Dossier réalisé et propos recueillis par Olivier Beaufays








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date de publication30.03.2017
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Zatopek n°13
Le catalogue des peurs

Dossier réalisé et propos recueillis par Olivier Beaufays
Vous est-il jamais arrivé d’avoir peur en courant? Et peur de quoi: des chiens, des voitures, des humains? Pour constituer ce dossier, nous avons recueilli les témoignages de ceux et celles qui frissonnent parfois en courant.
Peur des chasseurs

"J’habite à la campagne, alors je crains surtout les chasseurs. Avec l'écho des détonations, on a parfois l'impression de se retrouver au milieu d'un champ de bataille. Pendant les cinq mois que dure la chasse, j'évite certains parcours. Il faut dire qu’une année, je me suis retrouvée à courir aux côtés d'un sanglier traqué. Je pense que nous étions aussi désemparés et terrifiés l'un que l'autre par la situation. Désormais, je reste donc sur la route. Mais cela ne suffit pas toujours pour éviter les grosses frayeurs. L'année dernière, je devais passer à quelques pas d’un chasseur qui se tenait là, prêt à tirer, avec son fusil armé. Par prudence, j'ai voulu manifester ma présence, histoire de le mettre au courant que j'étais là, alors, je me suis raclé bruyamment la gorge. Mais rien, aucune réaction, pas un regard, pas un signe de sa part. Je me suis alors, adressée à lui directement: "Hep, Monsieur!". Je finis par crier haut et fort: "HEP, MONSIEUR!!" Sans plus d'effet. Il devait être sourd! Il me paraissait assez âgé d'ailleurs. Peut-être même myope! Alors, j'ai fait demi-tour. La rage au cœur." Marie-Anne
Peur des chasseurs (bis)

"En période de chasse, je choisis toujours de porter des vêtements les plus colorés et les plus voyants possible. Je fais tout pour qu’on ne me confonde pas avec une biche. Pour autant, je ne me sens pas en sécurité. Surtout qu'ils savent se montrer discrets, les bougres! Un jour je me suis fait surprendre par un chasseur posté sur un talus, à l’orée d'un bois. Je ne me suis aperçue de sa présence que lorsqu’il m'a gentiment saluée. Il était à quelques mètres de moi. Quelle trouille!" Cécile
Le saviez-vous?

La chasse provoque chaque année une trentaine de morts et plus ou moins deux cents accidents graves en France. La plupart des victimes sont les chasseurs eux-mêmes. Mais parfois il peut s'agir de promeneurs ou même de joggeurs. Ce fut le cas au mois de novembre dernier à Emmerin près de Lille. Deux chasseurs maladroits ont visé un lapin et touché un jeune coureur qui s'entraînait non loin de là, de l'autre côté d’une haie sur le sentier balisé. Résultat: le joggeur a pris du plomb dans la jambe droite et au niveau de l'abdomen. Heureusement, il a pu compter sur la présence providentielle d'une infirmière qui passait par là et lui a prodigué les premiers soins jusqu'à son évacuation sur l'hôpital Salengro de Lille.
Peur des inconnus

"Un jour, un automobiliste s'est amusé à me couper la route à plusieurs reprises. Je n'ai pas voulu y prêter trop d'attention jusqu'à ce que je le retrouve un kilomètre plus loin, adossé à un pont, fumant tranquillement. Il n'y avait pas un chat à l'horizon et il avait l'air de m'attendre. La route était étroite, alors, sans trop réfléchir, j'ai maintenu mon allure et suis passée à un mètre de lui. Je l'ai salué normalement tout en soutenant son regard et j'ai poursuivi ma route sans me retourner. J'avoue que j'ai rarement eu aussi peur de ma vie. En même temps, je sentais bien qu'il ne fallait pas le montrer. Chaque fois que je repasse sur ce pont, je ne peux m'empêcher d'y penser. Tantôt en me disant que j'étais complètement tarée tantôt en me disant que j'ai bien fait. En tout cas, je n’ai jamais revu le bonhomme." Sophie
Le saviez-vous?

