Leçon 1 18 novembre








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la théorie analytique.
Avant de céder la parole à M. HYPPOLITE, je voudrais simplement attirer votre attention sur une intervention qu'il avait faite un jour, conjointe à une sorte de, disons de débat, qu'avait provoqué une certaine façon de présenter les choses sur le sujet de FREUD et sur l'intention à l'endroit du malade.
M. HYPPOLITE avait apporté à ANZIEU un secours…
Jean HYPPOLITE – …Momentané.
LACAN
Oui, un secours momentané à ANZIEU.

Il s'agissait de voir quelle était l'attitude fondamentale, intentionnelle de FREUD à l'endroit

du patient au moment où il prétendait substituer l'analyse des résistances…

nous sommes en plein dans notre sujet

…l'analyse des résistances par la parole à cette sorte

de sub­jugation, de prise, de substitution à la parole due à la personne du sujet, qui s'opère par la suggestion ou par l'hypnose.
Je m'étais montré très réservé sur le sujet de savoir s'il y avait là chez FREUD une manifestation de combativité, voire de domination, caractéristique de reli­quats du style ambitieux que nous pourrions voir se trahir dans sa jeunesse.
Je crois que ce texte est assez décisif : il parle de la suggestion, et c'est pour cela que je l'amène aujourd'hui, parce que c'est aussi au cœur de notre pro­blème.
C'est dans le texte sur la Psychologie collective et analyse du Moi. C'est donc à propos de la psychologie collective, c'est–à–dire des rapports à l'autre que pour la première fois le moi en tant que fonction autonome

est amené dans l’œuvre de FREUD.
Simple remarque que je pointe aujourd'hui, parce qu'elle est assez évidente et justifie l'angle sous lequel je vous l'amène par ses rapports avec l'autre.

C'est dans le chapitre IV de cet article qui s'appelle Suggestion et libido que nous avons le texte suivant :
« On est ainsi préparé à admettre que la suggestion est un phénomène, un fait fondamental…//…

et de l'avis de Bernheim dont j'ai pu voir moi–même en 1889 les tours de force extraordinaires.

Mais je me rappelle que déjà alors j'éprouvais une sorte de sourde révolte contre cette tyrannie

de la sugges­tion. Lorsqu'on disait à un malade qui se montrait récalcitrant :

« Eh bien, que faites–vous ? Vous vous contre–suggestionnez ! »

Je ne pouvais m'empê­cher de penser qu'on se livrait à une violence.

L'homme avait certainement le droit…//…
Mon opinion a pris plus tard la forme d'une révolte contre la manière…//…
Et je citais la vieille plaisanterie :

  • si Saint CHRISTOPHE suppor­tait le CHRIST,

  • et que le CHRIST supportait le monde,

  • où donc Saint CHRISTOPHE a pu poser ses pieds ? »


[ Man wird so für die Aussage vorbereitet, die Suggestion (richtiger die Suggerierbarkeit) sei eben ein weiter nicht reduzierbares Urphänomen, eine Grundtatsache des menschlichen Seelenlebens. So hielt es auch Bernheim, von dessen erstaunlichen Künsten ich im Jahre 1889 Zeuge war. Ich weiß mich aber auch damals an eine dumpfe Gegnerschaft gegen diese Tyrannei der Suggestion zu erinnern. Wenn ein Kranker, der sich nicht gefügig zeigte, angeschrieen wurde: »Was tun Sie denn? Vous vous contre–suggestionnez!« so sagte ich mir, das sei offenbares Unrecht und Gewalttat. Der Mann habe zu Gegensuggestionen gewiß ein Recht, wenn man ihn mit Suggestionen zu unterwerfen versuche. Mein Widerstand nahm dann später die Richtung einer Auflehnung dagegen, daß die Suggestion, die alles erklärte, selbst der Erklärung entzogen sein sollte. Ich wiederholte mit Bezug auf sie die alte Scherzfrage :

Christoph trug Christum,

Christus trug die ganze Welt,

Sag', wo hat Christoph Damals hin den Fuß gestellt ? ]
[ On est ainsi préparé à admettre que la suggestion (ou, plus exactement, la suggestibilité) est un phénomène primitif et irréductible, un fait fondamental de la vie psychique de l'homme. Tel était l'avis de Bernheim dont j'ai pu voir moi–même, en 1889, les tours de force extraordinaires. Mais je me rappelle que déjà alors j'éprouvais une sorte de sourde révolte contre cette tyrannie de la suggestion. Lorsqu'à un malade qui se montrait récalcitrant on criait : « Que faites–vous ? Vous vous contre–suggestionnez ! », je ne pouvais m'empêcher de pen­ser qu'on se livrait sur lui à une injustice et à une violence. L'homme avait

cer­tainement le droit de se contre–suggestionner, lorsqu'on cherchait à se le soumettre par la suggestion. Mon opposition a pris plus tard la forme d'une révolte contre la manière de penser d'après laquelle la suggestion, qui expli­quait tout, n'aurait besoin elle–même d'aucune explication. Et plus d'une fois j'ai cité à ce propos la vieille plaisanterie :

« Si saint Christophe supportait le Christ,

et si le Christ supportait le monde,

dis–moi : où donc saint Christophe a–t–il pu poser ses pieds ? * »

* « Christophorus Christum, sed Christus sustulit orbem. Constiterit pedibus die ubi Christophorus? » Konrad Richter : Der deutsche St. Christoph, Berlin, 1896. Acta Germanica, V, 1. ]
Véritable révolte qu'éprouvait FREUD devant proprement cette violence qui peut être incluse dans la parole, à ne pas voir précisément ce penchant potentiel de l'analyse des résistances dans le sens où l'indiquait l'autre jour ANZIEU, et qui est précisément ce que nous sommes là pour vous montrer qui est justement

ce qui est à éviter dans la mise en pratique.
Si vous voulez, c'est le contresens à évi­ter

dans la mise en pratique de ce qu'on appelle

« analyse des résistances ».

