I la mort d’un héros








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Le triomphe de Gaspard Lalouette


M. Gaspard Lalouette ne pouvait plus décemment reculer. Déjà on l’avait aperçu dans la salle. Des bravos assourdissants saluèrent son entrée. La vue de Mme Lalouette, au premier rang, rendit au récipiendaire un peu de son courage, mais, en vérité, M. Loustalot venait de lui porter un coup terrible. Il en chancelait encore. Comment cet homme savait-il que lui, Lalouette, ne savait pas lire ? Le secret en avait été cependant précieusement gardé. Ce n’était point Patard qui pouvait avoir parlé ! Et Éliphas avait montré trop de joie de voir à l’Académie un monsieur qui ne savait pas lire pour compromettre sa vengeance par une indiscrétion. Eulalie était le tombeau des secrets. Alors ? Comment ? Comment ? Il croyait « tenir » Loustalot et c’était Loustalot qui, au dernier moment, lui prouvait son impuissance.

Mais Loustalot, après tout, n’avait peut-être point mis dans sa réplique d’intention mauvaise. N’était-il point un malheureux désespéré père et un lustre savant à plaindre ? Évidemment. Alors, qu’est-ce que M. Lalouette avait à craindre ? – surtout avec des lunettes bleues et du coton dans les oreilles !

Lalouette se redressa devant les hommages qui l’accueillaient, qui suivaient chacun de ses pas. Il voulut paraître fier comme un général romain au triomphe et aussi comme Artaban. Et il y réussit. Cela, surtout, grâce à ses lunettes bleues qui cachaient un reste d’inquiétude dans le regard.

Il vit, à côté de lui, très tranquille et très triste, le grand Loustalot qui semblait à mille lieues de la réunion. Il fut, du coup, rassuré, ma foi, tout à fait. Et, la parole lui ayant été donnée, il commença son discours, très posément, en tournant, le coude arrondi, les pages, comme s’il lisait, bien entendu. Toute sa bonne mémoire était là... si bonne... si bonne... qu’il débitait son « compliment » en songeant à autre chose.

Il songeait : mais enfin, comment le grand Loustalot sait-il que je ne sais pas lire ?

Et tout à coup, se frappant brusquement le front, il s’écria, au milieu de son discours :

– J’y suis !

À ce geste inattendu, à ce cri inexplicable, toute la salle répondit par une clameur. D’un unique mouvement d’indicible angoisse, elle se souleva, penchée sur l’homme... s’attendant à le voir pirouetter comme les autres.

Mais après avoir toussé librement pour se dégager la gorge, M. Gaspard Lalouette déclara :

– Ce n’est rien !... Messieurs, je continue !... Je disais donc... je disais donc : ah ! je disais donc que ce pauvre Martin Latouche, enlevé si prématurément...

Ah ! qu’il était beau et calme, le père Lalouette ! et sûr de lui, maintenant ! Oh ! tout à fait sûr !... Il parlait de la mort des autres avec la tranquillité de l’homme qui ne doit jamais mourir... On l’applaudit à faire éclater les vitres ! C’était du délire. Les femmes surtout étaient folles ! Elles arrachaient leurs gants à force de taper dans leurs petites mains, elles cassaient des éventails, elles avaient de petits cris aigus d’enthousiasme, d’enchantement et de satisfaction – c’était extraordinaire, pour une réception académique –, Mme Lalouette était soutenue par deux amies dévouées et l’on pouvait contempler sur son visage rafraîchi deux vrais ruisseaux de larmes heureuses qui ne tarissaient point.

Donc M. Lalouette parlait bien.

Il avait trouvé le mot de l’énigme et rien ne l’arrêtait plus dans son discours. Il faisait des effets de voix, de bras et de torse.

Voici pourquoi il avait crié : « J’y suis ! »

« J’y suis » parce que le fameux jour où j’étais allé tout seul à La Varenne-Saint-Hilaire et où je m’étais enfui de chez Loustalot comme si je m’étais échappé de Charenton... ce jour-là, j’arrivai juste à la gare pour sauter dans le train qui me ramenait à Paris. Dans le compartiment, il y avait une dame qui poussa des cris de paon. C’était un compartiment fermé ne donnant point sur un couloir ; je vis qu’elle croyait que j’allais l’assassiner. Plus je voulais la calmer et plus elle criait. À la station suivante elle appela le chef de train qui me reprocha d’être monté dans le compartiment des « dames seules ». Et il me montra une pancarte en m’annonçant qu’il allait dresser procès-verbal, et que j’aurais un beau procès. Heureusement j’avais dans ma poche mon livret militaire grâce auquel j’ai pu prouver que je ne savais pas lire ! Et voilà... cet employé doit être le même que celui qui a trouvé le parapluie de M. Patard et qui l’a remis à Loustalot. Aux questions de Loustalot sur mon signalement, l’employé certainement a répondu que M. le secrétaire perpétuel voyageait avec l’homme qui ne savait pas lire !

