Leçon 1 17 novembre 1954








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arithmétiques, combinatoires, que LÉVI–STRAUSS se met à ordonner, à mettre en ordre,

à démontrer qu’il y a une classification…

ne disons pas naturelle dans cette occasion puisqu’il ne s’agit pas de naturelle

…correcte, adéquate, conforme, de ce que nous présentent les structures élémentaires de la parole.
Cela suppose donc…

vous le voyez bien, c’est le sens

de la question que je lui ai posée

…le fonctionnement…

et le fonctionnement dès l’origine, c’est là le sens de la remarque que j’ai faite au même sens que l’inconscient dans l’individu, tel que nous le découvrons, le manipulons dans l’analyse

…le fonctionnement de ces instances symboliques dans la société

à partir du moment où elle apparaît comme société humaine.
C’est bien là que nous pouvons dire qu’il y a eu quelque flottement dans la réponse de LÉVI–STRAUSS hier soir.
Car à la vérité, quand je lui ai posé cette question, il est quand même…

et c’est fréquent chez les gens qui introduisent des idées nouvelles, une espèce d’hésitation

à en maintenir tout le tranchant

…presque revenu sur le plan psychologique.
Il est bien certain que la question que je lui posais n’avait pas le sens d’une entification dans un « inconscient collectif », comme il a prononcé le terme.
Il ne s’agit absolument pas là d’instance collective. Précisément, le mot « collectif » dans cette occasion

ne nous donne absolument aucune solution,

le collectif et l’individuel c’est exactement et strictement la même chose.
Il ne s’agit pas d’entifier psychologiquement, de dire qu’il y a quelque part quelque espèce d’âme commune dans laquelle toutes ces choses se passeraient. Pourquoi ?
Ce n’est pas du tout de cela qu’il s’agit.
Il s’agit de ceci que la fonction symbolique, comme telle,

est quelque chose qui n’a absolument rien à faire avec une entification, une aspiration quelconque,

une formation plus ou moins para–animale, d’une sorte d’image de totalité, qui ferait de l’ensemble de l’humanité une espèce de grand animal.
En fin de compte, c’est ça l’inconscient collectif.
Il n’y a absolument rien de semblable dans une pareille question.
Si la fonction symbolique fonctionne, nous sommes bien forcés de le voir, nous sommes à l’intérieur.
Je dirai plus, nous sommes tellement à l’intérieur que nous ne pouvons pas en sortir.
Et une grande partie des problèmes qui se posent

pour nous quand nous essayons de scientifiser,

c’est–à–dire de mettre un ordre dans un certain nombre de phénomènes, qui ne sont certainement pas les plus accessibles, au premier plan desquels le phénomène

de la vie, en fin de compte, c’est toujours en fin

de compte, les voies de la fonction symbolique qui nous mènent beaucoup plus que n’importe quelle appréhension directe.
Malgré tout, c’est toujours en termes de mécanismes que nous essaierons d’expliquer l’être vivant.
Et la première question qui se pose, pour nous analystes, en premier plan…

et là nous pouvons donner une porte de sortie

à la chose qui s’engage dans une espèce

de controverse entre vitalisme et mécanisme

…la question : pourquoi justement sommes–nous amenés à penser la vie en terme de mécanisme ?
C’est peut–être cela qui nous révélera quelque chose de beaucoup plus profond sur notre structure à nous.
En d’autres termes la question que je vous amorce là est de savoir en quoi nous sommes, effectivement,

en tant qu’hommes, parents de la machine ?
Jean HYPPOLITE Mathématiciens, la passion de la mathématique ?
LACAN
Mais oui !

Il y a une raison pour que le machinisme nous satisfasse.
Et alors vous voyez même paraître quelque chose

que bien entendu je ne vous montrerai que beaucoup plus tard, mais que je vous indique quand même,

dans cette perception.
Toute une partie des critiques faites aux recherches proprement mécanistes d’un certain point de vue,

que l’on appelle couramment philosophique, à savoir que la machine montre qu’elle est privée de liberté.

Il serait très facile de vous démontrer que la machine est beaucoup plus libre que l’animal, que l’animal est

une machine bloquée, si vous voulez, dans cette perspective c’est une machine dont certains paramètres ne peuvent plus varier – et pourquoi ? –parce que justement c’est le milieu extérieur

qui détermine l’animal et qui en fait un type fixé.
Si vous voulez aussi, en tant que nous sommes des machines par rapport à l’animal, c’est–à–dire quelque chose de décomposé en tant qu’homme, c’est en ce sens–là que nous manifestons une plus grande liberté, si nous entendons liberté au sens de multiplicité

de choix possibles. C’est une perspective

qu’on ne met jamais en évidence.
Jean HYPPOLITE
Je voulais demander si le mot « machine »,

qui correspond à tout le symbolisme lui–même,

n’a pas profondément et sociologiquement changé de sens, si la machine, simple énergétique avec les conditions initiales évoluant maintenant dans des conditions externes qui peuvent intervenir, si cette notion même de machine n’a pas profondément changé de sens, depuis ses débuts jusqu’à la cybernétique.
LACAN
C’est exactement de cela qu’il s’agit.

