Leçon 1 18 novembre








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« die Bezwingung der Übertragungsphänomene  :

le forçage des phénomènes de trans­fert ».
Je ne sais pas pourquoi on a traduit « phénomènes de transfert » par « résis­tance ».
J'utilise ce passage pour vous montrer que l'Übertragungsphänomene est du vocabulaire de FREUD.
Pourquoi l'a–t–on traduit par résistance ?
Ce n'est pas un signe de grande culture,

sinon de grande compréhension.
Ce que FREUD a écrit, c'est que c'est précisément là que surgit non pas le phé­nomène de transfert,

il doit tout de même bien savoir ce qu'il dit,

à savoir qu'il y a là quelque chose, en rapport essentiel avec le transfert.
Quant au reste, il s'agit tout au long de cet article de la dynamique du trans­fert.
Et c'est là en effet le point central de toutes les questions qu'il pose dans cet article, et que je ne prends pas dans leur ensemble, car les questions qu'il pose sont toutes les questions qui relèvent

de la spécificité de la fonction du transfert en analyse, qui fait que le transfert est là, non pas comme il est partout ailleurs, mais qu'il joue une fonction tout à fait particulière dans l'analyse,

là c'est le cœur, le point pivot de cet article

que je vous conseille de lire.
Je l'amène à l'appui d'une certaine question centrale portée sur la question de la résistance.

C'est néanmoins – vous le verrez – dans cet article le point pivot de ce dont il s'agit, à savoir de

la dynamique du transfert.
Qu'est–ce que ceci peut apprendre sur le sujet

de la nature de cette résis­tance ?
Quelque chose qui aussi bien,

peut déterminer notre dernier entretien.
À par­tir d'un certain moment : qui est–ce qui parle ? Qu'est–ce que ça veut dire cette reconquête,

cette retrouvaille de l'inconscient ?
Nous avons posé la question de ce que signifient mémoire, remémoration, technique de cette remémoration, de ce que signifie libre association en tant qu'elle nous permet d'accéder

par un certain chemin à une certaine formulation

de quelque chose qui est histoire du sujet.
Mais que devient le sujet ? Est–ce tou­jours le même sujet dont il s'agit au cours de ce progrès ?
Nous voilà devant un phénomène où nous saisissons quelque chose, un nœud, une connexion,

pression si l'on peut dire originelle, ou plutôt

à propre­ment parler une résistance dans ce progrès.
Et nous voyons en un certain point de cette résistance se produire quelque chose qui est

ce que FREUD appelle « le transfert », c'est–à–dire

à ce moment–là l'actualisation dans un certain sens de la personne de l'analyste, et de ce quelque chose dont je vous ai tout à l'heure dit, en l'extrayant

de mon expérience, qu'au point le plus sensible,

me semble–t–il, et le plus significatif du phénomène, quand là, il s'avère que le sujet le ressent comme

la brusque perception de ce quelque chose qui n'est pas si facile à défi­nir, le phénomène vécu, le sentiment de la présence.
C'est quelque chose que nous n'avons pas

tout le temps, il faut bien le dire.
Nous sommes influencés par toutes sortes de présences, notre monde n'a véri­tablement sa consistance, sa densité, sa stabilité vécue, que parce que d'une cer­taine façon nous tenons compte de ces présences.
Mais les réaliser comme telles, vous sentez bien que c'est quelque chose dont je dirai que nous tendons sans cesse à effacer la vie.
Ça ne serait même pas facile à mener si à tout instant nous sentions la présence dans tout ce qu'elle comporte, et au fin fond du fond ce qu'elle comporte de mystère, c'est un mystère que nous tendons plutôt à écar­ter, et auquel, pour tout dire, nous nous sommes faits.
Eh bien, je crois que c'est là quelque chose sur lequel nous ne saurions nous arrêter trop longtemps, et nous allons essayer de le prendre,

de le reconnaître par d'autres bouts.
Ce que FREUD nous enseigne, justement :

la bonne méthode analytique qui consiste toujours

à retrouver un même rapport, une même rela­tion, un même schéma

si l'on peut dire, dans des formes vécues, comportements à l'occasion, et aussi bien sur tout ce qui se passe à l'intérieur de la relation ana­lytique autrement dit, ce qu'on appelle « à des niveaux différents ».