– Messieurs... Mgr d’Abbeville était comme moi un enfant du peuple.

À cet endroit du discours un nouveau garçon de salle de l’Institut – car les anciens n’eussent point osé une pareille démarche qui rappelait des précédents fâcheux, – traversa l’enceinte sur la pointe des pieds, une lettre à la main.

Quand le public vit cette lettre, une nouvelle intense émotion s’empara de tous... On crut que cette lettre était encore destinée au récipiendaire... et aussitôt il y eut des cris...

– Non !... Non !... Pas de lettres !... N’ouvrez pas !... Qu’il ne l’ouvre pas !

Et un cri déchirant. C’était Mme Lalouette qui se trouvait mal.

M. Lalouette avait tourné la tête du côté du garçon de salle et il avait vu la lettre... Il avait compris... Le parfum plus tragique le guettait peut-être... Enfin, il avait entendu le désespoir de Mme Lalouette...

Alors, il se dressa sur la pointe des pieds et il se fit plus grand qu’il n’avait jamais été et, dominant réellement, au moins de toute sa force morale cette assemblée effarée, montrant d’un doigt qui ne tremblait pas la lettre fatale :

– Ah ! non ! pas avec moi, fit-il... ça ne réussira pas !... Moi je ne sais pas lire !...

Ce fut une explosion d’allégresse folle ! Ah ! au moins, celui-là était spirituel. Brave et spirituel : Il ne savait pas lire ! Le mot était adorable. Et le triomphe de Lalouette fut complet. Des collègues vinrent lui secouer les mains avec une énergie farouche, et la séance s’acheva dans un transport d’enthousiasme merveilleux...

* * *

Le triomphe fut d’autant plus complet qu’en fin de compte M. Gaspard Lalouette ne mourut pas et que l’homme qui ne sait pas lire put définitivement s’asseoir dans le fauteuil de Mgr d’Abbeville sans avoir été empoisonné d’aucune sorte.

La lettre n’était point à l’adresse de M. Lalouette.

Mme Lalouette revint à elle pour retrouver un mari bien vivant qui lui parut le plus beau des hommes.

Sur le tard, ils eurent un enfant du sexe masculin qu’ils appelèrent Académus.

* * *

Quant au grand Loustalot, il éprouva, peu de temps après les événements qui nous ont occupés, une grande douleur. Il perdit son fils. Dédé mourut.

M. Hippolyte Patard et M. Lalouette furent invités à l’enterrement qui eut lieu le soir, presque secrètement.

Au cimetière, M. Lalouette fut fort intrigué par la présence d’un mystérieux personnage qui, derrière les tombes, se glissait non loin du grand Loustalot. Quand l’illustre savant tomba à genoux, l’inconnu s’approcha et se pencha sur lui comme s’il voulait écouter, interroger cette douleur. La figure de l’homme était invisible tant elle était enveloppée du chapeau et du manteau. Tout le temps de la cérémonie, M. Lalouette se demanda : « Qui donc est celui-ci ? » Car il lui semblait bien que l’allure générale ne lui était pas étrangère.

Enfin l’homme se perdit dans la nuit.

M. le secrétaire perpétuel et M. Lalouette revinrent de compagnie. Dans le train, où M. Lalouette faillit encore monter dans le compartiment des « dames seules », croyant monter dans celui des « fumeurs », les deux académiciens causèrent.

– Ce pauvre Loustalot semble avoir bien du chagrin, disait M. Hippolyte Patard.

– Oui, oui, bien du chagrin, répondit, en hochant la tête, M. Lalouette.

* * *

Deux ans plus tard, M. Gaspard Lalouette, se rendant à l’Académie, traversait le pont des Arts au bras de M. Hippolyte Patard. Soudain il suspendit sa marche :

– Voyez, dit-il, devant vous... l’homme au manteau...

– Eh bien ? demanda, tout étonné, M. le secrétaire perpétuel.

