Bibliographie chapitre premier








télécharger 0.52 Mb.
titreBibliographie chapitre premier
page9/11
date de publication23.12.2016
taille0.52 Mb.
typeBibliographie
ar.21-bal.com > documents > Bibliographie
1   2   3   4   5   6   7   8   9   10   11
Expédition de Chine. Par décret impérial du 13 novembre 1859, le général de division Cousin-Montauban était nommé commandant en chef des forces de terre et de mer, avec le général Jamin, comme commandant en second. Le 21 novembre, le corps expéditionnaire était composé d'une manière définitive, c'est-à-dire de deux brigades d'infanterie avec des troupes de différentes armes, dont l'effectif dépassait huit mille hommes ; des détachements de gendarmes et du train des équipages, des infirmiers, cinquante cavaliers, et des troupes du quartier général complétaient le corps expéditionnaire. La première brigade (général Jamin) était formée du 2e bataillon de chasseurs à pied (8 compagnies), du 101e régiment d'infanterie de ligne (2 bataillons à 6 compagnies), p.077 de la 7e compagnie du 1er bataillon du 3e régiment du génie, de la 1e section de la 1e compagnie d'ouvriers du génie ; la 2e brigade (général Collineau), était formée du 102 régiment d'infanterie de ligne (2 bataillons à 6 compagnies), du régiment d'infanterie de marine (2 bataillons), de la 11e compagnie du 6e régiment de pontonniers, de la 10e batterie du 7e régiment d'artillerie, de la 7e batterie du 8e régiment d'artillerie, de la 1e batterie du 9e régiment d'artillerie, de la 3e batterie du 10e régiment d'artillerie, d'une section de fuséens du 12e régiment d'artillerie, d'une section de la 2e compagnie d'armuriers, d'une section de la 5e compagnie d'ouvriers d'artillerie ; dans la suite, 6 compagnies (600 hommes) de marins débarqués furent adjointes à cette dernière brigade. D'autre part, les Anglais mettaient à la tête de leurs troupes, ayant le rang de lieutenant général, sir Hope Grant, avec les deux généraux de division sir John Michel et sir Robert Napier, et les généraux de brigade Sutton, Jephson, Staveley et Reeves. Les forces anglaises se composaient de 13.116 hommes, dont 1.000 cavaliers environ, y compris un grand nombre de troupes indiennes, dont deux régiments de cavalerie irrégulière Sikh, commandés par les majors Fane et Probyn. Les forces navales d'Angleterre étaient placées sous les ordres de l'amiral James Hope avec l'amiral Lewis Jones comme second. Plus tard, les forces navales françaises furent détachées du commandement direct du général Montauban, et par décret impérial du 4 février 1860, le vice-amiral Charner était nommé commandant en chef des forces navales dans les mers de Chine. Montauban, embarqué à Marseille (12 janvier 1860), touchait à Hong-kong où il conférait avec l'amiral Page et les chefs anglais (26 février), et arrivait à Chang-haï sur le Forbin (12 mars). Charner quittait Marseille (29 février 1860), arrivait à Hong-kong (12 avril), où il rencontrait pour la première fois Montauban. Les bases d'opération des armées alliées étaient donc d'une part, pour l'Angleterre, Hong-kong et Kao-loun en face ; de l'autre, pour la France, Chang-haï. Parallèlement à l'action militaire, se poursuivait une négociation diplomatique. Aux ministres de France et d'Angleterre en Chine, MM. de Bourboulon et Frederick Bruce, venaient s'adjoindre en seconde mission extraordinaire le baron Gros et lord Elgin. Le 8 mars 1860, MM. de Bourboulon et Bruce envoyaient à Peking un ultimatum qui était rejeté le 8 avril ; le 14 avril, après une conférence des chefs militaires à Chang-haï, Ting-haï, dans la grande Chousan, fut occupé sans résistance, mais il fallait frapper un grand coup vers la capitale. Toute idée de blocus était abandonnée ; les bases d'opération militaire furent reportées sur le Pei-ho ; le 8 juin, les Français occupaient Tche-fou dans le Chan-toung sans difficultés ; les Anglais établissaient leurs troupes en face sur la côte Mandchourienne, à Ta-lien-ouan. Le 12 juillet, une p.078 reconnaissance montrait que l'accès direct du Pei-ho n'étant pas praticable, le débarquement devait être opéré au nord de ce fleuve, à l'embouchure du Pe-tang. Après un dernier conseil de guerre des alliés à Tche-fou, le 19 juillet 1860, les flottes alliées quittaient Ta-lien-ouan et Tche-fou, pour se diriger vers l'embouchure du Pe-tang ; l'amiral Charner sur la Renommée, était suivi de la première escadre ; le vice-amiral Page, sur la Némésis, de la deuxième escadre, le contre-amiral Protet, sur la Dryade, et le capitaine de vaisseau Bourgois, sur la Dragonne. L'état de la mer ne permit l'embarquement des troupes que le 1er août ; le lendemain, les forts de Pe-tang étaient occupés. Par une longue chaussée qui sépare le Pe-tang du Pei-ho, les forts de Ta-kou furent tournés, et après une violente attaque des forts du nord, par Grant et Collineau d'une part, et par les flottes d'une autre, ceux-ci tombaient entre les mains des alliés : les forts du sud se rendirent incontinent sans combat. En quelques heures (21 août), nous étions maîtres des cinq forts qui défendent l'entrée du Pei-ho, et l'échec de juin 1859 était réparé. Au large, le ministre des États-Unis, Ward, et le ministre de Russie, le général Ignatiev, surveillaient les opérations. La route de Tien-tsin était libre, et les plénipotentiaires y arrivèrent le 26 août. Des ouvertures de paix avaient été faites aux alliés, dès le débarquement au Pe-tang, mais les garanties n'étaient pas assez suffisantes pour les prendre en considération. A Tien-tsin, Kouei-liang renouvela des offres de traité qui ne furent pas écoutées, et les chefs de l'armée reçurent des plénipotentiaires l'ordre de marcher sur Peking. A la première étape, Yang-tsoun (10 septembre), Tsai, prince de I, et Hang-ki, ministre de la guerre, apportèrent de nouvelles propositions, qui ne furent acceptées que plus loin à Ho-Si-Wo ; cependant, le parti de la guerre s'agitait auprès de l'empereur Hien-foung, et le général tartare San Ko-li-tsin, pendant que des communications s'établissaient entre Ho-Si-Wo et la ville de Toung-tcheou par Tchang-kia-houang, préparait un guet-apens dans lequel devaient tomber les plénipotentiaires. L'alarme heureusement donnée permit aux généraux Montauban et Grant (18 septembre) de refouler l'ennemi qui menaçait leur front, et de le poursuivre jusqu'au delà de Toung-tcheou. Malheureusement, les Chinois avaient eu le temps de faire de trop nombreux prisonniers, dont quelques-uns seulement nous furent rendus vivants plus tard ; parmi ces victimes, on comptait 11 Français, dont le colonel d'artillerie Foullon-Grandchamps, l'agent comptable Ader, le chasseur Ouzouf, l'intendant militaire Dubut, l'interprète Abbé de Luc, M. d'Escayrac de Lauture, chargé d'une mission scientifique, et 26 Anglais, dont le lieutenant Anderson, de la cavalerie irrégulière de Fane avec son escorte de 18 sikhs p.079 et 1 dragon, de Norman, attaché au ministre Bruce, le correspondant du Times Bowlby, le consul-interprète Harry Parkes, le secrétaire Loch, le capitaine Brabazon, quartier-maître général d'artillerie. Cependant, les armées alliées s'engouffraient à travers Toung-tcheou, et s'engageaient sur la route empierrée qui conduit à Peking. San Ko-li-tsin avait organisé une dernière résistance derrière le pont qui coupe cette route à huit li (Pa-li-kiao) de Toung-tcheou. Malgré une résistance acharnée, la cavalerie tartare était dispersée et la route de Peking était libre ; ce combat (27 septembre) a valu au général victorieux Montauban le titre de comte Palikao. Le 7 octobre, les Français arrivaient au Youen-ming-youen, palais d'été de l'empereur ; dès le 8, les Chinois renvoyaient Parkes, Loch et un cavalier de Probyn, d'Escayrac de Lauture, et quatre soldats français, ces derniers dans quel état ! Puis arrivèrent des séries de cercueils, contenant les restes de Bowlby et de la plupart des autres victimes. Le palais d'été fut livré au pillage, et lord Elgin qui occupait non le Youen-ming-youen, mais le Wan-cheou-chan, à côté, n'hésita pas, ainsi qu'il le dit dans sa correspondance (18 octobre) « à donner l'ordre d'incendier cette propriété impériale, en représailles des cruautés exercées sur ses compatriotes par le souverain chinois. »