Il s'agit en quelque sorte – en retenant ce point

il s'agit pour nous d'essayer d'établir ce qu'on appelle une perspective, une sorte de perception d'une pro­fondeur de séparation de plusieurs plans,

et de voir que ce que nous sommes habitués…

par certains maniements, certaines notions : nos « étiquettes »

…à poser d'une façon massive et rigoureuse,

comme le Ça et le Moi, pour tout dire, par exemple,

eh bien, peut–être que ça n'est peut–être pas simplement lié à une sorte de paire contrastée ?
De ce côté–là, il y a quelque chose, nous voyons s'étager une stéréoscopie un peu plus complexe.

Pour ceux qui ont assisté à mon commentaire

de L'Homme aux loups

déjà si loin maintenant, il y a un an et demi

…je voudrais vous rappeler certaines choses

très frappantes de ce texte.
Quand nous arrivons au moment où FREUD aborde

la question du complexe de castration chez ce sujet,

qui est quelque chose qui surgit, émerge,

à différentes places de l'observation, mais qui est évidemment dans un rapport fonctionnel extrêmement particulier dans la structuration de ce sujet, FREUD arrive à se poser, et à nous poser, certaines questions.
Notament la suivante :

à certain moment où entre en question la crainte de la castration chez ce sujet, nous voyons apparaître :

  • toute une série de symptômes, qui sont des symptômes qui se situent sur le plan que nous appelons communément anal,

  • toutes sortes de manifestations intestinales,

…et en fin de compte la ques­tion qu'il arrive à poser est celle–ci : nous les interprétons – tous ces symptômes – dans le registre de ce qu'on appelle la conception anale des rapports sexuels, une certaine étape de la théorie infantile de la sexualité.
Comment cela se fait–il ?

Puisque par le fait même que la castration est entrée en jeu, à ce moment–là, le sujet s'est élevé

à un niveau de structure génitale…

C'est sa théorie de la sexualité.

Et il nous explique à ce moment–là

quelque chose qui est évidemment très sin­gulier.
Il nous explique ceci :

quand le sujet est parvenu…

par l'intermédiaire de différents éléments,

au premier rang desquels se situe la maturation

…à une pre­mière maturation infantile ou prématuration infantile qui fait que le sujet par­vient avec certaines étapes, est mûr pour réaliser au moins partiellement une structuration plus spécifiquement génitale du rapport interpersonnel de ses parents,

il nous dit ceci : les mécanismes…

c'est là l'observation

…qui entrent en jeu pour que ce sujet refuse

la position homosexuelle qui est la sienne dans

ce rapport, cette réalisation de la situation œdipienne,

le sujet refuse, rejette…

le mot allemand est verwirft

…tout ce qui est de ce plan, du plan précisément

de la réa­lisation génitale.
Il retourne à sa vérification antérieure de cette relation affec­tive, il se replie sur les positions

de la théorie anale de la sexualité.
En d'autres termes, ce dont il s'agit, c'est de quelque chose qui n'est même pas un refoulement au sens de quelque chose qui aurait été réalisé sur un cer­tain plan, puis repoussé.

Le refoulement, dit–il, est autre chose :
« Eine Verdrängung ist etwas anderes als eine Verwerfung. »

Et dans la traduction française que nous avons…

due à des personnes que leur inti­mité avec FREUD aurait dû peut–être un peu plus illuminer,

mais sans doute ne suffit–il pas d'avoir porté une relique d'une personnalité éminente

pour être autorisée à se faire la gardienne

…on traduit :
« Un refoulement est autre chose qu'un jugement qui rejette et choisit. »

Pourquoi traduire Verwerfung par « juge­ment » ?