– Vous ne reconnaissez pas cette silhouette ?...

– Ma foi non !...

– C’est qu’elle ne vous a pas frappé comme moi, monsieur le secrétaire perpétuel... Cet homme n’a pas lâché le grand Loustalot d’un pas le soir de la cérémonie, au cimetière... et je crus bien ne pas me tromper en affirmant que j’avais déjà vu cette silhouette-là quelque part...

À ce moment, l’homme au manteau se retourna :

– M. Éliphas de la Nox ! s’écria M. Lalouette.

C’était bien le mage. Il s’avança vers les deux Immortels et serra la main de M. Lalouette.

– Vous ici ! s’exclama celui-ci, et vous ne nous avez pas fait une petite visite ? Mme Lalouette aurait été si heureuse de vous serrer la main ! Faites-nous donc le plaisir de venir dîner, sans cérémonie, l’un de ces soirs, à la maison.

Et se tournant vers M. Patard :

– Mon cher secrétaire perpétuel, je vous présente M. Éliphas de Saint-Elme de Taillebourg de la Nox, dont la lettre nous a si fort tracassés dans un temps. Et, à part ça ! que devenez-vous, mon cher monsieur de la Nox ?...

– Mais je vends toujours mes peaux de lapin, mon cher académicien, répondit avec un sourire celui qui avait été l’Homme de lumière.

– Et vous ne regrettez point l’Académie ? demanda bravement M. Lalouette.

– Non, puisque vous y êtes ! répliqua doucement Éliphas.

M. Lalouette prit ces paroles pour un compliment et remercia.

M. le secrétaire perpétuel toussa.

M. Lalouette dit :

– À propos !... Figurez-vous qu’en vous apercevant, et sans vous avoir encore reconnu, je disais à M. le secrétaire perpétuel : « C’est drôle, mais il me semble bien avoir vu cette silhouette à l’enterrement du fils du grand Loustalot... »

– J’y étais, fit Éliphas.

– Vous connaissiez le grand Loustalot ? demanda M. Patard, qui n’avait encore rien dit.

– Point personnellement, répondit sur un ton tout à coup si grave M. Éliphas de la Nox que ses deux interlocuteurs en furent comme gênés... Non, je ne le connaissais pas personnellement, mais j’ai eu l’occasion de m’occuper de lui à la suite d’une enquête que j’ai cru devoir faire pour ma satisfaction personnelle, relativement à certains faits qui ont occupé l’opinion publique dans un temps où l’on mourait beaucoup à l’Académie, monsieur le secrétaire perpétuel...

En entendant cela, M. le secrétaire perpétuel souhaita que le pont des Arts s’entrouvrît pour mettre fin à une conversation qui lui rappelait les heures les plus néfastes de son honnête et triste vie. Il balbutia hâtivement :

– Oui, je me rappelle également vous avoir vu au cimetière... Le grand Loustalot avait bien du chagrin de la mort de son fils...

M. Lalouette ajouta aussitôt :

– Son chagrin n’a point diminué. Nous ne l’avons plus revu à l’Académie depuis ce deuil cruel et il nous laisse, seuls, travailler au Dictionnaire... Ah ! le pauvre homme a été bien frappé !...

– Si frappé... si frappé, répliqua soudain l’Homme de lumière, en penchant sa noble et mystérieuse figure sur les deux académiciens frémissants... si frappé que, depuis la mort de Dédé, il n’a plus rien inventé du tout !

Sur quoi, ayant prononcé la terrible phrase, M. Éliphas de Saint-Elme de Taillebourg de la Nox, tournant le dos à l’Institut, disparut au bout du pont des Arts...

... Cependant que, appuyés maintenant l’un sur l’autre, comme pour se soutenir mutuellement, M. Hippolyte Patard et M. Gaspard Lalouette dirigeaient héroïquement leurs pas chancelants vers le seuil de l’Immortalité.

* * *

Tant qu’ils furent dehors, ils ne prononcèrent point un mot, mais aussitôt qu’ils furent enfermés dans le cabinet de M. le secrétaire perpétuel, M. Gaspard Lalouette retrouva soudain ses forces pour déclarer que sa conscience, définitivement éclaircie par les paroles tragiques de M. Éliphas de la Nox, ne lui permettait point de conserver plus longtemps un silence coupable. C’est en vain que M. Patard, des larmes dans la voix, essayait de le faire taire et plaidait encore le doute dont il voulait faire bénéficier l’abominable Loustalot, pour l’honneur de l’Académie ; M. Lalouette ne voulait plus rien entendre.