Hien-foung s'était enfui à Je-hol en Tartarie, les alliés entrèrent à Peking, où ils se trouvèrent, pour traiter, en face du frère de l'empereur, le prince de Kong. Le 24 octobre 1860, lord Elgin d'une part, et le prince de Kong de l'autre, signaient une convention en neuf articles, par laquelle la Chine faisait des excuses pour l'attaque de Ta-kou, en juin 1859 ; un ministre d'Angleterre résiderait à Peking ; l'indemnité stipulée en 1858 était annulée, remplacée par une autre de 8 millions de taëls ; Kao-loun, en face de Hong-kong, était cédée à l'Angleterre ; le traité de 1858 devait recevoir p.080 son effet, le traité de Tien-tsin étant ratifié ce même jour (24 octobre) ; la grande Chousan devait être évacuée, enfin, Tien-tsin, Ta-kou et la côte Nord du Chan-toung, devaient être occupés par les alliés jusqu'au paiement de l'indemnité. Le lendemain (25 octobre), une convention semblable en dix articles était signée par le baron Gros d'une part, et le prince de Kong de l'autre. L'indemnité de la France était la même que celle de l'Angleterre, et Tien-tsin était ouvert au commerce étranger. L'expédition de Chine était terminée dans un temps extraordinairement court, et avec un plein succès pour nos armes et notre diplomatie. Lord Elgin était de retour à Tien-tsin le 14 novembre, à Chang-haï le 3 décembre 1860, et en Angleterre le 11 avril. L'article 6 de la Convention française de Peking stipulait que conformément à l'édit impérial rendu le 20 mars 1846, par l'empereur Tao-kouang, les établissements religieux et de bienfaisance qui avaient été confisqués aux chrétiens pendant les persécutions dont ils avaient été les victimes, devaient être rendus à leurs propriétaires par l'entremise du ministre de France en Chine, auquel le gouvernement impérial devait les faire délivrer avec les cimetières et autres édifices qui en dépendaient. Par suite, le baron Gros remit ces établissements entre les mains du chef de la mission des Lazaristes, Joseph-Martial Mouly, évêque de Fussulan, vicaire apostolique du Pe Tche-li septentrional, qui célébra en l'honneur du succès de l'armée française un Te Deum solennel.

13° La Chine depuis 1860. La situation était, en vérité, bien difficile en Chine au moment des signatures des conventions de Peking (octobre 1860). L'empereur était en fuite ; dans le nord-ouest et dans le sud-ouest de la Chine, les musulmans étaient en rébellion ; au centre, les Taï-ping, avec Nan-king comme capitale, se répandaient sur les bords du Kiang et occupaient les principales villes du Kiang-sou et du Tche-kiang, les étrangers n'avaient pas encore évacué les ports du Nord, ni Chang-haï, et ils tenaient Canton ; le trésor impérial était vide. Il eût suffi qu'une puissance occidentale le désirât pour que le trône mandchou, ébranlé depuis Tao-kouang, croulât dans l'ignominie avec Hien-foung. Heureusement pour sa dynastie, ce malheureux empereur mourut à propos le 22 août 1861 ; une longue régence se préparait, il fallait faire face au présent et préparer l'avenir : ce fut le frère même de l'empereur, le prince de Kong, qui eut à prendre la terrible responsabilité du pouvoir. Dès le 21 octobre 1861, Canton fut rendu officiellement par les alliés aux Chinois ; le 7 novembre, Yi-sin, prince de Kong, sixième fils de l'empereur Tao-kouang, frère de l'empereur Hien-foung, est nommé régent, conjointement avec les impératrices douairières ; le fils de Hien-foung, Tsai-tchoun, qui a remplacé son père sous p.081 le Nien-hao de Tsi-tchiang (bonne chance), le change en celui de Toung-tche (union dans l'ordre) ; le mois suivant, un coup d'État met le prince de Kong en possession du pouvoir. En effet, le 2 décembre 1861, un décret dénonçait les crimes des huit conseillers institués par Hien-foung, et ordonnait un rapport sur le châtiment qui devait être infligé à Tsai-yuan, prince de I, Tuan-hua, prince de Tchen, et à Su-Chuen, membre du grand secrétariat ; le même jour, ordre était donné de dégrader les deux premiers et d'arrêter le troisième ; le 10 décembre, ces trois ministres étaient condamnés à mort, et tous les autres membres du conseil de Hien-foung dégradés. Tsai et Tuan purent, par faveur, se suicider ; Quant à Su, il marcha bravement au supplice. Comme corollaire à ce tragique événement, il convient d'ajouter que le 31 août 1864 la Gazette de Peking annonçait qu'en raison des services rendus par les ancêtres de Tsai et de Tuan, leur titre de prince serait ressuscité et donné à des membres éloignés de leur famille.