Je conviens que c'est difficile à traduire,

mais quand même la langue française…
HYPPOLITE – Rejet
LACAN – Oui, rejet. Ou, à l'occasion : refus
Pourquoi un jugement introduit tout d'un coup là–dedans ? C'est ça… la théorie du jugement ?
Quant à la question de la vérité à peu près où nous jouons là,

à savoir que l'introduc­tion brusque du jugement

à un niveau où nulle part il n'y a trace de Urteil.

Rien du tout de tel dans ce paragraphe !

Rien dans ce paragraphe de FREUD ! Il y a Verwerfung.
Et alors, plus loin encore, nous avons ici à la ligne 11, trois pages plus loin, après l'élaboration des conséquences de cette structure, il remet les choses pour conclure, et nous dit : « kein Urteil über… »
c'est la première fois qu'Urteil vient, c'est pour boucler. Mais ici il n'y en a pas, bien entendu ! Aucun jugement n'a été porté sur l'existence de ce problème de la castration.
« Aber es war so… » : mais les choses en sont là,

« …als ob sie nicht existierte » : comme si elles n'existaient pas.

[Damit war eigentlich kein Urteil über ihre Existenz gefällt, aber es war so gut, als ob sie nicht existierte.]
Je crois que dans l'ordre de la question que nous posons…

de ce que c'est que la résistance,

de ce que c'est que le refoulement

…cette articulation importante nous montre

à l'origine de ce quelque chose de dernier

qu'il faut bien qu’il existe…

pour que le refoulement même soit possible

…à savoir un quelque chose d'autre, un audelà même de cette

histoire dans lequel déjà, tout à l'origine quelque chose

je sais seulement ce que dit FREUD

…quelque chose s'est déjà constitué pri­mitivement, non seulement qui ne s'avoue pas, mais qui, de ne pas se formuler, est littéralement « comme si cela n'existait pas », mais est pourtant en un certain sens quelque part.
Puisque, ce que FREUD nous dit partout, c'est que

c’est ce premier noyau du refoulé qui est le centre d'attraction, qui appelle à lui tous les refou­lements ultérieurs.
Si ce n'est pas dit à propos de la résistance,

c'est mis sous toutes les formes.
Je dirai que c'est l'essence même de sa découverte,

à savoir qu'en fin de compte il n'est pas besoin

de recourir à une sorte de prédisposition innée, encore qu'il l'admette à l'occasion comme un grand cadre général, mais simplement il ne s'en sert jamais en principe pour expliquer comment se pro­duit un refoulement de tel type, qu'il soit hystérique ou obsessionnel.
Lisez Bemerkungen über Neurosen, le second article, en 1898, sur les névroses de défense9.
Si le refoulement prend certaines fois certaines formes, c'est en raison de l'at­traction du premier noyau de refoulé qui est dû, à ce moment–là,

à une certaine expérience qu'il appelle :

« l'expérience originelle traumatique ».
Question à reprendre par la suite :

qu'est–ce que veut dire « trauma » ?
Il a fallu que nous le relativisions d'une façon particulière et la question de l'imaginaire…
Tout cela est intéressant.
Mais ce noyau primitif est quelque chose qui se situe ailleurs, dans les étapes, les avatars du refoulement.
Il est en quelque sorte son fond et son support.

Je suspends un instant ce thème de L'Homme aux loups.

