L’examen de soi








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Chapitre II : Pourquoi parler de soi ?


  1. les motivations intimes


genre autobio = lié à des conditions de production spécifiques ms =t fondé sur des motivations psychologiques que l’on doit analyser.
Décision d’écrire ressortit à une certaine étrangeté cf Maurice Blanchot ds L’espace littéraire, réinterroge le mythe d’Orphée en axant réflexion sur fait littéraire, émet hypothèse qu’Eurydice = œuvre et Orphée = écrivain. Voulant atteindre l’œuvre l’écrivain se retourne directement vers elle, et par impatience, la voit s’évanouir. Alors , il ne peut l’atteindre que par le détour ; et l’impatience qui est l’inspiration, exige de lui le long cheminement digressif qu’est le geste scripturaire : « la relation à l’œuvre littéraire ne peut s’effectuer que dans l’improbable quête ouverte par l’écriture » p27

Création littéraire, rapport à écriture = « l’expérience infinie de ce qui ne peut pas même être cherché, l’épreuve de ce qui ne se prouve pas, d’une recherche qui n’est est pas une et d’une présence qui n’est jamais donnée » (Blanchot) ; = ce « désir demeuré désir » dont parle René Char => constatation que la tâche de l’écrivain est inépuisable. Du côté de la réception interprétation œuvre = énigmatique et multiple (en dépit toutes les limites qu’on peut trouver : condition de prod, bio écrivain ….) => du point de vue artistique et esthétiq, « l’intime »  de l’œuvre dont parle Rilke rend improbable atteinte de son essence.
Genre autobio échappe pas à règle : vouloir se dire, vouloir écrire sa vie relève du domaine de l’étrangeté + écrivain rencontre absurdité de son projet : qd on écrit son autobio, on accepte d’admettre qu’il ne saurait être question de l’achever : autobio est « lieu de l’interruption impossible, le genre de l’interminable réalisation. Car si le langage vise à cerner le modèle, le modèle lui-même reste incernable » (p28) + étrangeté redoublée par un autre paradoxe : voulant dire sa vie, l’écrivain se retire de la vie pour la mieux exprimer, se situe ds une sorte de non-lieu : se confie à l’univers imaginaire de l’écriture pour représenter la réalité dont il s’éloigne. Comme est à la fois auteur narrateur et perso de son propre livre, est la frontière de la vie réelle et de la vie métamorphosée en imaginaire (D Maingueneau appelle cela « paratopie »)

    • une fois de plus pbatiq = celle du figement et du mouvement : s’agit de se stabiliser, établir pont entre vie et sa graphie, entre moi fluctuant et écriture qui fixe instant qui doit être dit. « Comme Orphée, l’écrivain de l’autobiographie ne dispose plus que du charme (du carmen au sens valéryen du terme), de l’enchantement de l’écriture, de la poésie en tant que création verbale »p 29 Le poétique se met au service de l’autobio parce que poétique = instrument de l’expression lyrique du moi.


Ce que recherche l’autobiographe qd décide d’écrire = origine de soi, le petit moment essentiel qui a programmé sa personnalité et mis en jeu son devenir. « Avant tout, peut-être, l’autobiographe est l’écrivain des origines » (p29)


    • l’élucidation d’un parcours

Je sais ce que je suis, je peux dire « je suis celui qui est en train de rédiger un texte » mais dès demain temps => distance entre ce moi présent et le moi que je serai => par effort de mémoire, je tenterai d rétablir altérité du moi ancien, écriture pourra m’y aider, sera instrument par lequel je rétablirai une certaine identité. Si 20 ou 30 ans passées = distance infranchissable du moi au moi ; écriture = alors ce qui permet d’éclairer le chemin parcouru.

Derrière la même personne : multiples personnalités, déroulement de la vie se multiplie et s’étale dans le temps construisant de nous image éclatée = ce que Gusdorf appelle « le choc en retour du bio sur l’auto» , construction incessante que seule graphie peut intercepter et en quelque sorte photographier.

Autobiographes désireux de se comprendre ou de s’expliquer en appellent aux origines pour établir lumière sur cheminement existentiel. cf Rousseau qui dans le Livre I des Confessions médite sur épisode de Bossey qui devient noyau d’où rayonneront souvenirs alors que pendant longtemps n’y a pas pensé « comme si, sentant déjà la vie qui s’échappe, je cherchais à la ressaisir par ces commencements ». Confessions ponctuées de ces sortes de commentaires, moments où Rousseau revient sur temps de l’énonciation et s’interroge sur les raisons de son travail littéraire => autobio se double alors d’un méta-discours, d’une méta-autobio où commentaire de l’écriture vient nourrir écriture elle-même.

