Leçon 1 18 novembre








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7 sur le contre–transfert.
Cet article prend sa valeur, ses coordonnées avec

une certaine façon d'orienter la technique qui va très loin dans une certaine école,

disons dans une certaine partie de l'école anglaise.
On en vient, vous le savez, à proférer que toute l'analyse doit se passer dans le hic et nunc, c'est–à–dire qu'en fin de compte tout se passerait dans une sorte d'étreinte toujours présente des intentions du sujet, ici et là, dans la séance, sans aucun doute à travers lesquelles nous entre­voyons des lambeaux, des fragments, des ébauches, plus ou moins bien rappor­tés de son passé,

mais où en fin de compte, c'est cette espèce d'épreuve

j'allais presque dire d'épreuve de force psychologique

…à l'intérieur du traitement où résiderait toute l'activité de l'analyse.
Après tout, c'est bien là la question :

l'activité de l'analyse.
Comment agit­–elle ? Qu'est–ce qui porte ?

Pour ceux dont il s'agit – pour Annie REICH –

rien n'est important si ce n'est cette espèce de reconnaissance par le sujet hic et nunc, des intentions

de son discours.
Et ses intentions sont des intentions qui n'ont jamais de valeur que dans leur portée hic et nunc,

dans l'interlocution présente.
Quand il est avec son épicier, ou son coiffeur,

en réalité, implicitement, il engueule le personnage à qui il s'adresse.
En partie, chacun sait…

il suffit d'avoir la moindre pratique

de la vie conjugale, elle vous donne

une sensibilité à ces choses

…on sait toujours qu'il y a une part de revendication implicite dans le moindre fait qu'un des conjoints rapporte à l'autre justement plutôt ce qui l'a embêté dans la jour­née que le contraire.
Mais il y a tout de même aussi quelquefois quelque chose d'autre : le soin de l'informer de quelque événement important à connaître.
Les deux sont vrais.

Il s'agit de savoir sur quel point on porte

la lumière et ce qu'on considère comme important.
Les choses vont parfois plus loin.

Annie REICH rapporte ceci d'un analyste qui se trouve dans la situation sui­vante d'avoir eu – on sent bien qu'elle brouille certains traits. Tout laisse à

pen­ser qu'après tout il doit bien s'agir de quelque chose comme d'une analyse didactique, à savoir en tout cas d'une analyse avec quelqu'un de très proche, dont le champ d'activité est très proche du champ

de la psychanalyse.
Ce sujet, je parle de l'analysé, a été amené à faire à la radio une communication sur un sujet qui intéresse vivement l'analyste lui–même,

ce sont des choses qui arrivent, ça !
Il se trouve que cette communication à la radio,

il l’a faite à un moment où il vient justement – lui,

le sujet analysé – de perdre sa mère.
Tout indique que la mère en question joue un rôle tout à fait important dans ce qu'on appelle

les fixations, voire les subjectivités du patient.

C'est quelques jours avant l'émission que le deuil

le frappe. Il en est certainement très affecté. Néanmoins, il n'en tient pas moins ses engagements d'une façon particuliè­rement brillante.
À la séance suivante, le sujet arrive dans une espèce d'état de stupeur, voisine de la confusion : il n'y a rien à en sortir, non seulement, mais on en sort quelque chose de surprenant dans son incoordination.

L'analyste interprète hardiment en disant :
« Vous êtes dans cet état parce que vous pensez que je vous en veux beaucoup du succès

que vous venez d'avoir l'autre jour à la radio, sur ce sujet qui, vous le savez,

m'intéresse moimême au premier chef. »
Bon ! … Et je vous en passe.

