Livre premier révolution et contre-révolution








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LIVRE DEUXIEME


LES SECRETS
DU
CORDON SANITAIRE




CHAPITRE VIII

LA CROISADE BLANCHE




1. Le ferment du regain.


La première partie de la guerre contre la Russie sovié­tique s'était terminée par une sorte de baisser du rideau. Le Gouvernement soviétique était maître sans conteste de la plupart de ses territoires ; mais il était boycotté par toutes les autres nations, entouré par un cordon sani­taire d'Etats hostiles vassaux des Alliés, et coupé de toutes relations normales politiques et commerciales avec le reste du monde. Officiellement, la sixième partie du monde qui était soviétique n'existait pas : elle n'était « pas reconnue ».

A l'intérieur, le Gouvernement soviétique avait a affronter un chaos économique d'usines détruites, de mines inondées, d'une agriculture minée, de transports misérables, la maladie, la famine et un analphabétisme presque total. A l'héritage de faillite du régime féodal tzariste s'ajoutaient les légats de sept années ininter­rompues de guerre, de révolution, de contre-révolution et d'invasion étrangère.

Au-delà des frontières soviétiques, le monde était encore à la poursuite de la paix, et il ne la trouvait pas. L'homme d'Etat anglais Bonar Law, exposant la si­tuation mondiale quatre ans après la signature du traité de Versailles, dit à la Chambre des Communes qu'on ne faisait alors pas moins de 23 guerres dans différentes régions du globe. Le Japon avait occupé. des territoires chinois et brutalement réduit le mouvement d'indépen­dance, coréen; des troupes britanniques brisaient des révoltes populaires en Irlande, en Afghanistan, en Egypte et aux Indes, les Français avaient 'engagé des opéra­tions militaires contre les tribus druses de la Syrie qui, au regret des Français, étaient armées de mitrailleuses fournies par les manufactures anglaises de la Metro­-Vickers ; l'état-major allemand, agissant derrière la façade de la République de Weimar, conspirait pour balayer les éléments démocratiques allemands et restaurer l'Alle­magne impérialiste.

Dans tous les pays de l'Europe régnait une ébullition de complots et de contre-complots fiévreux de fascistes, de nationalistes, de militaires et de monarchistes qui tous masquaient leurs buts propres du terme commun « d'antibolchévisme ».

Un mémorandum secret rédigé par le ministère des Affaires étrangères britannique décrivait l'état de l'Eu­rope dans ces premiers temps de l'après-guerre, en ces termes :

« L'Europe est partagée aujourd'hui en trois catégo­ries principales : les vainqueurs, les vaincus et la Russie. Le sentiment d'insécurité qui mine la santé de l'Europe occidentale est causé, en grande partie, par la dispa­rition de la Russie comme puissance de poids dans le concert européen. C'est la plus menaçante de nos incerti­tudes. »

« Tous nos anciens ennemis demeurent pleins de ressen­timent devant ce qu'ils ont perdu ; tous nos anciens Alliés redoutent de perdre ce qu'ils ont gagné. Une moitié de l'Europe est dangereusement irritée, l'autre moitié est dangereusement inquiète. La peur engendre la provocation, les armements, les alliances secrètes et le mauvais traitement des minorités. Ce qui en retour engendre une haine plus grande et stimule un désir de revanche ; ce qui accroît la peur dont les conséquentes s'aggravent. Ce. cercle vicieux se trouve ainsi fermé. »

« Bien que l'Allemagne soit pour le moment tout à fait incapable d'entreprendre une action agressive, il est certain qu'aven de grandes possibilités chimiques à usage militaire, elle deviendra tôt ou tard un facteur militaire puissant. Il n'y a qu'un petit nombre d'Allemands qui pensent sérieusement à employer cette force, lorsqu'elle sera reconstituée, contre l'Empire britannique ».