Nous y reviendrons tout à l'heure,

car dans la structure de ce qui arrive à L'Homme aux loups, ce moment tout à fait singulier de la Verwerfung

de la réalisation de l'expérience en tant que génitale

…est quelque chose qui a un sort tout à fait particulier, et que FREUD lui–même, dans la suite

du texte, différencie de tous les autres.
Or, chose singulière, ce quelque chose qui est en quelque sorte exclu de tout ce qui est de l'histoire du sujet, de tout ce que le sujet est capable de dire

car en fin de compte c'est un ressort

de cette observation sur ce sujet

…il a fallu le forçage de FREUD, il a fallu vraiment la technique employée pour qu'on en vienne à bout,

à savoir pour que l'expérience répétée du rêve infantile prenne son sens, et permette non pas le revécu,

mais la reconstruction de l'histoire de ce sujet d'une façon directe.
Nous allons voir si quelque chose – et quoi – est apparu dans l'histoire du sujet.
Je le suspends pour l'instant.
Prenons les choses à un autre bout, de ce que FREUD nous a appris à voir, pre­nons la Traumdeutung.
Et prenons–la au début de la partie qui est sur

les proces­sus du rêve, Traumvorgänge [ Ch.VII ], la première partie

où il nous donne, où il consent de relater tout ce qui se dégage de tout ce qu'il a élaboré au cours de ce livre qui est fondamental, ce chapitre qui commence par cette phrase magnifique :
[Die Gleichzeitigkeit eines so komplizierten Zusammenhangs durch ein Nacheinander in der Beschreibung wiederzugeben und dabei bei jeder Aufstellung voraussetzungslos zu erscheinen will meinen Kräften zu schwer werden.]
« Il est bien difficile de rendre par la description d'une succession
Car il reprend une fois de plus, il réélabore

tout ce qu'il a déjà expliqué sur le rêve
la simultanéité d'un processus compliqué et en même temps de paraître aborder chaque nouvel exposé sans idée préconçue. »[ Ch. VII, début de la 5ème partie, p.480Puf 1950, p.500 Puf 1967, p.643 Puf 2003 ]
Et cette phrase représente les difficultés mêmes que j'ai aussi, ici, pour reprendre sans cesse ce problème qui est toujours présent à notre expérience, et il faut bien, sous diverses formes, arriver à le créer à chaque fois sous un angle neuf, et qui paraît isolé.
Que nous dit–il dans la première partie de l'étude des processus du rêve, c'est–à–dire au niveau de ce chapitre où il parle du phénomène de l'oubli 10 ? [ Ch. VII, 1ère partie ]
Il faut lire ces textes.

Il faut refaire à chaque fois l'innocent.

Il y a là vraiment quelque chose dans ce chapitre,

un progrès où nous sentons, où nous touchons en quelque sorte du doigt quelque chose de vraiment très singulier.
À propos de l'oubli du rêve et de son sens,

il approche ce phénomène, à pro­pos de toutes

les objections qu'on peut faire sur la valabilité

du souvenir du rêve :
« Qu'estce que c'est que ce rêve ?

Est–ce que la reconstitution qu'en fait le sujet est exacte ? Nous n'avons aucune garantie que quelque chose d'autre qu'on peut appeler verbalisation ultérieure n'y soit pas mêlé.

Estce que tout rêve n'est pas une sorte de chose instantanée, à laquelle la parole du sujet réta­blit toute une histoire ? »
Il écarte tout cela, et plus, il écarte toutes les objections en montrant qu'elle ne sont pas fondées

et en montrant que ce n'est pas cela le sujet, et

il le montre en montrant de plus en plus cette chose tout à fait singu­lière qu'en somme plus le texte

que le sujet nous donne est incertain, plus il est significatif.
Que c'est au doute même que le sujet porte sur certaines parties du rêve que lui…

qui l'attend et l'écoute,

qui est là pour en révéler son sens

…verra que justement c'est là la partie importante, parce que le sujet en doute, il faut en être sûr.