La suite de l'observation montre qu'il ne faut pas moins d'un an au sujet pour retrouver ses esprits

à l'endroit de cette interprétation–choc,

qui n'avait pas manqué d'avoir un certain effet,

car il avait repris instantanément ses esprits.
Le fait que le sujet sorte d'un état d'embrouillement, de brouillard, à la suite d'une intervention de l'analyste, aussi directe que celle–là, ne prouve abso­lument pas que l'intervention ait été efficace, au sens

à proprement parler thé­rapeutique, structurant, du mot,

à savoir que dans l'analyse elle eût été vraie.
Non ! Elle a ramené le sujet au sens de l'unité de son moi. Il était dans la confu­sion. Il en est brusquement ressorti en se disant :
« J'ai là quelqu'un qui me rap­pelle qu'en effet tout est loup au loup. Nous sommes dans la vie. »
Et il repart, il redémarre, l'effet est instantané.
Mais ça n'a jamais été considéré dans l'ana­lyse

comme la preuve de la justesse de l'interprétation que le sujet change de style. Je considère à juste titre que quand il apporte un matériel confirmatif,

cela prouve la justesse de l'interprétation, et encore, cela mérite d'être nuancé.
Ici, au bout d'un an, le sujet s'aperçoit que ce dont il s'agissait dans son état confusionnel était lié à un contrecoup de ses réactions de deuil, réactions qu'il n'avait pu surmonter qu'en les inversant littéralement.
Ceci évidemment suppose que nous entrions

dans la psychologie du deuil.

Certains d'entre vous la connaissent assez,

avec son aspect dépressif, pour pou­voir concevoir qu'effectivement cette communication faite

dans un mode de relation au sujet très particulier dans la parole à la radio, adressée :

  • à une foule d'auditeurs invisibles,

  • et à la fois cette invisibilité a – on peut même dire – un caractère qui ne s'adresse pas forcément implicitement, pour l'imagination du sujet, à ceux qui l'écoutent, mais aussi bien

à tous : aux vivants comme aux morts.
Le sujet était évidemment dans un rapport extrêmement conflictuel avec le fait qu'il pouvait à la fois regretter que sa mère ne puisse être témoin

de son suc­cès, mais quelque chose dans son discours lui était peut–être adressé, dans ce discours

qui s'adressait à ses invisibles auditeurs.
Quoi qu'il en soit, le caractère nettement inversé pseudomaniaque de l'attitude du sujet, et sa relation étroite avec la perte récente de cette mère qui représentait pour lui la perte d'un objet privilégié dans ses liens d'amour, est manifestement au ressort de cet état critique dans lequel il était arrivé

à la séance suivante, immédiatement après son exploit : le fait qu'il ait réalisé, malgré les circonstances contraires, d'une façon brillante,

ce qu'il s'était engagé à faire.

L'important n'est pas ceci.

L'important est ce qui tout à fait manifeste sous la plume de quelqu'un qui est loin d'avoir une attitude critique vis–à–vis d'un cer­tain style d'intervention, que le mode d'interprétations sur la base de la signifi­cation intentionnelle de l'acte du discours dans le moment présent de la séance, est quelque chose qui est soumis à toutes les relativités qu'implique l'engage­ment éventuel de l'ego

de l'analyste dans la situation.
Pour tout dire, ce qui est important,

ce n'est pas que l'analyste lui–même se soit trompé.

Rien n'indique même qu'on puisse dire que ce soit

le contre–trans­fert en lui–même qui soit coupable

de cette interprétation manifestement réfu­tée

par la suite du traitement.
Que le sujet ait éprouvé lui–même les sentiments

que l'analyste imputait à son analysé de lui donner à lui analyste, non seulement nous pouvons l'ad­mettre,

mais c'est excessivement probable.
Qu'il ait été guidé par cela dans l'in­terprétation qu'il a donnée, c'est une chose qui n'est pas du tout à considérer même comme dangereuse.
Le seul sujet analysant, l'analyste, qu'il ait éprouvé ces sentiments, c'est jus­tement son affaire que de savoir en tenir compte d'une façon opportune pour s'éclairer comme d'une aiguille indicatrice

de plus dans sa technique.
On n'a jamais dit que l'analyste ne doit jamais éprouver de sentiments vis–à–vis de son patient.

On doit dire qu'il doit savoir non seulement les mettre à leur place, ne pas y céder, mais s'en servir d'une façon techniquement bien située.
C'est parce qu'il a cru devoir chercher d'abord dans l'hic et nunc la raison d'une certaine attitude du patient qu'il a cru devoir la trouver dans quelque chose

qui existait effectivement là, dans le champ intersubjectif des deux personnages.