Cependant, le principal effort du gouvernement tendait à rétablir l'ordre dans les provinces ; nous avons vu déjà que les deux Ma, en faisant leur soumission en 1860, avaient porté un coup fatal à l'influence musulmane dans le Yun-nan, mais c'était surtout contre les rebelles Taï-ping qui occupaient les plus riches provinces de l'empire, qu'il fallait employer le plus de vigueur ; la prise de Ning-po (9 décembre 1861) achevait de leur livrer le Tche-kiang. Les Chinois s'adressèrent aux étrangers pour les aider à se débarrasser de ces ennemis intérieurs ; un corps d'armée, qui reçut le nom d'armée toujours victorieuse (ever victorious army), avait été placé sous le commandement de l'Américain Ward, qui, après des succès dans le Kiang-sou, particulièrement à Soun-kiang, fut tué à Tsu-tchi, dans le Tche-kiang (20 septembre 1862). Ward fut remplacé successivement par Burgevine, le capitaine Holland, et enfin par Li fou-taï (Li Hong-tchang) et le major Gordon (Gordon Pacha). Leurs opérations, conduites dans les environs de Chang-haï, prise de Fou-chan (6 avril 1863), de Taï-tsan (2 mai 1863), de Quin-san (30 mai 1863), de Wo-kong (29 juillet 1863), de Fong-tching (26 août 1863), dégagèrent la route de la grande ville de Sou-tcheou, qui tomba enfin au pouvoir des troupes impériales le 4 décembre 1863. C'est à la prise de cette ville que six chefs rebelles, qui s'étaient rendus sur la parole donnée par Gordon qu'ils auraient la vie sauve, furent exécutés sur les ordres de Li, lequel échappa avec peine à la colère vengeresse de son collègue. D'autre part, un corps franco-chinois opérait vers le Sud ; malheureusement, l'amiral Protet était tué devant Nan-jao (17 mai 1862) ; son successeur Tardif subit le même sort dans le Tche-kiang à Chao-sing p.082 (19 février 1863). Les officiers, Pierre d'Aiguebelle et Prosper Giquel terminèrent cette campagne en 1864, par la prise de la capitale du Tche-kian, Hang-tcheou (31 mars 1864), et de Hou-tcheou, ville importante de cette même province (28 août 1864). Il ne restait plus de rebelle que la capitale même de leur empire éphémère : Nanking tomba entre les mains du célèbre Tseng Kouo-fan le 19 juillet 1864. Les bandes Taï-ping, décimées, privées de leurs chefs, redescendirent vers leur pays d'origine, le Kouang-si, d'où quelques-unes pénétrèrent dans le Tonkin, où nous les avons retrouvées en les nommant Pavillons Noirs et Pavillons Jaunes (V. Annam).

Nous avons vu plus haut que l'origine des douanes impériales maritimes remonte à 1854 ; des mains des trois premiers commissaires, ce service était passé sous la direction d'un seul inspecteur général, Horatio Nelson Lay. Le gouvernement chinois, désireux d'assurer la défense de ses côtes, chargea ce haut fonctionnaire, par un document daté de Peking du 24 octobre 1862, d'acheter des vaisseaux et des canons et d'engager des officiers anglais pour créer une flotte. Lay fit choix pour commander cette flotte du capitaine Sherard Osborne. Les difficultés que Sherard Osborne rencontra de la part des Chinois en arrivant en Chine amenèrent rapidement la démission de cet officier distingué ; cet incident donna lieu à une longue correspondance entre l'Angleterre et la Chine, et cette dernière puissance, attribuant à la maladresse de Lay les difficultés, le remplaça en novembre 1863 par Robert Hart, qui occupe encore aujourd'hui le poste d'inspecteur général des douanes.

Les Français ne rencontrèrent pas ces difficultés ; le corps franco-chinois qui avait contribué dans une si large mesure à écraser la rébellion des Taï-ping, dans le Tche-kiang, avait à sa tête deux officiers de marine français distingués, d'Aiguebelle et Giquel. Le vice-roi du Fou-kien, Tso Tsong-tan, leur confia le soin de créer entre la capitale du Fou-kien et la mer, sur la rivière Min, un établissement dans lequel pourraient être fabriquées les armes, etc., nécessaires à l'armée et à la marine. C'est ainsi que fut créé en 1867 l'arsenal dit de Fou-tcheou, qui, tout en ayant cessé d'être dirigé directement par les Européens, continue néanmoins à rendre de grands services ; l'éducation des jeunes gens, attachés à l'arsenal de Fou-tcheou et destinés à devenir des ingénieurs ou des officiers de marine, est complétée en Europe par une mission dite d'instruction, qui, dirigée d'abord par Prosper Giquel (1876) et Li Fong-pao, a aujourd'hui à sa tête L. Dunoyer de Segonzac et Tche Meou-ki. Les jeunes gens, répartis, soit sur les navires de la marine britannique, soit dans les usines du Creusot ou de Saint-Chamond, dans les p.083 Écoles du génie maritime, de maistrance, des arts et métiers, des mines, etc., retournent instruits dans les sciences européennes, après un séjour de trois ou quatre ans en Europe.

L'année 1865 marque en quelque sorte la fin de la nouvelle période qui commençait à l'expédition de 1860 ; c'est en effet, cette année, au mois de juillet, que les troupes alliées sont définitivement retirées de Ta-kou et de Chang-haï ; il semble même que pour mieux marquer le nouvel état de choses, le ministre d'Angleterre sir Frederick Bruce, nommé à Washington, est remplacé à Peking par son collègue du Japon, Rutherford Alcock.

Comme après le traité de Nanking de 1842, après les traités de Tien-tsin de 1858 et les conventions de Peking de 1860, les nations étrangères s'empressèrent de profiter des avantages obtenus par la France et l'Angleterre, en signant des traités particuliers. La Russie et les États-Unis d'Amérique avaient suivi d'une manière spéciale les opérations des alliés, aussi, au traité de Tientsin du 1/13 juin 1858 (comte Poutiatine) vient s'adjoindre le traité additionnel, conclu à Peking pour la Russie, le 2/14 novembre 1860, par le général Ignatiev et le prince de Kong (ratifié à Pétersbourg le 20 décembre, promulgué le 26 décembre 1860). Ce traité rectifiait la frontière orientale des deux empires ; le territoire nord de l'Amour appartenait à la Russie, le territoire sud à la Chine. Les négociants russes de Kiakhta pouvaient se rendre à Peking, et pouvaient faire le commerce à Kalgan et à Ourga, où les Russes avaient le droit d'établir un consul, etc. ; le 20 février/4 mars 1862, une convention relative au commerce par terre était signée à Peking par le ministre russe, M. de Balliouzek, et complétée dans la même ville par le général Vlangaly, le 15/27 avril 1869. Les États-Unis qui avaient signé le 18 juin 1858 à Tien-tsin, par l'intermédiaire de leur ministre William B. Reed, un traité, le complétaient par des articles additionnels, à Washington, le 28 juillet 1868, ratifiés à Peking le 23 novembre 1869.

