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Nouvelles technologies : Quel bilan pour le premier G8 de l’Internet ? (par Charline Zeitoun)


Le spécialiste de l’économie numérique Pierre-Jean Benghozi commente le premier sommet mondial consacré à la Toile. Tout premier G8 de l’Internet, l’e-G8 a eu lieu les 24 et 25 mai, à Paris, sur l’initiative de Nicolas Sarkozy. Annoncé comme une plate-forme d’expression rassemblant les différents acteurs du Web, il devait nourrir les discussions des chefs d’État du G8, qui se tenait deux jours après, au sujet de l’importance et de l’impact de l’Internet sur l’économie. Deux mois auparavant, le cabinet de conseil McKinsey remettait justement au gouvernement français un rapport dans lequel il attribuait 25 % de notre croissance nationale au secteur de l’Internet. Le sommet annonçait aussi des débats sur la propriété intellectuelle, le respect de la vie privée et la lutte contre la cybercriminalité. Le président français évoquait pour sa part, il y a quelques mois, la nécessité d’un « Internet civilisé ». Que fut ce premier e-G8 en définitive ? Censé représenter les différents acteurs du domaine, le sommet a surtout réuni ses grands dirigeants, comme ceux de Google, de Facebook, d’Orange et de Free, tandis que la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) et la communauté des internautes déploraient ne pas avoir été associées aux débats. « Je regrette aussi que les pays du Sud n’aient pas été invités, car la contribution des technologies de l’information (TIC) à leur croissance aurait dû faire l’objet de vraies réflexions », commente Pierre-Jean Benghozi, directeur du pôle de recherche en économie et gestion de l’École polytechnique (Unité CNRS/École polytechnique), à Paris. Ce e-G8 a donc été essentiellement centré sur une vision économique très occidentale de l’Internet, économie dans laquelle la France veut jouer un rôle de poids. « Mais je ne crois que moyennement aux 25 % annoncés par McKinsey, poursuit le chercheur. Il y a régulièrement des enquêtes de ce type. Toutes donnent des chiffres différents, car les cabinets s’appuient sur des hypothèses souvent discutables et des méthodes de calcul difficiles à vérifier. Ce sommet part néanmoins d’une réflexion intéressante puisque, après la bulle de 2000, on assiste aujourd’hui à un deuxième choc de l’Internet (« L’économie de la culture à l’heure d’Internet : le deuxième choc », à paraître dans la revue Esprit). Les mutations vont bien au-delà d’un simple passage de services matériels à des services virtuels : les nouveaux usages, l’offre démultipliée, le référencement des produits, etc., révolutionnent les marchés de manière structurelle. » Enfin, de nombreuses questions se sont posées sur l’ambition réelle du sommet. « Après le débat de ces dernières années sur le téléchargement illégal, qui paraissait vouloir poser des limites au développement de l’Internet, je pense que le gouvernement français a souhaité renforcer ses liens avec les grands acteurs industriels du secteur », commente Pierre-Jean Benghozi. Tandis que d’autres observateurs ont évoqué une volonté d’établir un contrôle sous la forme d’une gouvernance mondiale. « Cette interprétation aussi est probable. Il me semble, de fait, que nous arrivons aux limites de l’actuelle auto-organisation, avec le développement de la cybercriminalité et des réseaux pédophiles, sans oublier certains problèmes techniques », explique le chercheur, évoquant la coupure de l’Internet en Arménie durant cinq heures en avril dernier, parce qu’une Géorgienne de 75 ans avait déterré et coupé un câble. « Le contrôle permanent est bien entendu nuisible à l’essence même de l’Internet et aux mouvements démocratiques que l’on a notamment vu émerger lors du printemps arabe, conclut Pierre-Jean Benghozi, mais une réflexion sur le cadre de la régulation internationale s’impose, et elle n’a pas été amorcée lors de ce premier e-G8. »

Contact : Pierre-Jean Benghozi, pierre-jean.benghozi@polytechnique.edu

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Anniversaire : « Edgar Morin est un penseur sans frontières » (propos recueillis par Laure Cailloce)


Le 8 juillet, Edgar Morin fêtera ses 90 ans. La revue Hermès, dirigée par Dominique Wolton, lui rend hommage avec un numéro spécial.