Il était bien placé pour le connaître, parce qu'il éprouvait en effet que c'est bien ainsi qu'il éprouvait le sentiment d'hostilité, ou tout au moins d'agacement vis–à–vis du succès de son patient.
Ce qui est grave, c'est qu'il ait cru être autorisé par une certaine technique à en user d'une façon directe, d'emblée.
Qu'est–ce que je veux dire par là ?

Qu'est–ce que j'oppose ?
Je vais essayer de vous l'indiquer à présent.

Je dis qu'il se croit autorisé à faire ce que j'appellerai une interprétation d'ego à ego

ou d'égal à égal, permettez–moi le jeu de mots

…c'est de cela qu'il s'agit.
Autrement dit, une interprétation dont le fondement et le mécanisme ne peuvent en rien être distingués

du méca­nisme de la projection. Quand je dis projection, je ne dis pas projection erro­née.
Entendez bien ce que je suis en train de vous dire. Il y a une formule qu'avant d'être analyste j'avais…

avec mes faibles dons psychologiques

…mise à la base de la petite boussole dont

je me servais pour évaluer certaines situations.
Je me disais volontiers : « Les sentiments sont toujours réciproques ». C'est abso­lument vrai, malgré l'apparence.
Dès que vous mettez en champ deux sujets…

je dis deux, pas trois

…les sentiments sont toujours réciproques.
Donc l'analyste était fondé à penser que du moment qu'il avait ces senti­ments–là, virtuellement les sentiments correspondants pouvaient être évoqués chez l'autre.
Et la preuve est que justement il les a parfaitement acceptés. Quand on lui a dit : « Vous êtes hostile, parce que vous pensez que je suis irrité contre vous. » il suffisait de le lui dire pour que ce sentiment soit établi.

Le sentiment était donc valablement déjà là, puisqu'il suffisait d'y mettre la petite étincelle pour qu'il existe.
Donc ce qui est important est que si le sujet

a accepté cette interprétation, c'est d'une façon tout à fait fondée, pour cette simple raison que, selon toute apparence…

dans une relation aussi intime que celle

qui existe entre analysé et analyste

…il était assez averti des sentiments de l'analyste pour être induit à quelque chose de symétrique.
La question est de savoir si une certaine façon

de comprendre l'analyse des défenses ne nous mène pas à une technique je dirais presque obligatoirement générative d'une certaine sorte d'erreurs,

une erreur qui n'en est pas une.
Je veux dire quelque chose qui est avant le vrai et le faux, quelque chose qui est tel­lement obligatoirement juste et vrai qu'on ne peut pas dire si elle répond ou non à une vérité : De toute façon elle sera vérifiée.
Il s'agit donc de savoir pourquoi un tel danger existe.

Je crois pouvoir vous dire pourquoi.

C'est que dans cette sorte d'interpréta­tion de la défense

que j'appelle d'ego à ego

il convient – quelle que soit sa valeur éventuelle – de s'en abstenir.
Il faut même dans ces sortes d'interprétations

de la défense qu'il y ait toujours au moins…

et ça veut dire que ça ne suffit pas

…un troi­sième terme.
Et en réalité il en faut plus, comme j'espère pouvoir vous le démontrer. Mais je ne suis en train – pour aujourd'hui – que d'ouvrir le problème avec quelques mots qui sont importants, à savoir précisément ces fonctions réciproques de l'ego des sujets.
Il est tard. Cela ne nous permet pas d'entrer

aussi loin que je l'aurais voulu dans le problème

des rapports de la résistance et des défenses.

Je voudrais néan­moins vous donner quelques indications dans ce sens.