A la remorque des quatre grandes puissances, vinrent les autres nations. Le roi de Prusse, au nom du Zollverein, des grands-duchés de Mecklembourg-Schwerin et de Mecklembourg-Strelitz, et des villes Hanséatiques, envoyait dans l'Asie orientale (1859-1862) une expédition dont un des actes principaux fut la signature, par le comte d'Eulenbourg, d'un traité à Tien-tsin le 2 septembre 1861, ratifié à Chang-haï le 14 janvier 1863. Le gouverneur général de Macao, Isidoro Francisco Guimaraès, signait un traité le 13 août 1862 à Tien-tsin, dont la ratification fut refusée par le gouvernement chinois, par suite de la clause relative à Macao, diversement interprétée dans les textes portugais et chinois. Le traité danois, signé par p.084 Waldemar Rudolph de Raasloff, est de Tien-tsin, 13 juillet 1863, ratifié à Chang-haï, 29 juillet 1864. Le traité espagnol, négocié par don Sinibaldo de Mas, à Tien-tsin (10 octobre 1864), a été ratifié par la reine d'Espagne le 14 mai 1866, et les ratifications ont été échangées à Tien-tsin le 10 mai 1867. Le traité hollandais, négocié par J. des Amorie van der Hoeven, a été signé à Tien-tsin le 6 octobre 1863 ; le traité belge, négocié par Auguste T'Kint, signé à Peking le 2 novembre 1865, a été ratifié à Chang-haï le 27 octobre 1866 ; le traité italien, négocié par le capitaine de frégate Vittorio Arminjon, signé le 26 octobre 1866, à Peking, a été ratifié à Chang-haï le 12 novembre 1867 ; l'Autriche, qui avait déjà visité les mers de l'Asie orientale, lors de la circumnavigation de la frégate Novara (30 avril 1857-26 août 1859) envoyait une nouvelle mission en Chine en 1869, à la tête de laquelle était placé le contre-amiral baron de Petz, qui concluait un traité à Peking le 2 septembre 1869, ratifié à Chang-haï le 27 novembre 1874. Ajoutons que dans les derniers traités beaucoup des clauses du traité danois, admirablement rédigé, faisaient précédent et étaient adoptées.

Le gouvernement chinois ne se rendait pas trop compte toutefois du mouvement considérable et irrésistible qui avait amené l'intervention des étrangers en Chine, et l'établissement définitif de légations à Peking. De temps à autre, des attaques contre les Européens établis à l'intérieur, par exemple l'affaire de la mission protestante de Yang-tcheou (1868), montrait que les autorités provinciales n'avaient pas une notion exacte de la situation. La bonne volonté ne manquait pas d'ailleurs à la capitale, de la part surtout du nouveau chef des douanes, Robert Hart : il avait créé un collège, 1867 (Tung Wen Kouan) où devaient être enseignées aux indigènes les langues et les sciences de l'Occident ; pensant aussi qu'il était nécessaire de faire connaître aux pays d'Europe et d'Amérique les nouveaux sentiments du gouvernement impérial, Hart fut le promoteur d'une ambassade chinoise à travers le monde, à la tête de laquelle il plaça Anson Burlingame, ministre des États-Unis, dont les pouvoirs venaient d'expirer, avec MM. J. Mac Leavy Brown (anglais) et de Champ (français) comme secrétaires, et deux délégués chinois, Soun et Tchi (1868). Burlingame se rendit d'abord aux États-Unis, où il signa avec le secrétaire d'Etat William H. Seward les articles additionnels de Washington (28 juillet 1868) et où il prononça avec une rare éloquence, une série de discours, dans lesquels il représentait « la croix brillant sur toutes les montagnes » de l'empire du Milieu. Burlingame visita successivement Londres, Paris, Berlin, où il fut reçu moins chaudement qu'aux États-Unis, et il mourut à Pétersbourg, au moment même où la nouvelle de la plus épouvantable catastrophe venait donner le plus atroce p.085 démenti à ses théories de Chine libérale : c'était le massacre de Tien-tsin.

Le 21 juin 1870, le consul de France à Tien-tsin, M. de Fontanier, le chancelier du consulat, M. Simon, l'interprète de la légation de France, M. Thomassin et sa femme, un prêtre lazariste, l'abbé Chevrier, un négociant français, M. Chalmaison et sa femme, trois Russes, Barov, Protopov et sa femme, et neuf sœurs de saint Vincent de Paul, dont quatre Françaises, deux Belges, deux Italiennes, une Irlandaise, en tout, vingt étrangers étaient massacrés de la façon la plus barbare à Tien-tsin. La légation de France était alors gérée par le comte Julien de Rochechouart, qui avait remplacé le 6 novembre 1868 le ministre comte Lallemand ; une escadre française, commandée par l'amiral Dupré, vint jeter l'ancre à Tien-tsin ; des négociations furent entamées : le vice-roi du Tche-li, Tseng Kouo-fan, fut déplacé, le commissaire des ports du Nord, Tchoung-heou, qui avait été assez faible, pour ne pas dire plus, dans les circonstances, fut chargé de présenter des excuses, au nom du gouvernement chinois ; le massacre de Tien-tsin paraît, au reste, avoir été le résultat général d'un complot contre les étrangers, dont le contre-coup se fit sentir dans presque tous les ports ouverts, et auquel se rattache l'assassinat de Ma, vice-roi des deux Kiang, en juillet 1870. D'ailleurs, nous étions à l'époque de la terrible tourmente de la guerre 1870-1871, et la nouvelle du massacre arrivait en France trop tard pour que l'on pût en tirer la vengeance éclatante qu'il méritait. Tchoung-heou s'était transporté de Marseille à Bordeaux, de Bordeaux à Tours, de Tours à Versailles, puis effrayé par les horreurs de la guerre et fatigué des lenteurs que mettait le gouvernement à le recevoir, il s'enfuyait aux États-Unis, d'où il était ramené en France à grand'peine. Grâce surtout aux efforts des secrétaires français, MM. Novion et Imbert, qui l'accompagnaient, Tchoung-heou fut reçu par M. Thiers et lui présenta les lettres d'excuses. La France put craindre de nouvelles difficultés avec la Chine à la fin de 1871, lorsqu'un mémorandum en huit articles fut dirigé par le gouvernement chinois contre les missionnaires catholiques. Tout se passa heureusement en pourparlers diplomatiques et en polémique de presse. Une question fort importante allait surgir : la longue régence prenait fin, le jeune empereur Toung-tche, qui s'était marié au mois d'octobre 1872, prenait en main le 23 février 1873 le gouvernement effectif de son empire. Le jour suivant (24 février 1873), les ministres ou chargés d'affaires à Peking, de France, de Grande-Bretagne, de Russie, d'Allemagne et des États-Unis, envoyèrent au prince Kong une lettre-circulaire pour féliciter le jeune souverain de p.086 sa prise effective du trône. Les ministres étrangers désiraient qu'une audience leur fut accordée, et après de nombreux pourparlers, on leur apprit, le 27 juin, que le jeune souverain les recevrait en audience solennelle le 29 juin à cinq heures et demie du matin. Le ministre d'Allemagne, qui avait été forcé de rentrer en Europe, à cause du mauvais état de sa santé, n'y assistait pas. Étaient présents : pour la France, Louis de Geofroy ; Frederick Low pour les États-Unis ; Thomas Francis Wade pour la Grande-Bretagne ; le général Vlany pour la Russie et J.-H. Ferguson pour les Pays-Bas, avec M. Bismarck, secrétaire interprète de la légation d'Allemagne. Quelques instants après cette audience solennelle, une audience privée était accordée au ministre de France, M. de Geofroy, avec l'interprète de la légation, Gabriel Devéria, pour la remise de la lettre adressée par le gouvernement de la République française, en réponse à la mission de Tchoung-heou. Ces audiences qui devaient être le point de départ de relations nouvelles, n'eurent de lendemain que pour les ministres de Belgique Serruys, de Russie, E. de Bützov, et du Japon. Toung-tche mourait le 12 janvier 1875, et sa jeune femme quelques jours plus tard : une nouvelle régence allait commencer.