C'est bien dans ce propos que s'insère ce moment,

et vous verrez que s'insé­rera le progrès qui résultera de notre élucidation dans ce commentaire.
Je crois que ce texte a sa valeur et mérite d'être cité.
En remerciant encore de la collaboration qu'il veut bien nous apporter, je demande à M. HYPPOLITE…

qui d'après ce que j'ai entendu, a bien voulu consa­crer une attention prolongée à ce texte

…qu'il veuille bien nous apporter simple­ment

son sentiment là–dessus.

Jean HYPPOLITE : Die Verneinung


Jean HYPPOLITE

D'abord, je dois remercier le docteur LACAN de l'insistance qu'il a mise, parce que cela m'a procuré l'occasion d'une nuit de travail, et d'appor­ter l'enfant de cette nuit devant vous.
Je ne sais pas ce qu'il vaudra.

Le docteur LACAN a bien voulu m'envoyer non seulement le texte français, mais aussi le texte allemand.

Il a bien fait, car je crois que je n'aurais absolument rien compris dans le texte français

si je n'avais pas eu le texte allemand.
Je ne connaissais pas ce texte, et il était

d'une structure absolument extra­ordinaire, et au fond extraordinairement énigmatique. La construction

n'est pas du tout une construction de professeur,

c'est une construction, je ne veux pas dire « dialectique »,

on abuse du mot, mais extrêmement subtile du texte.
Et il a fallu que je me livre, avec le texte allemand et le texte français…

dont la traduction n'est pas très… Enfin…

par rapport à d'autres, elle est honnête

…à une véritable inter­prétation.
Et c'est cette interprétation que je vais vous donner.

Je crois qu'elle est valable, mais elle n'est pas

la seule, elle mérite certainement d'être discutée.
FREUD commence par présenter le titre « Die Verneinung ». Et je me suis aperçu…

le découvrant après le docteur LACAN

…qu'il vaudrait mieux traduire par dénégation, plutôt que négation.
De même vous verrez employé Urteil verneinen qui est non pas la négation du jugement, mais une sorte de déjugement.

Je crois qu'il faudra une différence entre :

  • la négation interne à un jugement,

  • et l'attitude de la négation,

…car autrement l'ar­ticle ne me parait pas compréhensible, si on ne fait pas cette différence.
Le texte français ne met pas en relief :


  • ni comment l'analyse de FREUD a quelque chose d'extrêmement concret, et presque amusant,




  • ni comment, par des exemples qui renferment d'ailleurs une projection qu'on pourrait situer dans les analyses qu'on fait ici, celui où le malade dit… ou le psychanalysé dit à son ana­lyste :

« Vous avez sans doute pensé que je vais vous dire quelque chose d'of­fensant,

mais il n'en est rien. »
« Nous comprenons – dit FREUD – que le fait de refuser une pareille incidence par la projection, c'estàdire en prêtant spontanément cette pensée au psy­chanalyste, en est précisément l'aveu. »
Je me suis aperçu que, dans la vie courante,

il était très fréquent de dire :
« Je ne veux certainement pas vous offenser dans ce que je vais vous dire. »
Il faut traduire : « Je veux vous offenser. »

C'est une volonté qui ne manque pas.
FREUD continue jusqu'à une généralisation pleine de hardiesse, et qui l'amènera à poser le problème de

la négation comme origine même peutêtre de l'intelligence. C'est ainsi que

je comprends l'article qui a une certaine densité philosophique. Il raconte un autre exemple, de celui qui dit :
« J'ai vu dans mon rêve une per­sonne, mais ce n'était certainement pas ma mère. »
Il faut traduire : « c'était sûre­ment elle ».
Maintenant, il cite un procédé que peut employer

le psychanalyste et que peut aussi employer n'importe qui d'autre :
« Ditesmoi ce qui dans votre situa­tion est le plus incroyable, à votre avis,

ce qui est le plus impossible. »
Et le patient, le voisin, l'interlocuteur trouveront quelque chose qui est le plus incroyable.

Mais c'est justement cela qu'il faut croire.
Voilà une analyse de cas concrets généralisée

jusqu'à un mode de présenter ce qu'on est

sur le mode de ne l'être pas.
C'est exactement cela qui est fonda­mental :
« Je vais vous dire ce que je ne suis pas, faites attention, c'est précisé­ment ce que je suis. »
Seulement FREUD remarque ici quelle est en quelque sorte la fonction qui appartient à cette dénégation. Et il emploie un mot que j'ai senti familier,

il emploie le mot Aufhebung, mot qui vous le savez a eu des fortunes diverses, ce n'est pas à moi de le dire.
LACAN – Mais si, c'est précisément à vous.
Jean HYPPOLITE
C'est le mot « dialectique » de HEGEL, qui veut dire

à la fois nier, supprimer, conserver, et somme toute soulever.

Ce peut être l'Aufhebung d'une pierre, ou aussi

la cessation de mon abonnement à un journal.
« La dénégation – nous dit FREUD – est une Aufhebung du refoulement, et non une acceptation. »
Et voici quelque chose qui est vraiment extraordinaire

dans l'analyse de FREUD, par quoi se dégage

de ces exemples concrets…

que nous aurions pu prendre comme tels

…une portée philosophique prodigieuse

que j'essaierai de résumer tout à l'heure.
Présenter son être sur le mode de ne l'être pas, c'est vraiment ça : c'est une Aufhebung du refoulement, mais non une acceptation.
En d'autres termes, celui qui dit « voilà ce que je ne suis pas », il n'y a plus là de refoulement, puisque refoulement signifie inconscience, puisque c'est conscient.
La dénégation est une manière de faire passer

dans la conscience ce qui était dans l'inconscient,

tout devient conscient, mais le refoulement subsiste toujours sous la forme de la non acceptation.
Là continue cette espèce de subtilité philosophique que fait FREUD. Il dit « Ici l'intellectuel se sépare de l'affectif. ».