Tandis que le ministère des Affaires étrangères britan­nique contemplait avec complaisance le réarmement de l'Allemagne, consacrait toute son attention à 'la Russie et la considérait comme la « plus menaçante de nos incertitudes », de l'autre côté de l'Atlantique, dans l'hystérie et la confusion de l'ère post-wilsonnienne, les Etats-Unis rêvaient de glorieux isolement ». La grande illusion des Américains de ce temps se résumait dans la maxime du « retour à la normale ». Selon Walter Lippman qui écrivait alors dans le New-York World, la « normale» consistait dans les credos suivants :

- que le sort de l'Europe n'est aucunement lié au sort de l'Amérique.

- que l'Europe doit « cuire dans son jus » ;

- que nous devons vendre à l'Europe sans rien lui acheter;

- et que, même si cela ne lui plait pas en bloc, elle fera mieux de l'accepter.

Walter Lippmann concluait : « Une sorte d'hystérie est née de ces peurs et au milieu de ce désordre. Elle a fait germer des armées, des tarifs insensés, une diplomatie secrète et toutes les variétés d'un nationalisme morbide, les fascistes et le Ku-Klux-Klan »...

Malgré le malaise, les charges de la guerre et l'anar­chie économique qui régnaient encore en Europe, on continuait à dresser et à étudier assidûment de nouveaux plans d'une invasion de la Russie soviétique dans les états-majors de Pologne, de Finlande, de Roumanie, de Yougoslavie, de France, d'Angleterre et d'Alle­magne.

La propagande antisoviétique la plus effrénée conti­nuait.

Quatre années après la grande guerre qui devait mettre fin à toutes les guerres, existaient tous les éléments d'une seconde guerre mondiale qui devait être lancée contre la démocratie mondiale sous le slogan de « l'antibolché­visme ».

2. L'exode des Russes-blancs.


Avec la débâcle des armées blanches de Koltchak, de Youdénitch, de Dénikine, de Wrangel et de Sémyonov, l'immense structure archaïque du tzarisme s'était fina­lement écroulée, dispersant largement les éléments trou­bles de sauvagerie, de barbarie et de réaction qu'elle avait abrités si longtemps. Les aventuriers !cruels, les aristocrates décadents, les terroristes professionnels, la soldatesque pillant et ravageant, la police secrète re­doutée et toutes les autres forces féodales et anti-dé­mocratiques qui avaient constitué la contre-révolution blanche quittaient maintenant la Russie en un torrent boueux et tumultueux. Vers l'ouest, vers l'est, vers le sud, à travers l'Europe et l'Extrême-Orient, en Amé­rique du Nord et du Sud, il coulait emportant avec lui le sadisme des généraux blancs, les doctrines pogromistes des Cens-Noirs, le mépris hautain du tzarisme pour la démocratie, les haines sinistres, les préjugés et les névroses de la vieille Russie impériale.

Les protocoles des Sages de Sion, le faux antisémite avec lequel l'Okhrana avait incité aux massacres juifs et la bible par laquelle les Cent-Noirs expliquaient toutes les misères du monde en parlant d'un « complot juif international » circulaient maintenant au grand jour à Londres et à New-York, à Paris et à Buenos-Ayres, à Shanghai et à Madrid.

Quel que soit l'endroit où allaient leks émigrés blancs, ils fertilisaient le sol de la contre-révolution mondiale : le fascisme.

En 1923, il y avait un nemi-million de Russes-blancs en Allemagne. Plus de 400.000 avaient émigré en France, et 90.000 en Pologne. D'autres dizaines de milliers s'étaient fixés dans les Pays baltes et, dans les Balkans, en Chine et au japon, au Canada, aux Etats-­Unis et en Amérique du Sud. 3.000 officiers russes-blancs et leur famille s'étaient installés dans la seule ville de New-York.

Le total des émigrés russes a été estimé entre 1 million et demi et 2 millions28.