La question du commencement = importance capitale pour Rousseau car « liée au temps de l’innocence et de la pureté, temps quasi asociale où l’individu se construit » p31, que se soit œuvres philo ou romanesques, tout œuvre de Rousseau interroge le point initial où se construisent les sociétés humaines, le lange et les idéologies, Démarche autobio = la même


    • ce faisant ouvre voie à démarche que tous les autobiographes qu’ils le veuillent ou non adopteront :

Dans Les mots, Sartre même s’il construit souvent un personnage artificiel et adopte une attitude franchement parodique ne cesse de rechercher les instants de sa vie qui expliqueront sa vocation future d’écrivain

Michel Leiris, particulièrement dans l’Age d’homme, s’agira de superposer des épisodes significatifs que l’on pourrait qualifier de programmateur
Autobio ouvre question tout aussi importante des rapport de l’hétéroclite à totalité : autant déroulement existence s’effectue à partir des aléas phénoménologiques (horaires, rencontres, imprévus …) autant recomposition scripturaire vise à gommer épiphénomènes pour centrer projet sur recomposition d’un figure complète, totale (offrir vision globale du moi)

    • Le regard rétrospectif de Leiris lui fait comprendre que individu par delà accident = complétude essentielle : « Ce que j’y ai appris, surtout, c’est que même à travers les manifestations à première vue les plus hétéroclites, l’on se retrouve toujours identique à soi-même, il y a une unité dans une vie et que tout se ramène quoiqu’on fasse à une petite constellation de choses qu’on tend à reproduire sous des formes diverses, un nombre illimité de fois »

Autobio tendrait à reconstituer unité à partir de faits anodins et innombrables => « l’écriture autobiographique de ce fait est tensions vers la signification » p32 : de la volonté de chercher origine programmatrice de son moi, autobiographe en vient à nécessité de « mettre de l’acord dans le tout » = autre motivation du geste autobio


    • « l’ordre de parade »

prétention à unité pose pb d’une autre nature : recomposition rétrospective du moi risque de proposer au lecteur l’image d’un moi artificiel, surfait et retravaillé : fabriqué°

Cf Gusdorf, autobio « présente l’individu en ordre de parade »,

ordonnancement scripturaire fournit-il pas en définitive qu’un simulacre de portrait, identité de remplacement ? Quête de connaissance de soi lorsqu’on écrit le récit de sa propre vie ne devient-elle pas le constat d’une incontournable inconnaissance ?

Pacte autobio = plus un pacte d’authenticité que de vérité et lecture >< enquête

Ms ds authenticité même n’existe-t-il pas un danger de liaison factice, un désir involontaire de sceller d’une manière erronée les différentes parties du tout ?

Le « puzzle des mots » correspond-il au « puzzle des faits » (Leiris Biffures) ?

Cf Confessions de Rousseau livre IV s’interroge « il y a une certaine succession d’affections et d’idées qui modifie celles qui les suivent et qu’il faut connaître pour en bien juger. Je m’applique à bien développer les premières causes pour faire sentir l’enchaînement des effets » ms logique des souvenirs (encore pire que celle des mots) s’accorde –t-elle véritablement avec celle des phénomènes ?

    • vision négative de besoin de retracer figures multiples du moi

    • mais démarche pas sans intérêt car permet de redéployer existence à travers ordre des mots de lui donner forme dans livre

    • alors seulement vie peut revêtir une signification

    • ordre de parade devient ordre de sens

    • « l’organisation des phrases qui se succèdent sur la page dit à l’écrivain pourquoi il est devenu autobiographe ds le même temps que l’autobiographe dit à lui-même pourquoi il est devenu cet homme si singulier, si unique » p33

    • « l’écriture trace l’explication ; l’explication motive l’écriture, transformant les hasards en cause » p34


« En procédant an sens inverse, partant du présent pour remonter vers le passé – peut-être ai-je plus de chance de découvrir le joint ou la charnière qui rattache mes occupations de maintenant à des désirs anciens, plus ou moins expressément formulés. A défaut d’idée explicite de carrière, en l’absence même de toute vocation définissable, je trouverai au moins un soubassement et de quoi prouver que ma vie n’est pas entièrement faite de hasard » ( Michel Leiris Biffures)