– Non ! Non ! s’écria-t-il, c’est Martin Latouche qui avait raison ! C’est lui qui a entrevu la vérité : Il n’y a pas eu de plus grand crime sur la terre !

– Si ! répliqua M. le secrétaire perpétuel, éclatant à son tour, si ! Il y en a eu un plus grand !

– Et lequel, monsieur ?

– Celui de faire entrer à l’Académie quelqu’un qui ne sait pas lire ! Ce crime, c’est moi qui l’ai commis !

Et il ajouta, tremblant d’une fureur sainte :

– Dénonce-moi donc si tu l’oses !

C’était la première fois que, depuis l’âge de neuf ans, où il avait eu le malheur de perdre sa mère, M. Hippolyte Patard usait, dans le discours, du « tutoiement ».

Cette familiarité menaçante, au lieu de calmer la discussion, ne fit que l’exaspérer davantage et les deux Immortels étaient dressés l’un contre l’autre, comme deux coqs de bataille, quand un coup, frappé à la porte, les rappela au sentiment des convenances. M. Lalouette se laissa tomber dans un fauteuil, au coin du feu, et M. Patard alla ouvrir. C’était le concierge qui apportait un pli assez volumineux qu’on lui avait fort recommandé et qu’il devait remettre entre les mains mêmes de M. le secrétaire perpétuel. Le concierge s’en alla et M. Patard prit connaissance du message. D’abord il lut, sur l’enveloppe, ces mots : « À M. le secrétaire perpétuel, pour être ouvert en séance privée de l’Académie française. »

M. Patard reconnut l’écriture et tressaillit.

– Qu’y a-t-il ? demanda Lalouette.

Mais, très agité, M. le secrétaire perpétuel ne répondit pas. Le message dans les mains, il errait dans la pièce comme s’il ne savait plus ce qu’il faisait. Tout à coup, il se décida, fit sauter les cachets et déploya un assez volumineux cahier, en tête duquel il lut : « Ceci est ma confession. »

M. Lalouette le regardait lire, ne comprenant rien au prodigieux émoi qui s’emparait de M. Patard, au fur et à mesure que celui-ci tournait les pages du mystérieux dossier. La figure de l’honorable académicien perdait peu à peu cette belle couleur jaune par laquelle elle avait accoutumé de traduire les émotions funestes de ce cœur dévoué à la plus glorieuse des institutions. M. Patard était maintenant plus pâle que le marbre qui devait, un jour, par-delà le trépas, commémorer ses traits immortels, sur le seuil de la salle du Dictionnaire.

Et M. Lalouette vit soudain M. Patard qui jetait, d’un geste délibéré, tout le dossier au feu.

Après quoi, le dit Patard, ayant assisté, immobile, à son petit incendie, se dirigea vers son complice et lui tendit la main :

– Sans rancune, monsieur Lalouette, lui dit-il, nous ne nous disputerons plus. C’est vous qui aviez raison. Le grand Loustalot était surtout un grand misérable. Oublions-le. Il est mort. Il a payé sa dette, lui ! mais vous, mon cher Gaspard, quand paierez-vous la vôtre ? Ça n’est pourtant pas bien difficile à apprendre : B A : BA, B E : BE, B I : BI, B O : BO, B U : BU !

Table




  1. La mort d’un héros 6

  2. Une séance dans la salle du Dictionnaire 23

  3. La boîte qui marche 54

  4. Martin Latouche 87

  5. Expérience n° 3 114

  6. La chanson qui tue 120

  7. Le secret de Toth 133

  8. En France, l’Immortalité diminue 166

  9. En France, on trouve toujours un citoyen de courage et de bon sens pour faire honte, par son exemple, à la foule stupide 173

  10. Le calvaire 192

  11. Terrible apparition 201

  12. Il faut être poli avec tout le monde surtout à l’Académie française 225

  13. Dans le train 237

  14. Un grand cri déchirant humain 245

  15. La cage 251

  16. Par les oreilles 261

  17. Quelques inventions de « Dédé » 269

  18. Le secret du grand Loustalot 293

  19. Le triomphe de Gaspard Lalouette 306

Cet ouvrage est le 105e publié

dans la collection À tous les vents

par la Bibliothèque électronique du Québec.

La Bibliothèque électronique du Québec

est la propriété exclusive de

Jean-Yves Dupuis.

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