Sous la direction d'une Union militaire russe, dont le quartier général était à Paris, des unités armées de Russes blancs s'organisèrent, dans toutes l'Europe, l'Extrême­ Orient et l'Amérique. Elles annonçaient ouvertement qu'elles se préparaient à une nouvelle invasion de la Russie soviétique.

Le gouvernement français fonda une école navale pour les Russes-blancs à Bizerte, port de l'Afrique du Nord, où 30 navires de la flotte tzariste avaient été réunis, avec un équipage de 6.000 officiers et marins. Le gouverne­ment yougoslave ouvrit des académies militaires spé­ciales pour poursuivre l'entraînement ,d'anciens officiers de l'armée du tzar et de leurs fils. D'importants contin­gents de l'armée Wrangel furent transférés intacts dans les Balkans. 1.800 cavaliers cosaques furent envoyés en Yougoslavie et 1.700 hommes en Bulgarie ; des milliers d'autres Cantonnèrent en Grèce et en Hongrie.

Des Russes-blancs organisèrent la police secrète des Etats baltes et des Balkans, obtinrent dans ces pays des postes administratifs importants et y assumèrent le contrôle de nombreuses officines d'espionnage.

Avec l'assistance du maréchal Pilsudski, le terroriste Boris Savinkov organisa une armée blanche en Pologne de 30.000 hommes.

L'ataman Sémyonov, après avoir été chassé de Sibérie, fuit avec les restes de son armée au japon. Ses soldats reçurent des uniformes, et des équipements neufs et furent réorganisés en un corps spécial russe-blanc aux ordres du Haut-Commandement japonais.

Le baron Wrangel, : le général Dénikine et le pogro­miste Petlioura s'installèrent à Paris, où ils furent immé­diatement impliqués dans divers complots antisoviétiques le général Krasnov et l'hetman Skoropadski qui avaient collaboré avec l'armée du Kaiser en Ukraine se fixèrent à Berlin et furent adoptés par le Service d'espionnage allemand29.

En 1920, un petit groupe d'émigrés russes formida­blement riches, qui avaient des intérêts considérables en France et dans d'autres pays étrangers, se réunirent à Paris et créèrent une organisation qui devait jouer un rôle capital dans les conspirations ultérieures contre la Russie soviétique. L'organisation prit le nom de Torg­prom, ou Comité russe du commerce, de l'industrie et de la finance, comprenait d'anciens banquiers, indus­triels et négociants tzaristes. Parmi eux, citons G.N. No­bels, qui avait eu des intérêts dominants dans les champs pétrolifères de Bakou ; Stéphane Lianozov, le « Rockfel­er russe »; Vladimir Riabouchinski, membre de la célèbre famille de négociants tzaristes; N.C. Dénisov, qui avait amassé son immense fortune dans l'industrie de l'acier; et d'autres seigneurs de l'économie russe dont les noms étaient réputés dans les sphères' industrielles et financières du monde entier.

Associés à ces hommes, il y avait des représentants d'intérêts britanniques, français et allemands qui n avaient pas abandonné l'espoir de recouvrer leurs investissements russes perdus ou d'obtenir de nouvelles concessions à la suite du renversement du régime soviétique.

« Le Torgprom » déclara Dénisov, président de l'or­ganisation, « s'est donné pour but de combattre les Bol­chéviks sur le front économique, de toutes les manières et sous toutes les formes ». Les membres du Torgprom étaient intéressés, comme le dit Nobel, « par une pro­chaine résurrection de la patrie et par la possibilité de pouvoir bientôt y travailler ».

Les agissements antisoviétiques du Torgprom n'étaient pas limités au front économique. Un rapport officiel qu'il publia précisait : « Le Comité du commerce et de l'indus­trie continuera à éclairer l'opinion publique des pays civilisés sur la véritable signification des événements qui ont lieu en Russie et à préparer la révolte future au nom de la liberté et de la vérité ».

3-. Un seigneur de Reval.