    • moi mis en ordre de parade est un objet construit , tracé

« En commençant ce livre, je marchais à tâtons vers une découverte, puis a grandi peu à peu avec mon besoin croissant de réunir les éléments susceptible d’entrée en liaison, l’idée que je faisais un livre, que je le composais, le bâtissais, l’ajustais pièce à pièce » (Ibid)


    • l’examen de soi

autobio = fonction heuristique ds mesure où dévoile être à jamais enfoui. Elucidation = aussi épreuve de lucidité. L’autobiographe se prenant comme objet de connaissance pose comme hypothèse qu’il pourra davantage se comprendre ?

    • Jean Starobinski : « toute autobiographie – se limitât-elle à une pure narration – est une auto-interprétation »

Ecriture autobio = plongée introspective met en relation dedans troublé et dehors scriptural. Tous les écrivains l’ont exprimé d’une manière ou d’une autre, il s’agissait pour eux de confronter le moi vécu au moi présent, de le comprendre. Ecriture se construit plus sous pression de aléatoire ms sous celle de ce qui a déjà été réalisé, rappelle à écrivain qu’il est responsable de ses actes, de ses pensées, de ses croyances. Répond à question « qui suis-je » par un péremptoire « tu es en raison de ce que tu as été »

    • examen de soi ds autobio >< démarche de Valéry qui chaque matin analyse sa propre pensée, chez Valéry, notes « éclairent la réalité tangible du présent » = « écrivain de jour » (p35) / autobiographe = « être du temps passé et de la nuit des temps » p35, sonde époque révolue de son moi => temps de l’écriture est alors le temps de la réflexion lucide

« l’écriture est ce par quoi est grâce à quoi se réalise cette récapitulation qui chapitre après chapitre, recherche, dans l’écart du moi au moi, les causes radicales de ce moi présent qui en est la conséquence »

    • faut pas voir ds genre autobio juste un forme d’exhibitionnisme ou d’indécence comme Gusdorf semble voir chez Leiris quand auteur de la Règle du jeu expose échecs sexuels, perversions, pratique des prostituées, ses infidélités => préférable d’admettre motivations exposées dans L’Age d’homme : « ce que je méconnaissais, c’est qu’à la base de toute introspection, il y a le goût de se contempler » => Goût esthétique de regarder figure recomposée par acte d’écrire

[cela peut rejoindre une forme d’exhibitionnisme un peu particulière, le plaisir de se montrer à soi = exhibitionnisme narcissique, et si existe exhibitionnisme est-ce que lecteur est pas voyeur ? autobio ds ce cas serait un accords tacite entre deux « travers » : exhibitionnisme et voyeurisme, peut-être aussi que pacte est là : je me montre « nu » comme tu le veux / je regarde la « nudité » que tu veux montrer ]
Le moi écrivant doté d’un parcours intellectuel riche dispose d’outil et d’expérience lui permettant d’approfondire connaissance de soi => entre le jeune Leiris et l’homme de 34 ans (début du récit de l’Age d’homme) puis celui de 45 ans = certain appareillage critique. La Règle du jeu est solidement élaborée chez Leiris à partir du surréalisme, de la psychanalyse et de l’ethnographie

Ecriture autobio = écriture d’après-coup au sens où Freud l’entendait lorsqu’il mettait en relation étude du moi et son inscription dans la temporalité = concept fondateur « Ce n’est pas le vécu en général qui est remanié après-coup mais électivement ce qui, au moment où il a été vécu, n’a pu s’intégrer pleinement dans un contexte significatif » (Laplanche et Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse)

S’agit pas de fonder psychanalyse comme instrument herméneutique unique mais de montrer en quoi écriture autobio par effet de rétroaction donne sens dans l’après-coup au moi. Que fonctionne comme thérapie ou comme examen de soi, est en définitive dans la monstration du sujet, ce qui permet mise en miroir du moi ancien qui pourra dans immobilisation scripturaire être analysé. « Récit rétrospectif, l’autobiographie est aussi, par un mouvement de retour, une analyse rétrospective du moi » p37