Et il y a vraiment là une espèce de découverte profonde.
Pour faire une ana­lyse de « l'intellectuel » nous voyons, comment poussant mon hypothèse, je dirais :


  • non comment « l'intellectuel se sépare de l'affectif. »,

  • mais comment il est – l'intel­lectuel – cette espèce de suspension, dans une certaine mesure,

on dirait dans un langage un peu barbare :

une sublimation. Ce n'est pas tout à fait ça,

en tout cas « l'intellectuel se sépare de l'affectif ».
Et peut–être naît–il, comme telle, la pensée :

c'est le contenu affecté d'une dénégation.
Pour rappeler un texte philosophique…

encore une fois je m'en excuse,

mais le docteur LACAN, lui aussi

…à la fin d'un chapitre de HEGEL, il s'agit

de substi­tuer la négativité réelle à cet appétit

de destruction qui s'empare du désir…

et qui a quelque chose de profondément

mystique, plus que psychologique

…à cet appétit de destruction qui s'empare du désir et qui fait que quand les deux com­battants s'affrontent, bientôt il n'y aura plus personne pour constater

leur vic­toire ou leur défaite : une négation idéale.
Ici la dénégation dont parle FREUD est exactement…

et c'est pour cela qu'elle introduit

dans « l'intellectuel »une négation idéale

…une négativité idéale, car nous allons voir justement une sorte de genèse…

où FREUD va employer le mot négati­vité

…de certains – comment peut–on dire ? – psychosés.
LACAN – Psychotiques.

Jean HYPPOLITE
Il va montrer comment cette négativité

est au fond différente, mythiquement parlant.
Dans sa genèse de la dénégation à proprement parler, dont il parle ici, à mon sens il faut, pour comprendre cet article, admettre cela qui n'est pas

immédiatement visible.
De la même façon qu'il faudra admettre une dissymétrie

traduite par deux moments dans le texte de FREUD,

et qu'on traduit de la même façon en français

…une dissymétrie entre le passage à l'affirmation depuis le passage à l'amour. Le véritable rôle de la genèse de l'intelligence appartient à la dénéga­tion,

la dénégation est la position même de la pensée.
Mais, cheminons plus doucement.

Nous avons vu que FREUD disait :
[ « Man sieht, wie sich hier die intellektuelle Funktion vom affektiven Vorgang scheidet. » ]

« l'intellectuel se sépare de l'affectif… »
Et il ajoute l'autre modification de l'analyse : « l'acceptation du refoulé ».

[ Die Verneinung ist eine Art, das Verdrängte zur Kenntnis zu nehmen, eigentlich schon eine Aufhebung der Verdrängung,

aber freilich keine Annahme des Verdrängten. ]
Pourtant le refoulement n'est pas supprimé.

Essayons de nous représenter la situation :


  • première situation : voilà ce que je ne suis pas, on en conclut : ce que je suis. Le refoulement existe toujours sous la forme idéale de la dénégation.



  • Deuxièmement, le psychanalyste m'oblige à accepter ce que tout à l'heure je niais.


Et FREUD ajoute, avec des petits points dans le texte, il ne nous donne pas d'explication là–dessus,

« …et pourtant, le refoulement n'a pas comme tel disparu. »

Ce qui me paraît très profond : si le psychanalysé accepte, il revient sur sa dénégation,

et pourtant le refoulement est encore là !
J'en conclus qu'il faut donner un nom philosophique

à cela, qui est un nom que FREUD n'a pas donné : c'est une négation de la négation.
Littéralement, ce qui apparaît ici, c'est l'affirmation intellectuelle, mais seulement intellectuelle,

en tant que négation de la négation.
Le mot ne se trouve pas dans FREUD mais, somme toute, je crois que nous pouvons le prolonger sous cette forme, c'est bien ce que ça veut dire.
Alors FREUD à ce moment là – la difficulté du texte – nous dit :
[ Da es die Aufgabe der intellektuellen Urteilsfunktion ist, Gedankeninhalte zu bejahen oder zu verneinen,

haben uns die vorstehenden Bemerkungen zum psychologischen Ursprung dieser Funktion geführt. ]
« Nous sommes donc en mesure, puisque nous avons séparé l'intellectuel de l'affectif,

de formuler une sorte de genèse du jugement, c'estàdire, en somme, une genèse de la pensée. »
Je m'excuse auprès des psychologues qui sont ici, mais je n'aime pas beau­coup la psychologie positive en elle–même. Cette genèse pourrait être prise

pour une psychologie positive, elle me paraît plus profonde, comme une sorte d'his­toire à la fois génétique et mythique.
Et je pense que, de même que cet affectif primordial va engendrer d'une certaine façon l'intelligence, chez FREUD, comme le disait le docteur LACAN,

la forme primaire que psychologiquement nous appe­lons affective est elle–même une forme humaine qui,

si elle engendre l'intelli­gence, c'est parce qu'elle comporte elle–même à son départ déjà une historicité fondamentale :


  • elle n'est pas l'affectif pur d'un côté,

  • et de l'autre côté il y aurait l'intellectuel pur.

Dans cette genèse je vois une sorte de grand mythe, derrière une apparence de positivité chez FREUD

il y a comme un grand mythe. Et quoi… ?
Derrière l'affirmation qu'est–ce qu'il y a ?

Il y a la Vereinigung qui est Éros.
Et derrière la dénégation…

attention, la dénégation intellectuelle

sera quelque chose de plus

…l'apparition d'un symbole fondamental dissymétrique.
L'affirmation primordiale ce n'est rien d’autre qu’affirmer, mais nier c'est plus que vouloir détruire. Ce procès qu'on traduit mal par rejet, c'est Verwerfung qu'on devait employer, alors qu'il y a Ausstossung qui signifie expulsion.
On a en quelque sorte les deux formes premières :

la force d'expulsion et la force d'attraction, toutes les deux me semble–t–il sous la domination du plaisir toutes les deux dans le texte, ce qui est frappant.
Le jugement a donc une histoire.