En juin !921, un groupe d'anciens officiers, d'indus­triels et d'aristocrates tzatistes convoqua une conférence internationale antisoviétique à la Reichenhalle, en Ba­vière. La conférence à laquelle assistaient des délégués des organisations antisoviétiques d'Europe, dressa les plans d'une campagne mondiale d'agitation contre la Russie soviétique.

Un « conseil monarchiste suprême » fut élu par la Conférence. Son rôle était de travailler à la « restauration de la monarchie, avec à sa tête le souverain légal de la maison des Romanov, conformément aux lois fondamen­tales de l'Empire russe »..

Le Parti national-socialiste d'Allemagne naissant en­voya un délégué à cette conférence Son nom était Alfred Rosenberg.. Alfred Rosenberg était un jeune homme pâle et élancé, aux lèvres minces, aux cheveux noirs, à l'ex­pression lasse et rêveuse, qui avait commencé à fréquenter les brasseries de Munich pendant l'été de 1919. On le trouvait généralement à l'Augustinerbrau ou à la Franzis­kanerbrau, où il demeurait pendant des heures assis seul à une table dans un coin. Parfois des compagnons venaient le voir et quoiqu'il les saluât avec peu d'empresse­ment, son comportement devenait plus vif, ses yeux sombres prenaient de la vie et brillaient dans son visage crayeux et il se mettait à parler avec passion, à voix basse. Il parlait aussi couramment l'allemand que le russe.

Rosenberg était le fils d'un propriétaire foncier balte qui avait possédé un vaste domaine près du port de Reval. Son père prétendait descendre des chevaliers teutoniques qui avaient envahi lés Pays baltes au moyen-âge; et le jeune Rosenberg, orgueilleusement, se considérait comme un Allemand. Avant la Révolution russe, il avait étudié l'architecture à l'Ecole polytechnique de Moscou. Il s'était enfui du territoire soviétique quand les Bolchéviks arrivèrent au pouvoir et avait rejoint les rangs des terro­ristes russes blancs qui combattaient dans les Pays baltes sous les ordres du général comte Rüdiger von der Goltz. En 1919, Rosenberg avait gagné Munich, l'esprit farci des doctrines antidémocratiques et antisémites des Cent­-Noirs.

Un petit groupe de gardes blancs émigrés et de barons baltes expropriés commença à se réunir régulièrement à Munich pour écouter les tirades venimeuses et exaltées de Rosenberg contre les communistes et les Juifs. Son audi­toire comprenait généralement le prince Avalov-Bermondt, un ancien ami de Raspoutine, qui' avait été le chef le plus dur des territoires baltes sous les ordres de von der Goltz ; les barons Schneuber-Richter et Arno von Schickedantz, deux aristocrates baltes décadents et cruels ; et Ivan Poltavez-Ostranitza, un pogromiste ukrai­nien qui avait été ministre des communications dans le gouvernement ukrainien de l'hetman Skoropadski. Ces hommes partageaient les considérations « Cent-Noir » de Rosenberg sur la décadence de la démocratie et la cons­piration internationale des juifs.

« Au fond, tous les Juifs sont des Bolchéviks » était le thème constant des tirades de Rosenberg.

Dans son esprit sombre et torturé, sa haine patholo­gique des Juifs et son inimitié frénétique pour les Soviets évoluait peu à peu vers une philosophie mondiale contre-­révolutionnaire, mélange des préjugés fanatiques de la Russie tzariste et des ambitions impérialistes de l'Alle­magne. Le salut du monde contre « la démocratie juive décadente et le bolchévisme » écrivit Rosenberg dans 1e Mythe du XXe siècle, devait partir de l'Allemagne avec la création d'un nouvel Etat allemand. «C'est le devoir du fondateur du nouvel Etat », ajoutait-il « de constituer une association d'hommes sur le modèle de l'ordre teutonique ».

Une race de surhommes allemands devait mener à bien la tâche de conquérir le monde : « le sens de l'histoire a rayonné du Nord, porté par une race blonde, aux yeux . bleus qui, en plusieurs vagues, a déterminé le visage spiri­tuel du monde ».