    • Pas question d’utiliser outil psychanalytique à des fins interprétative pour comprendre texte autobio. Jean Starobinski, ds l’Oeil vivant II rappelle que œuvre littéraire = un tout constitué, autotélie de l’œuvre interdit de mettre totalement en // démarche analytique et démarche critique : « Avec l’œuvre littéraire, tout est présent du premier coup et rien ne peut s’y ajouter. En face de l’analysé, le psychanalyste peut revenir à la charge, obtenir de nouvelles associations, vaincre des résistances. Si évidentes que soient ce différences, la critique littéraire tirera bénéfice à pratiquer le principe psychanalytique de l’attention flottante – le suspens attentif, la bienveillance aux aguets » => ce n’est pas l’instrument technique de la psychanalyse qui importe mais la méthode d’approche qui permet de mettre au jour des réseaux de significations, des occurrences propres à l’écriture d’un individu donné. Démarche herméneutique du critique ne doit jamais oublier qu’elle interroge une recomposition de l’existence et non existence elle-même, => tjs Starobinski : « Certes l’oeuvre inclut dans sa signification le passé et l’histoire personnelle de l’écrivain ; mais une histoire transcendée ; une histoire dont on ne peut désormais oublier qu’elle est orientée vers l’ouvre, une histoire qui se noue dans l’œuvre »


Ecrivain recherche pas seulement événements traumatisant pouvant expliquer ce qu’il est devenu, peut aussi comme bcp rechercher lieu du bonheur perdu : quête scripturaire = alors nostalgie, « celle d’un univers où le moi solidement solidaire de lui-même non encore fracturé (…) vivait le présent comme présence à soi » p38


    • la quête d’un bonheur perdu : nostalgie et élégie

Svt 1ers chapitres autobio = cosmogonie heureuse, tps révolu de l’innocence du moi, promesse d’une vie ouverte à tous les possibles = instants regrettés d’allégresse. Jean Starobinski distingue dans cette perspective deux catégories : d’un côté registre picaresque (cf Lazarillo de Tormès où un homme d’âge mûr devenu riche et respectable raconte avec amusement pénible existence qu’enfant il a dû mener) : le passé représente un temps dégradé et présent = temps heureux >< Confessions de Rousseau où malgré quelques épisodes négatifs, passé heureux alors que présent de l’énonciation, de l’écriture = période dégradée et malheureuse. = registre élégiaque qui propose une écriture où le présent négatif développe un monde heureux de l’enfance, même chez Sartre, parodie ne parvient pas toujours à effacer quelques instants d’élégie. Quête de l’antériorité heureuse implique généralement utilisation d’une rhétorique de l’exclamation, de l’apostrophe ou de l’incantation : figures spécifiques à une écriture du regret, de la mélancolie / expression d’une conscience aiguë de la parte et certitude que présent énonciation = celui de l’affliction et de la disgrâce (Articulations entre livres 5ème et 6ème des Confessions = significative, présente de manière condensée palette très large de procédé liés à expression nostalgie et à tonalité lyrico-élégiaque : amplification, exclamation exacerbation d’une champ lexical du sentiment, apostrophe, formule assertive exprimant la certitude de ce qui est avancé, système anaphorique, utilisation d’une ponctuation abondante)


    • au total, recentrement écriture sur le moi, expression lyrique, volonté de ressaisir le cheminement complexe d’un parcours, quête des moments originaire et fondateur, examen de soi, recherche d’un bonheur perdu = autant de motivations intimes de l’écriture du moi.

Mais autres motivations plus sociales peuvent être évoquées : autobiographe plus proches du mémorialiste peut attribuer ponctuellement à son écriture une valeur testimoniale


  1. le désir de témoignage




    • témoigner ou lorsque se taire est impossible

mémorialiste inscrit l’histoire de sa vie dans l’histoire des événements et cette inscription = dominante de son œuvre, cela ne signifie pas qu’il ne sera pas à certains moments autobiographe = question de proportion => autobiographe peut être à certains moments de son œuvre mémorialiste : inscrit alors histoire dans récit de sa vie.

