L’anthropologie urbaine en France Un regard rétrospectif introduction








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A partir de 1981 les rencontres où l’on traite d’anthropologie urbaine se multiplient. Ces réunions ont le mérite de faire prendre conscience aux chercheurs concernés qu’ils ne sont pas seuls face à une ethnologie encore traditionnelle et qu’ils commencent à constituer une force au sein de la discipline ; enfin ils peuvent confronter leurs expériences de recherche, leurs réflexions épistémologiques.

. Le 19 mars 1981 a lieu à Paris une journée d’étude organisée par Michelle Perrot, historienne, et Colette Pétonnet sur « anthropologie culturelle dans le champ urbain ».  Les études issues de ces journées paraîtront en été 1982 (Perrot et Pétonnet, 1982). Outre des contributions historiques, on y trouve plusieurs travaux qui contribuent à fonder l’ethnologie urbaine. Ainsi Michelle de la Pradelle et Guy Azémar s'attachent aux marchés de détail avec l’exemple de celui aux truffes de Carpentras ; Serge Collet aborde un thème innovateur : la manifestation politique de rue ; son étude est fondée sur treize manifestations parisiennes observées en 1978-79 ; Eve Cerf et Martine Segalen, étudient: « le carnaval des voyous » à Strasbourg et «  la fête de la rosière » à Nanterre ; Beatrice Le Wita examine le vécu de la parenté élargie dans un nouveau quartier du 13° arrondissement de Paris.

Quelques mois plus tard, du 19 au 21 novembre 1981, à Sèvres, l’AFA, « l’Association française des anthropologues » organise un colloque international intitulé « la pratique de l’anthropologie aujourd’hui.»

Comme organisateur, grâce à des crédits CNRS, je pus faire venir à mon atelier deux invités étrangers : Ulf Hannerz, professeur à l’université de Stockholm, dont j’avais lu avec grand intérêt son ouvrage récemment publié (HANNERZ 1980), ainsi que Jack Rollwagen fondateur en 1972 aux Etats-Unis de la revue Urban Anthropology. Voici quelques titres très parlants des exposés présentés à l’atelier.

« Pratique de 1'anthropologie urbaine dans une zone de lotissements de la province de Séville » (Marc Abélès). « Existe-t-il une "urbanité" spécifique des petites villes ? » (Michel Bozon). « Teddies, rockers, punks et cie : analyse de quelques codes vestimentaires contemporains » (Yves Delaporte), « Identités sociales et transformations urbaines en milieu industriel » (François Portet). « Système d'échanges et économie de survie en milieu urbain » (Monique Selim). « Les rapports sociaux dans une gare ; la gare de Lyon » (Daniel Terrolle). « L'ethnologie urbaine dans une société de l'Asie du sud (Népal) «  (Gérard Toffin).

Ulf Hannerz présenta une communication sur les types de rapports sociaux qui sont spécifiques à la grande ville, spécialement ceux sur la scène anonyme des lieux publics. Jack Rollwagen exposa sa thèse sur le « paradigme causal mondial » : la formation des villes à travers le monde a été largement marquée par le développement du système capitaliste au cours des siècles derniers ; on ne peut comprendre Djakarta que par rapport à Amsterdam.

Le colloque dans sa totalité connut un retentissement certain. Le Monde, daté du 26 novembre 1981, lui consacra une page entière, avec un article du journaliste Michel Kajman, « l’avenir d’un métier singulier », qui signale que pour l’ethnologie il y eut notamment une levée « … de« prudences » et « pudeurs » qui laissaient dans l’ombre – air politique du temps aidant – des sujets peu « nobles » et paraît devoir donner leurs chances à des domaines pas ou insuffisamment explorés :  l’anthropologie urbaine …celle du travail et de ses représentations » (Kajman 1981).

En décembre 1982 eut lieu à Toulouse un colloque « voies nouvelles de l’ethnologie de la France » ; on y compta un atelier d’ethnologie urbaine. Au mois d’août 1983, se déroula au Canada, sur le campus de l’université Laval à Québec et dans deux hôtels à Vancouver le XI° congrès international des sciences anthropologiques et ethnologiques. Surtout à Québec, la participation française fut importante, avec près d’une cinquantaine de chercheurs. Dès le premier jour du congrès, l’anthropologie urbaine apparut au programme, avec un symposium anglophone sur  ses perspectives théoriques ; puis eut lieu, sous ma direction, un symposium en langue française intitulé « anthropologie des sociétés urbaines et suburbaines ».

