secret japonais, exultait : « Le patrio­tisme russe s'est éteint avec la Révolution. Tant mieux pour nous ! Il en résulte que le régime soviétique ne peut être battu que par des armées étrangères en force suf­fisante »

Le japon avait encore plus de 70.000 hommes en Sibérie, et des centaines d'agents secrets, d'espions, de saboteurs et de terroristes. Les bandes des gardes blancs continuaient à sévir dans l'Extrême-Orient russe sous la di­rection du Haut-Commandement japonais. Le chef des bandes antisoviétiques était un bandit cosaque à la solde de l'armée japonaise, l'ataman Sémyonov.

Sous la pression américaine, le japon fut invité à agir avec prudence ; mais le 8 juin, les japonais signèrent à Vladivostock un traité secret avec l'ataman Sémyonov, en vue d'une nouvelle et formidable offensive contre les Soviets. Le trait stipulait que lorsque les Soviets seraient liquidés, Sémyonov assumerait tout le pouvoir civil. Cet accord secret précisait aussi que « lorsqu'une autorité gouvernementale stable serait établie en Extrême-Orient, les sujets japonais jouiraient de droits préférentiels pour l'obtention de concessions de chasse, de pêche, d'exploi­tations forestières, etc., ainsi que pour le développement des ressources minières et des mines d'or ».

On assigna au baron Ungern Sternberg, un des colla­borateurs principaux de Sémyonov, un rôle de premier plan dans la campagne militaire projetée.

Elle devait être la dernière campagne blanche de la guerre d'intervention.

Le lieutenant général baron Roman von Ungern Stern­berg était un aristocrate balte, au teint pâle, à l'allure efféminée, avec ses cheveux blonds et oses longues mous­taches rousses. Il était entré tout jeune dans l'armée im­périale, s'était battu contre les japonais en 1905 et avait par la suite appartenu à un régiment de gendarmerie cosaque en Sibérie. Pendant la première guerre mondiale, il avait servi sous legs ordres du baron Wrangel et avait été décoré de la croix de Saint Georges pour son courage au combat sur le font méridional. Parmi ses camarades officiers, son audace sauvage, sa cruelle férocité et ses accès de colère, où il perdait tout contrôle, étaient no­toires.

Après la Révolution, le baron Ungern avait gagné la Sibérie et assumé le commandement d'un régiment co­saque qui pillait et ravageait le pays, et entreprenait de temps à autre des raids militaires contre les. autorités soviétiques locales. Il avait finalement pris contact avec des agents japonais qui le persuadèrent d'entrer en Mon­golie. Ils mirent à sa disposition une armée composée d'un ramassis d'officiers russes-blancs, de soldats chinois de bandits mongols et d'espions japonais.

Vivant dans une atmosphère de banditisme et d'absolutisme féodal dans son quartier général d'Ourga, Un­gern commença à penser qu'il était un homme marqué par le destin. Il épousa une princesse mongole, abandonna ses vêtements occidentaux pour revêtir une robe mongo­lienne de soie jaune et déclara qu'il était une réincarnation de Genghis Khan. Excité par les agents japonais qui l'entouraient, il rêva qu'il était l'empereur d'un ordre nouveau qui, né en Orient, devait fondre sur la Russie soviétique et l'Europe, et détruire par le feu, l'épée et-le canon les derniers vestiges de la « démocratie décadente et du communisme juif ». Sadique et à moitié fou, il s'adonnait à d'innombrables actes de sauvagerie barbare. Un jour il vit dans une petite ville de Sibérie, une jeune femme juive et il promit 1.000 roubles de récompense à ce­lui qui lui apporterait sa tête : sa tête fut apportée et la prime dûment payée. « Je ferai une allée de gibets qui s'étendra de l'Asie à l'Europe », déclara-t-il. Au début de la campagne de 1921, le baron Ungern, de son quartier général d'Ourga, adressa à ses troupes une proclamation «La Mongolie est devenue le point de départ naturel d'une campagne contre l'Armée Rouge en Sibérie soviétique... Les commissaires, les communistes, les juifs ainsi que leurs familles, doivent être exterminés. Leurs biens doivent être confisqués... Les sentences prononcées contre les cou­pables peuvent être disciplinaires ou prendre la forme des différents degrés de la peine dé mort. La loyauté et la pitié ne sont plus admissibles. Par conséquent, il n'y aura plus qu'une cruauté loyale et sans merci ; le mal qui s'est répandu dans le pays dans le but de détruire, les principes divins dans l'âme humaine, doit être extirpé jusqu'à la racine ».