Quelque temps avant la mort de Toung-tche, de graves difficultés avaient éclaté entre la Chine et le Japon. En 1874, quelques sujets japonais, originaires des Lou-tchou, ayant été massacrés par les aborigènes de Formose, et les Chinois ayant refusé d'intervenir pour donner satisfaction aux réclamations du Japon, celui-ci résolut de se faire justice lui-même, et envoya un cuirassé et des troupes sous les ordres de l'amiral Saigo, pour tirer une vengeance éclatante des meurtriers. Les Japonais débarquèrent sur la côte sud-est de Formose, et une guerre devenait imminente entre eux et l'empire du Milieu, lorsque l'Angleterre intervint et fit signer à Peking un arrangement, le 31 octobre 1874, par lequel le prince Kong accordait au ministre japonais Okubo pleine et entière satisfaction. Un traité avait déjà été signé par Ita pour le Japon avec la Chine, représentée par Li Hong-tchang à Tien-tsin, le 13 septembre 1871 ; ce traité a été ratifié par l'empereur de la Chine, le même mois et par le Mikado, avec quelques modifications, le 1er novembre suivant. Le premier traité péruvien est également de la fin du règne de Toung-tche, négocié avec Li Hong-tchang, à Tien-tsin, le 26 juin 1874, par le capitaine de vaisseau Aurelio Garcia y Garcia ; il fut ratifié dans cette même ville le 7 août 1875.

La succession de Toung-tche était assez difficile à recueillir, car il fallait que le nouvel empereur fût plus jeune que son prédécesseur pour pouvoir rendre à sa mémoire les hommages accoutumés, suivant les rites du p.087 culte des ancêtres basés sur la piété filiale dont nous avons déjà parlé. L'empereur Tao-kouang avait laissé neuf fils, et c'était Toung-tche, l'héritier de Hien-foung, le quatrième de ces fils qui venait de mourir. Le huitième prince, Yi-ho, prince de Tchoun, mort avant son neveu Toung-tche, avait adopté Tsaï-ying, fils de son frère, le prince Kong ; il ne restait donc à la mort de Toung-tche que quatre fils de Tao-kouang : le cinquième, Yi-tsoung, prince de Toun, le sixième, Yi-sin, prince de Kong, le septième, Yi-houan, prince de Tchoun, et le neuvième, Yi-houei, prince de Fou. Il aurait été facile alors au prince Kong, qui avait la toute-puissance, de donner l'empire à son fils Tsaï-tcheng, né vers 1856, mais cet excès d'honneur l'eût empêché de prendre une part très active dans le gouvernement. Il était en assez mauvais termes avec le septième prince, son frère, le prince de Tchoun ; pour se débarrasser d'un rival, il prit le fils de ce dernier, Tsaï-tien, âgé de quatre ans, qui monta sur le trône sous le nom de Kouang-siu (succession brillante).

De nouvelles difficultés allaient, d'ailleurs, surgir en Chine ; l'Angleterre, désireuse de développer son commerce avec l'Extrême Orient, avait rejeté comme insuffisant un nouveau traité signé à Peking le 24 octobre 1869, par son ministre sir Rutherford Alcock, et elle cherchait à frayer à ses produits une nouvelle route de la Birmanie dans le Yun-nan. Une expédition entreprise par le colonel Horace Browne, sur l'ordre du gouvernement des Indes, et autorisée par les autorités chinoises, fut attaquée à la frontière du Yun-nan et l'interprète Augustus Raymond Margary, qui était allé en avant comme éclaireur, fut assassiné à Manwyne ; les négociations traînèrent en longueur entre l'Angleterre et la Chine, et la guerre était sur le point d'éclater, lorsque le gouvernement impérial se décida à traiter. Sir Thomas Wade, ministre d'Angleterre et Li Hong-tchang, gouverneur du Tche-li, signèrent à Tche-fou, le 13 septembre 1876, une convention ratifiée par l'empereur de la Chine quatre jours plus tard. Cette convention est extrêmement importante : elle se divise en trois sections : l'une, relative au règlement de l'affaire Margary (excuses et indemnité de 200.000 taëls) ; la seconde, aux relations diplomatiques et consulaires, et la dernière, au commerce (ouverture des ports de I-tchang et de Wou-hou, sur le Kiang, de Wen-tcheou dans le Tche-kiang et de Pak-hoi dans le Kouang-toung, avec l'autorisation d'envoyer des fonctionnaires anglais à Tchoung-king, dans le Se-tchouan) ; enfin, un article additionnel autorisait le gouvernement anglais à envoyer l'année suivante une mission d'exploration de Peking au Tibet et aux Indes, soit par le Kan-sou et le Kokonor, soit par le Se-tchouan. Une mission spéciale, composée de T. Grosvenor, p.088 secrétaire de la légation britannique à Peking, et des consuls Arthur Davenport et E. Colborne Baber, se rendit dans le Yun-nan pour assister au jugement des meurtriers de Margary, et fit un rapport remarquable sur les débouchés commerciaux du sud-ouest de la Chine. Cette convention de Tche-fou a une importance considérable, car elle est le point de départ des légations chinoises en Europe : le premier agent accrédité en 1876 fut Kouo Song-tao avec Lieou, comme second ministre, accrédité à Londres et à Paris. Kouo a eu le marquis Tseng comme successeur.

D'ailleurs, une grosse question allait surgir pour la Chine. Nous avons vu que les deux rébellions musulmanes avaient été écrasées : celle du Yun-nan par la prise de Ta-li (19 janvier 1873), celle des Tien-chan par la mort de Yakoub et la prise de Khotan (4 janvier 1878). Par un traité en date du 5 juillet 1851, les Russes avaient obtenu la permission d'établir à Kouldja des maisons de commerce. Ce traité, signé par le colonel des ingénieurs des mines Kovalevsky, fut ratifié à Pétersbourg le 13 novembre 1851 par l'empereur de Russie. En 1871, les Russes offrirent aux Chinois d'occuper le nord des Tien-chan et Kouldja jusqu'à pacification complète du pays ; ils rendraient alors Kouldja contre remboursement des frais d'occupation. Les Chinois acceptèrent cette proposition.

Lorsque l'empire de Yakoub eut été détruit, et qu'il fallut rentrer en possession du nord des Tien-chan, il fallut négocier avec la Russie. Tchoung-heou, que nous avons vu en Europe, après le massacre de Tien-tsin, fut choisi pour mener à bonne fin cette affaire épineuse ; arrivé en Europe en 1878, Tchoung-heou signait avec les Russes, en octobre 1879, un traité à Livadia, dont les termes étaient dérisoires pour la Chine, qui, vaincue, les aurait à peine acceptés. Si les Russes s'engageaient à rendre le territoire de Kouldja, ils en gardaient la partie la plus riche : la vallée de la Tekkes au pied des Tien-chan et les passes, parmi lesquelles la plus importante, celle de Mouzarte qui conduit de Kouldja à Aksou, et coupe en deux la grande route militaire construite par Kien-loung pour mettre Kouldja en communication avec Kachgar. Immédiatement le censeur Tchang Tche-toung (aujourd'hui vice-roi des deux Hou) fit un rapport terrible contre le malheureux diplomate. Tchoung-heou, de retour en Chine, fut condamné à mort, mais non exécuté, et ses biens confisqués ; le traité de Livadia rejeté : c'était un casus belli. Les Chinois n'évitèrent la guerre qu'en envoyant le marquis Tseng de Londres à Pétersbourg où, après de longues et pénibles négociations, il réussit à signer avec MM. Nicolas de Giers et Eugène Butzov, un traité le 12/24 février 1881, par lequel la Russie rendait aux p.089 Chinois le territoire de Kouldja, sauf la partie occidentale, dans les limites que nous avons marquées au commencement de cet article.