Le 2 et 3 décembre 1983 un séminaire « sociétés industrielles et urbaines contemporaines » se déroula à l’abbaye de Royaumont, organisé sous l’égide de la Mission du Patrimoine ethnologique (voir plus loin). Les actes de ce colloque, furent publiés en 1985 (Mission du Patrimoine 1985).

Les 15 et 16 mars 1984 eurent encore lieu à l’université de Lyon 2, animées par Isaac Joseph et Jean Métral, deux journées sur « les pratiques de l’anthropologie urbaine et l’expérience ethnique ». A cette occasion, à mon initiative, Hannerz présenta d’abord le 12 mars 1984 un exposé à la Sorbonne, dans le cadre de l’Université Paris-V, puis il participa à Lyon aux journées organisées par Joseph et Métral, notamment pour un débat autour de son livre de 1980, traduit entre-temps en français (Hannerz  1983). Ces divers colloques et rencontres des années 1981 à 1984 constituèrent des évènements précieux pour la structuration de la nouvelle sous-discipline.

b .Les numéros thématiques de revue
La plupart des interventions de l’atelier « anthropologie urbaine » du colloque de l’AFA de novembre 1981, furent publiées dans un numéro thématique de L’Homme, intitulé « études d’anthropologie urbaine » (1982). On sait déjà qu’en 1982, Ethnologie française avait publié un numéro thématique consacré à l’histoire et l’ethnologie urbaine. Ainsi deux grandes revues d’ethnologie en France donnaient en quelque sorte leur lettre de noblesse à la nouvelle sous-discipline. A noter aussi que dès 1980 la revue québécoise Anthropologie et sociétés avait présenté un numéro thématique intitulé « problèmes urbains » qui apportait une perspective anthropologique sur ces questions (dir. Bernier et Dagenais, 1980) tandis que fin 1981 la société suisse d’ethnologie avait elle aussi organisé son séminaire annuel sur « l’ethnologie urbaine ». Une publication dans la revue de la société suivit rapidement (Centlivres-Demont 1982). Gérard Althabe préfaça un peu plus tard, en 1984, un numéro thématique « l’ethnologie urbaine » de la nouvelle revue Terrain (n°3) publiée sous l’égide de la mission du Patrimoine ethnologique du ministère de la culture; il y présenta les tendances actuelles de l’ethnologie urbaine (Althabe 1984). A noter dans ce numéro un article des conservateurs du Musée Dauphinois consacré aux problèmes du musée ethnologique face à « …un élargissement notable de l’objet et du terrain d’exercice de la discipline, mais plus encore… le muséologue est en effet particulièrement bien situé pour constater que la sensibilité et le goût du public pour le vieil objet, la photo jaunie et le souvenir des anciens, sont en voie de s’appliquer à la ville, à l’usine ou au bistrot… (Laurent & Guibal 1984 : 72).

Toujours en 1984, Le monde alpin et rhodanien, publie un numéro (n°3-4) sur « Vivre la ville. Approches régionales du champ urbain ». Il est clair que ces convergences  répondaient à l’actualité scientifique de la thématique.
c. Ouvrages d’initiation
Sur ma proposition, Jérôme Lindon, directeur des éditions de Minuit, publia en janvier 1983 la traduction par Isaac Joseph de l’ouvrage de Hannerz, dont j’ai déjà parlé (Hannerz 1983). Désormais on disposait d’un quasi-manuel qui faisait notamment l’historique de l’anthropologie urbaine, particulièrement à l’université de Chicago et à l‘institut Rhodes Livingstone (voir plus haut) Une autre partie du livre examinait la question des réseaux sociaux en milieu urbain et dans une dernière section était présentée la micro-sociologie de Erving Goffman qui comporte deux thèmes privilégiés : l’analyse des relations de face à face et les comportements en public. « … la ville est un milieu dans lequel il y a plusieurs façons de se faire connaître aux autres… » (Hannerz 1983 : 290).