Et ici FREUD nous montre qu'il y a deux types ce que tout le monde sait, philosophie la plus élémentaire :
[Die Urteilsfunktion hat im wesentlichen zwei Entscheidungen zu treffen. Sie soll einem Ding eine Eigenschaft

zu– oder absprechen, und sie soll einer Vorstellung die Existenz in der Realität zugestehen oder bestreiten. ]
Il y a un jugement attributif et un jugement d'existence. Il y a :

  • dire d'une chose qu'elle est ou n'est pas ceci,

  • dire d'une chose qu'elle est ou qu'elle n'est pas. »


Et alors FREUD montre ce qu'il y a derrière

le jugement attributif et derrière le jugement d'existence.

Et il me semble que pour comprendre son article

il faut considérer la négation du jugement attributif,

et la négation du jugement d'existence, comme n'étant pas encore la négation dont elle apparaît comme symbole.
Au fond, il n'y a pas encore jugement dans cette genèse, il y a un premier mythe de la formation

du dehors et du dedans, c'est là toute la question.

Vous voyez quelle importance a ce mythe de la formation du dehors et du dedans, de l'aliénation entre les deux mots qui est traduit par l'opposition des deux, c'est quand même l'aliénation et une hostilité des deux.
Ce qui rend si denses ces trois pages,

c'est comme vous voyez que ça met tout en cause,

et combien on passe de ces remarques concrètes…

si menues en appa­rence, et si

profondes dans leur généralité

…à quelque chose qui met en cause

toute une philosophie et une structure de pensée.
Derrière le jugement attributif, qu'est–ce qu'il y a ?
[ …das will ich in mich einführen und das aus mir ausschließen.]
Il y a le « je veux m’approprier, introjecter », ou « je veux expulser ».

Il y a au début semble dire FREUD…

mais au début ne veut rien dire,

c'est comme un mythe « il était une fois »

…dans cette histoire « il était une fois un moi », un sujet,

pour lequel il n'y avait encore rien d'étranger…
Ça – l'étranger et lui–même – c'est une opération, une expulsion ça rend com­préhensible un texte qui surgit brusquement et a l'air un peu contradictoire :
[ Das Schlechte, das dem Ich Fremde, das Außenbefindliche, ist ihm zunächst identisch. ]


  • Das Schlechte : ce qui est mauvais,

  • das dem Ich Fremde : ce qui est étranger au moi,

  • das Außenbefindliche : ce qui se trouve au–dehors,

  • ist ihm zunächst iden­tisch : lui est d'abord identique.


Or, juste avant, FREUD venait de dire qu'on expulse, qu'il y a donc une opération qui est l'opération d'expulsion, et une autre qui est l'opération d'introjection.
Cette forme est la forme primordiale de ce qui sera

le jugement d'attribution. Mais ce qui est à l'origine du jugement d'existence, c'est le rapport entre la repré­sentation

et ici c'est très difficile

…FREUD approfondit le rapport entre la repré­sentation

et la perception.
Ce qui est important c'est qu'au début c'est également neutre de savoir « s'il y a » ou « s'il n'y a pas ».
Il y a. Mais le sujet révèle sa représentation

des choses à la perception primitive qu'il en a eue.
Et la question est de savoir quand il dit que cela existe, si cette reproduction conserve encore

son étant dans la réalité, qu'il pourra à nouveau retrouver ou ne pas retrouver, ça c'est le rapport entre la représentation et la possibilité

de retrouver à nouveau son objet.
Il faudra le retrouver. Ce qui prouve toujours

que FREUD se meut dans une dimension plus profonde que celle de JUNG, dans une sorte de dimension

de la mémoire, et par là ne perdant pas le fil

de son analyse.
Mais j'ai peur de vous le faire perdre,

tellement c'est difficile et minutieux.
Ce dont il s'agissait dans le jugement d'attribution,

c'est d'expulser ou d'in­trojecter.
Dans le jugement d'existence, il s'agit d'attribuer au moi

ou plutôt au sujet, c'est plus général

…une représentation, donc de définir un intérieur

par une représentation à laquelle ne correspond plus…

mais a correspondu dans un retour en arrière

…son objet.
Ce qui est ici mis en cause c'est la genèse

« de l'inté­rieur et de l'extérieur ». Et, nous dit FREUD,

« On voit donc la naissance du jugement à partir des pulsions primaires. »
[ Das Studium des Urteils eröffnet uns vielleicht zum erstenmal die Einsicht in die Entstehung einer intellektuellen

Funktion aus dem Spiel der primären Triebregungen. ]
Il y a donc une sorte d'évolution finalisée de cette introjection et de cette expulsion qui sont réglées par le principe du plaisir.
« Die Bejahung
l'affirmation, nous dit FREUD, est simplement

als Ersatz der Vereinigung, gehört dem Eros an… »
Ce qu'il y a à la source de ce que nous appelons affirmation,

« c'est l'Éros », c'est–à–dire dans le jugement d'attribution par exemple le fait d'introjecter,

de nous approprier au lieu d'expulser au–dehors.
Pour la négation, il n'emploie pas le mot Ersatz,

il emploie le mot Nachfolge mais le traducteur le traduit en français de la même façon qu'Ersatz.
Le texte allemand était :
[ Die Bejahung – als Ersatz der Vereinigung – gehört dem Eros an,

die Verneinung – Nachfolge der Ausstoßung – dem Destruktionstrieb. ]
L'affirmation est l'Ersatz de Vereinigung, et la néga­tion

le Nachfolge de l'expulsion ou plus exactement

de l'instinct de destruction.
Cela devient donc tout à fait mythique :

deux instincts qui sont pour ainsi dire entremêlés dans ce mythe qui porte le sujet :

  • l'un est celui de l'union,

  • et l'autre est celui de la destruction.


