L’anthropologie urbaine en France Un regard rétrospectif introduction








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b. Sous l’égide de pères plus patents




Par ailleurs, Roger Bastide était depuis 1958 titulaire d’une « chaire d’ethnologie sociale et religieuse » à l’Université de Paris ; or il avait pratiqué des recherches sur les religions afro-brésiliennes, notamment à Salvador de Bahia, grande ville du Brésil (Bastide 1958). L’ethnologie dans la ville lui était donc familière. Roger Bastide comptait vers 1961 parmi ses doctorants  Colette Pétonnet. Celle-ci était restée 7 ans au Maroc, en tant que fonctionnaire du Service de la Jeunesse et des Sports. Lors des études d’ethnologie qu’elle avait décidé d’entreprendre, Bastide et Leroi-Gourhan, les deux professeurs de la discipline lui suggérèrent de travailler sur des terrains de banlieue, où elle poursuivait ses activités dans le service public4. En 1964, elle entreprend donc une enquête en banlieue parisienne et elle soutient sa thèse de 3° cycle en 1967, publiée en 1968 sous le titre de Ces gens là ». Elle y étudie une « cité de transit » d’une commune de 50 000 habitants, proche de Paris. Dans sa préface au livre Roger Bastide écrit : «il faut la [Colette] féliciter d’avoir appliqué à ce sujet les méthodes de l’ethnologie… Ce qui fait que la Cité de la Halle [J.G. : nom fictif] revit devant nous, avec ses commérages dans les couloirs, ses drames ou ses moments de fête, les rites secrets des caves et les aventures des jeunes dans la « brousse » environnante. Car la « maison » ici ce n’est pas seulement l’appartement, c’est aussi le couloir, l’escalier, les caves ou la cour, chaque sous-groupe, groupe sexuel ou groupe d’âge, ayant son domaine propre, qu’il façonne et qui le façonne » (Bastide in Pétonnet 1968 : 7-8).

Ce travail d’ethnologue, d’il y a près de quarante ans, est donc tout à fait précurseur et sa thématique demeure – ô combien – d’actualité. En 1972, la revue L’Homme animée avec un grand esprit d’ouverture par Jean Pouillon, ouvre ses portes à Colette Pétonnet en publiant un article important : « espace, distance et dimension dans une société musulmane. À propos du bidonville marocain de Douar Doum à Rabat » (Pétonnet 1972). Quelques années plus tard, Colette soutient une thèse de Doctorat ès lettres, qui sera publiée en deux volumes (Pétonnet 1979, 1982). Elle y étudie notamment un néo-prolétariat urbain, des immigrants espagnols et portugais, mais aussi des populations françaises.

En ce qui me concerne, je suis aussi à l’époque un des premiers ethnologues en France à réaliser un travail dans une grande ville occidentale, à Anvers en Belgique. J’eus la chance de recevoir le soutien intellectuel et moral d’André Leroi-Gourhan – qui en 1961 accepta d’être mon directeur de thèse ; celle-ci soutenue en juin 1969, comme thèse de doctorat ès lettres, fut publiée peu après (Gutwirth 1970).

Il s’agissait d’une monographie assez classique sur une communauté de quelque 400 personnes. Néanmoins, ce travail était sur certains plans innovateur : j’avais réalisé une enquête dans ma ville natale, où j’avais longuement vécu, sur une communauté certes ultra-tradionaliste mais très récente, car constituée d’immigrés rescapés récents de la Shoah, dont les activités économiques, principalement diamantaires, m’étaient familières. Ceci ne parut pas trop étrange aux instances du Comité national du CNRS. Avant de soutenir ma thèse en 1969, je fus nommé attaché de recherche au CNRS en octobre 1968. Colette Pétonnet elle aussi est devenue en 1969 chercheuse pour cette institution qui, il faut le souligner, assura son rôle incitateur à des recherches de type nouveau.

c. A l’étranger5



Dès 1915, aux Etats-Unis, au département de sociologie de l’université de Chicago, Robert Park, avait publié un article prônant l’application de la méthode ethnographique à l’étude de quartiers de Chicago (Park 1915, 1979). Divers ouvrages dans cet esprit seront publiés par la suite. Puis dans les années 1950-60 paraissent plusieurs travaux d’anthropologie urbaine, toujours inspirés de « l’ethnographie de Chicago », par exemple le livre de Gans (1967) sur les habitants d’une “ville nouvelle” ou encore celui de Liebow (1967) sur des noirs à un croisement de rues à Washington.

Mais l’anthropologie urbaine avait aussi pris racine en Afrique, avec la création en 1937 du Rhodes Livingstone Institute à Lusaka, capitale de la Zambie, alors Rhodésie du Nord, colonie britannique. Dès 1941 Wilson (1941,42) y étudie la détribalisation dans les villes minières du Copperbelt. Enfin, dans les années 1950-60 des études d’anthropologues anglophones sur les villes et l’urbanisation des pays du tiers-monde se multiplient, comme en témoigne par exemple la bibliographie de Peter Gutkind (1974).