D’après une enquête de deux psychologues de la police new-yorkaise Betty Grayson et Morris Stein, la façon de se comporter joue un rôle déterminant dans le fait qu’un agresseur potentiel soit tenté ou non de passer à l’action. En quelques secondes, il semble que celui-ci évalue les probabilités de réussite ou d'échec de son entreprise. Le fait d'avoir face à lui une personne qui paraît sûre d'elle-même exerce alors un effet indubitablement dissuasif. A l’inverse, certains signes de vulnérabilité ne trompent pas. Il faut éviter les raideurs qui trahissent la peur, le pied qui ne se déroule pas sur le sol, une foulée trop grande, trop rapide ou trop courte. De la même manière, il semblerait qu'un balancement des bras asynchrone avec la main qui accompagne l’avancée de la jambe du même serait aussi interprété comme un signal de peur.
En bref

Personne n'est à l'abri d'une agression. Pas même les policiers. En novembre dernier, l'adjoint de sécurité au commissariat de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne) effectuait un jogging sur les bords de Marne lorsqu'il a été ceinturé par deux individus qui voulaient lui voler son portefeuille. Quand ils ont découvert sa carte de police, les deux malfrats l'ont mis à terre et lui ont tiré sur les jambes à plusieurs reprises avec un pistolet à grenailles avant de prendre la fuite. Grâce au ciel, le jeune homme de 24 ans a pu être rapidement évacué vers un hôpital proche. Aujourd'hui ses blessures disparaissent plus vite que le souvenir de cette agression qui, de son propre aveu, l'a profondément choqué.
Peur de son ombre

"Un jour, je me suis fait agresser sans raison par un toxicomane qui avait manifestement besoin de passer ses nerfs sur quelqu’un. Pas de chance, c’était sur moi. Sans que je comprenne ce qui m'arrivait, j'ai reçu un grand coup de poing et me suis réveillé quelques instants plus tard entouré de plusieurs personnes, visiblement très inquiètes pour moi. Depuis cette agression, je suis parfois pris de petites angoisses en présence d’inconnus. Un jour, j'ai même été surpris par quelqu'un qui semblait courir à la même allure que moi. En réalité, il ne s'agissait que de mon ombre mais ça ne m'a pas empêché de faire un bond de deux mètres sur le côté en étouffant un juron! Après, j’étais tellement mal que j’ai fait demi-tour. Ce jour-là, plus question de continuer à courir. Pour cause de panique!"

Sébastien
Peur du meurtre

Je ne suis pas spécialement froussarde. Pendant des années, j'ai même fait beaucoup de VTT, seule en pleine forêt. Mais j’ai été très marquée par le meurtre de Nelly Cremel en 2005. D'autant que, personnellement, j'ai vécu une mésaventure bizarre à la même époque. Je m'entraînais tranquillement sur une route de campagne quand j'ai aperçu un cycliste qui venait en sens inverse. Avec une intonation bizarre, il m'a fait remarquer que mon chien ne m'accompagnait pas ce jour-là. C’était vrai. Mais je me suis demandé comment il savait que j'avais un chien. Je ne l’avais jamais vu auparavant. Or tout le monde se connaît à la campagne… J’ai commencé à avoir peur quand il s’est mis à rouler lentement dans mon sillage. Pour m'en débarrasser, j'ai obliqué dans un chemin de terre où je savais qu'il ne pourrait pas me suivre. Lorsque j'ai été sûre d'être enfin seule, je me suis arrêtée. Mes muscles étaient totalement tétanisés. Surtout au niveau des épaules et l'arrière des bras. J'étais raide de stress!" Anne
Elle s’appelait Nelly Cremel