Surtout que écrivain se trouve souvent à la rencontre du moi et du monde

Existe des cas exemplaires où terreur de la vie rejoint ponctuellement impérieuse nécessité autobiographique cf La Nuit de Elie Wiesel, L’Espèce humaine de Robert Antelme : ne racontent pas de longues périodes rétrospectives mais relatent des instants paroxystiques, épisodes intenses parfois insupportable d’une vie = fonction testimoniale = évidente, « il ne s’agit pas de faire œuvre d’écrivain., il s’agit de confronter l’ineffable au dicible à travers l’expérience intime du moi ; de mettre en rapport l’inexprimable avec le scriptible » p41

« Pourtant, un doute me vient sur la possibilité de me raconter. Non pas que l’expérience vécue soit indicible. Elle a été invivable, ce qui est toute autre chose, on le comprendra aisément. Autre chose qui ne concerne pas la forme d’un récit possible, mais sa substance. Non pas son articulation, mais sa densité. Ne parviendront à cette substance, à cette densité transparente que ce qui sauront faire de leur témoignage un objet artistique. Un espace de création. Ou de re création. Seul l’artifice d’un récit maîtrisé parviendra à transmettre partiellement la vérité du témoignage. Mais ce ci n’ a rien d’exceptionnel ; il en arrive ainsi de toutes les grandes expériences historiques » (Jorge Semprun, L’Ecriture ou la vie)

[même dans le cas les plus extrême, c’est toujours une oeuvre littéraire, il faut que cela le soit => attention à interprétation. Notion de témoignage rejoint (en plus poignant ici) la question de l’authenticité et du comment faire passer : encore une fois c’est le style comme utilisation maîtrisée de l’écriture (artifice d’un récit maîtrisé)qui semble être convoqué comme « passeur » si on admet que le style fait aussi de ce qui sépare un texte quelconque d’une œuvre littéraire]
« le récit rétrospectif de vie s’articule ici au récit rétrospectif d’une période de la vie » p41

Noyau créateur autour duquel œuvre rayonne >< naissance ou événement traumatisant existence individuelle mais celui du fait historique inimaginable

    • « l’individu, inscrit dans son parcours, lui-même inscrit dans le temps des hommes, inscrit dans leur histoire, écrit sa vie parce qu’elle témoigne, mais aussi témoigne de son temps parce qu’il lui permet d’écrire sa vie. Autre manière d’instaurer le moi comme figure de l’exemplarité » p42




    • Ecriture du moi et exemplarité

Dans la préface à ses Souvenirs d’enfance et de jeunesse, Ernest Renan rappelle c’est faire preuve de vanité que de parler de soi et que le projet n’est utile et viable que si précisément le projet dépasse l’individu réel pour édifier un moi imaginaire susceptible de procurer sinon un modèle du moins un exemple à l’humanité : « On ne saurait faire sa biographie de la même manière que l’on fait celle des autres. Ce qu’on dit de soi est toujours poésie. S’imaginer que les menus détails de sa propre vie valent la peine d’être fixés, c’est donner la preuve d’une bien mesquine vanité. On écrit de telle chose pour transmettre aux autres la théorie de l’univers que l’on porte en soi ».

Renan retrace son parcours de Tréguier au séminaire de Saint-Sulpice parce que ce parcours est édifiant : il montre que la foi peut-être remplacée par l’amour de la science, que l’éducation et la réflexion peuvent infléchir une conscience, une morale, une attitude face au monde. L’écriture autobiographie, chez Renan, se fonde plus sur la volonté de retracer un parcours intellectuel exemplaire que sur la minutieuse narration d’une existence humaine ; autobio = + chez lui récit rétrospectif d’une intelligence.
Ecriture autobio érigée en monument exemplaire = 2 fonctions : tournée vers passé, décrit épisodes important d’une vie particulièrement riche ; tournée vars avenir se fondent sur singularité des expériences vécues pour proposer des interprétations du monde et des vues élargies et nouvelles sur sociétés humaine, exemplarité autobio se met au service de l’humanisme et de humanité : type d’autobio intellectuelle : autobiographe persuadé que son parcours et édifiant procède par induction, partant de son cas particulier, il tend à une interprétation universelle des phénomènes et établit un système conceptuel récurrent
Démarche Leiris, même si ressortit également à l’exemplarité ne prétend pas aussi franchement à universalité, s’agir + d’une lutte perso avec temps pour se fixer et ainsi s’offrir en spectacle : « Il semblerait, tout bien considéré, que quand j’écris c’est surtout au temps lui-même que j’en veux, soit que j’essaie de rendre compte de ce qui se passe en moi dans le moment présent, soit que je ressuscite des souvenirs, soit que je m’évade dans un monde où le temps, comme l’espace, se dissout, soit que je veuille acquérir une sorte de fixité - ou d’immortalité – en sculptant ma statue (vrai travail de Sisyphe, toujours à recommencer » (Biffures)