L'idée d'une croisade sainte contre la Russie soviétique dominait tous les écrits de Rosenberg. Il aspirait au jour apocalyptique où les puissantes armées du nouvel «ordre teutonique» franchiraient les frontières russes et détrui­raient les Bolchéviks détestés. « La direction est de l'Ouest vers l'Est, déclarait-il ; du Rhin à la Vistule ; de l'Ouest à l'Est, ce cri doit retentir, de Moscou vers Tomsk ».

L'Allemagne traversait alors une période de dure après­ avec un chômage général, une inflation sans précé­dent et une famine universelle. Derrière la façade démo­cratique de la République de Weimar qui avait été instau­rée avec la complicité du Haut-Commandement allemand après l'anéantissement sanglant des Soviets allemands d'ouvriers et de soldats, une cabale de militaristes prus­siens, de junkers et de magnats de l'industrie faisait clandestinement des plans pour la renaissance et l'expan­sion de l'Allemagne impériale. Ignoré du reste du monde, un programme de futur réarmement de l'Allemagne fut soigneusement conçu par des centaines d'ingénieurs, de dessinateurs, de techniciens, travaillant sous la direc­tion du Haut-Commandement allemand dans un laboratoire secret d'études et d'organisation construit par la maison Borsig30 dans une forêt des environs de Berlin.

Le Service secret allemand, section III B était censé avoir été dissous à la fin de la guerre. Il était maintenant réorganisé avec des fonds généreusement fournis par Krupp, Hugenberg et Thyssen et il travaillait activement sous la direction de son ancien chef, le colonel antisé­mite Walter Nicolaï.

Les plans d'une nouvelle guerre allemande s'élabo­raient avec diligence...

Parmi les principaux bailleurs de fonds de la cam­pagne secrète pour la régénération de l'impérialisme alle­mand, il y avait un charmant et énergique industriel nom­mé Arnold Rechberg. Ancien aide de camp du Kron­prinz et ami intime des membres de l'ancien Haut Com­mandement impérial, Rechberg était lié au grand trust allemand de la potasse. Il était un des principaux ani­mateurs des ligues secrètes allemandes nationalistes et antisémites. Ce fut à cause de cela qu'Alfred Rosen­berg attira son attention.

Rechberg s'arrangea pour le rencontrer, et éprouvant immédiatement de l'affection pour le partisan contre-révo­lutionnaire échappé de Reval, il le présenta à un autre de ses protégés, un agitateur autrichien, espion de la Reichswehr, âgé de 30 ans, nommé Adolf Hitler.

Rechberg avait déjà fourni des fonds au pâti nazi d'Hitler pour l'achat d'uniformes et pour subvenir à divers autres frais. Rechberg et ses riches amis achetèrent alors un journal obscur, le Völkischer Beobachter, et le cédèrent au mouvement nazi. Et Hitler désigna Rosen­berg pour en être le directeur...

..Le 1er janvier 1921, dix jours après que le Völkischer Beobachter était devenu la propriété des nazis, le journal définissait en ces termes la politique étrangère du parti. d'Hitler

« Et quand l'heure sonnera et quand l'orage s'amasse­ra sur les frontières orientales de l'Allemagne, ce sera le moment de réunir une centaine de milliers d'hommes prêts à sacrifier là leur vie... Ceux qui sont déterminés à tout oser, doivent être préparés à agir devant l'attitude des Juifs de l'Occident.., qui élèveront des voix affligées quand les Juifs de l'Est seront attaqués. Ce qui est certain, c'est que l'armée russe sera chassée au loin de ses fron­tières après un nouveau Tannenberg. C'est une affaire purement allemande et ce 'sera le véritable commence­ment de notre renaissance».

L'éditorial avait été écrit par Alfred Rosenberg. Des cendres du tzarisme féodal et dé l'impérialisme allemand du XXe siècle ressuscité, le nazisme prenait forme.