En juin 2005, l’histoire de Nelly Cremel avait bouleversé la France entière. Cette habitante de Reuil-en-Brie (Seine-et-Marne) avait disparu au cours de son jogging. Huit jours plus tard, on avait enfin retrouvé son corps, mais tellement meurtri qu’on ne put formellement l’identifier que par son alliance. Ses meurtriers furent arrêtés. Il s'agissait de Serge Mathey et Patrick Gateau, un récidiviste. Les deux hommes racontèrent qu’ils avaient eu l'intention de cambrioler une maison mais qu'ils avaient dû rebrousser chemin, refroidis par la présence d'un chien. A la barre, Gateau précisa même: "Sans le chien, on aurait fait ce qu’il fallait et il n’y aurait pas eu de drame." La suite est épouvantable. Ils ont enlevé la jeune femme rencontrée par hasard et l'ont séquestrée dans le but de cambrioler son pavillon. Cette fois-ci, c'était la présence des voisins qui a contrecarré leurs plans. Pour des raisons restés mystérieuses, Christine fut alors blessée à la main d’un coup de fusil, puis sauvagement abattue. Les deux malfrats dissimulèrent son cadavre avant "d'aller chercher des cigarettes et de boire un coup", expliqua Patrick Gateau. "Ensuite, je suis allé arroser mon potager."
Peur des agressions

"Quand j'ai commencé à courir, j'avoue que je n'étais pas spécialement rassurée. Surtout en forêt. Pour dissuader d'éventuels agresseurs, j'emmenais mes deux chiens. Faute d'équipement spécifique pour la course, je comptais aussi sur mes anciens tee-shirts de karaté avec le logo bien visible et dissuasif du style 'Mieux vaut éviter de se frotter à moi'. Heureusement, personne ne savait que j'avais péniblement obtenu ma ceinture orange! Et encore, je pense que celle-ci m'avait été offerte par le professeur en récompense de mon assiduité au cours et en tenant compte sans doute plus de mon âge que de mes compétentes réelles." Corinne
Peur des agressions (bis)

"Quand j'ai débuté la course à pied, j'évitais soigneusement les endroits isolés. Mais à la campagne, cette stratégie devient vite caduque, surtout à partir du moment où on augmente les distances. Du coup, je me suis équipée d'une bombe lacrymogène et d'un portable. Pour plus de sécurité, je disais aussi à mon mari où j'allais courir et quelles routes je comptais emprunter. Lorsque je prolongeais ma sortie et que je me retrouvais trop loin de la maison, alors je le suppliais (parfois je le sommais carrément) de venir me chercher en voiture. Tous ces stratagèmes me rassuraient, c'est vrai. En même temps, j'étais consciente du ridicule qui consiste à s'équiper comme Lara Croft pour une activité soi-disant de détente! Finalement, j'ai troqué mon attirail de guerre contre un lecteur MP3, ce qui me rassure. Avec de la musique dans les oreilles, je cesse d'être attentive à tous ces petits bruits susceptibles de m'effrayer. En cas de rencontre avec un automobiliste, j'adopte une autre tactique. Je fais des rictus horribles, histoire de me montrer sous mon plus vilain jour. OK, c'est nul. Mais chacun fait comme il peut avec ses peurs." Louisa
La saviez-vous?

Le port de bombes lacrymogènes comme tout autre objet de défense est interdit. Ces armes sont normalement réservées aux fonctionnaires en charge de la sécurité publique.
Peur des glands

"Un jour, je me suis retrouvée en forêt avec le sentiment d'être suivie. J'entendais des bruits comme si quelqu'un marchait près de moi. Je n'arrêtais pas de scruter les alentours. Je commençais tout doucement à céder à la panique quand j'ai finalement compris que les bruits étranges ne provenaient pas d'un prédateur imaginaire mais tout simplement des glands qui tombaient des chênes alentours." Nadia


Peur du silence

"J'ai beau rester sur les sentiers et les pistes cyclables, j'ai peur de courir en forêt la nuit. Le stress et l'obscurité me donne l'impression que tous les bruits sont démesurément amplifiés. Depuis que je cours en musique, ces angoisses ont disparues. J'ai conscience d'ajouter sans doute au danger en me coupant des sons alentours qui pourraient m'alerter sur des menaces réelles. En contrepartie, j'évite les accélérations de pouls et les sursauts chaque fois qu'un chevreuil inoffensif file dans les fourrés!" Marc
Le saviez-vous?

