Leçon 1 18 novembre








télécharger 4.67 Mb.
titreLeçon 1 18 novembre
page5/49
date de publication24.12.2016
taille4.67 Mb.
typeLeçon
ar.21-bal.com > documents > Leçon
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   49

27 janvier 1954 Table des séances


ANZIEU


LACAN
Nous allons redonner la parole à ANZIEU,

que j'ai eu un peu l'air de minimiser la dernière fois…


Intervention de Didier ANZIEU
J'abordais le dernier paragraphe qui, dans les

Études sur l'hystérie, traite de la résistance…

effort d'explication théorique de la résistance …décrite et découverte dans les pages précédentes.
J'avais commencé d'expliquer…

et le Docteur LACAN a continué dans ce sens

…la triple stratification du matériel psychique que décrit FREUD autour d'un noyau central de souvenirs, noyau pathogène auquel il faut accéder.
Il y a un arrange­ment linéaire, chronologique.
D'autre part, des espèces de stratifications

de souvenirs semblables qui sont liés ensemble.
Et d'autre part une espèce de démarche dynamique,

en zigzag, qui suit le contenu de la pensée,

et par laquelle on arrive de la surface, au centre.
C'est la description des stratifications de souvenirs semblables qui est ici intéressante,

du point de vue de la résistance.
Il se les représente comme concen­triquement stratifiés autour du noyau pathogène.
Et qu'est–ce qui détermine ces couches concentriques ?
C'est leur degré d'éloignement du noyau.

C'est que ce sont, dit–il, des couches d'égale résistance.
Je serais assez tenté…

ça m'est une idée tout à fait personnelle

…de voir dans cette formulation de FREUD l'influence d'un mode de pensée qui à l'époque com­mence à être important, qui est de penser en termes de champ :

le champ élec­trique, magnétique, un certain champ dynamique.
Et de même que quand on se rapproche du centre d'un champ, du foyer d'un champ, les lignes de forces deviennent de plus en plus fortes, vraisemblablement sur le même modèle FREUD conçoit la superposition des souvenirs.
Et par conséquent je crois que ce n'est pas par hasard

comme l'a fait remarquer MANNONI

que l'on parle du bon­homme d'Ampère.
FREUD parle du bon­homme d'Ampère comme étant ce petit bonhomme qui barre le chemin entre l'inconscient et le conscient.
Ce n'est pas par hasard qu'on a affaire

à une métaphore d'ordre électrique.
C'est que les rela­tions d'ordre électrique

et magnétique interviennent ici dans la théorisation de la notion de résistance.

Octave MANNONI
Il aurait dû prendre le démon de Maxwell, parce que

le bon­homme d'Ampère, il ne fait rien du tout.

LACAN
Oui, je ne voulais pas entrer dans la théorie

de l'électricité, mais le bon­homme d'Ampère n'a pas

le pouvoir de faire ouvrir ou fermer…
Octave MANNONI
Ce rôle–là, c'est le démon de Maxwell.

Jean HYPPOLITE
Mais le démon de Maxwell ne peut pas être averti du passage d'une molécule.

La possibilité d'une signalisation est impossible.

Le démon de Maxwell ne peut pas être informé quand une molécule passe.

LACAN
Nous entrons dans une ambiguïté tout à fait scabreuse, car la résistance est bien la formule…
Toutes ces questions sont d'autant plus opportunes à poser que les textes psychanalytiques évidemment fourmillent de ces impropriétés méthodiques.
Il est vrai que ce sont des sujets difficiles à traiter, à verbaliser, sans donner au verbe un sujet.
Évidemment, tout le temps nous entendons que l'ego pousse le signal de l'angoisse, manie l'instinct de vie, l'instinct de mort.
On ne sait plus où est le central, l'aiguilleur, l'aiguille.
Comme tout cela est difficile à réaliser d'une façon prudente et rigoureuse, en fin de compte nous voyons tout le temps des petits démons de Maxwell apparaître

dans le texte analytique, qui sont d'une prévoyance,

d'une intelli­gence !
L'ennuyeux, c'est qu'on n'a pas une idée assez précise de la nature des démons dans l'analyse.
Didier ANZIEU
Je crois d'ailleurs que sur ce point il faudrait évidemment revenir à l'histoire de l'électricité, du magnétisme.

Je ne sais pas trop si la notion d'in­flux nerveux,

sa nature électrique avait déjà été découverte.
Dans un des pre­miers travaux de jeunesse de FREUD où, appliquant justement la méthode psychologique de […], en y ajoutant un certain nombre de perfectionnements, FREUD avait réussi à y découvrir une certaine continuité de cellules qui consti­tuaient un nerf.
On discutait : qu'est–ce que c'est que le nerf ?