4. Le plan Hoffmann.


Alfred Rosenberg devait donner une idéologie poli­tique au parti nazi allemand. Un autre ami de Rechberg, le général Hoffmann devait lui fournir une stratégie mi­litaire.

Ce général Hoffmann avait passé une grande partie de sa jeunesse en Russie, où il était attaché à la cour impé­riale. Il était parvenu à parler russe plus couramment que l'allemand.

En 1905, jeune capitaine de 35 ans, il avait été affecté à l'état-major du général von Schieffen et avait été nommé officier de liaison allemand avec la première armée japo­naise, dans la guerre russo-japonaise de 1904-1905. Hoff­mann n'oublia jamais ce qu'il avait vu dans les plaines de la Mandchourie : un front apparemment sans limites et une armée offensive compacte, parfaitement exercée pé­nétrant comme un « couteau dans du beurre », dans une armée bien plus importante sur la défensive, qui avait des réserves immenses mais qui était embarrassée dans ses mouvements et mal commandée.

Au début de la première guerre mondiale, Hoffmann devint le chef des opérations de la 8e armée allemande cantonnée en Prusse orientale pour y attendre l'offensive russe présumée. La stratégie qui aboutit à la débâcle russe de Tannenberg fut plus tard reconnue par les auto­rités militaires comme n'étant pas due à Hindenbourg ou à Ludendorff, mais à Hoffmann. Après Tannenberg, Hoffmann devint le commandant en chef des forces alle­mandes sur le front oriental. Il assista à l'effondrement de l'armée impériale russe. A Brest-Litovsk, il dicta les conditions de paix de l'Allemagne à la délégation soviétique.

Aux cours des deux guerres, Hoffmann avait vu l'armée russe à l'oeuvre et chaque fois il avait vu sa défaite écrasante. L'Armée Rouge, selon Hoffmann, n'était que la vieille armée russe « décomposée en une horde ».

Au début du printemps de 1919, le général Hoffmann avait présenté lui-même à la Conférence de la paix un plan tout prêt pour une offensive sur Moscou, dirigée par l'armée allemande. Du point de vue d'Hoffmann, son plan avait un double avantage : non seulement il « sauverait l'Europe du bolchévisme » mais il sauverait en même temps l'armée impériale allemande et empêcherait sa désa­grégation. Le maréchal Foch avait souscrit à une forme modifiée du plan Hoffmann.

Le 22 novembre 1919, le général Hoffmann déclarait dans une interview publiée par 1e London Daily Télé­graph : « Au cours des deux années qui viennent de s'écou­ler, je suis arrivé à peu près à la conclusion que le bolchévisme est le plus grand danger qui menace l'Eu­rope pour des siècles ». Dans ses mémoires, La Guerre des Occasions perdues, Hoffmann se lamente sur la non­ exécution de l'offensive sur Moscou conformément à la conception originale de son plan.

Après une visite qu'il rendit au général Hoffmann à Berlin, en 1923, l'ambassadeur britannique lord d'Aber­don écrit dans son journal diplomatique : «Toutes ses opi­nions sont dominées par sa conception générale que rien ne saurait aller bien dans le monde tant que les puissances civilisées occidentales ne s'uniront pas pour abattre le gou­vernement soviétique... » Interrogé pour savoir s'il croyait à la possibilité d'une entente entre la France, l'Alle­magne et l'Angleterre pour attaquer la Russie, il répondit: « C'est une telle nécessité qu'elle doit se réaliser !».

Dans les années d'après-guerre, après l'échec de l’intervention armée contre la Russie soviétique, Hoffmann mit au point une nouvelle version de son plan et le fit circuler, sous la forme d'un mémorandum confidentiel, dans les états-majors de l'Europe. Ce mémorandum confiden­tiel souleva de suite un vif intérêt dans les milieux pro­fascistes grandissant en Europe ; le maréchal Foch et son chef d'état-major Pétain, qui tous deux étaient des amis intimes d'Hoffmann, exprimèrent leur chaude approbation du plan révisé. Parmi les autres personnalités qui don­nèrent au plan leur approbation, citons Frantz von Papen, le général Mannerheim, l'amiral Horthy et le directeur de l'espionnage naval britannique, l'amiral sir Barry­ Domville.