Je suis d’accord avec vous.

Je suis en train, pour la première fois d’essayer

de leur insinuer, comme on dit :

  • que la machine n’est pas ce qu’un vain peuple pense,

  • que le sens de la machine est en train de changer complètement.


Ce que je veux aussi vous indiquer…

et que je vous l’explique ou ne vous

l’explique pas, c’est toujours aussi vrai

…qu’on le souligne ou non, le sens de la machine, l’usage même que vous faites des termes machinistes, est en train de changer, pour vous tous :

  • que vous ayez ouvert un bouquin de cybernétique

  • ou que vous ne l’ayez pas fait.


Je dirai, si vous voulez, que la situation

est toujours la même.
Vous n’imaginez pas à quel point les gens du XVIIIème siècle

dont vous croyez que c’est eux qui ont introduit la première forme de la machine, celle qu’il est bien entendu de bon ton d’exécrer, ces petites machines loin de la vie, c’est eux qui l’ont inventé : Monsieur de LA METTRIE, « L’hommemachine » je ne saurai trop vous en conseiller la lecture

…eux qui ont introduit le mécanisme,

dont vous connaissez l’importance historique,

et que vous croyez avoir dépassé, ces gens qui eux le vivaient, qui écrivaient ça, introduisaient la notion de « l’hommemachine » telle qu’on pouvait la concevoir

à l’époque, combien ces gens étaient encore embarrassés, empêtrés, dans les catégories antérieures,

qui véritablement dominaient leur esprit.
Il faut vraiment lire de bout en bout les trente–cinq volumes de l’Encyclopédie des Arts et des Techniques, qui donne le style de cette époque, pour s’apercevoir à quel point les notions mêmes de psychologie scolastique de l’époque…

encore que le terme de psychologie

n’était pas dans leur vocabulaire

…dominent pour eux, pour leur vécu subjectif,

ce qu’ils étaient en train d’introduire à force,

avec un effort.
Pour eux, cet essai de réduction, de fonctionalisation

de tout ce qui se produit, c’est au niveau humain,

à partir de la machine, c’était pour eux quelque chose qui était très loin en avant des enchaînements qui continuaient à se maintenir dans leur fonctionnement mental, quand ils avaient abordé un thème quelconque.
Regardez, simplement, ouvrez l’Encyclopédie au mot amour, au mot amourpropre, tout ce qui peut vous faire voir comment ces problèmes se posaient, à quel point leurs sentiments étaient éloignés de ce qu’ils mettaient

en pointe, de ce qu’ils essayaient de donner,

de construire se rapportant à la connaissance de l’homme.

En d’autres termes, le terme « mécanisme », il n’y a que beaucoup plus tard…

dans notre esprit ou dans celui de nos pères

…qu’il a pris son plein sens, son sens tout à fait épuré, dénudé, exclusif de toute espèce d’autres systèmes interprétatifs.
Et dans le fond, ce qui s’appelle être un précurseur c’est ça : non pas – ce qui est tout à fait impossible – extrapoler ou devancer les catégories qui viendront plus tard, c’est–à–dire celles qui ne sont pas encore créées, les êtres humains sont tout à fait incapables de cette avance, ils sont toujours plongés dans le réseau, le contexte culturel, dont ils font partie, ils ne peuvent avoir d’autres notions que celles

de leurs contemporains.
Être un précurseur, ce n’est pas être en avance

sur ses contemporains, mais voir ce que sont en train de constituer comme pensées, comme conscience, comme action, comme techniques, comme formes politiques, nos contemporains, les voir comme on les verra

un siècle plus tard. Cela, oui, ça peut exister.
C’est une petite remarque que je vous fais à propos de ce que je suis en train de vous dire de la mutation qu’est en train de présenter la notion et la fonction de machine.
Quoiqu’il arrive, elle est en train de se faire sur une toute autre forme, dans un tout autre registre, et avec des promesses de fécondité tout à fait inattendues.
Ceux qui en sont encore à la critique du vieux mécanisme, mais il y a deux façons de voir :

  • le voir en suivant le mouvement qui est exactement

le mouvement sous sa forme confuse, c’est très précisément ce qu’on appelle maintenant cybernétique, où il y a de tout, maintenant, à boire et à manger, mais ça va dans un certain sens.

  • Être un tout petit peu en avance, c’est s’apercevoir de ce que ça signifie vraiment, un renversement total, par exemple, de toutes

les objections classiques faites à l’emploi des catégories proprement mécanistes.