L'ouïe est directement connectée à notre système limbique, c'est-à-dire la partie du cerveau qui gère nos émotions profondes. Cela explique l'action formidablement apaisante de la musique. Certains sociologues interprètent d'ailleurs la mode actuelle des MP3 comme une réaction de défense face au stress et aux menaces de la vie quotidienne.
Peur des exhibitionnistes

"Ce jour-là, je courais avec une copine. Notre trajet passait notamment par un charmant petit parc urbain. Je me suis arrêtée un moment pour m'étirer pendant que mon amie faisait quelques tours du parc à son rythme. La nuit commençait à tomber et j'enchainais consciencieusement les exercices en prenant appui sur le socle d'une statue quand tout à coup, une espèce de forme humaine toute nue se mit à glisser dans les buissons! Était-ce un homme ou une femme? Je n'en suis même pas sûre! J'ai seulement vu une paire de fesses dans les broussailles. Cela m'a vraiment secouée. Et pourtant, je continuais bêtement à faire mes étirements comme si de rien n'était. Puis, j'ai pris mes jambes à mon cou et suis partie rejoindre ma copine pour lui raconter toute l'histoire. En m'écoutant parler, j'avais l'impression d'entendre la légende de Big Foot! Cette histoire m'a choquée et impressionnée. Aujourd'hui encore, je ne me sens pas capable de courir seule dans un bois." Kat
Peur de perdre mon chemin

"Je précise d'emblée: je n'ai aucun sens de l'orientation. Un comble pour une "designer d'espace" de formation qui travaille comme dessinateur-projeteur dans une agence d'architecture! Du coup, lorsque je cours, j'ai toujours peur de ne pas retrouver mon chemin. Le plus simple serait de revenir sur mes pas. Mais c'est plus fort que moi. Quitte à me paumer trois heures comme ça m'est déjà arrivé, il faut que je fasse une boucle pour avoir le sentiment d'une balade réussie. Puis j'aime cette montée d'adrénaline qui naît au moment où on se demande si l'on fait le bon choix. Bref, j'ai peur de me perdre et en même temps j'adore ce sentiment de ne pouvoir compter que sur moi". Séverine
Le saviez-vous?

Une idée fortement ancrée dans le bon sens commun veut que les femmes n'aient pas le sens de l'orientation. On explique alors que cette particularité serait liée à l'action d'hormones sexuelles lors du développement cérébral. Pour Catherine Vidal, neurobiologiste à l'Institut Pasteur, cette théorie doit être soupesée avec prudence. Ainsi les rares tests qui montrent une différence entre les sexes sont extrêmement spécifiques. On pense notamment aux exercices de manipulations mentales d'objets dans les trois plans de l'espace qui, à vrai dire, n'ont pas grand-chose à voir avec le sens de l'orientation. De plus ces différences s'estompent ou disparaissent carrément à l'issue d'une courte phase d'entraînement. Bref, il se pourrait que le sens de l'orientation prétendument plus développé chez les hommes ne serait en, somme que le fruit d'un apprentissage? "Un petit garçon qui joue au football va forcément développer de meilleures aptitudes à se repérer dans l'espace", explique la chercheuse. En somme, on ne naît pas doué pour l'orientation, on le devient. Comme disait Simone de Beauvoir à propos des femmes.
Peur du noir

"Pour courir, je préfère les endroits calmes et déserts en été. De vrais No man's land. L'hiver, en revanche, c'est différent. Avec la nuit qui tombe plus vite, ces mêmes chemins me fichent la trouille. C'est fou comme tout change dans la pénombre. Un endroit charmant peut devenir parfaitement glauque. Des fois, je me sens comme le héros d'un film de série B juste au moment de sa rencontre avec les méchants. Bref en hiver, je préfère la ville et ses routes bien éclairées." Frédéric