Le plan Hoffmann, dans sa dernière version, obtint l'appui d'une grande partie du Haut-Commandement alle­mand, bien qu'il différât radicalement de l'enseignement traditionnel bismarckien de la stratégie militaire et poli­tique allemande31.

Le nouveau plan Hoffmann prévoyait une alliance entre l'Allemagne, la France, l'Italie, l'Angleterre et la Po­logne, basée sur un intérêt commun contre la Russie soviétique. Stratégiquement, selon l'opinion d'un com­mentateur avisé des questions européennes, Ernest Henri, dans son livre Hitler over Russia ? le plan proposait « une concentration des nouvelles armées sur la Vistule et la Dvina, à la manière de Napoléon; une offensive-éclair, sous le commandement allemand, contre les hordes bol­chéviques en retraite ; l'occupation de Leningrad et de Moscou dans l'espace de quelques semaines; un nettoyage final du pays jusqu'à l'Oural assurant le salut d'une civilisation épuisée par la conquête d'un demi-continent ».

Toute l'Europe, sous la direction de l'Allemagne, devait être mobilisée et se précipiter contre l'Union So­viétique.
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES

La formule « Le ferment du regain » qui sert de sous-­titre au premier paragraphe est empruntée à Winston Churchill et la documentation qui illustre le sentiment général d'incertitude, de malaise et d'insécurité de la période d'après-guerre, est tiré de l'excellente compila­tion d'extraits de journaux et d commentaires contempo­rains qu'a publié GEORGE SELDES sous le titre de World Panorama (Panorama mondial 1918-1935). Les auteurs se sont également référés aux journaux et magazines de l'époque.

Le mémorandum révélateur du ministère des Affaires étrangères britannique, cité dans ce chapitre, a été rendu public pour la première fois-par le journaliste John Bal­derstone et il a été reproduit avec plus de détails dans le livre de Seldes, cité ci-dessus.

On trouvera des renseignements sur l'histoire extraor­dinaire et peu connue de l'exode hors de l'U.R.S.S. des armées blanches vaincues dans le livre de GEORGE STE­WART, The White Armies of Russia, et dans les mémoires de quelques-uns de ceux qui y furent impliqués : Wrangel, Denikine, Krasnov.

Un compte rendu complet de là constitution, du caractère et de la composition du Torgprom se trouve dans le sténogramme des débats du procès des industriels de Mos­cou.

Le récit le plus intéressant et le plus complet des débuts de l'idéologie nazie et du rôle d'Alfred Rosenberg et de ses amis russes blancs figure dans le livre de KONRAD HEIDEN, Der Fuehrer. Les auteurs ont aussi utilisé A History of National Socialism, du même HEIDEN et un document du Département d'Etat des Etats-Unis inti­tulé National Socialism. La part jouée par le général Hoffmann dans les conspirations. russes blanches et impé­rialistes allemandes qui ont précédé le triomphe du na­zisme et y ont conduit, est brillamment exposé dans le livre d'ERNEST HENRI, Hitler over Russia ?On a égale­ment consulté d'HOFFMANN, The War of lost Opportu­nities (La guerre des occasions perdues) et War Diaries and other Papers (journaux de guerre et autres papiers). - ainsi que le célèbre journal diplomatique de l'ambassadeur d'Angleterre LORD D'ABERNON, The Diary of an am­bassador : Versailles to Rapallo (Le journal d'un ambas­sadeur : de Versailles à Rapallo). On trouvera également une documentation précieuse sur la collaboration entre le nazisme à ses débuts et les émigrés russes-blancs dans The Brown Network (Le filet brun).
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