Vous voyez : un grand mythe, et qui répète d'autres mythes. Mais la petite nuance :

  • que l'affirmation ne fait en quelque sorte que se substituer purement et simplement à l'unification,

  • tandis que la négation qui en résulte bien après

me paraît seule capable d'expliquer la phrase suivante, quand il s'agit simplement de négativité, c'est–à–dire d'instinct de destruction.
Alors il peut bien y avoir un plaisir de nier, un négativisme qui résulte simplement de la suppression des composantes libidinales, c'est–à–dire que ce qui a disparu dans ce plaisir de nier – disparu = refoulé – ce sont les composantes libidinales.

Par conséquent, l'instinct de destruction dépend–il aussi

du plaisir. Je crois ceci très important, capital, dans la technique.
Seulement, nous dit FREUD, et c'est là qu'apparaît

la dissymétrie entre l'affir­mation et la négation,
[Die Leistung der Urteilsfunktion wird aber erst dadurch ermöglicht, daß die Schöpfung des Verneinungssymbols

dem Denken einen ersten Grad von Unabhängigkeit von den Erfolgen der Verdrängung und somit auch vom

Zwang des Lustprinzips gestattet hat. ]
« Le fonctionnement du jugement

et cette fois–ci le mot est Urteil, avant nous étions dans les limites primaires qui préludent le jugement

n'est rendu possible que par la création du symbole de la négation.… »
Pourquoi est–ce que FREUD ne nous dit pas :

« le fonctionnement du jugement est rendu possible

par l'affirmation » ?
Et pourquoi la négation va–t–elle jouer un rôle

non pas comme tendance destructrice ou à l'intérieur d'une forme du jugement, mais en tant qu'attitude fondamentale de symbolité et d'explicité ?
« …Création du symbole de la négation qui rend la pensée indépendante des résultats du refoulement et par conséquent du principe du plaisir. »
Phrase de FREUD qui ne prendrait pas de sens pour moi si je n'avais déjà ratta­ché la tendance à la destruction

au principe du plaisir.
Il y a là une espèce de difficulté.

Qu'est–ce que signifie, par conséquent,

cette dissymétrie entre l'affirmation et la négation ?
Elle signifie que tout le refoulé peut en quelque sorte

à nouveau être repris et réutilisé dans une espèce

de suspension, et qu'en quelque sorte, au lieu d'être sous la domina­tion des instincts d'attraction

et d'expulsion, il peut se produire une marge

de la pensée, de l'être, sous la forme de n'être pas,

qui apparaît avec la déné­gation, le symbole même de dénégation rattaché à l'attitude concrète de la négation.
Car il faut bien comprendre ainsi le texte,

si on admet la conclusion qui m'a paru un peu étrange :
[ Zu dieser Auffassung stimmt es sehr gut, daß man in der Analyse kein "Nein" aus dem Unbewußten auffindet… ]
« À cette interprétation de la négation, coïncide très bien qu'on ne trouve dans l'analyse

aucun « non » à partir de l'inconscient. »
Mais on y trouve bien de la destruction.
Donc il faut absolument séparer l'ins­tinct de destruction

de la forme de destruction, car on ne comprendrait pas

ce que veut dire FREUD.
Il faut voir dans la dénégation une attitude concrète à l'ori­gine du symbole explicite de la négation,

lequel symbole explicite rend seul pos­sible quelque chose qui est comme l'utilisation de l'inconscient, tout en maintenant le refoulement.

Tel me paraît être le sens du texte :
[ …und daß die Anerkennung des Unbewußten von seiten des Ichs sich in einer negativen Form ausdrückt. ]
« Et que la reconnaissance du côté du moi s'exprime dans une formule négative. »
C'est là le résumé :
on ne trouve dans l'analyse aucun « non » à partir

de l'in­conscient, mais la reconnaissance de l'inconscient

du côté du moi, lequel est toujours méconnaissance,

même dans la connaissance, on trouve toujours du côté du moi, dans une formule négative, la possibilité de détenir l'inconscient tout en le refusant.
[ Kein stärkerer Beweis für die gelungene Aufdeckung des Unbewußten, als wenn der Analysierte mit dem Satze :

Das habe ich nicht gedacht, oder : Daran habe ich nicht (nie) gedacht, darauf reagiert. ]
« Aucune preuve plus forte de la découverte qui a abouti de l'inconscient que si l'analysé réagit avec cette proposition : cela je ne l'ai pas pensé, ou même je ne l'ai jamais pensé. »
Il y a donc dans ce texte de trois pages de FREUD…

dont, je m'excuse, je suis moi–même arrivé péniblement à en trouver ce que je crois en être le fil,


  • d'une part cette espèce d'attitude concrète qui résulte de l'observation même de la dénégation,

d'autre part la possibilité par là de dissocier l'intel­lectuel de l'affectif.



  • D'autre part, une genèse de tout ce qui précède dans le primaire, et par conséquent l'origine même du jugement et de la pensée elle–­même…

sous la forme de pensée comme telle,

car la pensée est bien avant, dans le primaire, mais elle n'y est pas comme pensée

…par l'intermédiaire de la dénégation.
LACAN

Nous ne saurions être trop reconnaissants

à M. HYPPOLITE de nous avoir donné l'occasion,

par une sorte de mouvement cœxtensif à la pensée de FREUD,

de rejoindre immédiatement ce quelque chose

que M. HYPPOLITE a – je crois – situé très remarquablement comme étant vraiment au–delà

de la psycho­logie positive.
Je vous fais remarquer en passant qu'en insistant comme nous le faisons tou­jours dans ces séminaires sur le caractère transpsychologique du champ psy­chanalytique,

je crois que nous ne faisons là que retrouver ce qui est l'évidence de notre pratique, mais ce que la pensée même de celui qui nous en a ouvert les portes manifeste sans cesse dans le moindre de ses textes.
Je crois qu'il y a beaucoup à tirer de la réflexion sur ce texte. Je pense qu'il ne serait pas mal, puisque Mlle GUÉNINCHAULT a la bonté d'en prendre des notes, qu'il bénéficie d'un tour de faveur et qu'il soit rapidement ronéoté pour vous être distribué.
Cette trop courte leçon que vient de nous faire