Une trouille noire

La peur du noir est universelle. Elle naît généralement entre deux et cinq ans et se trouve associée à la fin d'une période de vie fusionnelle. Pour le bébé, l'obscurité serait synonyme de disparition de la maman. C'est la thèse dite de la "libido inemployée" défendue en psychanalyse. Bien sûr, on peut aussi lui trouver d'autres explications. Par essence, le noir est anxiogène. On s'habille de noir aux enterrements ou pour faire peur comme les sinistres milices des "Chemises noires" dans l'Italie de Mussolini. Un rapide tour d'horizon des expressions est aussi très évocateur de nos craintes face à cette absence de couleur. Ne dit-on pas "broyer du noir", "avoir les idées noires" ou "faire de l'humour noir". Enfin, il existe des causes objectives. Selon Jean Delumeau, la peur du noir est une peur "spontanée" car elle traverse les siècles et les civilisations. La nuit a toujours été source de dangers pour les hommes préhistoriques qui perdaient tout contrôle de leur environnement, surtout face aux félins dotés d'une vue dans la pénombre beaucoup plus performante que la leur.

Lire "La peur en occident", de Jean Delumeau, Ed. Hachette littérature
Peur des chiens errants

"En tant que fille de médecin de campagne, j'ai souvent vu défiler dans le cabinet de mon père, des gamins, la joue pendante, défigurés à vie par un chien. Depuis, je dois bien avouer que j'ai un peu de mal avec l'espèce canine. Avec la médecine aussi du reste!" Cécile
Peur des chiens errants (bis)

"Depuis que je me suis fait mordre l'année dernière par un chien, j'emporte toujours avec moi une petite bombe répulsive."

Stéphanie
Attention

Les bombes lacrymogènes classiques ne sont d'aucune efficacité contre les chiens. Mieux vaut se munir d'un aérosol au poivre ou, plus simple encore, emporter un peu de poivre en poudre dans le fond d'une poche.
Peur des entorses

"Impossible pour moi de courir sans penser à mes chevilles. Il faut dire que je présente une forte laxité ligamentaire. Un souvenir de ma vie de handballeuse. Sur la route, je parviens encore à maîtriser ma peur. Mais dès que j'emprunte un sentier, je n'ai plus que cela en tête. Heureusement, je me soigne. Récemment, j'ai pris part à plusieurs trails sans me blesser et je participe cet hiver à la saison de cross." Sabrina
Peur d'un arrêt cardiaque

"Impossible pour moi de courir sans cardio. Ce n'est pas que je sois accro de l'entraînement scientifique. J'ai tout simplement la trouille de faire un arrêt cardiaque et de me retrouver seule sans que personne ne puisse me porter secours. C'est plus fort que moi, dès que je cours, je ne peux m'empêcher de me demander comment on fera pour me localiser, savoir où j'habite et prévenir ma famille". Béatrice
A ne pas confondre

Beaucoup de sportifs et de sportives du dimanche ont une idée erronée de la fameuse formule d'Astrand: FC max = 220 – l'âge. Ils en déduisent qu'au-delà de cette intensité, ils courent un risque mortel. Or, rien de plus faux. L'équation indique seulement un ordre de grandeur statistique sur la décroissance de la fréquence cardiaque maximale en fonction de l'âge. Mais d'abord, il existe des variations inter individuelles très importantes. En outre, un sportif en bonne forme peut parfaitement flirter avec des intensités maximales sans courir le moindre risque.