Dans cette région frontière désertique et désolée de la Russie, la stratégie guerrière d'Ungern prit la fortin d'une série de razzias dévastatrices qui ne laissaient que des ruines fumantes de villages et des cadavres mutilés d'hommes, de femmes et d'enfants. Les villes que les troupes d'Ungern occupaient étaient pillées. Les juifs, les communistes et tous ceux qui étaient soupçonnés d'avoir tout soit peu de sympathies démocratiques étaient fusillés, torturés jusqu'à la mort ou brûlés vivants.

En juillet 1921, l'Armée Rouge lança une offensive pour exterminer les bandes d'Ungern. Après une série d'engagements sanglants et indécis, l'Armée Rouge et les partisans soviétiques remportaient une victoire décisive. Les hordes d'Ungern s'enfuirent abandonnant la plus grande partie de leurs armes et leur matériel de guerre et ainsi que leurs blessés.

En août, Ungern fut capturé. Sa garde personnelle mongole se révolta et le livra aux troupes soviétiques. Le baron fut emmené dans sa robe de soie à Novo-Niko­laievsk (aujourd'hui Novo-Sibirsk) pour être jugé en audience publique par la Cour Suprême de la Sibérie soviétique, comme ennemi du peuple. Ce fut un jugement extraordinaire...

Des centaines d'ouvriers, de, paysans, de soldats russes, sibériens, mongols et chinois emplissaient la salle du tri­bunal. Des milliers d'autres demeurèrent dans les rues avoisinantes. La plupart de ces gens avaient vécu sous le régime de terreur d'Ungern ; leurs frères, leurs enfants, leurs femmes ou leurs maris avaient été fusillés, torturés, précipités dans des chaudières de locomotives.

Le baron ayant pris place, on lut l'acte d'accusation : «Conformément à la décision du Comité révolutionnaire de Sibérie, en date du 12 septembre 1921, le lieutenant­ général baron Ungern von Sternberg, ancien commandant de la division de cavalerie d'Asie, est inculpé devant

le Tribunal révolutionnaire de Sibérie :

1 ° De s'être prêté aux buis annexionnistes du Japon en essayant de créer un Etat en Asie et de renverser le gouvernement de Transbaikalie ;

2° D'avoir projeté de renverser les autorités soviétiques dans le but de restaurer la monarchie en Sibérie et avec l'intention finale de mettre Michel Romanov sur le trône;

3° D'avoir sauvagement assassiné un grand nombre de paysans et d'ouvriers russes et de révolutionnaires chi­nois ».

Ungern n'essaya pas de nier ses atrocités. Exécutions, tortures et massacres, oui, tout cela était exact. Son explication était simple : «C'était la guerre ! ».

Mais vous étiez aux ordres du Japon ?

- Mon idée était de me servir du Japon.

Ungern nia avoir eu avec les japonais des relations intimes ou de trahison.

- L'accusé ment, dit le procureur soviétique Yaros­lavski, quand il prétend n'avoir jamais eu de relations avec le Japon. Nous avons la preuve du contraire !

- J'ai communiqué avec les japonais, admit le baron, comme j'ai communiqué avec Tchang-Tso-Lin 25... Gen­ghis Khan aussi a fait la cour à Van Khan avant de con­querir son royaume !

- Nous ne sommes pas au 12e siècle, dit le procureur soviétique ; et nous ne sommes pas ici pour juger Genghis Khan !

- Pendant mille ans, s'écria le baron, les Ungern ont commandé ! Ils n'ont jamais reçu d'ordre de personne !

Et se tournant avec- arrogance vers les soldats, les ouvriers, les paysans de l'auditoire :

- Je refuse de reconnaître l'autorité de la classe ouvrière ! Comment un homme qui n'est pas capable d'être un domestique peut-il parler de gouverner ? Il est inca­pable de donner des ordres !