M. HYPPOLITE mérite au moins un traitement spécial, au moins dans l'immédiat.
Je crois que l'extrême condensation et l'apport

des repères tout à fait précis, est certainement peut–être en un sens beaucoup plus didactique

que ce que je vous exprime moi–même dans mon style, et dans certaines intentions.
Je le ferai ronéotyper à l'usage de ceux qui viennent ici.
Je crois qu'il ne peut pas y avoir de meilleure préface à toute une distinction de niveaux, toute

une critique de concepts, qui est celle dans laquelle je m'efforce de vous introduire, dans le des­sein d'éviter certaines confusions.

Je crois par exemple que ce qui vient de se dégager de l'élaboration de ce texte de FREUD par M. HYPPOLITE, nous montrant la différence de niveaux de la Bejahung,

de l'affirmation et de la négativité en tant qu'elle instaure en somme à un niveau…

c'est exprès que je prends des

expressions beaucoup plus pataudes

…antérieur la constitution du rapport sujet–objet,

je crois que c'est là ce à quoi ce texte,

en apparence si minime, de FREUD nous introduit d'emblée, rejoignant sans aucun doute par là certaines des élaborations les plus actuelles

de la médi­tation philosophique.
Et je crois que du même coup, ceci nous permet de critiquer au premier plan cette sorte d'ambiguïté toujours entretenue autour de la fameuse opposition intellectuelle – affective, comme si en quelque sorte l'affectivité était une sorte de coloration, de qualité ineffable, si on peut dire, qui serait ce qui doit être cher­ché en lui–même, et en quelque sorte d'une façon indépendante de cette sorte de « peau vidée » que serait la réalisation purement intellectuelle d'une relation du sujet.
Je crois que cette notion qui pousse l'analyse dans des voies paradoxales, sin­gulières, est à proprement parler puérile.
Sorte de connotation de succès sen­sationnel,

le moindre sentiment accusé par le sujet

avec un caractère de singularité, voire d'étrangeté, dans le texte de la séance à proprement parler,

est ce qui découle de ce malentendu fondamental.
L'affectif n'est pas quelque chose comme une densité spéciale qui manque­rait à l'élaboration intellectuelle,

et un autre niveau de la production du sym­bole, l'ouverture, si on peut dire, du sujet à la création symbolique est quelque chose qui est dans le registre

où nous le disions au début cet […] qui est mythique, dans ce registre, et antérieur à la formulation discursive.
Vous entendez bien ?

Et ceci seul peut nous permettre,

je ne dis pas d'emblée de situer, mais de dis­cuter, d'appréhender ce en quoi consiste ce que j'appelle cette réalisation pleine de la parole.
Il nous reste un peu de temps.
Je voudrais tout de suite essayer d'incarner là,

dans des exemples, plus exactement essayer de pointer par des exemples, com­ment la question se pose.
Je vais vous le montrer par deux côtés.
D'abord, par le côté d'un phénomène qu'on appelle psychopathologique, […]phénomène auquel on peut dire

que l'élaboration de la pensée psychopathologique

a apporté une nouveauté absolument de premier plan, une rénovation totale de la perspective,

c'est le phénomène de l'hallu­cination.
Jusqu'à certaine date, l'hallucination a été à proprement parler considérée comme une sorte de phénomène critique autour duquel se posait la question

de la valeur discriminative de la conscience.

Ça ne pouvait pas être la conscience qui était hallucinée, c'était autre chose.
En fait, il suffit de nous introduire à la nouvelle Phénoménologie de la per­ception, telle qu'elle se dégage dans

le livre de M. MERLEAU–PONTY, pour voir que l'hallucination au contraire est intégrée comme essentielle

à l'intentionnalité du sujet.
Cette hallucination, nous nous contentons d'un certain nombre de thèmes, de registres, tels que celui de principe du plaisir, pour en expliquer la production, considérée comme en quelque sorte fondamentale, comme le pre­mier mouvement dans l'ordre de la satisfaction du sujet.
Nous ne pouvons nous contenter de quelque chose d'aussi simple.
En fait, rappelez–vous l'exemple que je vous ai cité la dernière fois, dans L'Homme aux loups.

Il est indiqué par le progrès de l'analyse de ce sujet, par les contradictions que présentent les traces

à travers lesquelles nous suivons l'éla­boration qu'il s'est faite de sa situation dans le monde humain :



  • cette Verwerfung, ce quelque chose qui fait que le plan génital à proprement parler a été pour lui littéralement toujours comme s'il n'existait pas,




  • ce quelque chose que nous avons été amenés à situer très précisément au niveau, je dirais,

de la « nonBejahung »,



  • ce quelque chose que, vous le voyez, nous ne pouvons pas mettre, absolument pas, sur le même niveau qu'une dénégation.


Or, ce qui est tout à fait frappant, c'est la suite…

je vous ai dit que je vous indi­querai,

et je reprends aujourd'hui

…c'est le rapport en quelque sorte immédiat qui sort déjà, qui est tellement plus compréhensible à la lumière, aux explications qui vous ont été données aujourd'hui, autour de ce texte de FREUD.
C'est – encore que rien n'ait été manifesté sur le plan symbolique, car il semble que ce soit là juste­ment la condition pour que quelque chose existe : qu'il y ait cette Bejahung, cette Bejahung qui n'est pas une Bejahung en quelque sorte de négation de la néga­tion, qui est autre chose.
Qu'est–ce qui se passe quand cette Bejahung ne se pro­duit pas ?
C'est que la seule trace que nous ayons de ce plan [symbolique]

sur lequel n'a pas été réalisé pour le sujet le plan génital, c'est comme une sorte d'émergence dans, non pas

du tout son histoire, mais vraiment dans le monde extérieur :

d'une petite hallucination.

