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Géochimie : Une cité fantôme habitée (par Grégory Fléchet)


On pensait le site hydrothermal de Lost City incapable d’abriter une faune importante. L’étude de son double fossile prouve le contraire. Une forêt de flèches de cathédrales blanches, parfois hautes de 60 mètres... Et seuls quelques rares animaux vivants, ici ou là. Lost City, la cité perdue, découverte en 2000 au fond de l’Atlantique, est bien loin de l’image de paradis luxuriant que présentent les sites hydrothermaux classiques. En général, les cheminées sous-marines qui crachent leur eau chaude abritent une vie foisonnante et des animaux de grande taille. Pourquoi ceux-ci semblent avoir disparu à Lost City ? Jusqu’à présent, les scientifiques estimaient que la chimie des fluides de ce site, uniques en leur genre, en était responsable. Or la découverte d’un ancien site du même type et l’étude récente des fossiles présents et de leur environnement par des chercheurs du Laboratoire d’écogéochimie des environnements benthiques (Lecob) (Unité CN RS/UPMC) remettent en cause cette théorie. Sur un site hydrothermal classique, les cheminées minérales se forment par remontée d’une eau très chaude et très acide, et surtout chargée en métaux et en sulfure au contact de chambres souterraines emplies de magma. Des bactéries dites chimiosynthétiques transforment cette manne en carbone dont tirent leur énergie bivalves, vers et crevettes. À Lost City, les cheminées sont faites de carbonates. Le fluide y est alcalin au lieu d’être acide, sa composition est riche en méthane et en hydrogène, et il circule non pas sous l’influence de la chaleur des chambres magmatiques, mais de celle libérée par l’altération du manteau terrestre. « Malgré un fluide tout aussi énergétique, indique Nadine Le Bris, chimiste au Lecob et spécialiste des écosystèmes chimio-synthétiques profonds, l’aspect désertique de Lost City laissait penser que l’environnement y était hostile aux espèces hydrothermales les plus productives. » Mais, en 2008, à bord du navire océanographique français L’Atalante, une équipe internationale dirigée par Jérôme Dyment, de l’Institut de physique du globe de Paris (Lecob, Universités de Leeds et Montpellier 2, IPGP, Istep, Ifremer), remonte d’une zone située près de la dorsale médio-atlantique des échantillons de carbonates qui renferment une très grande quantité de moules fossiles. Le site est baptisé Ghost City, la cité fantôme. Les analyses révèlent aujourd’hui la présence de trois espèces de bivalves et de cinq espèces de gastéropodes, toutes peuplant les profondeurs de l’océan il y a 110 000 ans. « En comparant la structure cristalline des carbonates de Ghost City avec celle de ceux de Lost City, située à plus de 1 000 kilomètres, nous avons constaté que les deux sites étaient associés au même type de fluide », souligne Franck Lartaud, géochimiste au Lecob qui a mené cette analyse. Ghost City apparaît donc comme l’alter ego fossile de Lost City et prouve que les fluides qui circulent dans ce type d’hydrothermalisme seraient bien assez énergétiques pour héberger une biomasse importante. « La découverte est d’importance, se réjouit Nadine Le Bris, tant sur le plan géo chimique qu’écologique, car elle renforce l’hypothèse d’une large distribution de ces sites sur les fonds océaniques. » Reste à comprendre comment ces sites, parfois très distants les uns des autres, sont colonisés, et pourquoi certaines populations animales disparaissent, comme cela semble avoir été le cas pour Lost City.

Contacts :

Nadine Le Bris, lebris@obs-banyuls.fr

Franck Lartaud, franck.lartaud@obs-banyuls.fr

Jérôme Dyment, jdy@ipgp.fr

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Géologie : Le séisme chilien sous toutes les coutures (par Sébastian Escalon)


Le 27 février 2010, l’un des séismes les plus puissants jamais enregistrés, 8,8 sur l’échelle de Richter, frappe le Chili, tuant plus de 400 personnes et causant d’importants dégâts matériels. Sur le plan scientifique, le cataclysme constitue une pierre de touche : une équipe franco-chilienne du Laboratoire international associé (LIA) Montessus de Ballore (Unité CNRS/IPGP/ENS/Université du Chili) a en effet enregistré en temps réel, grâce à un large réseau de capteurs GPS, tout le déroulement du phénomène. « C’était la première fois que l’on obtenait des données aussi précises sur un mégaséisme », affirme Raûl Madariaga, chercheur au Laboratoire de géologie de l’École normale supérieure (Unité CNRS/ENS), à Paris. Le 28 avril, ses collègues et lui ont publié leurs premières analyses dans la revue en ligne Science Express, révélant certaines caractéristiques du tremblement de terre. Comme la longueur de la zone de cassure, (450 kilomètres) et la vitesse à laquelle celle-ci s’est propagée (3,1 kilomètres par seconde). Ils ont aussi mesuré le déplacement du terrain : « Dans la région, les stations GPS se sont déplacées de 4 à 5 mètres vers l’ouest, ce qui est énorme, constate le géophysicien. La côte est remontée jusqu’à 1 mètre, et la vallée centrale chilienne s’est enfoncée d’autant. » Si ce séisme a été aussi bien enregistré, c’est parce que les chercheurs l’attendaient. Dès les années 1990, ils s’étaient aperçus que, dans cette région où la tectonique de plaques est très intense, aucun séisme majeur n’était survenu depuis1835. Une colossale quantité d’énergie s’était accumulée là, qui, à la manière d’un ressort, n’attendait qu’un déclic pour se libérer. Les scientifiques ont alors mis sur pied un réseau GPS comptant une cinquantaine de stations. Certaines étaient à moins de 30 kilomètres de la faille. « Nos données, auxquelles s’ajoutent celles obtenues lors du mégaséisme du Japon, vont nous permettre d’avoir une meilleure vision des grands tremblements de terre, de mieux comprendre la formation des tsunamis et d’améliorer les procédures de prévention et de construction antisismique », conclut Raûl Madariaga.

Contact : Raúl Madariaga, madariag@geologie.ens.fr

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