LACAN
Les travaux de FREUD en neurologie sont à l'origine de la théorie du neurone.

Didier ANZIEU
Il y a justement… La conclusion d'un de ses travaux est au bord même de la découverte de cette théorie.
C'est assez curieux d'ailleurs que FREUD soit resté au bord de la découverte de théories,

et que ce soit à la psychanalyse qu'il ait versé.

Jean HYPPOLITE
Est–ce qu'il n'estimait pas avoir échoué en matière d'électri­cité ?
Il me semble avoir lu ça quelque part.

Didier ANZIEU – En matière de zoologie.

Octave MANNONI
Oui. En matière clinique d'électricité, il a renoncé à appliquer les appareils électriques aux névrosés après une épreuve pénible.

Jean HYPPOLITE
Justement. C'est la compensation de ce qu'il estimait être un échec.

Didier ANZIEU
Oui, en effet. Il avait essayé l'électrothérapie

en clientèle privée.

LACAN
HYPPOLITE fait allusion au fait que justement, dans ses travaux anté­rieurs à la période psychanalytique de FREUD, ses travaux anatomiques peuvent être considérés comme des réussites, et ont été sanctionnés comme tels.
Quand il s'est mis à opérer sur le plan physiologique,

il semble avoir mani­festé un certain désintérêt,

et en fait c'est une des raisons pour lesquelles d'ailleurs il semble n'avoir pas poussé jusqu'au bout la portée de la découverte de la cocaïne.
Même là son investigation physiologique a été molle. Elle était toute proche de la thérapeutique de l'utilisation comme analgésique, et il a laissé de côté la chose tout à fait rigoureuse, la valeur anesthésique de la cocaïne, par insuffisance de curiosité de physiologiste, c'est très certain !
Mais enfin nous sommes là dans un trait de

la personnalité de FREUD. On peut poser la question

de savoir si sans doute, comme disait ANZIEU,

il le réser­vait à un meilleur destin.

On peut se poser cette question.
Il a fait certains retours sur des domaines

où il semblait avoir tant soit peu de penchant !
Mais aller jusqu'à dire que c'est une compensation, je crois que c'est un peu exces­sif, car en fin de compte, si nous lisons les travaux publiés sous le titre Naissance de la psychanalyse, le premier manuscrit retrouvé, théorie de l'appa­reil psychique, il est bien…

et d'ailleurs tout le monde l'a reconnu et souligné …dans la voie de l'élaboration théorique de son temps, sur le fonctionnement mécanistique de l'appareil nerveux.
Il faut d'autant moins s'étonner que des métaphores électriques s'y mêlent.
Il ne faut pas non plus oublier que l'électri­cité en elle même est partie, au départ, d'une expérimentation physiologique, afin d'être rendue à l'influx nerveux.
C'est dans le domaine de la conduction nerveuse

que la première fois le courant électrique

a été expérimenté.
On ne sait pas quelle en serait la portée.

Didier ANZIEU
Je crois que c'est surtout du point de vue conceptuel qu'il y a là quelque chose d'important.
En effet, FREUD a été formé en neurologie par un certain nombre de physiologistes qui ont apporté une conception tout à fait nouvelle dans ce domaine,

dont on a retrouvé l'espèce de serment.

LACAN
Les trois grands conjurés de la psychophysiologie.

Didier ANZIEU
En quoi consistait ce serment :

qu'il n'existe pas d'autre force que celles qui sont analogues aux forces physico–chimiques.

Il n'y a pas de grandes forces occultes, mystérieuses, toutes les forces se ramènent à l'attraction et à la répulsion.
Il est intéressant de revenir à ce texte du serment, de 1840, où s'est formée cette école.
C'est donc sur le modèle de l'astronomie.
Je pensais même, en vous enten­dant parler du moi

comme masse d'idées que vous y faisiez allusion. BRENTANO, lui, a donné le volume des œuvres complètes de Stuart MILL où se trouvent ces données

de la psychologie empiriste.
Qu'est–ce que JUNG s'est efforcé de faire

quand il a énoncé la loi de l'associa­tion des idées :

les idées s'attirent entre elles ?
Il reprenait la grande loi de NEWTON découverte

dans la physique, que les corps s'attirent entre eux.
La grande loi du monde psychique était analogue à la loi du monde physique. La notion de force se dégageait là, et l'électricité est un des privilégiés.
Ça va sans doute se substituer au « levier »,

modèle de la mécanique antique.