C'est le monde extérieur qui est manifesté au sujet…

la castration qui est très précisément

ce qui pour lui n'a pas existé

…sous la forme de ce qu'il s'imagine : s'être coupé le petit doigt. S'être coupé le petit doigt si profondément qu'il ne tient plus que par un petit bout de peau.
Et il est sub­mergé du sentiment d'une si inexprimable catastrophe qu'il n'ose même pas en parler

à la personne à côté de lui.
Ce dont il n'ose pas parler, c'est que justement cette personne à côté de lui, à laquelle il réfère aussitôt toutes ses émotions, c'est littéralement comme si elle, à ce moment–là, était annulée.
Il n'y a plus d'autre.
Il y a une sorte de monde extérieur immédiat

de manifestations perçues dans une sorte de réel primitif, de réel non symbolisé, malgré la forme symbolique au sens courant du mot que prend le phénomène

où on peut voir en quelque sorte ceci :

que ce qui n'est pas reconnu est vu.
Je crois que pour l'élucidation, non pas de la psychose, entendez–moi, car il n'est pas du tout psychotique

au moment où il a cette hallucination…

il pourra être psychotique plus tard,

mais pas au moment où il a ce vécu absolument limité, nodal, étranger au vécu de son enfance, tout à fait désintégré

…rien ne per­met de le classer au moment de son enfance comme un schizophrène.
Donc c'est d'un « phénomène » de la psychose qu'il s'agit, je vous prie de l'entendre, de comprendre cette sorte de corrélation, de balancement, qui fait qu'au niveau d'une expérience tout à fait primitive

à l'origine, à la source, qui ouvre le sujet à un certain rapport au monde par la possibilité du symbole :

ce qui n'est pas reconnu fait irruption dans la conscience sous la forme du vu.
Si vous approfondissez suffisamment cette polarisation particulière, il vous apparaîtra beaucoup plus facile d'aborder ce phénomène ambigu qui s'appelle le déjà vu, qui est très exactement entre ces deux modes de relations du reconnu et du vu.

Et pour autant que quelque chose…

qui est dans le monde extérieur

com­municable, pensable, dans les termes du discours intégré, comme la vie quoti­dienne

…pour de certaines raisons se trouve porté quand même au niveau limite, ou reconnu d'être quand même à la limite de ce qui surgit avec une sorte de pré­signification spéciale, se reporte, avec l'illusion rétrospective, dans le domaine du déjà vu.
C'est–à–dire de ce perçu d'une qualité originale

qui n'est en fin de compte rien d'autre que ce dont nous parle FREUD quand à propos de cette épreuve

du monde extérieur il nous dit que toute épreuve

du monde extérieur se réfère implicitement à quelque chose qui a déjà été perçu dans le passé.

Mais ceci s'applique à l'infini : d'une certaine façon toute espèce de perçu nécessite cette référence à cette perspective.
C'est pourquoi nous sommes ramenés là au niveau du plan de l'imaginaire en tant que tel, au niveau de l'image, modèle de la forme originelle, de ce qui fait…

qu'en un autre sens que le sens

du reconnu symbolisé, ver­balisé

…nous nous retrouvons là dans les problèmes évoqués par la théorie pla­tonicienne, non pas de la remémoration, mais de la réminiscence.
Je vous ai annoncé un autre exemple, proposé à votre réflexion à ce sujet. Je prends un exemple qui est précisément de l'ordre de ce qu'on appelle plus ou moins proprement la manière moderne d'analyser.
On imagine que les modernes…

mais vous allez voir que ces principes sont

déjà exposés en 1925 dans ce texte de FREUD

…on se fait grand état du fait que nous analysons, comme on dit « d'abord la surface », et que c'est le fin du fin pour permettre au sujet de progresser d'une façon

qui soit, disons, non livrée à cette sorte de hasard que représente la stérilisation intellectualisée du contenu, comme on dit, qui est ré­évoqué par l'analyse.

Je prends un exemple que donne KRIS dans un de ses articles, un de ses sujets qu'il prend en analyse

et qui a déjà d'ailleurs été analysé une fois. On a été

cer­tainement assez loin dans l'utilisation du matériel.
Ce sujet a de graves entraves dans son métier,

et c'est un métier intellectuel, qui semble bien, dans ce qu'on entrevoit dans son observation,

quelque chose de très proche des préoccupa­tions

qui peuvent être les nôtres.
Le sujet éprouve toutes sortes de difficultés

à produire, comme on dit. C'est en effet que sa vie est comme entravée par le fait même des efforts nécessaires pour sortir quelque chose de publiable, aussi bien quelque chose, une entrave, qui n'est rien que le sentiment qu'il a en somme, disons pour abréger, d'être un plagiaire.
Quelqu'un qui est très proche de lui–même dans son entourage, un brillant scholar, disons un peu plus qu'un étudiant, qui est avec lui, et avec lequel il échange sans cesse des idées, il se sent toujours tenté de prendre ces idées qu'il fournit à son interlocuteur, et c'est là pour lui une entrave perpétuelle à tout ce qu'il veut sortir.
KRIS explique ces problèmes de l'analyse.

Tout de même, à un moment, il est arrivé à mettre debout un certain texte : un jour, il arrive en déclarant d'une façon quasi triomphante que tout

ce qu'il vient de mettre debout comme thèse se trouve déjà dans un bouquin, dans la bibliothèque,

dans un article publié, et qui en présente déjà

les manifestations essentielles.
Le voilà donc, cette fois, pla­giaire malgré lui.