Mais à mesure que le chapitre s'avance, le procédé s'amenuise à un point tel qu'à la limite, presque,

le rêve qui serait le plus significatif serait

le rêve com­plètement oublié et dont le sujet ne pourrait rien dire. Ça va aussi loin que ça,

car en fin de compte c'est à peu près ce qu'il dit :
« On peut souvent retrouver par l'analyse tout ce que l'oubli a perdu. Dans toute une série de cas quelques bribes permettent de retrouver non point le rêve, qui serait accessoire, mais les pensées qui sont à sa base. »
« Quelques bribes », c'est bien ce que je vous dis, il n'en reste plus rien. Mais ce qui l'intéresse, c'est quoi ?
Là évidemment nous tombons sur ces « pensées qui sont à sa base ». Et chaque fois que nous parlons du terme « pensée »,

il n'y a rien de plus difficile à manier pour des gens qui ont appris la psychologie, et comme nous avons appris la psychologie, ces pensées, ça va devenir quelque chose comme ce que nous roulons

sans cesse en gens habitués à penser.
Mais peut–être que ces « pensées qui sont à sa base », nous sommes suffisamment éclairés par toute la Traumdeutung

pour nous apercevoir que ce n'est pas tout à fait

ce qu'on pense quand on fait des études sur la phénoménologie de la pen­sée : pensée sans images ou avec images, etc., ces choses que nous appelons cou­ramment la pensée, puisque ce dont

il s'agit tout le temps, c'est d'un désir.
Et Dieu sait que ce désir, nous avons appris à nous apercevoir qu'il est au cours de cette recherche comme un singulier furet que nous voyons disparaître

et repa­raître à travers toute une sorte de jeu de passe–passe, et en fin de compte, nous ne savons pas toujours si c'est du côté de l'inconscient ou du côté du conscient, comme il va s'agir dans le chapitre sur la régression.
Ce désir doit receler encore quelques questions,

et après tout quelque mystère, car en fin de compte, quand on regarde de bien près le désir dont il s'agit, il ne pose rien de moins que la ques­tion que nous avions posée à la fin de notre dernière séance : le désir de qui ? Et de quel manque, surtout ?

Mais l'important c'est ce que nous voyons là.

Et ce que nous voyons là nous est aussitôt illustré par un exemple. Je ne prends que celui–ci,

à notre portée dans une petite note qu'il extrait

des Vorlesungen, l'Introduction à la psychanalyse.
Il nous parle d'une malade à la fois sceptique et très intéressée par lui – FREUD – qui, après un rêve assez long au cours duquel, dit–il, certaines

per­sonnes lui parlent de mon livre sur le Witz,

le trait d'esprit, et lui en disent du bien.
Et tout cela…

vous voyez comme c'est là, manifeste

…ne semble pas apporter des choses d'une très grande richesse. Il est ensuite question de quelque chose, et tout ce qui reste du rêve c'est cela : « canal »… peut–être un autre livre où il y a ce mot « canal », quelque chose où il est question de canal… Elle ne sait pas.

c'est tout à fait obscur.
Il prend cela comme exemple d'une analyse de rêve.

Il reste « canal », et on ne sait pas à quoi

ça se rapporte, ni d'où ça vient, ni où ça va,

peut–être d'un livre ou de quelque chose d'autre,

mais on ne sait pas quoi.
Eh bien, « c'est ça qui est le plus intéressant » – dit–il – quand

on a affaire non seulement à quelque petite bribe, mais une toute petite bribe avec autour une aura d'incertitude.
Et qu'est–ce que ça donne ?

Ce n'est pas le plus intéressant ce que je vais

vous dire, mais ça donne toute l'histoire.
C'est que le lendemain, non pas le jour même, elle raconte qu'elle a une idée qui se rattache à cela, c'est précisément un trait d'esprit :

une traversée de Douvres à Calais, un Anglais et un Français, au cours de la conversation l'Anglais cite un mot qui est le mot célèbre :

« Du sublime au ridicule, il n'y a qu'un pas. »

Et le Français, galant, répond :
« Oui, le pas de Calais. »
Ce qui est particulièrement gentil pour l'in­terlocuteur. Or, le pas de Calais, c'est le canal de la Manche.

On retrouve le canal, et du même coup, quoi ?
Il faut bien le voir, ça a tout à fait la même fonction que ce surgissement au moment des résistances.