Maintenant il y a cette notion d'at­traction et de répulsion pour expliquer les phénomènes fondamentaux.
Cette chose expérimentée contre transférentiellement comme résistance, FREUD va la théoriser en recourant à ces notions de force.
Et la force suppose quelque chose qui s'oppose à cette force. La force est force par rapport à une certaine résistance :

notions fondamentales en électricité.
Je crois que c'est surtout comme modèle conceptuel que FREUD a été amené à mettre l'accent.

C'est proprement contre transférentiel :

« Il résiste, et ça me rend furieux. »
Je crois que là, du point de vue clinique, la notion de résistance représente bien une expérience que nous sommes tous amenés à faire une fois ou l'autre

avec presque tous les patients dans notre pratique.
LACAN – Quoi ? Qu'est–ce ?

Didier ANZIEU

Cette expérience extrêmement désagréable où on se dit :
« Il était sur le point, il pourrait trouver luimême, il le sait sans savoir qu'il le sait,

il n'a qu'à se donner la peine de regarder dessus, et ce bougre d'imbécile, cet idiot
tous les termes agressifs et hostiles

qui nous viennent à l'esprit
il ne le fait pas ». Et la tentation qu'on a de le forcer, de le contraindre… »

LACAN – Ne titillez pas trop là–dessus…

Jean HYPPOLITE
C'est la seule chose qui permette à l'analyste d'être intelligent, c'est quand cette résistance fait passer l'analysé pour un idiot. Cela donne une haute conscience de soi.

LACAN
Le piège d'ailleurs tout de même du contre–transfert, puisqu'il faut l'appeler ainsi, est tout de même plus insidieux que ce premier plan.

Didier ANZIEU
Je crois que c'en est le gros plan par excellence. C'est ce qui a frappé FREUD.
Et quand il s'est efforcé ensuite d'en rendre compte, ce n'est pas beau­coup plus tardivement qu'il l'a élaboré, sous forme de contre–transfert, selon

les conceptions qu'il avait présentes à l'esprit

et les travaux faits antérieurement.
On arrive à cette représentation que vous–même avez esquissée, qui est que le noyau pathogène n'est pas un noyau passif, mais un noyau éminemment actif, et que, de ce noyau pathogène, il y a toute une infiltration qui se dirige par des ramifications vers tout l'appareil psychique.
Et la résistance est au contraire quelque chose…

une autre infiltration symétrique

…qui provient de l'ego du sujet, et qui s'efforce justement d'arrêter ces ramifications de l'infiltration pathogène là où elle s'efforce

de passer dans des couches de plus en plus superficielles.
LACAN – À quel texte vous rapportez–vous là ?

Didier ANZIEU
Toujours dans les Études sur l'hystérie.

LACAN
Ce que vous venez de dire que la résistance est caractérisée comme…

enfin vous n'avez pas dit le mot, je ne sais pas comment

vous vous êtes arrangé pour ne pas le dire

…mais comme la défense en somme de l'ego contre les infil­trations du noyau pathogène, quel est votre texte ?

Didier ANZIEU
Les Études sur l'hystérie, après l'exposé des trois schémas, des trois arrangements linéaire, concentrique et dynamique.
Vous voulez que je retrouve la page ?
« L'organisation pathogène ne se comporte pas comme un corps étranger mais bien plutôt comme une infiltration
là un mot dont la significa­tion m'échappe: « infiltrate »
LACAN – Eh bien, ce qui est infiltré, l'infiltrat.

Didier ANZIEU
l'infiltrat doit dans cette comparaison passer pour être la résistance. »

LACAN
Eh bien, ça ne veut pas dire que c'est la réaction de l'ego, il n'y a pas d'idée de formation réactionnelle de la résistance, là.

Didier ANZIEU – C'est exact.
LACAN
C'est–à–dire que malgré vous, vous sollicitez déjà des textes ulté­rieurs dans le sens d'identifier

la résistance aux dépens de quelque chose qui est déjà nommé dans les Studien, mais cet ego, dont on parle dans les Studien, cette masse idéationnelle, contenu d'idéations que constitue l'ego dans les Studien,

c'est à voir…
Disons…

Je vais vous aider, vous dire ce que j'en pense. C'est pour cela que nous sommes là, pour voir ce que signifie l'évocation de la notion de l'ego d'un bout à l'autre de l’œuvre de FREUD.
Il est tout à fait impossible de comprendre ce que représente la notion de l'ego en psychologie

telle qu'elle a commencé à surgir avec

les travaux de 1920, travail sur la psychologie

de groupe, sur le das Ich und das Es

…il est impossible de le comprendre si l'on noie tout dans une espèce de somme générale d'appréhension

d'un certain versant du psychisme.
Ce n'est pas du tout ça dans l’œuvre de FREUD.