Peur de me blesser

"Je dois reconnaître qu'en courant, j'ai toujours peur de me blesser. C'est bien simple, je suis constamment à l'écoute de mon corps. Chaque petite gène ou inconfort se transforme pour moi en risque potentiel de blessure. A la moindre raideur, je me demande si j'ai effectué les bons étirements. Une douleur articulaire passagère? Je m'interroge tout de suite pour savoir si l'origine est tendineuse ou cartilagineuse. La gorge un peu sèche? Je pense déjà à mes poumons. Dernier exemple en date: ma cheville. En ressentant une gêne, j'ai tout de suite repensé à la périostite encourue trois mois plus tôt. Mais j'ai simplement relacé ma chaussure et la douleur est partie comme par enchantement. Vous le voyez, j'interprète tout dans le sens du pire! Le plus fou, c'est qu'une fois blessé je relativise assez bien cette période d'incapacité." Etienne
Peur du membre fantôme

"J'ai été victime, le 15 août 2008, d'une tendinite de l'aponévrose plantaire aux deux pieds. Mise sur la touche pendant trois mois, je rame toujours pour retrouver mon meilleur niveau. Aujourd'hui, je suis guérie. C'est du moins l'avis de l'équipe médicale qui s'est occupée de moi. Personnellement, je n'en suis pas du tout convaincue. Et si je n'ai pas vraiment mal. J'ai peur d'avoir mal. Et cela me limite tout autant. Je me sens parfois dans la peau de ces amputés qui continuent d'avoir des sensations à leur membre perdu. Peut-être devrais-je m'arrêter quelques temps, histoire de m'assurer que ces douleurs disparaissent complètement. Mais alors, c'est justement l'idée de ne plus enfiler mes baskets qui me hante." Sophie
Le saviez-vous?

L'expression "membre fantôme" désigne les sensations souvent douloureuses à l'endroit même où se trouvait le membre disparu. Elles touchent jusqu'à 98% des sujets dans les premières semaines après l'amputation. A terme, elles disparaissent. Mais il arrive aussi qu'elles perdurent et posent alors de gros problèmes de prise en charge. Ces symptômes nous rappellent que la douleur n'est pas circonscrite localement dans l'organisme mais résulte toujours d'une interprétation cérébrale. Parfois, il y a un bug!

Peur de l'hypoglycémie

"Cela remonte à mes années de lycée. Lors d'une course d'orientation, j'avais laissé mes partenaires rallier l'arrivée à la marche, alors que moi, je partais chercher la dernière balise en courant. Malheureusement, j'ai perdu connaissance (c'était la première fois que cela m'arrivait). En tombant, je me suis heurté la tête. Heureusement, on m'a retrouvée saine et sauve mais tout cela a suffi pour que mes parents m'interdisent de désormais courir seule. Les examens médicaux ont révélé que j'étais sujette à des crises d'hypoglycémie et de fait, ces épisodes se sont répétés au fil des années. Pour surmonter ce problème, je suis obligée de mettre en place toute une stratégie. Bien sûr, j'ai adopté un régime strict. Je ne pars jamais trop loin de chez moi et je dis toujours où je vais. Un portable? A quoi bon, ce n'est pas comme si j'étais victime d'une entorse. On peut difficilement téléphoner quand on est dans le coltard. En revanche, j'ai toujours sur moi une carte sur laquelle on peut lire le mal dont je souffre ainsi que les soins à m'apporter et un numéro de téléphone de secours. Aujourd'hui je ne me sens pas encore tout à fait en sécurité mais cela va mieux. Principalement parce que je privilégie désormais les exercices en endurance plutôt que les séances en intensité et le travail de vitesse. Et puis surtout j'ai appris à mieux reconnaître les symptômes annonciateurs de malaise, l'engourdissement dans les mains, la vue qui se brouille, etc. Dans ces cas-là, j'avale vite un bonbon ou une pâte de fruits." Noëlle
La panne sèche

L'hypoglycémie désigne la chute du taux de sucre dans le sang. Elle pose un gros problème de rendement énergétique dans la mesure où ce sucre sert de meilleur carburant à l'effort. Plus grave encore, on risque carrément de perdre connaissance car, précisons-le, notre cerveau tourne presque exclusivement grâce au sucre. En cas de carence, les idées deviennent confuses. On se sent irritable. On manque d'attention. Si le problème persiste, cela peut déboucher sur un coma et, plus dramatique encore, sur la mort.
Peur de devoir aller à la selle

"Ce que je redoute le plus en courant? D'avoir envie de faire caca! Il faut dire que cela m'arrive assez souvent et que je suis obligé alors de trouver des toilettes en urgence. Désormais je fais hyper gaffe. Avant chaque sortie, je réfléchis à deux fois en pensant à ce que j'ai mangé et si trois heures au moins se sont écoulés depuis mon dernier repas. Je veille aussi à toujours passer aux toilettes avant de commencer le footing." Naïm

La saviez-vous?