Il s'agit évidemment de cela : la malade sceptique

a débattu longuement auparavant le mérite de FREUD sur le trait d'esprit. Il s'agit qu'après sa discussion et au moment où sa conviction, son discours, hésite…
Donc il ne sait plus où aller.

Exactement le même phénomène à ce moment–là paraît…

comme disait l'autre jour MANNONI, et qui m'a semblé très heureux, il parlait en accoucheur

…« la résistance se présente par le bout transférentiel ».
« Du sublime au ridicule, il n'y a qu'un pas », c'est le point où

le rêve s'ac­croche à l'auditeur, ça c'est pour FREUD. Évidemment « canal », ce n'est pas beau­coup, mais après les associations, c'est là, en quelque sorte, indiscutable.
Après ce petit exemple je voudrais en prendre d'autres, et je dois dire que si nous étendions

notre investigation, nous y verrions des choses

bien singulières, en particulier la connexion étroite manifestée par tout ce chapitre, car Dieu sait

si FREUD est sensible dans son groupement des faits.
Ce n'est pas par hasard que les choses viennent

se grouper dans certains chapitres.

Combien, par exemple…

à ce moment où le rêve prend

une certaine orientation

…il arrive dans le rêve des phénomènes qui sont tout spécialement de l'ordre linguistique, une faute de langage faite par le sujet, en toute conscience par le sujet, le sujet sait dans le rêve que c'est une faute de langage, où un personnage intervient

pour le corri­ger et lui faire remarquer.

Mettant bien cela en accord, en harmonie avec ce moment, ce phénomène de l'adaptation à quelque chose du discours et une adaptation en un point critique, une adaptation qui se réalise non seulement mal,

mais qui se dédouble sous nos yeux.
Laissons cela de côté pour l'instant. Prenons encore…

je l'ai pris ce matin un peu au hasard

une chose qui est célèbre que FREUD a publiée dès 1898.
Dans son premier chapitre de la Psychopathologie de la vie quotidienne, FREUD se réfère, à propos de l'oubli des noms,

à la peine qu'il a eue un jour dans une relation avec un interlocu­teur dans un voyage, à évoquer le nom

de l'auteur de la fresque célèbre de la cathédrale d'Orvieto, qui est comme vous savez une vaste composition mani­festant les phénomènes attendus pour la fin du monde, et tout ce qui tourne autour de l'apparition de l'Antéchrist.
Ce dont il s'agit et qu'il veut retrou­ver…

l'auteur de cette fresque

…est SIGNORELLI, et il n'y arrive pas.
Il en vient d'autres : c'est ça, ce n'est pas ça,

il trouve BOTTICELLI, BOLTRAFFIO…

Il n'arrive pas à retrouver SIGNORELLI.

Il arrive à le retrouver grâce à un procédé analytique.
Il le fait ensuite quand il le prend comme exemple

à sa recherche, et voici ce que ça donne :

ça ne sur­git pas comme ça, du néant, ce petit phénomène, c'est inséré dans un texte, dans ceci :

  • qu’il est en rapport avec un monsieur,

  • qu'il est en train de parler,

…et ce qu'on voit dans les antécédents est fort intéressant.
Ils vont à ce moment–là de Raguse vers l'intérieur de la Dalmatie. Ils sont à peu près au niveau, à la limite de l'Empire autrichien, en Bosnie–Herzégovine.
Et ce mot de Bosnie vient à pro­pos d'un certain nombre d'anecdotes, et Herzégovine aussi.