Ça a un rôle fonctionnel, lié à certaines nécessités techniques.
Pour dire tout de suite ce que je veux dire,

par exemple pour prendre les choses…

Le triumvirat qui fonctionne à New York :

HARTMANN, LŒWENSTEIN et KRIS…

dans leur élaboration ou leur tentative,

leur effort d'élaboration actuelle

d'une psychologie de l'ego

…ils sont tout le temps…

on le voit, il suffit de se rapporter à leur texte …ils sont autour de ce problème :

qu'est–ce qu'a voulu dire la dernière théorie de l'ego de FREUD ?
Est–ce qu'on en a jusqu'à pré­sent vraiment tiré

les implications techniques ?
Et c'est écrit comme ça, je ne traduis pas !
Je ne fais que répéter ce qui est dans les deux

ou trois derniers articles de HARTMANN,

qui sont à votre portée là, dans ce livre :

Psychoanalytic Quarterly 1951, par exemple trois articles de LŒWENSTEIN, KRIS et HARTMAN sur ce sujet,

groupés là et qui valent la peine d'être lus.
On ne peut pas abso­lument dire qu'ils aboutissent

à une formulation pleinement satisfaisante,

mais manifestement ils cherchent dans ce sens,

posent des principes et des pré­cisions théoriques qui comportent des applications techniques certainement très importantes.
Et ils arrivent à formuler qu'elles n'ont pas été pleinement tirées.

Cela ne veut pas dire qu'on n'en ait pas tiré du tout.
HARTMANN le dit : la question est là.
C'est très curieux de voir comment la question vraiment de ce travail s'éla­bore à travers la suite d'un article qui se succède depuis quelques années, spé­cialement depuis la fin de la guerre.
Je crois que ça donne toute l'apparence très manifeste d'un échec qui est significatif et doit être instructif pour nous.
En tous les cas, il y a évidemment toute une distance, un monde parcouru entre :


  • le départ, l'ego tel qu'on en parle dans les Studien,




  • et cette dernière théo­rie de l'ego encore problématique pour nous telle qu'elle a été forgée par FREUD lui–même à partir de 1920.


Entre les deux, il y a quelque chose :

ce champ cen­tral que nous sommes en train d'étudier.
En somme, comment est venue à jour cette théorie de l'ego qui se présente actuellement sous cet aspect complètement problématique d'être la dernière pointe de l'élaboration théorique de FREUD, une théorie de FREUD jamais vue, ou – sinon jamais vue – une théorie extraordinai­rement originale et nouvelle.
Et en même temps se présenter sous la plume d'HARTMANN quelque chose qui de toutes ses forces tend à rejoindre le courant psychologique classique.
Les deux choses sont vraies.
KRIS l'écrit aussi :
« entrée de la psychanalyse dans la psychologie générale ».
Or, il apparaît en même temps quelque chose

de com­plètement nouveau, neuf, original dans

la théorie de l'ego, et c'est même incon­cevable 

toute l'élaboration des années entre 1910 et 1920.
Et il y a là quelque chose de paradoxal, que nous serons amenés à mettre ici en valeur, quoi qu'il se passe :


  • soit que nous soyons amenés jusqu'aux vacances avec ces Écrits tech­niques,



  • soit, une autre façon d'aborder le même problème avec les écrits de SCHREBER.


Il est donc important d'être tout à fait prudent,

et malgré vous, vous avez glissé là quelque chose

qui n'est pas dans le texte.
[ à Anzieu ] Poursuivez.

Didier ANZIEU
Il me restait à présenter en conclusion un certain nombre de remarques sur tout ce que j'avais indiqué.

Tout d'abord, c'est que…

ainsi que je le disais à l'instant

…cette notion de résis­tance apparaît chez FREUD – est découverte – au cours d'une expérience vécue,

cette expérience vécue, c'est…

comme il le dit dans les Études sur l'hystérie

…la grande surprise c'est de voir que quand on demande au sujet de se laisser aller à associer librement, on s'aperçoit que le sujet a tout en lui, en bon ordre : les souvenirs sont rangés en bon ordre, tout est en bon ordre en lui.
Et si on réus­sit à accéder à cette somme, on la trouve. Autrement dit, l'étiologie du symp­tôme et de l'hystérie est dans le sujet lui–même. Elle est rangée en bon ordre et qui attend qu'on vienne la chercher.

Et le sujet donc devrait voir, la trouver tout seul, puisqu'elle est en lui et en bon ordre.
Mais voilà la résistance qui intervient.