En quoi va consister la prétendue interprétation par la surface que nous pro­pose KRIS ?

Probablement en ceci : KRIS, manifestant quelque chose qu'en effet une certaine façon de prendre l'analyse détournerait peut–être les débutants, s'intéresse effectivement à ce qui s'est passé, à ce qu'il y a dans ce bouquin.

Et en y regardant de plus près, je suppose en se référant au texte même, on s'aper­çoit qu'il n'y a en effet absolument rien dans ce bouquin qui représente l'essen­tiel des thèses apportées par le sujet.
Des choses, bien entendu, sont amorcées qui posent

la question, mais rien des thèses nouvelles apportées par le sujet : soit donc d'une façon déjà là,

il est indiqué en d'autres termes que la thèse

est en effet pleinement effectivement originale.
C'est donc à partir de là, dit KRIS

et c'est ce qu'il appelle, je ne sais pourquoi

…une « prise des choses par la surface ».
Si l'on veut pour autant considérer la signification de ce qui est apporté par le sujet, c'est à partir

de là que KRIS est introduit…

en renversant complètement

la position abordée par le sujet

…à lui manifester que tous ses besoins sont manifes­tés dans sa conduite entravée, paradoxale, et ressortissent à une certaine relation à son père, et qui tient en ceci : c'est que précisément le père n'est jamais arrivé à rien sortir, et cela parce qu'il était écrasé par

un grand–père, dans tous les sens du mot, qui, lui, était un personnage fort constructif et fort fécond.
Et qu'en somme ce que représente – dit KRIS –

la conduite du sujet, n'est rien d'autre qu'un besoin d'imputer à son père, de trouver dans son père,

un grand père…

cette fois–­ci dans l'autre sens du mot « grand »

…qui, lui, serait capable de faire quelque chose.
Et que, ce besoin étant ainsi satisfait…

en se forgeant des sortes de tuteurs

ou de plus grands que lui, dans la dépendance desquels il se trouve par l'intermédiaire

d'un plagiarisme, qu'alors il se reproche,

et à l'aide duquel il se détruit

…il ne fait rien d'autre que manifester là un besoin qui est en réalité celui qui a tourmenté son enfance, et par conséquent dominé son histoire.
Incontestablement, l'interprétation est valable,

et il est important de voir comment le sujet y réagit.
Il y réagit par quoi ?
Qu'est–ce que KRIS va considé­rer comme étant

la confirmation de la portée de ce qu'il introduit,

et qui mène fort loin ?
Ensuite, toute l'histoire se développe, toute

la symbolisation à proprement parler pénienne,

de ce besoin du père réel, créateur et puissant,

est passée à tra­vers toutes sortes de jeux dans l'enfance, des jeux de pêche :

que le père pêche un plus ou moins gros poisson, etc.
Mais la réaction immédiate du sujet est ceci :

le sujet garde le silence.
Et c'est à la séance suivante qu'il dit :
« L'autre jour, en sortant, je suis allé dans telle rue
ça se passe à New York

la rue où il y a des res­taurants étrangers, où l'on mange des choses un peu relevées,

j'ai cherché un endroit où je puisse trouver ce repas dont je suis particulièrement friand :

des cervelles fraîches. »
Je crois que vous avez là la représentation de ce que signifie la réponse, à savoir le niveau en quelque sorte à la fois paradoxal et plein dans sa significa­tion

de la parole, en tant qu'elle est évoquée

par une interprétation juste.
Que cette interprétation ici soit juste,

à quoi cela est–il dû ?
Est–ce à dire qu'il s'agisse de quelque chose

qui soit plus ou moins à la surface ?
Qu'est–ce que ça veut dire ?

Cela ne veut rien dire d'autre, sinon que KRIS…

sans aucun doute par un détour appliqué

…mais dont après tout il aurait pu fort bien prévoir le terme, s'est aperçu précisément de ceci :

qu'en une telle matière, la manifestation du sujet dans cette forme spéciale qui est la manifestation intellectuelle, la production d'un discours organisé, étant essentiellement sujet à ce processus qui s'appelle la dénégation, c'est à savoir que c'est exactement sous une forme inverse que sa relation fondamentale…

à quelque chose que nous serons amenés à reposer comme question dans la suite de notre développement

…sa relation à quelque chose qui s'appelle

dans l'occasion son moi idéal, ne pouvait se refléter dans son discours, dans l'intégration de son ego,

que sous une forme très précisément inversée.
En d'autres termes, la relation à l'autre,

pour autant que tende à s'y manifes­ter le désir primitif du sujet, contient toujours en elle–même…

dans la mesure où c'est dans la relation à l'autre qu'elle a à le manifester

…cet élément fondamental ori­ginel de dénégation

qui prend ici la forme de l'inversion.
Ceci, vous le voyez, ne fait que nous introduire à

de nouveaux problèmes, c'est–à–dire en somme à servir d'ouverture, de point, à la question qui est celle perpétuellement ouverte pour nous de la relation

de niveau, qui est en somme le niveau discursif…

le niveau du discours en tant

que s'y introduit la négation

…avec la relation à l'autre.

Mais pour bien le poser, il convenait que fussent situées, établies, leurs rela­tions fondamentales,

la différence de niveaux entre le symbolique comme tel…

la possibilité symbolique, l'ouverture de l'homme aux symboles

…et d'autre part sa cristallisation dans ce discours organisé en tant qu'il contient essentiellement

et fondamentalement la contradiction.

Ceci, je crois que le commentaire de M. HYPPOLITE vous l'a montré magistralement aujourd'hui.
Je désire que vous en gardiez l'appareil et

le maniement en mains, comme repères auxquels

vous puissiez toujours vous reporter dans un certain nombre de points, de ressorts, de carrefours difficiles, dans la suite de notre exposé.
C'est à ce titre que je remer­cie M. HYPPOLITE

de l'avoir apporté avec sa haute compétence.

Die Verneinung








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