Le Journal du CNRS : Pourquoi un numéro spécial de la revue Hermès ?

Dominique Wolton : Depuis 2010, Edgar Morin préside le conseil scientifique de l’Institut des sciences de la communication du CNRS (ISCC), que je dirige, et auquel est liée la revue Hermès. Il était normal que nous lui rendions hommage, d’autant que son 90e anniversaire coïncide avec ses soixante ans de recherche au CNRS et le 60e numéro de la revue.

Le Journal du CNRS : Edgar Morin est un homme à multiples facettes. Comment le définiriez-vous ?

Dominique Wolton : C’est un historien-sociologue qui a cheminé dans beaucoup de disciplines et a été pluridisciplinaire avant l’heure. Il s’est intéressé à l’anthropologie, à la philosophie, à l’esthétique, à la biologie, à la physique... Il s’est penché sur des sujets qui étaient pour la plupart hors du champ académique et considérés comme mineurs par les élites intellectuelles : la mort, les stars, la culture de masse – c’est lui qui a fait connaître le mot yé-yé pour qualifier la culture des années 1960 –, la mode, la rumeur... Surtout, il a franchi les frontières disciplinaires avec une liberté intellectuelle et épistémologique rare. Une autre de ses originalités est qu’il n’a pas hésité à écrire à la première personne et à entrelacer son œuvre d’ouvrages personnels. C’est l’une des raisons pour lesquelles certains l’admirent et d’autres l’ont rejeté !

Le Journal du CNRS : L’interdisciplinarité est également au cœur des travaux de l’ISCC...

Dominique Wolton : Qu’est-ce que l’interdisciplinarité, si ce n’est un processus constant de communication destiné à rapprocher des savoirs d’origine différente afin de permettre leur cohabitation ? L’interdisciplinarité, comme la communication, essaie moins de réunir les disciplines que de les faire cohabiter. Elle est au cœur des sciences contemporaines, permet de multiplier les échanges, de produire ensemble des connaissances, tout en préservant les identités respectives. Elle fournit également des outils aux scientifiques pour dialoguer avec la société, puisque sciences et techniques sont aujourd’hui inséparables des enjeux économiques, politiques et culturels. C’est pour cette raison que l’ISCC est la seule entité, encore modeste, transverse aux dix instituts du CNRS. Il a pour objectif de favoriser des recherches interdisciplinaires avec ces instituts dans les quatre domaines du carré des connaissances, le socle théorique autour duquel s’organisent tous ses travaux : l’épistémologie comparée, l’expertise et les controverses, les industries des connaissances et, enfin, les rapports entre science, technique et société. Il a aussi comme vocation, pour le CNRS et les autres instituts de recherche, d’être un lieu de rencontre et de réflexion critique sur des sujets tels que l’interdisciplinarité, le nouveau statut des communautés scientifiques et les rapports entre science et société.

Le Journal du CNRS : Vaste programme. Edgar Morin, compagnon de l’ISCC, s’est d’ailleurs intéressé de près à la communication...

Dominique Wolton : Il a été l’un des pères des sciences de la communication dans les années 1960, avec Georges Friedmann et Roland Barthes. Il a participé à la création du Centre d’étude des communications de masse (Cecmas) et s’est intéressé à la télévision, à la chanson... Il croit profondément à la culture et à la démocratie de masse. Contrairement à d’autres, il ne les a pas vouées aux gémonies. Il a d’ailleurs toujours eu un rapport sain avec les médias et y a vulgarisé sa pensée. Si ses livres sont parfois difficiles d’accès, sa parole est simple.

Le Journal du CNRS : En quoi est-il toujours moderne aujourd’hui ?