La peur de devoir déféquer à un moment inopportun porte un nom: l'apopathophobie. A ne pas confondre avec l'apopathodiaphulatophobie qui désigne la peur d'être constipé. (NB: on fera remarquer au passage qu'avec 24 lettres, c'est le deuxième mot le plus long de la langue française derrière "anticonstitutionnellement"). Et ce n'est pas la seule peur étrange qui peut obséder les coureurs à pied. Citons encore la bromidrophobie (peur des odeurs corporelles), l'asténophobie (peur d'être faible), la blemmophobie (peur du regard des autres) ou encore l'ereutophobie (peur d'apparaître rouge en public).
Mortelle randonnée

Retour sur un fait divers qui a fortement ému la communauté des coureurs à pied.
En septembre dernier, les médias ont abondamment relayé les circonstances de l'assassinat de Marie-Christine Hodeau et relancer de ce fait, les vieux débats sur les problèmes de libération anticipée des prisonniers, les risques de récidive, le manque de suivi psychologique, les mérites et les limites de la castration chimique et, plus généralement encore, sur le sentiment croissant d'insécurité dans la population. Pour la communauté des coureurs à pied, l'affaire avait même une résonnance particulière. Il faut rappeler que cette assistante maternelle de 42 ans courait tranquillement dans la forêt de Fontainebleau lorsqu'elle fut enlevée et enfermée dans le coffre d'une voiture. Elle conserva néanmoins toute sa lucidité et appela la police avec son téléphone portable, leur indiquant le modèle de la voiture et le numéro de plaque d'immatriculation. Deux cents gendarmes se mobilisèrent et quadrillèrent le secteur. On retrouva la Peugeot 106. Vide! Entretemps, son agresseur l'avait entraîné dans les bois, attaché à un arbre, violé et s'était éclipsé ensuite à la recherche d'un autre véhicule. Après son départ, la pauvre femme était parvenue à se libérer et à s'enfuit. Elle se crut sûrement sauvée en apercevant une voiture. Mais le conducteur n'était autre que son agresseur qui revenait sur les lieux du crime et finit par l'étrangler. On retrouva son corps à quelque vingt kilomètres de l'endroit où elle avait été enlevée. L'enquête de police ne tarda pas à identifier le coupable: Manuel Da Cruz. L'homme avait été condamné en 2002 à onze ans de prison pour le viol d'une fillette de treize ans. Libéré de façon anticipée en 2007, il était retourné s'installer dans le village du Loiret où vivait encore sa première victime après la levée de son contrôle judiciaire en novembre 2008. Il s'agissait donc d'un récidiviste et peut-être même d'un multirécidiviste. Les enquêteurs ont naturellement fait le rapprochement entre ce meurtre et celui d'une autre joggeuse, Caroline Marcel, disparue en juin 2008 à Olivet. "Ce qui frappe le plus, c'est bien évidemment la proximité des drames", note l'un des enquêteurs de la direction interrégionale de la police judiciaire (DIPJ) d'Orléans. Les deux crimes ont effectivement été perpétrés à une centaine de kilomètres l'un de l'autre avec des méthodes similaires. A l'heure actuelle, seul Manuel Da Cruz détient la vérité et l'on redoute qu'elle disparaisse avec lui, puisqu'il a déjà fait une tentative de suicide, au mois de novembre dernier dans sa cellule de Fleury-Merogis.