Débarrassés des rébellions musulmanes, des Russes et des Anglais, les Chinois n'avaient plus à s'occuper que des Français et de la frontière de l'Annam. Nous avons raconté (V. Annam) avec de grands détails l'intervention de la Chine au Tonkin ; il ne nous reste donc plus qu'à citer les différents traités signés entre la France et la Chine pour le règlement de cette question : traité du 9 juin 1885 à Tien-tsin, par M. J. Patenôtre, qui avait été précédé d'une convention préliminaire, signée à Tien-tsin le 11 mai 1884 ; protocole du 4 avril 1885, signé par MM. Billot et Campbell ; convention commerciale signée par M. F.-G. Cogordan à Tien-tsin le 25 avril 1886 ; convention additionnelle signée par M. Ernest Constans à Peking, le 26 juin 1887. A la suite de ces différentes conventions, des consulats ont été établis dans le Kouang-si, à Long-tcheou, et à Mong-tseu dans le Yun-nan. On vient (1890) d'inaugurer la ligne télégraphique, qui relie la frontière annamite, Lao-kaï, à Mong-tseu.

Le grand inspirateur de la politique chinoise pendant le règne de Toung-tche, le prince Kong, avait vu peu à peu son influence compromise par un nouveau venu, Li Hong-tchang que nous avons vu déjà jouer un rôle considérable dans la guerre des Taï-ping. Li est haut commissaire impérial, directeur général de la défense des frontières maritimes du Nord, surintendant du commerce, gouverneur du prince impérial, membre du conseil privé, gouverneur général de la province de Pe Tche-li, comte de l'empire avec l'appellation Sou y. C'est un Chinois de pur sang. Il est né la deuxième année du règne de l'empereur Tao-Kouang, c'est-à-dire en 1823, à Seu-chou, dans le district de Ho-Fei, dans la province de Ngan-houei. On a cru un instant que le marquis Tseng, aujourd'hui mort, aurait contrebalancé l'influence de cet homme d'État : il n'en a rien été. D'ailleurs, les questions qui se sont posées à la majorité de Toung-tche se posent naturellement à celle de Kouang-siu, et après le mariage de l'empereur, nous aurons la difficulté de l'audience.

@

CHAPITRE VIII

Langue

@

p.090 La langue chinoise est monosyllabique et exempte de toute flexion ; les caractères qui la composent sont donc indéclinables et inconjugables, c'est-à-dire que c'est par les tons et par la position des mots, la connaissance des particules, dont l'emploi constitue l'ossature de la phraséologie, que la langue devient intelligible. Tout d'abord, il faut établir une distinction entre la langue écrite et la langue parlée. La langue parlée en Chine dans la bonne société aujourd'hui est désignée sous le nom de kouan-hoa, par opposition aux dialectes locaux, désignés généralement sous le nom de t'ou-hoa. Les dialectes les plus répandus sont ceux de Canton et du Fou-kien, sans parler des langues particulières des tribus sauvages. On distingue le kouan-hoa du kou-wen, style antique écrit plus essentiellement monosyllabique, partant moins précis, qui, indispensable pour l'étude des livres classiques (king), ne répondrait pas, à cause de son vague, aux besoins de la vie actuelle. Entre le kou-wen et le kouan-hoa, les Chinois placent des styles intermédiaires, tels que le style des compositions littéraires ou wen-tchang, le style des documents administratifs et celui de l'histoire, qui, tous, quant à la syntaxe, procèdent du style antique, tout en étant plus précis.

Les Chinois divisent leurs mots en mots pleins, che-tseu, qui ont une signification propre, et en hiu-tseu, mots vides, qui servent en général de particules, à compléter le sens des mots pleins et à exprimer les rapports des mots entre eux. On divise les che-tseu en deux sections, en sen-tseu ou houo-tseu, mots vivants, qui marquent l'action, les verbes, par exemple, et en se-tseu, mots morts, qui marquent la nature des choses, les substantifs par exemple. Les inflexions de la voix p.091 sont représentées par cinq tons : chang-ping, hia-ping, chang-chen, kiu-chen et jou-chen, c'est-à-dire ouvert, muet, montant, descendant et rentrant. Quelques philologues européens, Wade et Stent, par exemple, marquent ces sons par des chiffres. Les jeunes Chinois les apprennent par la pratique dans les écoles.

On fait remonter à l'empereur Fou-hi l'invention des caractères chinois que l'on répartit aujourd'hui en six classes ou six genres : 1° Siang-hin, caractère figuratif dans lequel, par exemple, le soleil est représenté par un rond avec un point dedans, la lune par un croissant, etc., c'est-à-dire que l'objet est indiqué par une image grossière ; 2° Tche-seu, caractères indicatifs, j'appellerai même suggestifs, qui s'adressent à l'esprit plutôt qu'à l'œil, ainsi trois triangles dont l'un en tête représentent un monceau ; deux carrés marquent le voisinage ; 3° Houi-i, caractères composés qui consistent dans la réunion de deux caractères pour obtenir un troisième sens, que n'avaient pas les caractères pris séparément ; 4° Kia-tseu, caractères empruntés dont le sens propre est employé au figuré ; 5° Hin-chen, caractères syllabiques, qui donnent à la fois le son et l'idée ; 6° Tchouan-tchou, caractères retournés ; l'ensemble de ces six classes de caractères chinois porte le nom de lou-chou.

Les caractères chinois se composent d'un certain nombre de traits qui sont au nombre de neuf ; ce sont : le point, tchou ou tien ; la ligne, hoa ; la virgule, p'ié ; la lance, koen ; le crochet, kiue ; la ligne brisée, kou ; la courbe, i ; le trait, ti ; le pied, nah. D'une façon générale, le caractère chinois est formé d'un radical ou clef et d'une phonétique ; depuis l'an 100 av. J.-C., époque à laquelle le classement encyclopédique par clefs a été fait pour la première fois, le nombre de ces clefs a varié suivant les lexicographes ; à la fin des Ming leur nombre a été réduit à 214 et c'est ce chiffre qui a prévalu dans le dictionnaire de l'empereur Kang-hi ; les caractères y sont rangés d'après le nombre de leurs traits, depuis un jusqu'à dix-sept traits sous deux cent quatorze clefs. Le nombre des caractères de la langue chinoise est considérable, ainsi le dictionnaire de Kang-hi contient 44.449 caractères, résultant de la combinaison des 214 clefs avec 1.040 symboles constitutifs désignés par Marshman sous le nom de primitif et par Callery sous celui de phonétique ; en pratique, sept ou huit mille caractères sont amplement nécessaires pour les besoins.