Le sujet donc peut le savoir, et il ne veut pas, exactement comme les sujets qui pourraient être hypnotisés, à qui ça ferait le plus grand bien, et qui ne veulent pas.
Par conséquent, la résistance née de cette réaction du psychothérapeute…

puisqu'on ne parle pas encore de psychanalyse, une espèce de réaction, de contre–réaction, de réaction de rage contre ce refus du sujet de se rendre aux évi­dences qui sont en lui et de guérir, finalement de guérir, alors qu'il a toutes les possibilités de guérir en lui,

et par conséquent la réaction première du psycho­thérapeute qui est de forcer soit ouvertement, soit sous forme, insidieuse, en insistant

…de forcer le sujet.
Par conséquent, FREUD va donc être amené à voir

qu'il y a dans la résistance un phénomène…

et je rejoins les conclusions de MANNONI

…un phénomène de relation à deux, interindividuel.
LACAN
En 1896, on a déjà parlé de psychanalyse.

Le terme psycho­analyse existe déjà dans un article de

la Revue neurologique. Tout le monde peut le trouver, écrit en français. C'est peut–être même écrit en français

que le mot psychoanalyse est apparu pour la première fois.

Didier ANZIEU
Au lieu de voir que la résistance c'est le transfert,

et que la résis­tance de l'analyste est le contretransfert, FREUD renvoie la résistance au sujet

et dit que si le sujet résiste à l'analyste,

c'est parce que le patient résiste à lui–même,

c'est qu'il s'est défendu contre les pulsions qui ont été avivées en lui par une cer­taine expérience,

à un certain moment de son histoire.
Par là même la résistance est renvoyée au sujet

et c'est–à–dire les trois formes de résistance :

  • résistance,

  • refoulement et

  • défense,

…que FREUD s'efforce de classer.
LACAN – FREUD s'efforce de classer où ?


Didier ANZIEU


Il s'efforce de les classer dans le temps, puisque :



  • la défense du moi, c'est qu'il a réagi contre l'impulsion sexuelle,



  • le refoulement, c'est qu'il a aboli le souvenir,




  • et la résistance est ce qu'il oppose à la remémoration actuelle où il s'expose à la découverte de cette notion.

LACAN
C'est comme cela que nous résumons, nous, des notions qui ne sont pas… qui glissent insensiblement au cours du développement de la pensée vers des acceptions de plus en plus différenciées, qui ensuite se rejoignent certaine­ment.
C'est bien de cela qu'il s'agit, mais cette harmonieuse classification – résis­tance, défense, refoulement – n'est nulle part, sous sa plume à lui, présentée

de cette façon–là.

Didier ANZIEU
À peu près, si, dans les Études sur l'hystérie.

Il y aurait…

pour cet élément de réaction à la réaction du sujet …il y aurait lieu de faire intervenir les facteurs personnels chez FREUD.
Ce serait nous entraî­ner bien loin.

On sait toutefois, d'après ce que FREUD a dit

dans la Science des rêves

dont BERNFELD a retrouvé l'unicité

…qu'il y avait une tendance à la domination

extrêmement forte, puisqu'il s'est identifié à MASSÉNA, à HANNIBAL.
Il avait ensuite envisagé de faire du droit et de la politique, donc exer­cer un pouvoir sur les personnes, et sa vocation, son orientation vers les études de médecine, il l'attribue à la suite de cette audition de conférences sur GŒTHE.
Un texte de GŒTHE sur la nature.

Cela semble s'expliquer de la façon suivante au pouvoir direct sur les êtres humains, FREUD substitue cet exercice du pouvoir beaucoup plus indirect

et acceptable du pouvoir que la science donne

sur la nature.
Et ce pouvoir se ramenant en dernière forme, on revoit ici le mécanisme de l'intellectualisation, à comprendre la nature et par là même se la soumettre, formule classique du déterminisme même, par allusion avec ce caractère auto­ritaire chez FREUD qui ponctue toute son histoire, et particulièrement ses rela­tions avec les hérétiques aussi bien qu'avec ses disciples.

LACAN
Mais je dois dire que si je parle dans ce sens,

je n'ai pas été jusqu'à en faire la clef de la découverte freudienne.

Didier ANZIEU
Je ne pense pas non plus en faire la clef,

mais un élément intéres­sant à mettre en évidence.
Dans cette résistance, l'hypersensibilité de FREUD

à la résistance du sujet n'est pas sans se rapporter à son propre caractère.

LACAN
Qu'est–ce qui vous permet de parler de l'hypersensibilité de FREUD ?

Didier ANZIEU
Le fait :


  • que lui l'ait découverte, et pas BREUER ni CHARCOT, ni les autres,



  • que c'est quand même à lui que c'est arrivé, parce qu'il l'a senti plus vive­ment, et il a élucidé ce qu'il avait ressenti.