En Angleterre même, au cours de la décennie 1950-60, des travaux de valeur sur la famille et la parenté à Londres sont entrepris (Firth & Djamour 1956, Young & Willmott 1957). Elizabeth Bott (1957) associe dans une recherche, également à Londres, l’étude de la parenté à celle du « réseau social », aspect particulièrement prégnant en ville. Cependant, comme en France, on ne parle encore nulle part d’anthropologie urbaine.
d. 1968 : naissance « officielle » de la sous-discipline
Les débuts de l’anthropologie urbaine en titre me paraissent être la publication aux Etats-Unis des actes d’un colloque de la Southern Anthropological Society qui s’est déroulé au printemps 1968 à Gainsville en Floride (Eddy 1968)

Dans les années qui suivent, notamment entre 1973 et 1981, paraissent encore, au sujet de l’anthropologie urbaine, divers ouvrages généraux et des readers en langue anglaise6.  Si on examine ces ouvrages, par exemple ceux de Adam Southall (1973), de Foster et Kemper (1974) et de Basham (1978), on s’aperçoit que nombre d’études d’anthropologie urbaine ont comme cadre des villes du « Tiers monde ». Des ethnologues y avaient déjà largement découvert les réalités urbaines. C’était d’ailleurs vrai aussi pour les africanistes français qui avaient pratiqué quelques rares recherches en ce sens (voir plus haut)
e. 1970 –1980 ; recherches de terrain et premières réflexions
En France, au cours de la première partie de la décennie 1970-80, tout semble encore figé : nul colloque, nulle publication collective ne se réfèrent à l’ethnologie ou à l’anthropologie urbaine. Assurément, Jacques Gutwirth et Colette Pétonnet poursuivent recherches et travaux en milieu urbain. En 1972, J.G. enquête chez les hassidim à Montréal (Gutwirth 1972 et 1973), Colette Pétonnet publie son article au sujet d’un bidonville à Rabat (voir plus haut).

D’autre part, Gérard Althabe, ethnologue disciple de Georges Balandier, en 1977 interdit, pour des raisons politiques, d’affectation outre-mer par son employeur, l’ORSTOM7, commence une enquête dans une HLM (« habitation à loyer modéré ») à Nantes. Dans un entretien (Althabe 1977), il traite de l’anthropologie dans ce contexte nouveau. Ainsi il refuse de déplacer les concepts et les problèmes de l’ethnologie « exotique » : par exemple il ne s’agit pas d’étudier la parenté dans un grand ensemble urbain mais de comprendre les rapports sociaux composant la quotidienneté des immeubles HLM.

Moi-même à partir de 1975 j’effectue des enquêtes de terrain dans de grandes villes américaines, notamment à Boston, New York et Los Angeles et à la lumière de celles-ci je présente une étude sur « l’enquête en ethnologie urbaine » (Gutwirth 1978). C’est là probablement la première publication qui en France dénomme la nouvelle spécialité ; certes plus tard, on utilisera plutôt les termes d’anthropologie urbaine, mais on notera qu’en 1984 la revue Terrain publie un numéro thématique sous le titre « ethnologie urbaine ».

Colette Pétonnet publie son livre, On est tous dans le brouillard. Ethnologie des banlieues (1979) ; elle y reste fidèle à bien des thèmes et concepts de l’ethnologie en France –avec l’étude de l’espace, du corps, du travail, etc. – tout en les appliquant au monde urbain et suburbain.

Carmen Bernand   publie un livre sur les vieux d’un hospice de Nanterre (Bernand 1978) et Marc Abélès, jusque là africaniste, examine dans un article les bistrots éthiopiens à Paris (Abélès 1978) tandis que Jean-Louis Siran, lui aussi africaniste, publie sa thèse de doctorat « Nouveaux villages, nouvelles banlieues », consacrée à des lotissements réalisés par une société immobilière, (Siran 1980).

D’autre part, une première équipe de recherche, intitulée ERAUI, « équipe de recherche en anthropologie urbaine et industrielle » est créée en 1979, sous la direction de Gerard Althabe ; lui-même poursuit ses travaux dans une ZUP, « zone à urbaniser en priorité », de 30 000 habitants, dans l’agglomération nantaise. Dans cette équipe, Monique Selim examine le relogement de marginaux socio-économiques dans un quartier ancien réhabilité à Amiens et la cohabitation pluri-ethnique dans un grand ensemble près de Stains (Selim 1982, 1985) . Les travaux majeurs de l‘ERAUI ne sont publiés qu`a partir de 1981 (Althabe 1981. Althabe, Légé, Sélim 1984,  Althabe, Marcadet, de la Pradelle, Selim 1985).
3. L’ESSOR des années 1980.
a. Colloques et autres rencontres
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