    • de nouveau mais dans une autre perspective pbatique du mouvement et de la fixité




    • établir un portrait de soi

Fontanier classe deux aspects du portrait ds les figures de pensée par développement, = deux figures qui concernent domaine générale de la description :

      • prosographie : description qui a pour objet la figure, le corps, les traits, qualité physique etc

      • éthopée = description des mœurs, caractère, vices, vertus, talent …

récit rétrospectif vie = plus une longue éthopée qu’une prosographie, en règle gale, le portrait moral et continu et le portrait physique ponctuel

Prosographie : Incipit de l’Age d’homme = exemplaire à ce titre, constitue une sorte de pose ds existence , inscrit interruption dans déroulement existence : « Je viens d’avoir 34 ans, la moitié de la vie. Au physique, je suis de taille moyenne, plutôt petit. J’ai des cheveux châtains, coupé court afin d’éviter qu’ils ondulent, par crainte aussi que ne se développe une calvitie menaçante. Autant que je puisse en juger, les traits caractéristiques de ma physionomie sont : ….. »

    • comme peintre qui tente de reproduire ses traits, Leiris compose autoportrait physique avec précision s=> lecteur peut se faire une idée de la personne devenue personnage. Faut faire attention à ce type de description car permettent d’établir comparaison avec autres portraits autobio et parce qu’elle inscrivent individu décrit dans le temps => Leiris le signale dans ses notes « je viens d’avoir trente-quatre ans …. J’en aurais quarante-cinq quand ces pages paraîtront. Un tel écart justifierait un nouveau livre »

écart = 11 ans => description physique n’est plus valable => évolution rappelle tâche de Sisyphe et lie cette volonté de saisie à l’inachèvement essentiel de l’œuvre littéraire. « La question de la prosographie dévoile la difficulté d’écrire le récit de son propre moi : elle n’en offre que des fragments souvent lumineux mais provisoires » p41

Ethopée : c’est davantage vers elle que se tourne écrivain autobiographes, Les Confessions = peu de notations physiques, Dans Les Mots, Sartre fait ponctuellement allusion à sa laideur, Stendhal parle parfois de son âge mais peu de son apparence extérieur, de même Sarraute => c’est intériorité qui intéresse autobiographe car épouse avec plus de subtilité les aléas du temps.

En fait, « la théorie de l’univers qu’on porte en soi » (Renan) , ce monde intérieur = en définitive le seul véritable objet de l’autobio


    • en fait, « l’éthopée autobiographique couronne (…) fréquemment une œuvre qui développe une conception singulière d’un rapport au monde dans lequel évolue le moi. » p46




  1. le couronnement d’une œuvre et d’un système




    • clore un système

Rousseau = philosophe des origines : langues, inégalité, sociabilité, recherche point de commencement où tout bascule. Pour lui, récit rétrospectif = tenter d’atteindre racine de l’individu, période enfouie où enfant prépare l’homme : état premier du désir, premiers vols, premières amours,…. Et surtout premières exclusions du paradis. Jean Starobinski, L’œil Vivant I, note que « tout se passe comme si Rousseau sentait le besoin de la revivre (l’exclusion) dans un assez grand nombre de circonstances, à la façon dont les névrosés répètent dans leurs rêves ou dans leur conduite, un événement traumatisant ». Existence = suite de déchéance mais aussi succession d’exclusion de lieux édeniques : campagne de Bossey, perdue ; les Charnettes, perdues ; perdue le séjour de Montmorency ; perdue l’île Saint-Pierre, perdue aussi la demeure de France : épisodes successifs pas ! anecdotiques : viennent conforter conception rousseauiste du Monde = l’homme est un être chassé de son bonheur, expulsé de son innocence ; la société par intermédiaire du contrat social tentera de corriger cette expulsion tragique et autobio Rousseau = en quelque sorte la preuve in vivo de cette conception du monde
Sarraute, un autre angle pour même notion de couronnement. Dès 1939 Tropismes : repérer à l’intérieur de l’individu la dualité, brefs petits mouvements infimes et anodins qui font en définitive la vraie vie. Tropisme = « des réactions d’orientations et de locomotion causées par des agents physiques ou chimiques » càd éléments extrêmement primaires qui entraînent ou provoque des réactions individuelles, constituent l’espèce de voix intérieurs qui contredit la voix sociale, cf les différents incipits des romans de Nathalie Sarraute, tous proposent des menus soliloques venus des profondeurs intimes su moi qui viennent contester jeu social => « la grande thèse de l’écrivain, c’est que la psychologie apparente est souvent motivée, voire contredite, par cette psychologie des profondeurs. » (p47)