Après vous avoir montré les problèmes et les dangers que comporte une cer­taine technique de l'analyse

des défenses, je crois nécessaire, après les exposés de MANNONI et ANZIEU, de poser certains principes.
Il y a une chose tout à fait claire, qui mérite

qu'on s'y réfère comme départ d'une définition

tout à fait coordonnée, en fonction de l'analyse,

de la notion de résistance.
FREUD a donné la première définition, je crois,

dans la Science des rêves.
Ceux qui peuvent lire l'allemand et qui ont des textes de l'édition d'Imago, édition anglaise, trouveront ceci à la page 521. Je vous signale

que c'est dans le chapitre VII, Psychologie des processus du rêve,

première section qui concerne l'oubli des rêves.
Nous avons une phrase décisive qui est celle–ci :
« Was immer die Fortsetzung der Arbeit stört, ist ein Widerstand » [Traumdeutung: 7, A]
Ce qui veut dire :
« Tout ce qui peut détruire, suspendre, altérer la continuation, Fortsetzung, du travail… »
Et il s'agit du travail analytique. Il s'agit, là où nous sommes, dans l'analyse des rêves, il ne s'agit pas de symptômes, il s'agit de traitement, de Behandlung, quand on dit qu'on traite un objet, qu'on traite quelque chose qui passe dans certains processus
« Tout ce qui suspend, détruit, stört, la continuation du tra­vail est une résistance. »
Ce qui malheureusement a été traduit en français par :
« Tout obstacle à l'interprétation provient de la résistance psychique. »
je vous signale ce point, parce qu'évidemment ça ne rend pas facile la vie à ceux qui n'ont que la traduction très sympathique du courageux M. MEYERSON. Cela doit vous inspirer une salutaire méfiance à l'égard d'un certain nombre de traductions de FREUD. Et tout le paragraphe précédent est traduit dans ce style.
La note en bas de page, dans l'édition allemande…

et qui discute tout de suite après : « Est­ce que nous allons dire que si le père du patient meurt, estce que c'est une résis­tance ? ».

Je ne vous dis pas comment il conclut,

mais vous voyez dans quelle ampleur

est posée la question de la résistance

…cette note est supprimée dans l'édition française.

[Fußnote]Der hier so peremptorisch aufgestellte Satz: “Was immer die Fortsetzung der Arbeit stört, ist ein Widerstand”, könnte leicht mißverstanden werden. Er hat natürlich nur die Bedeutung einer technischen Regel, einer Mahnung für den Analytiker. Es soll nicht in Abrede gestellt werden, daß sich während einer Analyse verschiedene Vorfälle ereignen können, die man der Absicht des Analysierten nicht zur Last legen kann. Es kann der Vater des Patienten sterben, ohne daß dieser ihn umgebracht hätte, es kann auch ein Krieg ausbrechen, der der Analyse ein Ende macht. Aber hinter der offenkundigen Übertreibung jenes Satzes steckt doch ein neuer und guter Sinn. Wenn auch das störende Ereignis real und vom Patienten unabhängig ist, so hängt es doch oftmals nur von diesem ab, wieviel störende Wirkung ihm eingeräumt wird, und der Widerstand zeigt sich unverkennbar in der bereitwilligen und übermäßigen Ausnützung einer solchen Gelegenheit.]
En effet, c'est de cela qu'il s'agit :
« Tout ce qui suspend, détruit, la conti­nuité du traitement est une résistance. »
Je crois qu'il faut partir de textes comme ceux–là, et les suspendre un peu dans notre esprit,

les tamiser et voir ce que ça donne.

De quoi s'agit–il, en somme ?

Il s'agit de la poursuite du traitement, du tra­vail. Pour mettre bien les points sur les i, il n'y a pas mis Behandlung, ce qui pourrait faire dire « la guérison », non, il s'agit du « travail », Arbeit.
Ça consiste en un certain nombre de choses :

  • ça peut être défini par sa forme,

  • par ce qui s'y passe, l'association verbale déterminée par une règle, celle dont il vient de par­ler, cette règle fondamentale de l'association libre.