D’autre part en 1984, Colette Pétonnet et Jacques Gutwirth obtiennent du CNRS la création d’une « jeune équipe » (équipe expérimentale aurait mieux convenu), le Laboratoire d’anthropologie urbaine (LAU). Celui-ci devient en 1988 une « UPR », unité propre de recherche du CNRS. Dans le cadre du LAU s’était développé un projet de guide pédagogique collectif qui, sans être un manuel, devait montrer à travers des exemples de recherche comment les divers auteurs avaient enquêté, construit leur objet de recherche et quelle était leur démarche épistémologique  (Gutwirth & Pétonnet 1987). Dans cet ouvrage plusieurs contributions concernent des terrains en banlieue et en région périurbaine. La dispersion dans un champ souvent très vaste des membres de tel ou tel groupe étudié, et donc la question de la construction de l’objet, sont également abordés dans ce livre.
d. Les enseignements
Vers 1980 les enseignements universitaires d’anthropologie urbaine se multiplient. Gérard Althabe est nommé directeur d’études à l’Ėcole des Hautes Etudes en Sciences sociales à partir de l’année universitaire 1979-80 ; son séminaire traite d’anthropologie urbaine et industrielle. Jeanine Fribourg auteure d’un ouvrage sur « le cycle des fêtes de Saragosse », (Fribourg  1980) enseigne, elle à partir de 1979, «  l’ethnologie urbaine européenne »  au département de sciences sociales de l’université René Descartes (Paris V) et en 1982 elle initie un séminaire de DEA (1°année de doctorat) d’anthropologie urbaine, avec ma participation et sous ma responsabilité. Colette Pétonnet assure au début des années quatre-vingts un enseignement d’ethnologie urbaine au niveau de la maîtrise d’ethnologie à Paris-X Nanterre. A l’université de Lyon-2, Jacques Bonniel enseigne en licence « les méthodes en anthropologie urbaine » ; au niveau de la maîtrise un séminaire sur « les cultures urbaines » est animé par Yves Grafmeyer, Isaac Joseph (sociologues) et Jean Métral (anthropologue). Au cours des années qui suivent les enseignements vont se multiplier.
e. Anthropologie urbaine en circuit parallèle
L’anthropologie urbaine s’était aussi fortement développée hors du contexte d’unités d’enseignement d’ethnologie ou de sciences sociales proprement dites, ou du champ disciplinaire de l’ethnologie au CNRS. Ainsi, Daniel Terrolle fut chargé de cours à l'Institut  d'Urbanisme de l'Université Paris VIII à partir de l'année 1974-75 et il y développa un  enseignement de licence "pratiques et enquêtes de terrain en ethnologie urbaine" et à partir de 1978-79, en maîtrise, un groupe de recherche "Ethnologie urbaine » (Terrolle 1983). De plus il était chargé de cours à l'Ecole nationale des Travaux  Public de l'Etat (ENTPE) à Vaulx-en Velin (près de Lyon) de 1977 à 1981. Il organisait aussi des stages en "anthropologie urbaine" pour la  formation permanente de Paris VIII (de 1979 à 1981), ce qui avait  séduit un public d'aménageurs et de  d'ingénieurs de l'Equipement.

Bien sûr, nombre de jeunes chercheurs se débrouillaient comme ils pouvaient pour obtenir ici et là des crédits de recherche. Ainsi Sabine Chalvon–Demarsey commença une recherche sur une partie du 14° arrondissement à Paris au sein de «l’Action thématique sur programme » du CNRS intitulée « Observation continue du changement social », qui finança surtout des recherches de sociologues

Par ailleurs, en 1980 est crée au sein de la Mission du Patrimoine ethnologique un Comité du Patrimoine ethnologique. Celui-ci, où Gérard Althabe siège à partir de 1982, veut notamment stimuler des recherches sur «... la ville contemporaine, les espaces d’exercice du travail salarié » (Althabe 1984). Sur des appels d’offres thématiques, des rapports vont donc être commandités auprès de jeunes chercheurs, souvent « hors statut », donc sans emploi stable. En 1981, 1982 et 1984, il y a un appel d’offres sur « ethnologie en milieu urbain » et de 1981 à 1986  sur « France, société pluri-ethnique » (partie d’un appel d’offre interministériel). Ainsi Béatrice Le Wita réalise en 1983 « mémoire familiale, mémoire généalogique dans quelques familles de la bourgeoisie parisienne »; Catherine Choron-Baix effectue un travail en 1986 sur « Bouddhisme et migration : la reconstitution d’une paroisse bouddhiste en banlieue parisienne » . On pourrait multiplier les exemples de ces rapports ; nombre de leurs auteurs deviendront des ethnologues confirmés et certains continueront à creuser les thèmes abordés lors de ces recherches sur appels d’offre.

D’autre part, la revue semestrielle, Terrain, créée en 1983 (voir plus haut) publie nombre de contributions résultant de ces rapports de recherche.

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