Les Chinois se servent d'encre (me), de pinceaux (pi) et de papier (tche), La base de l'encre est du noir de fumée et de la colle mis dans des moules ; cette encre porte des noms suivant sa qualité et est ornée de caractères, de personnages, de figures, etc. Les Coréens avaient jadis la réputation, perdue depuis, de faire une encre supérieure à celle de la Chine. Le pinceau, qui se tient presque p.092 perpendiculairement, est généralement assujetti dans une tige de bambou. Il y a plusieurs sortes de papier ; papier fabriqué avec l'écorce de bambou, avec des algues marines, avec d'autres écorces. Le papier le meilleur marché est celui qui est fabriqué avec de jeunes pousses de bambou.

« Les quatre trésors (se-pao) de la table d'un écrivain, disent les Chinois, sont l'encre, le papier, le pinceau et l'encrier (me-tong).

La calligraphie, si en honneur en Chine, ne suffisait pas à reproduire les écrits et les habitants du Céleste-Empire connaissaient de bonne heure l'imprimerie ; d'une façon générale, nous pouvons dire avec sud Julien, qu'ils ont commencé à imprimer en 581, avec des planches xylographiques ; qu'en 904, ils ont fait usage de planches de pierre gravées en creux, et, en 1040, de types mobiles. Aujourd'hui, ils se servent beaucoup des caractères métalliques européens. Nous n'avons pas à revenir sur l'origine de la langue chinoise, nous en avons déjà parlé à propos de l'histoire : une seule fantaisie n'a pu trouver place, c'est celle d'un nommé John Webb, qui a voulu faire de la langue chinoise la langue primitive parlée dans le monde entier avant la tour de Babel (Londres, 1669) ; un autre Webb a eu la non moins grande fantaisie de faire dériver le grec du chinois (Londres, 1787).

Histoire des études chinoises. Les premiers livres imprimés en Europe dans lesquels on ait reproduit des caractères chinois sont une des premières éditions du Theatrum Orbis terrarum d'Abraham Ortelius, l'Historia del gran reyno de la China du père Juan Gonçalez de Mendoça, publié à Rome en 1585, et le Thrésor de l'histoire des langues, de Claude Duret, imprimé à Cologny, 1613. Les voyages du père Martin Martini de Trente déterminèrent des vocations de sinologues, chez Jacob Golius, en Hollande et le médecin Christian Mentzel de Berlin (né à Furstenwald le 15 juin 1622, mort à Berlin le 17 janvier 1704) ; Sylloge Minutiarum Lexici Latino-sinico-characteristici, ... [Nuremberg, 1685] ; Kurze chinesische Chronologia oder Zeit-Register aller chinesischen Kayser... Berlin, 1696). Un Chinois de Nanking, nommé Tchin Fo-tsoung, que le père Couplet avait amené de Chine, fournit lors de son passage à Oxford au célèbre Thomas Hyde, orientaliste et bibliothécaire en chef de la Bodléienne, divers matériaux que ce savant a utilisés pour écrire plusieurs dissertations extrêmement intéressantes (Epistola de mensuris et ponderibus Serum seu Sinensium ; Oxford, 1688 ; Syntagma, Oxford, 1767). Ce Tchin paraît être le premier Chinois lettré venu en Europe dont on ait conservé le souvenir. Citons encore André Muller de Greifenhagen (Abdallæ Beidavæi Historia Sinensis, Berlin, 4689 ; Opuscula nonnulla orientalia, Francfort-sur-l'Oder, 1695 ; Marco Polo, Berlin, 1671). Une chose p.093 singulière à noter, c'est le peu d'influence qu'ont eu sur les études chinoises en Occident les quelques missionnaires français qui, pour différents motifs, rentrèrent en Europe. Il s'en trouvait cependant parmi eux de distingués : tels sont les pères jésuites Le Comte, Bouvet, Foucquet, Foureau qui avaient une profonde ou tout au moins une bonne connaissance du chinois. Bayer (né à Kœnigsberg en 1694, mort le 21 février 1738) peut être considéré comme le dernier et en même temps le plus remarquable de ces sinologues de l'ancienne école ; nous entendons par ancienne école celle des savants dont nous venons de parler, qui ont acquis leurs connaissances au hasard, et dont les ouvrages, inutiles à consulter pour l'étude de la langue, ne sont que des objets de curiosité. Nous avons dit que Bayer était le plus remarquable de ces orientalistes, car sans être fort en chinois, il était bien supérieur à ses devanciers. Il a eu le premier le mérite de nous donner des textes étendus, et nous a laissé un livre, le Museum Sinicum (Pétersbourg, 1730), qui était un progrès notable sur les travaux précédents. On trouvera dans cet ouvrage une préface avec un historique des études chinoises en Europe, une grammaire, un lexique, un traité des poids et mesures. Il a également donné d'autres travaux intéressants dont quelques-uns ont été insérés dans les Acta Petropolitana.