Tout ceci nous mène à la fameuse question: il y a tout de même ce travail, il ne s'agit même que de cela, puisque nous sommes dans l'analyse des rêves, c'est évidemment de la révéla­tion de l'inconscient, et point d'autre chose qu'il s'agit au niveau de l'élabora­tion du rêve. C'est là que nous en sommes, à la révélation de l'inconscient.
Ceci déjà va nous permettre d'évoquer un certain nombre de problèmes, en particulier celui–ci,

car tout à l'heure ANZIEU l'a évoqué, à savoir : cette résis­tance, précisément, d'où vient–elle ?

Il y a là–dessus beaucoup de choses à dire.

D'où vient–elle ?
Nous avons vu qu'il n'y a pas de texte dans

les Studien über Hysterie qui nous permette de considérer qu'elle vienne comme telle du moi.
Que d'autre part rien n'indique non plus dans l'élaboration qui est faite dans L'interprétation des rêves qu'elle vienne d'aucune façon…

ni d'une façon exclu­sive encore bien moins

…de ce qu'on appelle le processus secondaire qui est une étape tellement importante de la pensée de FREUD.
Même quand nous arrivons dans les années 1916,

où FREUD fait paraître son premier article proprement métapsychologique : die Entfernung.
Le refoulement que nous voyons poindre – première indication – existe : Der Widerstand […]
C'est–à–dire qu'à ce moment–là, la résistance est conçue comme quelque chose qui se produit en effet

du côté du conscient, mais dont l'identité est essentiellement réglée par sa distance Entfernung,

de ce qui a été originellement refoulé.
Le lien donc de la résistance avec le contenu de l'inconscient lui–même est encore là extrêmement sensible.

Ceci à une époque tout à fait tardive, je crois…

Je retrouverai la date exacte.
C'est la première étude qui a été ultérieurement groupée dans les Écrits métapsychologiques.
Cet article fait partie de la période intermédiaire, moyenne, de l'évolution.
En fin de compte, ce qui a été originalement refoulé, qu'est–ce que c'est ?
À cette étape et jusqu'à cette période que je qualifie d'intermédiaire, c'est encore et toujours le passé.
Un passé qui doit être restitué et dont nous ne pou­vons pas faire autrement que de réévoquer une fois de plus les problèmes et l'ambiguïté…

les problèmes qu'il soulève quant à

sa définition, sa nature, sa fonction

…si nous voulons partir de quelque chose de solide pour concevoir, évoquer, définir ce que FREUD appelle une « résistance ».
Disons que tout ce qui se passe pendant cette période

qui est la période de L'Homme aux loups, pour la caractériser

…période où FREUD pose la question de ce que c'est que le trauma et où tout le problème pour lui est lié à ceci 

qu'il s'aperçoit :



  • que le trauma est une notion extrêmement ambiguë,



  • que la notion événementielle du trauma est une chose qui de toute façon ne peut être mise en question, puisqu'il apparaît selon toute évidence clinique que la face fantasmatique du trauma est infini­ment plus importante, et que dès lors l'événement passe au second plan dans l'ordre des références subjectives.


Mais que par contre, la datation du trauma est quelque chose qu'il convient de conserver, si je puis dire, mordicus, et c'est cela aussi.
Ceux qui ont suivi mon enseignement sur le sujet de L'Homme aux loups doi­vent le savoir, il ne s'agit

que de cela, dans L'Homme aux loups.
Après tout, qui saura jamais ce qu'il a vu ?

Mais il est certain que ce que nous ne savons pas…

s'il l'a vu ou s'il ne l'a pas vu

…il ne peut l'avoir vu qu'à telle date,

et il ne peut pas l'avoir vu même une année plus tard.

Et il ne s'agit que de cela.

Je ne crois pas trahir la pensée de FREUD.

Il suffit de savoir le lire, c'est écrit noir sur blanc,

de montrer que l'important ne peut être défini

que dans la perspective de l'histoire et de la reconnaissance.
Je voudrais encore…

pour ceux qui ne sont pas familiers avec toute cette dia­lectique que j'ai abondamment développée

…tâcher de vous donner un certain nombre de notions.