Puis viennent quelques remarques sur la disposition particulièrement sympathique d'une cer­taine clientèle musulmane par rapport à une certaine perspective primitive, cette façon extraordinairement décente, dans ces gens tout à fait intégrés au style de la culture islamique, comment à l'annonce par le médecin d'une très mauvaise nouvelle, que la maladie est incurable, l'interlocuteur de FREUD semble en effet être un médecin qui a une pratique dans cette région, les gens ont laissé mani­fester quelque sentiment d'hostilité à l'égard du médecin, et s'adressent tout de suite à lui en disant :
« Herr ! S'il y avait quelque chose à faire, vous auriez été sûrement capable de la faire. »
Et en présence alors de quelque chose qu'il faut accepter, l'attitude très courtoise, mesurée, respectueuse à l'égard du médecin nommé « Herr »,

en allemand.
Tout cela forme le fond sur lequel d'abord semble déjà s'établir la suite de la conversation, avec l'oubli significatif qui va ponctuer et proposer

son problème à FREUD.
FREUD nous montre que lui–même s'est mis à prendre part à une partie de cette conversation, et le fait est que, dit–il, à partir d'un certain moment,

son attention, à lui, FREUD, a été portée tout à fait ailleurs, pendant même qu'il racontait l'his­toire,

il pensait à autre chose.
Et cette autre chose lui était amené par cette

his­toire médicale, par cette attitude de ces clients si sympathiques, et par quelque chose qui lui était revenu à l'esprit sur deux thèmes :


  • d'une part sur le fait qu'il savait le prix qu'attachaient ces patients, spécialement islamiques, à tout ce qui était de l'ordre des fonctions sexuelles, à savoir que littéralement il avait entendu quelqu'un dire : « si on n'a plus ça, la vie ne vaut plus la peine d'être vécue », un patient qui l'avait consulté pour des troubles de puissance sexuelle.

  • Et d'autre part il avait évoqué dans un des endroits où il avait séjourné, il avait appris la mort d'un de ses patients, qu'il avait très longtemps soigné, c'est–à–dire toujours quelque chose qu'on n'apprend pas sans quelque secousse, nous dit–il.


Il n'avait pas voulu exprimer ces choses parce qu'il n'était pas très sûr de son interlocu­teur,

concernant la valorisation des processus sexuels.
D'autre part il n'avait pas volontiers arrêté

sa pensée sur le sujet de la mort de ce malade.

Il dit qu'il avait retiré toute son attention

de ce qu'il était en train de dire.
Et FREUD fait un petit tableau, vous pourrez vous reporter à ce texte, il y a un très joli petit tableau dans l'édition Imago.




Il écrit tous les noms BOTTICELLI, BOLTRAFFIO, Herzégovine, SIGNORELLI, et en bas les pensées refou­lées,

le son « Herr », la question.
Et le résultat, c'est en quelque sorte ce qui est resté :



  • le mot « Signor » a été appelé par le « Herr », ces gens qui s'exprimaient si bien,



  • « Traffio » a été appelé par le fait qu'il avait reçu là le choc de la mauvaise nouvelle concernant son patient.

Et en quelque sorte, s'il a pu retrouver, au moment où son discours est venu pour tâcher de retrouver

le personnage qui avait peint la fresque d'Orvieto, c'est ce qui restait disponible, étant donné

qu'un certain nombre d'éléments radicaux avaient été appelés par ce qu'il appelle le refoulé :



  • les idées concernant les histoires sexuelles des musulmans

  • et d'autre part le thème de la mort.


Qu'est–ce à dire ?

Le refoulé n'était pas si refoulé que ça, puisqu'il le donne tout de suite, le refoulé, dans son discours, dont il n'a pas parlé à son compagnon de voyage.

Mais en fin de compte tout se passe en effet

comme si ces mots…

on peut bien parler de mots, même si ce sont des parties de mots, ces vocables constituent des mots parce qu'ils ont une vie de mots individuels

…ces mots, c'est la par­tie du discours que FREUD avait vraiment à tenir. Et il nous le dit bien

à partir de ce moment–là : « C'est ce que je n'ai pas dit ».
Mais ce qu'il n'a pas dit c'était quand même

ce qu'il commençait lui–même à dire, dans le fond, c'est ça qui l'intéressait, c'est ça qu'il était prêt à dire à son interlocuteur.
Et pour ne le lui avoir pas dit,

il est resté quoi, pour la suite de sa connexion avec ce même interlocuteur ?
Seulement des débris, des morceaux, les chutes, si on peut dire

de cette parole.
Est–ce que vous voyez là, combien est complémentaire le phénomène qui se passe au niveau de la réalité

par rapport à ce qui se passe au niveau du rêve ?