LACAN
Oui, mais vous croyez… non seulement qu'on puisse mettre en valeur une fonction telle que la résistance est quelque chose qui signifie chez le sujet

une particulière sensibilité à ce qui lui résiste ?
Ou au contraire est–ce que ce n'est pas d'avoir su

la dominer, aller bien ailleurs et bien au–delà,

qui lui permit justement d'en faire un facteur

qu'on peut objectiver, manœuvrer, dénommer, manier, et faire un des ressorts de la thérapeutique ?
Et vous croyez que FREUD est plus autoritaire que CHARCOT, alors que FREUD renonce tant qu'il peut à

la sug­gestion pour laisser justement au sujet intégrer

ce quelque chose dont il est séparé par des résistances ?
En d'autres termes, est–ce de la part de ceux qui méconnais­sent la résistance qu'il y a plus ou moins d'autoritarisme dans l'appréhension du sujet ?
J'aurais plutôt tendance à croire que quelqu'un

qui cherche par tous les moyens à faire du sujet

son objet, sa chose, dans l'hypnotisme, ou qui va cher­cher un sujet qui devient souple comme un gant, pour lui donner la forme qu'on veut, ou en tirer ce qu'on peut en tirer, c'est tout de même quelqu'un

qui est plus poussé par un besoin de domination, d'exercice de sa puissance, que FREUD qui, dans cette occasion, paraît finement respectueux de ce

qu'on appelle communé­ment aussi bien sous cet angle :

la résistance de l'objet ou de la matière.

Didier ANZIEU – Assurément.

LACAN
Je crois que, pour ce que vous venez de dire, il faut être extrême­ment prudent dans ces choses. Nous ne pouvons pas manier si aisément toute notre technique.
Quand je vous parle de l'analyse de l'œuvre de FREUD, c'est justement pour y procéder avec toute la prudence analytique et ne pas faire d'un trait caracté­riel quelque chose qui soit une constante de la personnalité, plus encore une caractéristique du sujet.
Je crois même que là–dessus il y a des choses très impru­dentes sous la plume de JONES, mais je crois quand même plus nuancées que ce que vous avez dit.
Penser que la carrière de FREUD a été une compensation de son désir de puis­sance, voire de sa franche mégalomanie, dont il reste d'ailleurs des traces dans ses propos, qui restent encore à interpréter, je crois que c'est…
Je crois que la question du drame de FREUD au commencement où il découvre sa voie, c'est quelque chose qui ne peut pas se résumer d'une manière telle que nous caractérisions tout ce qu'il a apporté dans le contact avec le sujet comme étant la continuation du désir de puissance !
Nous avons tout de même assez appris dans l'analyse, la révolution, voire la conversion dans la personnalité pour ne pas nous sentir obligés de faire une équivalence entre :

  • FREUD rêvant de dominer le monde par les moyens de la volonté de puissance, de commande­ment,

  • et FREUD initiateur d'une vérité nouvelle.


Cela ne me semble pas relever de la même cupido,

si ce n'est de la même libido.
Jean HYPPOLITE
Vous permettez ? Il me semble quand même que

dans la domination de CHARCOT…

sans accepter intégralement les formules

d'ANZIEU et les conclusions qu'il en tire

…dans la domination de CHARCOT par hypnotisme,

il s'agit de la domination sur un être réduit à l'objet…
LACAN
Nous allons peut–être un peu loin,

en tout cas à réduire…

Jean HYPPOLITE
C'est la possession d'un être qui n'est plus maître de lui. Tandis que, contrairement, la domination freudienne, c'est vaincre un sujet, un être qui a encore une conscience de soi.
Il y a donc en quelque sorte une domination plus forte dans la domination de la résistance à vaincre que dans la suppression pure et simple de cette résistance… sans vouloir en tirer la conclusion

que FREUD ait voulu dominer le monde.

LACAN – Oui, il y aurait cela, s'il y avait ce que…

Jean HYPPOLITE
C'est une domination facile, celle de CHARCOT.