Dominique Wolton : Pour parler des thèmes qui font l’actualité, il a écrit sur l’écologie et sur la mondialisation dès les années 1970, et s’est posé avant d’autres des questions sur l’économie-monde. À l’époque, déjà, il se méfiait du systémisme de certains écologistes, suspectant qu’en réduisant l’écologie à un système il n’y avait plus de liberté possible. Il est moderne au sens où il n’hésite pas à franchir les frontières pour essayer de penser plus librement les problèmes qui surgissent. C’est un peu cela La Méthode (La Méthode est l’ouvrage majeur d’Edgar Morin. Démarré en 1977 et achevé en 2004, il compte six volumes), une épistémologie ouverte sur toutes les sciences qui n’oublie jamais la dimension humaine et politique des connaissances.

Le Journal du CNRS : Edgar Morin a pourtant connu des passages à vide dans sa vie d’intellectuel...

Dominique Wolton : Il a eu des hauts et des bas. Il est d’ailleurs beaucoup plus connu à l’étranger qu’en France. Cela peut aussi s’expliquer par ses combats politiques. Contre le communisme, qu’il connaissait bien pour avoir adhéré au PCF comme beaucoup d’intellectuels de sa génération, puis s’en être écarté très tôt, dès 1949 ; contre la colonisation ; contre le retour de De Gaulle au pouvoir... Aujourd’hui, son soutien aux Palestiniens lui vaut beaucoup de critiques, jusqu’à être traité d’antisémite. Sur le plan académique, il a combattu le structuralisme ou encore le systémisme. Avec de telles prises de position, il a eu de nombreux ennemis, d’autant qu’il a constamment élargi ses domaines d’intervention. En revanche, sa pensée originale a toujours eu plus d’écho dans les situations de crise.

Le Journal du CNRS : Au-delà de vos connivences scientifiques évidentes – l’interdisciplinarité, la communication –, en quoi vous sentez-vous une filiation avec lui ?

Dominique Wolton : Sa liberté d’esprit et son non-conformisme sont une aide. Il n’est pas dogmatique, et c’est dans cet esprit que je souhaite conduire les travaux de l’ISCC. Avec son concept de “pensée complexe”, il s’est appliqué à penser le même et le différent, et cette distinction est au cœur de mes recherches sur la communication. La question essentielle est en effet de savoir comment communiquer quand on est différents : entre disciplines scientifiques, entre individus, mais aussi entre pays, à l’échelle de l’Europe comme à celle du monde. Entre l’émetteur et le récepteur, les différences sont généralement plus nombreuses que les ressemblances, et l’horizon de la communication est bien souvent l’incommunication. Ce qui oblige le plus souvent à négocier pour éviter le conflit. Communiquer, c’est bien moins souvent partager et transmettre que négocier et cohabiter. C’est pourquoi nous préférons les techniques, de plus en plus performantes et moins décevantes.

Le Journal du CNRS : Ce regard sur les nouvelles technologies de la communication n’est-il pas un peu pessimiste ?

Dominique Wolton : Non. Le plus simple, dans la communication, ce sont les techniques ; le plus compliqué, les hommes. Au bout des réseaux, il y a des sociétés, des hommes, des femmes, des cultures. Aujourd’hui, on confond la vitesse de l’information avec la capacité de compréhension. L’imperium technique a pris tellement de place qu’il est urgent de relancer une réflexion sur ce qui existe au-delà des outils. Depuis trente ans, peu de regard critique est porté sur les techniques de la communication, tellement elles fascinent. La question de la finalité est évacuée, et toute remarque critique sur les réseaux et sur les techniques est soupçonnée d’être conservatrice ! L’idéologie technique existe, mais l’homme est infiniment plus complexe.

Le Journal du CNRS : Pour conclure sur Edgar Morin, quel est son plus grand enseignement selon vous ?

Dominique Wolton : Que le pire n’est jamais sûr. C’est l’idée qu’il développe dans son dernier ouvrage, La Voie. Même si tout va mal, l’avenir est toujours incertain, au sens où il peut toujours en sortir quelque chose de bien. Ce que j’appelle la marge de manœuvre. Cet ancien résistant, qui a frôlé plusieurs fois la mort au cours de son existence, est bien placé pour savoir que c’est quand tout va mal qu’une bonne chose peut se produire. C’est cet optimisme dans le scepticisme que je salue, cette croyance en l’homme, envers et contre tout.

Contact : Dominique Wolton, dominique.wolton@iscc.cnrs.fr

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