Cela prend une toute autre forme, et de toutes autres issues aussi. Je crois que j’aurai l’occasion de vous le montrer cette année, en issue à ce que nous sommes en train d’essayer de mettre au point ensemble, à savoir Le moi – précisément – dans la théorie freudienne et la technique analytique.
Y–a–t’il quelqu’un qui a une question à poser ?
Octave MANNONI
Je ne parlerai pas des machines, mais de ce qui m’a intéressé : au fond j’ai eu l’impression que

la manière dont LÉVI–STRAUSS prenait les problèmes

de nature et de culture, où il a dit d’ailleurs que maintenant, depuis quelque temps, on ne voyait plus clairement l’opposition entre nature et culture.

Il détaille la notion. Les interventions qui ont eu lieu – DURANDIN, PERRIER – continuaient à se tâter pour trouver la nature quelque part.
Ils la cherchaient du côté de l’affectivité,

des impulsions, de quelque chose qui serait nettement la base même de l’être, la base naturelle de l’être.
Or, ce qui a amené LÉVI–STRAUSS à se poser cette question de la nature et de la culture, c’est qu’il lui paraissait qu’une certaine forme d’inceste, par exemple, était à la fois universelle et contingente.
Et alors, ça l’a mené…

à cause de cette espèce de contradiction

…à une sorte de conventionnalisme qui a dérouté

pas mal d’auditeurs, qui voyaient qu’il devait

y avoir quelque chose de fondamental au départ

du conventionnalisme, et ils le cherchaient.
J’ai fait la remarque suivante : qu’en effet

ce problème du contingent et de l’universel, on le retrouve d’une manière troublante, parce qu’on ne le retrouve pas forcément dans le monde institutionnel, par exemple.
C’est la même chose pour l’opposition des droitiers

aux gauchers : les droitiers, c’est une forme universelle.

Et cependant elle est contingente : on pourrait être gaucher.
Et on n’a jamais pu prouver que c’était social ou biologique. Nous sommes devant une obscurité profonde, qui est de même nature que celle que nous rencontrons chez LÉVI–STRAUSS.
Et pour aller plus loin et montrer que vraiment l’obscurité est très grave, c’est que chez les mollusques du genre hélix, lesquels ne sont certainement pas institutionnels, là aussi il y a un enroulement universel qui est contingent, puisqu’il pourrait être enroulé dans un autre sens et que certains individus sont enroulés dans l’autre sens.
Il me semble donc que la question posée par LÉVI–STRAUSS en effet déborde de beaucoup l’opposition classique du naturel et de l’institutionnel et que ce n’est pas étonnant qu’il se tâte lui aussi maintenant

pour savoir où est son coté naturel et son coté institutionnel, comme tout le monde l’a fait hier.
Cela me paraît extrêmement important.

Nous sommes en présence là, de quelque chose

qui dissout à la fois l’ancienne idée de nature

et l’idée d’institution.
Jean HYPPOLITE
Parce qu’elle est une espèce de préférence universelle ?

Octave MANNONIJe ne sais pas.

Jean HYPPOLITE Ce serait une contingence universelle.

LACAN
Là je crois que vous faites tout de même intervenir des choses qui n’étaient peut–être pas impliquées dans la notion de contingence telle que

l’a introduite LÉVI–STRAUSS dans sa question.
Je crois que la contingence, telle qu’il l’a introduite s’opposait à la notion de nécessaire.

D’ailleurs, il l’a dit, en fait, que ce qu’il a introduit sous la forme d’une question dont nous dirons plutôt qu’en fin de compte c’est une question naïve, c’est la distinction de l’universel et du nécessaire.
Ce qui revient aussi à se poser la question de ce que c’est que ce que nous pourrions appeler la nécessité des mathématiques, à laquelle je faisais allusion tout à l’heure.
Il est bien clair qu’elle mérite une définition spéciale et que c’est précisément pour cela

que tout à l’heure j’ai parlé d’univers.
À propos de ce qui est l’introduction propre

du système symbolique, je crois que la réponse à

la question que posait LÉVI–STRAUSS, hier, est ceci.
Le complexe d’Œdipe est à la fois universel et contingent

parce qu’il est uniquement et purement symbolique.
Jean HYPPOLITEJe ne crois pas.
LACAN
La contingence que nous introduit maintenant MANNONI est tout à fait d’un autre ordre. Or c’est justement la valeur de la distinction qu’introduit LÉVI–STRAUSS avec ses structures élémentaires de parenté de nous permettre

de distinguer l’universel du générique.
L’universel dont nous avons parlé tout à l’heure

n’a absolument pas besoin de se répandre à la surface, d’englober la surface de l’univers pour une bonne raison, d’ailleurs, qu’il n’y a pas encore que je sache,

quoi que ce soit qui fasse cette unité.
Disons pour bien comprendre ce que je veux dire, cette unité mondiale des êtres humains, c’est–à–dire des êtres humains sur toute la surface de la terre, en ce sens qu’il n’y a rien qui soit réellement réalisé comme
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