LACAN

Il s'agit de savoir si celle de FREUD était une domination tout court.
Il semble qu'après ce que nous avons vu de sa façon de procéder dans les cas cli­niques qu'il rapporte…

et je réserve toujours bien des choses qui ne sont pas indiquées dans sa façon de procéder

…dans l'ensemble, bien entendu, nous avons vu

des choses qui nous surprennent…

mais qui nous surprennent par rap­port à certains principes techniques auxquels nous accordons une importance

…des choses qui nous surprennent dans son interventionnisme.
Elles sont peut–être dans un certain sens beaucoup moins cette sorte de victoire sur la conscience

du sujet dont parlait HYPPOLITE que les techniques modernes qui mettent toujours tout l'accent

sur la résistance.
Bien loin de là, dans FREUD nous voyons une attitude, on ne peut pas dire plus complexe, peut–être plus indifférenciée, c'est–à–dire humaine.
Il ne définit pas toujours ce qu'on appelle maintenant interprétation de la défense,

ou du contenu, ce qui n'est peut–être pas toujours

la meilleure…
Au bout du compte, c'est plus subtil, nous nous apercevons que c'est la même chose. Mais il faut être un peu subtil pour cela. Et nous voyons qu'en fin

de compte chez FREUD l'interprétation du contenu joue le rôle d'interprétation de la défense.
Ce n'est certainement pas cette sorte de technique, dont vous avez raison d'évoquer l'ombre,

puisque c'est en somme ça qui est…
J'essaierai de vous montrer par quel biais précisément se présente le danger d'un tel forçage

du sujet par les interventions de l'analyste.
Elles sont beaucoup plus actuelles dans les techniques dites « modernes »…

comme on dit en parlant de l'analyse

comme on parle des échecs

…elles sont beaucoup plus actuelles qu'elles n'ont jamais été manifestées dans FREUD.
Et je ne crois pas que la sortie théorique

de la notion de résistance puisse nous servir de prétexte de formuler à l'égard de FREUD cette sorte d'accusation qui va radicalement en sens contraire de l'effet manifestement libérateur de toute son œuvre et de son action théra­peutique.

Ce n'est pas un procès de tendance que je vous fais.
C'est une tendance que vous manifestez

à la conclusion de votre travail, et qui ne peut,

je crois, servir qu'à voir les choses sous une forme critique.
Il faut avoir un esprit d'examen, de critique, même vis–à–vis de l'œuvre originale, mais sous cette forme ça ne peut servir qu'à épaissir le mystère,

et pas du tout à le mettre au jour.

Didier ANZIEU
Une dernière chose, qui est du mouvement psychanalytique

dans cette même expérience privilégiée dont il s'est efforcé de découvrir l'explication.
FREUD découvre les trois notions :

défense, résistance, refoulement.
Après un moment de flottement, dans la même année,

il essaie de synthétiser, d'étendre en dehors de l'hystérie…

  • à la névrose obsessionnelle,

  • à la paranoïa

…la notion de défense et de chercher le type spécifique de défense qu'il y avait à l'œuvre

dans ces autres névroses.
FREUD va par la suite centrer la psychologie psychanalytique sur la notion de refoulement,

puis plus tard sur la notion de résistance.
Et en 1920 il reviendra à cette notion de défense

qui est esquissée ici.
En ce sens, je crois que l'on a bien affaire à cette cellule germinale de la pen­sée freudienne, dont au cours de l'histoire il va successivement développer les aspects qui chronologiquement sont les plus essentiels.


LACAN
Quand vous dites cellule germinale vous vous référez à qui ?

Didier ANZIEU – À BERGMAN : « germinal cell ».

LACAN
En tout cas dans cet article dont j'ai bien le souvenir…

le nom m'avait échappé

…ce dont il s'agit tout au long de l'article, qui est donné comme la cellule germinale de l'observation analytique…

ceci est d'autant plus important à souligner

que ça touche bien à cette question du sens

de la découverte freudienne

…c'est la notion de retrouvailles et de « restitution du passé », dont il montre que c'est de là qu'est partie

notre expérience.
Il se réfère au travail avec BREUER, Studien über Hysterie

et il montre que jusqu'à la fin de l'œuvre de FREUD, et jus­qu'aux dernières expressions de sa pensée,

la notion de « restitution du passé »…

sous mille formes et enfin

sous la forme de la reconstruction

…est maintenue tou­jours pour lui au premier plan.
C'est de cela qu'il s'agit.
Dans cet article, l'ac­cent n'est nullement mis sur

le groupement par exemple autour de cette expérience fondamentale de la résistance.

C'est avant tout…

Didier ANZIEU
Je n'avais pas parlé de la cellule germinale. je me suis efforcé de rat­tacher le développement de la résistance à tout ce développement.

LACAN
Je voudrais vous dire tout de même quelques mots.