Témoignages

Lors de notre enquête, plusieurs femmes ont évoqué cette tragédie et reconnaissent qu'elle les a poussées à changer certaines habitudes.

"Depuis l'assassinat de Marie-Christine, je ne cours plus comme avant. Je surveille mes alentours et préviens toujours mon compagnon où je vais et pour combien de temps j'en ai."

Stéphanie
"Durant la semaine qui a suivi ce drame, j'ai renoncé à un nouveau parcours que je trouvais soudain trop isolé. En courant, je me retournais toutes les deux minutes pour m'assurer que je n'étais pas suivie"

Marilyn
"Quand je cours, j'emmène toujours mon chien, un petit bâtard. Ca me rassure. Je suis certaine qu'il n'hésiterait pas à mordre les mollets de mon agresseur."

Isabelle
"Je dois bien avouer que la méfiance née de cette histoire m'a peut-être aidée à rompre avec des attitudes parfois trop insouciantes. Depuis, je me méfie davantage.

Chantal
"Peu de temps après cette triste affaire, je suis partie courir un matin très tôt. La brume ne s'était pas encore levée. Mon mari était inquiet. Il a fini par me convaincre d'acheter une bombe lacrymogène qui reste aujourd'hui dans mon coupe-vent. Pourquoi faut-il que certaines personnes nous refilent leurs craintes?"

Fanny
Lu dans les journaux

En France et en Belgique, on enregistre chaque jour la mort d'environ 2000 morts personnes. Bien entendu, les médias n'accordent pas la même attention à tous ces décès. En sélectionnant les histoires, on peut donner l'orientation que l'on veut au suivi de l'actualité. Et il n'y a pas que cela. Mais la plupart des récits sortent biaisés par leur passage à travers le prisme déformant des médias. Il suffit pour cela de mettre en avant telle ou telle caractéristique de la victime. Ce fut le cas pour le meurtre de Marie-Christine Hodeau avec la mention systématique de sa pratique du jogging. "Il y a, au-delà de l’émotion suscitée et légitime, une chose qui m’a choqué sur la manière quasi-générale de parler de cette affaire dans les médias", écrit Sylvain Rakotoarison sur son blog (*). "Depuis plus de deux semaines, les journaux, en parlant de la malheureuse victime, titrent en ces termes: 'Une joggeuse disparue dans l’Essonne', 'La joggeuse de Milly toujours recherchée', 'Joggeuse disparue: les enquêteurs très inquiets', 'La joggeuse kidnappée en forêt reste introuvable', 'La joggeuse enlevée à Fontainebleau reste introuvable', 'Enlèvement de la joggeuse: le suspect mis en examen', 'Joggeuse enlevée: le suspect déjà condamné pour viol et enlèvement', 'Le corps de la joggeuse retrouvé sur indications du suspect', 'Le suspect avoue avoir étranglé la joggeuse', 'Le meurtre de la joggeuse relance le débat de la récidive', 'Joggeuse tuée: le crime aurait pu être évité', 'Le calvaire de la joggeuse', 'Après le meurtre de la joggeuse, la droite relance la polémique', 'Joggeuse tuée: Frédéric Lefebvre (UMP) favorable à la castration chimique', etc. Mais il faut arrêter de parler sans cesse de la "joggeuse"! Elle n’est pas "la" joggeuse du pays, la seule joggeuse du pays. Elle n’est pas joggeuse professionnelle. Elle n’a pas eu de diplôme de joggeuse. Elle n’est pas née joggeuse. Elle ne doit pas mourir joggeuse. Elle a juste fait son jogging du matin, comme de nombreuses personnes. Et comme tout le monde, elle a un nom, un prénom, un métier, une famille.

Elle s’appelait Marie-Christine.

Elle était assistante maternelle.

Elle était célibataire.

Beaucoup l’appréciaient dans sa commune.

Et elle a le droit de ne pas rester "joggeuse" ad vitam aeternam.

Merci pour sa mémoire.
(*) http://rakotoarison.over-blog.com"

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