Avec Fourmont l'ainé, commence l'école moderne des sinologues, et nous voulons dire par école moderne, celle qui a puisé son inspiration directement dans les ouvrages publiés en Chine. Fourmont est le premier qui eut l'idée de se servir des ouvrages utilisés par les missionnaires eux-mêmes pour étudier la langue chinoise. C'est au premier travail de linguistique de quelque étendue imprimé en Chine, l'Arte de la lengua mandarina du dominicain Francisco Varo (Canton, 1703) que Fourmont emprunte les éléments de sa Grammatica duplex (Paris, 1742). Il faut marquer dans cette période De Guignes père et Le Roux Deshauterayes. Les missionnaires de Peking du XVIIIe siècle, Visdelou, Gerbillon, Alexandre de la Charme, Régis, Parrenin, d'Incarville, Gaubil, Amiot, à des titres divers, historiens, astronomes, etc., ont possédé une connaissance profonde de la langue chinoise, mais deux hommes surtout ont eu une influence considérable au point de vue de la linguistique, le franciscain Basilio Brollo, de Gemona (né à Gemona le 25 mars 1648, mort dans le Chen-si le 13 août 1703) et le jésuite Joseph-Marie de Prémare (né le 17 juillet 1666, mort en 1735). Ce dernier a donné la Notitia Linguæ Sinicæ, qui n'a été imprimée à Malacca qu'en 1831, et dont le manuscrit a servi utilement à Abel Rémusat pour sa Grammaire (Paris, 1822). Le dictionnaire du père Basile est celui qui a été remanié et publié par De Guignes (le fils) p.094 par ordre de Napoléon, à Paris, 1813, gr. in-fol. ; le travail de De Guignes a été fortement attaqué par Klaproth, dans un supplément (Paris, 1819, in-fol.). Cependant des missionnaires protestants fondent aux Indes et en Chine une nouvelle école de sinologues ; citons parmi eux Joshua Marshman (Lun-Yu ; Serampour, 1807 ; Clavis Sinica, 18i4), l'illustre Robert Morrison dont le grand dictionnaire en trois parties (Macao, 1815-1822, 6 vol. in-4) domine tous ses autres travaux fort importants aussi ; William Milne (Sacred Edict, 1817), Walter Henry Medhurst (Dictionary of the Hok-Këèn Dialect, Macao, 1832 ; Translation of a Comparative Vocabulary of the Chinese, Corean and Japanese languages, Batavia, 1835 ; Chinese and English Dict., Batavia, 1842-43, 2 vol.) ; K.-F.-A. Gutzlaff, E.-C. Bridgman (Chinese Chrestomathy, Macao, 1841 ; Chinese Repository, Canton, 1832-51) ; Samuel Wells Williams, avec son Middle Kingdom (New-York, 1848) et surtout son Syllabic Dictionary (Chang-haï, 1874) ; James Legge, avec sa grande traduction des King, Alexandre Wylie (Notes on Chinese Literature, 1867), Chalmers (Dictionnaire de Kang-hi) ; Edkins (Philologie comparée) ; E. J. Eitel (Dict. Buddhism, Feng-shuy). D'ailleurs, les missionnaires catholiques donnent aussi de beaux travaux, avec les lazaristes Joachim Alphonse Gonçalves (né en 1780 à Tojal, Portugal, mort à Macao le 3 octobre 1844), Dict. portugais-chinois, chinois-portugais (Macao, 1831-3) ; Arte china (1829) et Callery, Systema phoneticum (Macaos, 1841). Le prêtre des missions étrangères Delamarre laisse en manuscrit un dictionnaire français-latin-chinois et le jésuite Angelo Zottoli donne le plus grand ouvrage qu'on ait jamais écrit sur la langue chinoise, le Cursus litteraturæ sinicæ dont 5 vol. ont paru depuis 1879 (il doit y en avoir 6). Ajoutons les travaux récents des pères Couvreur et Boucher. Abel Rémusat est le véritable rénovateur des études chinoises en Europe, il y a laissé sa forte empreinte sur toutes les branches d'études : sa Grammaire est encore la plus simple qui existe et ses Recherches sur les langues tartares (Paris, 1820) sont classiques. Il inaugura le 16 janvier 1815, au Collège de France, un cours de langue et de littérature chinoises, qu'il conserva jusqu'à sa mort, en 1832. Le successeur d'Abel Rémusat, Stanislas Julien a laissé dans la science un grand renom et un nombre d'ouvrages considérable, parmi lesquels nous retiendrons la Méthode pour déchiffrer et transcrire les noms sanscrits qui se rencontrent dans les livres chinois (1861) et la Syntaxe nouvelle de la langue chinoise, (1869-70). Dans cette période, citons encore Guillaume Pauthier, rival de Julien, A. Bazin (Grammaire mandarine, 1856), Edouard Biot ; Julien a eu pour successeur p.095 au Collège de France d'Hervey de Saint-Denys. En dehors du Collège de France, le chinois est enseigné à l'École des langues orientales vivantes : Bazin, qui fut chargé de cours de 1841 à 1843, vit, en 1843, son cours transformé en chaire, qu'il occupa jusqu'à sa mort, 1862. Julien fut alors chargé de cours jusqu'en 1871, époque à laquelle il fut remplacé comme professeur par le comte Kleczkowski (né le 27 février 1818, mort le 23 mars 1886), remplacé par Maurice Jametel (mort le 17 mai 1889) et Gabriel Devéria. A côté de cette chaire, cette école enseigne le japonais (M. Léon de Rosny, autorisé en 1863 à faire un cours, est nommé professeur titulaire en 1868), et l'annamite (M. Abel Des Michels, chargé de cours en 1871, est nommé professeur en 1872) ; enfin, un cours d'histoire, de géographie et de législation des États de l'Extrême Orient dont l'auteur de cet article a été chargé le 5 août 1881, a été transformé en chaire le 30 mars 1888. Il convient d'ajouter à tous ces noms celui d'un de nos consuls en Chine, M. Camille Imbault-Huart, qui vient de terminer un grand Cours éclectique de langue chinoise parlée en 4 vol.. Dans les pays étrangers les études chinoises sont représentées : en Angleterre par le Rév. James Legge, Sir Thomas Francis Wade (Hsin Ching Lu, Hong-kong, 1859 ; Tzu Ehr Chi, 1867), le professeur R. K. Douglas, du Kine's collège et A. Terrien de La Couperie ; en Hollande par G. Schlegel, professeur à l'université de Leyde ; en Allemagne par Georges von der Gabelentz, professeur à Berlin, C. Arendt, professeur au séminaire des langues orientales de cette même ville et le docteur F. Hirth des douanes chinoises (Wilhelm Schott est mort à Berlin et Pfizmaier à Vienne) ; en Russie par Vasiliev, Bretschneider, Pozdneiev (l'archimandrite Palladius est mort à Marseille en 1878) ; en Italie par Severini, Valenziani, Puini.

L'impression des livres chinois en Europe a été l'objet de la préoccupation de tous les sinologues : notons les efforts de Fourmont et les caractères faits pour le dictionnaire de De Guignes. Marcellin-Legrand donna en 1836 des caractères malheureusement trop grêles qui ont été largement employés dans les publications de l'époque, notamment dans celles de Pauthier. Les Hollandais doivent au docteur J. Hoffmann leur fonte également employée dans l'imprimerie viennoise de Holzhausen. Mais c'est aux missionnaires protestants de Chine que l'on doit les plus grands progrès de la typographie chinoise et aujourd'hui on emploie de préférence les caractères de l'American Presbyterian Mission Press, de Chang-haï, qui ont servi à l'impression des ouvrages de l'abbé Perny.

@

CHAPITRE IX

Littérature

@

p.096 Au point de vue chinois, suivant le système bibliographique adopté pour la collection des ouvrages entreprise sur l'ordre de Kien-loung (1773), on divise les œuvres littéraires en quatre grandes classes que nous allons successivement examiner : 1° les livres classiques, King ; 2° les livres d'histoire, Che ; 3° les livres de philosophie, Tse ; 4° les belles-lettres, Tsi.

1   2   3   4   5   6   7   8   9   10   11

similaire:

Bibliographie chapitre premier iconLivre Premier Chapitre Premier

Bibliographie chapitre premier iconChapitre premier

Bibliographie chapitre premier iconBibliographie. Chapitre II

Bibliographie chapitre premier iconBibliographie. Chapitre II

Bibliographie chapitre premier iconBibliographie du présent chapitre 56

Bibliographie chapitre premier iconAlbertine disparue Chapitre premier

Bibliographie chapitre premier iconChapitre premier divinité du saint-esprit

Bibliographie chapitre premier iconChapitre premier jeunesse
«Je puis vous assurer monsieur de Lardimalie, lui écrit-il, que j’ai en estime vous et votre vertu, et que j’ai autant de contentement...

Bibliographie chapitre premier iconChapitre premier
«ne t’arrête pas» avec lui. Cela ne marchait pas toujours, mais avec certains hommes, planter cette petite graine suffisait à leur...

Bibliographie chapitre premier iconChapitre 1 Les premier choix à faire
«paysage». IL est vrai qu’il convient tout à fait à la prise de vue d’une scène générale (paysage, groupe de personne…) et toutes...








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
ar.21-bal.com