Je crois que les exposés qu'ont faits MANNONI

et ANZIEU ont l'intérêt de vous montrer les côtés brûlants de toute cette affaire.
Il y a eu dans leurs exposés…

comme il convient à des esprits sans doute formés, mais relativement récem­ment introduits sinon à l'application sur l'analyse,

du moins à sa pratique, à sa technique

…quelque chose d'assez acéré, voire polémique,

ce qui a toujours son intérêt comme introduction

à la vivacité du problème.
Je crois qu'il y a là en effet une question très délicate, d'autant plus délicate que…

comme je l'ai indiqué dans mes propos interruptifs …elle est tout à fait actuelle chez certains d'entre nous.
Le reproche tout à l'heure implicitement formulé comme étant quelque chose de tout à fait inaugural à la méthode de FREUD, ce qui est tout à fait paradoxal, car si quelque chose fait l'originalité du traitement analytique, c'est justement d'avoir perçu tout à fait à l'origine, et d'emblée, ce quelque chose d'original dans le sujet, qui le met dans ce rapport vraiment problématique avec lui–même, cette chose qui fait que ce n'est pas tout simple de le guérir, d'avoir mis cela

en conjonction avec ce qui est la trouvaille même,

la découverte, au sens où je vous l'ai exposé au début de cette année, à savoir le sens des symptômes.
Le refus de ce sens, c'est quelque chose qui pose un problème.

La nécessité que ce sens soit plus que révélé, soit accepté par le sujet, c'est quelque chose qui classe au pre­mier chef des techniques pour lesquelles

la personne humaine, au sens où nous l'entendons

de nos jours, où nous nous sommes aperçu que ça avait son prix, que la psychanalyse fait partie, est une technique qui non seulement la respecte, mais fonctionne dans cette dimension, et ne peut pas fonctionner autrement.
Et il serait tout de même paradoxal de mettre au premier plan que la notion de la résistance du sujet est quelque chose qui en principe est forcé par la technique. Cela me parait évident. Ce qui ne veut pas dire que le problème ne se pose pas.
Le style d'interventions de notre technique analytique…

Il est tout à fait clair que de nos jours tel ou tel analyste ne fait littéralement pas un pas dans

le traitement sans apprendre à ses élèves à poser

la question : « qu'estce qu'il a pu encore inventer comme défense ? ».
Cette notion vraiment, non pas poli­cière au sens où il s'agit de trouver quelque chose de caché, c'est plutôt le terme à appliquer aux phases douteuses de l'analyse dans ses périodes archaïques, mais la phase inquisitoriale, ce qui est assez différent :

il s'agit de savoir quelle posture le sujet a pu bien prendre, quelle attitude, quelle trou­vaille a–t–il faite pour se mettre dans une position telle

que tout ce que nous lui dirons sera inopérant ?
Pour tout dire, l'espèce… ce n'est pas juste de dire de mauvaise foi pour ce style qui est celui d'une certaine technique analytique, mauvaise foi est trop lié à des implications de l'ordre de la connaissance, qui sont tout à fait étrangères à cet état d'esprit, ça serait trop subtil encore.
Il y a tout de même encore l'idée d'une espèce de mauvaise volonté fondamentale, une implication vraiment volontariste : le sujet non seulement ne veut rien savoir, mais est capable …//…


[ La page 22 de la sténotypie est manquante ]

…//… la moi­tié du temps, voire le temps d'une vie humaine

Il ne faut pas trop s'étonner que vous le retrouviez à la fin avec des attitudes ou des pensées,

un contenu tout à fait différent dans le même mot qu'il a employé.
Entre deux, ils peuvent s'être mariés, avoir procréé, et ceci suffit à donner un sens exactement opposé

à un dialogue qui, à la fin du voyage, pourrait être considéré comme reproduisant mot pour mot le dialogue qui s'est ébauché au départ.
Les mots auront un sens nouveau du fait que

les personnes seront totalement différentes.
Je voudrais tout simplement… Je vais prendre un exemple avant d'entrer dans mon sujet.
Un article d'Annie REICH, qui est paru dans

le n°1 de 1951
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   49

similaire:

Leçon 1 18 novembre iconLeçon 1 17 novembre 1954

Leçon 1 18 novembre iconLeçon I, 13 novembre 1973 Je recommence. Je recommence puisque j'avais...

Leçon 1 18 novembre iconLeçon 1 15 janvier 1964 Leçon 2 22 janvier

Leçon 1 18 novembre iconLeçon 1A Ça va?

Leçon 1 18 novembre iconLeçon 1 introduction

Leçon 1 18 novembre iconLa leçon se donne en 20 minutes

Leçon 1 18 novembre iconLeçon 1 01 Décembre 1965

Leçon 1 18 novembre iconLeçon 5 (Imaginez) La société en évolution

Leçon 1 18 novembre iconLeçon n°24: Histoire de l’art islamique

Leçon 1 18 novembre iconLeçon I, 1er décembre 1965








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
ar.21-bal.com