À savoir combien ce à quoi nous assistons, c'est par rapport à une parole véri­dique, et Dieu sait si elle peut retentir loin cette parole véridique.

Car, en fin de compte, de quoi s'agit–il avec elle, si ce n'est de l'absolu dont elle parle,

à savoir de la mort qui est là présente, et qui est exactement ce devant quoi FREUD nous dit que ce n'est pas simplement à raison de son interlocuteur, devant quoi lui–même a préféré ne pas trop s'affronter.
Et Dieu sait aussi si le problème de la mort

pour le médecin est vécu aussi comme un problème

de maîtrise : il a quand même dans cette affaire perdu, c'est tout de même toujours ainsi que nous ressentons la perte du malade, surtout quand nous l'avons soigné longtemps.
Eh bien, ce qui exactement décapite le « SIGNORELLI »…

car tout se concentre autour de la première partie de ce nom, de tout son retentissement sémantique


  • c'est dans la mesure où la parole n'est pas dite que la parole peut révéler le secret le plus profond de l'être de FREUD,



  • c'est dans la mesure où elle n'est pas dite qu’il ne peut plus s'accrocher à l'autre qu'avec les chutes de cette parole. Il y avait quelque chose dont il n'y a plus que les débris.


Le phénomène d'oubli est là, manifesté dans ce quelque chose qui est littéralement dégradation

de la parole dans son rapport avec l'autre.
Et c'est là que je veux en venir à travers tous ces exemples, c'est cette signifi­cation ambiguë…

vous verrez que le mot est valable

…cette signification ambi­guë et ceci :

que c'est précisément dans la mesure où

l'aveu de l'être chez le sujet n'arrive pas à son terme que se produit quelque chose par quoi la parole

se porte littéralement tout entière sur le versant

où elle s'accroche à l'autre.
Je dis que c'est ambigu, parce que bien entendu ça n'est pas étranger à son essence de parole, si je puis dire, de s'accrocher à l'autre.

La parole est juste­ment exactement cela :

elle est médiation

et c'est surtout cela que

je vous ai enseigné jusqu'à présent

…elle est médiation entre le sujet et l'autre.
Et bien entendu cette médiation implique cette réalisation

de l'autre dans la médiation même, à savoir que c'est

un élément essentiel de cette réalisation de l'autre que la parole puisse nous unir à lui.

C'est la face sur laquelle j'ai toujours insisté, parce que c'est là–dedans que nous nous déplaçons sans cesse.
Mais d'un autre côté, cette parole

et je le souligne : dans la perspective de FREUD, nous ne pou­vons pas dire l’« expression ». J'ai fait tout ce que j'ai écrit cet été à propos de Fonction et champ de la parole sans mettre, et intentionnellement, le terme « expression », il est impossible de ne pas voir que toute l’œuvre de FREUD se déploie dans le sens de la révélation, et non pas de l'expression. L'inconscient n'est pas exprimé, si ce n'est par déformation, par Entstellung, par distorsion, par transposition. Dans tout le sens de la découverte freudienne,

il y a là quelque chose à « révéler ».

…cette autre face de la parole qui est révélation et qui est dernier ressort de ce que nous cherchons dans l'expérience analytique, il se produit précisément ceci :

qu'au moment où quelque chose que nous appelons résistance,

et qui est juste­ment ce qui est aujourd'hui ce dont nous cherchons le sens même, c'est dans la mesure

où la parole ne se dit pas…
Ou comme l'écrit très curieusement à la fin d'un article qui est une des choses à la fois les plus mauvaises qui soient, mais si innocente et candide, l'article de STERBA
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