Il faut toujours être au niveau de l'alphabet…

je m'excuse pour ceux à qui ça paraîtra des redites.
Je vais vous donner un exemple pour bien vous faire comprendre :

  • ce que pose le problème de la reconnaissance, les questions qu'elle pose,

  • combien vous ne pouvez pas noyer cela dans des notions aussi confuses que celles de mémoire,

de souvenir : si en allemand ça peut encore avoir un sens, Erlebnis, la notion française de souvenir, vécu ou pas vécu, prête à toutes les ambiguïtés.
Je vais vous donner une petite histoire : je me réveille

le matin dans mon rideau, comme SÉMIRAMIS. J'ouvre l'œil

c'est un rideau que je ne vois pas tous les jours, parce que c'est le rideau de ma maison de campagne, je ne le vois que tous les huit ou quinze jours

…et je remarque dans les traits que fomente la frange du rideau une fois de plus…

je dis une fois de plus, je ne l'ai jamais vu qu'une fois dans le passé comme ça

…le pro­fil disons d'une espèce de visage, à la fois aigu, caricatural et vieillot, de ce qui pour moi représente vaguement le style d'une figure de marquis XVIIIème siècle, pour donner les fabulations toutes niaises auxquelles se livre l'esprit au réveil.
Eh bien, c'est à cause de cela, de cette cristallisation gestaltiste comme on dirait de nos jours, de cette reconnaissance d'une figure que l'on connaît depuis longtemps, ç'aurait été une tache sur le mur, ç'aurait été la même chose, c'est à cause de cela que je puis dire que le rideau n'a pas bougé d'une ligne, car exactement huit jours avant,

au réveil, j'avais vu la même chose.
Je l'avais bien entendu complètement oublié.

Mais c'est à cause de cela que je sais que le rideau n'a pas bougé. Il est toujours là, exactement à la même place.
Ceci est un apologue, ça se passe sur le plan imaginaire, encore qu'il ne serait pas difficile…

et que toutes les coordonnées symboliques…

qui représentent autour de cela des niaiseries : marquis du XVIIIème siècle, etc.

…jouent un rôle très important, car si je n'avais pas un certain nombre de fantasmes sur le sujet de ce que représente le profil, je ne l'aurais pas non plus reconnu dans la frange de mon rideau.
Mais, laissons cela…

Ce que cela comporte sur le plan de la reconnaissance

à savoir que c'était bien

comme ça huit jours auparavant

…est lié à un phénomène de reconnaissance dans le présent.
C'est exactement ce que FREUD, dans les Studien über Hysterie, emploie. Je dis emploie, quand il dit qu'il y avait quelques études sur la mémoire à cette époque,

et s'y référait sur les souvenirs évoqués et sur

la reconnaissance, la force actuelle et présente qui lui donne non pas forcément son poids et sa densité, mais tout simplement sa possibilité.
FREUD procède ainsi.

Quand il ne sait plus à quel saint se vouer

pour obtenir la reconstruction du sujet, il la prend toujours là avec la pression des mains sur le front, et il lui énumère toutes les années, tous les mois, toutes les semaines, voire tous les jours,

les nommant un par un, « le mardi 17, le mercredi 18, etc. ».
C'est–à–dire qu'il fait assez de confiance à ce qui depuis a été défini dans ses analyses qui ont été faites sur le sujet de :

  • ce que c'est que la mémoire,

  • ce qu'on appelle le « temps socialisé »,

  • sur la structuration implicite du sujet par ce temps socialisé,

…pour penser que, quand il va arriver au point où l'aiguille de l'horloge croisera effectivement…

à travers cette symboli­sation qu'il en fait

…le moment critique du sujet, le sujet dira :
« Ah oui, justement ce jourlà, je me souviens de quelque chose. »
Je ne suis pas en train de confirmer si ça a réussi ou non. FREUD nous dit que ça réussissait.
Est–ce que vous saisissez bien la portée

de ce que je suis en train de vous dire ?
En d'autres termes, le centre de gravité du sujet est supposé par la technique analytique à son origine.