Le procureur Yaroslavski énuméra la longue liste des crimes d'Ungern : les expéditions punitives contre les Juifs et les paysans partisans de Soviets, les bras et les jambes coupées ; les raids de nuit à travers la steppe avec des cadavres brûlants en guise de torches, la destruction de villages, les massacres impitoyables d'enfants...

- Ils étaient, dit froidement Ungern, trop rouges pour mon goût.

- Pourquoi avez-vous quitté Ourga ? demanda le pro­cureur.

- J'avais décidé d'envahir la Transbaîkalie et de persuader les paysans de se révolter. Mais j'ai été fait prisonnier.

- Par qui ?

- Quelques Mongols m'ont trahi.

- Admettez-vous que votre campagne se termine de la même façon que toutes les autres tentatives qui ont été faites contre le pouvoir des travailleurs ? Reconnaissez­-vous, que de toutes ces tentatives pour atteindre les buts que vous aviez en vue, la vôtre est la dernière ?

- Oui, dit le baron Ungern, la mienne est la der­nière. je pense que je suis le dernier survivant !

En septembre 1921, le verdict-du tribunal soviétique fut prononcé et le baron von Ungern Sternberg exécuté par un peloton de l'Armée Rouge.

L'ataman Sémyonov et les restes de l'armée à la solde des japonais traversèrent la frontière soviétique et ga­gnèrent la Mongolie et la Chine.

Il fallut moins d'une année pour débarrasser la terre soviétique des japonais. Le 19 octobre 1922, l'Armée Rouge les encerclèrent dans Vladivostok. Les japonais qui occupaient la ville se rendirent et livrèrent tout leur matériel de guerre. Les transports japonais, emportant les derniers soldats du japon, quittèrent Vladivostok le lendemain. Le drapeau rouge flotta sur la ville.

La décision d'évacuer la ville, annonça le ministre des Affaires étrangères japonais, « a pour but de placer le Japon dans là position d'une nation non-aggressive qui s'efforce de maintenir la paix mondiale »

NOTES BIBLIOGRAPHIQUES

Il y a beaucoup de matériaux relatifs à la guerre d'in­tervention contre l'U.R.S.S. Les auteurs ont surtout uti­lisé les ouvrages suivants :
WILLIAM PAYNES ET C. COATES, Armed Intervention in Russia, 1918-1922;

GEORGE STEWART, The White Armies in Russia ;

Capitaine S. KOURNAKOV, Russia's Fighting Forces (Les forces combattantes de la Russie);

Histoire de la Révolution russe, publiée par M. GORKI, V. MOLotov, K. VOROCHILOV, etc.;

V. PARVENOV, The Intervention in Sibéria ;

Histoire du Parti communiste (bolchévik) de l'U.R.S.S. :

WINSTON CHURCHILL, The World Crisis : The After­math (La crise mondiale; le Regain). .

Papers relating to the Foreign Relating of the U,S,; 1910 ; Russia, Vol, 1,11 st 111,

Parmi les nombreux récits personnels qui se rapportent à cette période les auteurs ont noté en particulier :

RALPH ALBERTSON, Fighting without a War, an account of the Military Intervention in North Russia. (Com­bat sans guerre, récit de l'intervention militaire dans le nord de la Russie) ;

JOHN CUDAHY, Arkhangel, The American War with Russia (Arkhangel, la guerre de l'Amérique contre la Russie);

SIR PAUL DUKE,. Red Dusk and the Morrow (Le crépuscule rouge et son lendemain);

Le livre de DAVIS FRANCIS, Russia from the Améri­can Embassy, 1916-1918, contient une description très intéressante de la situation à Arkhangel pendant les pre­miers jours de l'intervention; de même que sa déposition de

1919, devant la sous-commission sénatoriale d'enquête sur les propagandes allemande et bolchevique.

Le livre du général GRAVES, American Siberian Ad­venture est une source indispensable de renseignements sur l'intervention en Sibérie.

Les personnages des bandes de gardes blancs contre-­révolutionnaires en Extrême-Orient et le genre de guerre qu'elles faisaient est décrit d'une façon impressionnante par V. POZNER dans Bloody Baron, the Story of baron Roman von Ungern Sternberg (Le baron sanglant, histoire du baron Roman von Ungern Sternberg).
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