Et dès lors il n'y a aucun lieu de démontrer que ceci soit réfuté à sa fin, car à la vérité, si ça n'est pas comme cela, on ne voit absolu­ment pas ce qu'a apporté de nouveau l'analyse, le centre de gravité

du sujet étant cette synthèse présente du passé qu'on appelle l'histoire.
Et c'est à cela que nous faisons confiance quand

il s'agit de faire progresser le travail. C'est une première phase des choses. Est–ce que cela suffit ?
Non, bien entendu. Cela ne suffit pas.
La résistance du sujet s'exerce sur ce plan.

Mais cette résistance, vous allez le voir,

se manifeste d'une façon curieuse qui mérite d'être définie, explorée, par des cas absolument particuliers.
Je vais vous en évoquer un.

Un cas où FREUD avait toute l'histoire, la mère la lui avait racontée.
Alors il l'a communiquée au sujet.

Il lui dit : « Voilà ce qui s'est passé. Voilà ce qu'on vous a fait. »

À chaque fois la patiente, l'hystérique, répondait par une petite crise d'hystérie, reproduction de la crise caractérisée. Elle écoutait et répondait par sa forme de réponse, qui était de répondre par symptôme… Ce qui pose quelques petits problèmes.
Si nous appelons cela résistance ?
C'est une question de savoir, que j'ouvre pour aujourd'hui.
Ce que je voudrais simplement, la question sur laquelle je voudrais terminer est ceci :

quand FREUD…

à la fin des Studien über Hysterie

…nous définit la résis­tance comme cette inflexion

que prend le discours à mesure qu'il s'approche

du noyau pathogène, à savoir ce quelque chose qui amène

ce qui est cherché et qui repousse le discours,

ce quelque chose que fuit le discours, qu'est–ce que c'est ?
Il est bien certain que nous ne pouvons résoudre

ces problèmes qu'en appro­fondissant

quel est le sens de ce discours.
Nous l'avons déjà dit, c'est un dis­cours historique. Mais ce que nous n'avons pas résolu, c'est quel est le lien ?
Car n'oublions pas quel est le départ de cette technique : c'est une technique hypnotique.
Dans l'hypnotisme, le sujet tient tout ce discours.
Il le tient même d'une façon particulièrement saisissante, en quelque sorte dramatisé, ce qui implique la présence de l'auditeur. Il est essentiel.
Et ce discours…

il est sorti de son hypnotisme

…il ne s'en souvient plus.
Néanmoins, c'est là l'entrée dans la technique,

pour autant que ce dont on s'était aperçu est que

la reviviscence du trauma était en soi–même et immédiatement, sinon de façon permanente, théra­peutique.
Donc ceci intéresse ce sujet, que ce discours

ait été tenu comme ça, sans réflé­chir plus loin, par quelqu'un qui peut dire « moi ».

Le moins qu'on puisse dire…

et qui ne vous échappe absolument pas

…est que le caractère vécu, revécu appa­remment,

du traumatisme dans la phase de l'état second hystérique, est une façon de parler absolument ambiguë,

parce que ça n'est pas parce que c'est dra­matisé, parce que cela se présente sous un aspect pathétique, que le mot « revécu » puisse en soi–même nous satisfaire.
Qu'est–ce que ça veut dire,

l'assomption par le sujet de son propre vécu ?
Si je porte le problème au point où il est le plus ambigu, à savoir dans l'état second hypnotique

du sujet, c'est parce que là c'est évident

que la question se pose.
Et c'est exactement la même chose à tous les niveaux de l'expérience analy­tique, exactement pour autant que se pose la question : que signifie un discours ?
Que nous forçons le sujet d'établir dans une certaine parenthèse, celle de la règle fondamentale, celle qui lui dit en fin de compte : « Votre discours n'a pas d'im­portance » et même bien plus, qui implique que du moment qu'il se livre à cet exercice, déjà il ne croit plus qu'à moitié à ce discours, car il sait qu'à tout ins­tant il est sous les feux croisés de notre interprétation.
Il s'y attend donc.
La question est justement : Quel est le sujet du discours ?
C'est là–dessus que nous reprendrons la prochaine fois et tâcherons de dis­cuter…

par rapport à ces problèmes fondamentaux

…quelles sont la signification et la portée

de la résistance.
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