    • d’œuvre en œuvre, ton très particulier, svt satirique + composition spécifique des différents romans fondée sur dualités des voix, sue un dialogue à l’intérieur du moi. Cf Intervention au colloque de Cerisy sur le Nouveau Roman (juillet 1971) :  « Ce que j’ai voulu, c’était investir dans du langage une part, si infime fût-elle, d’innommé […]. Mais ces efforts pour faire accéder au langage ce qui sans cesse se dérobe ont présenté de grande difficultés […]. A peine cette chose informe, toute tremblante et flageolante, cherche-t-elle à se montrer au jour qu’aussitôt ce langage si puissant et si bien armé […] saute sur elle et l’écrase. Cette lutte, j’ai essayé de la montré dans mes romans » => en résulte une forme de polyphonie romanesque, lieu du combat entre les deux expressions du moi

    • qd Sarraute projette écrire autobio, « tout se passe comme si l’écrivain voulait vérifier sur elle-même cette conception de la personnalité fondée à la fois sur le tropisme et sur le moi social » (p48) => ouverture sur dialogue souvent teinté de moquerie entre écrivain social « qui fait comme tout le monde » et son moi intérieur

    • préoccupations qui ont pu traverser œuvre (contestation psychologie romanesque traditionnelle, refus des formes romanesques précédentes, éclatement de la notion de personnage) trouvent ds autobio leur accomplissement ; la forme autobiographique adoptée = contestée, éclaté, mise en système, forgée à partir d’une œuvre longuement mûrie : « Enfance est une autobiographie qui mime son ridicule et son inanité dans le même temps qu’elle se réalise. Enfance est une autobiographie à travers laquelle Nathalie Sarraute poursuit son investigation moderne du champ littéraire » (p49)


d’autres auteurs pourraient être convoquer. Faut comprendre que autobiographe écrit plutôt à la fin de sa vie, cherche à saisir motivations profondes qui ont présidé à élaboration de son œuvre => récit rétrospectif = + recomposition d’un parcours plutôt que narration fidèle de la vie d’un individu => autobio en ce sens = genre électif => se pose question de la vérité


    • dire la vérité

      • Sincérité de Rousseau :

Si on exclut déclarations péremptoires du préambule, c’est surtout à partir du livre 3ème de Confessions que Rousseau s’adresse à son lecteur pour lui soumettre pbatique incontournable de la vérité : « J’écris absolument de mémoire, sans monuments, sans matériaux qui puissent me la rappeler. Il y a des événements de ma vie qui sont aussi présents que s’ils venaient d’arriver ; mais il y a des lacunes et des vides que je ne peux remplir qu’à l’aide de récits aussi confus que le souvenir qui m’en est resté. J’ai donc pu faire des erreurs quelquefois, et j’en pourrai faire encore sur des bagatelles, jusqu’au temps où j’ai de moi des renseignements plus sûr ; mais en ce qui importe vraiment au sujet je suis assuré d’être exact et fidèle, comme je tâcherai de l’être toujours en tout : voilà sur quoi on peut compter »

Existe assez profonde différence entre 1ers livres des Confessions (I à VI°) écrits sans véritables éléments de référence, et qui ressortissent au souvenir et livres VII à XII où sont reproduits documents (billet, missives) qui fondent texte autobio => probablement parce qu’au début Rousseau quête origines, recherche monde perdu, ensuite, se rapprochant du tps de l’énonciation –dc tps déchu – tente davantage de se disculper.

Tonalité élégiaque = sincérité des 1ers livres, tonalité plus plaintive mais aussi plus acerbe voire parx plus polémique appartient à établissement de la vérité

A l’origine du geste autobio, pour Rousseau, peu importe vérité, + sincérité : texte reproduira en conscience ce qui semble vrai au scripteur. Sincérité = etymo « sans cire » / miel => pureté, ce qui n’est pas altéré ou mélangé : la parole de la sincérité note J Starobinski « ne reproduit pas une réalité préalable » mais « reproduit sa vérité dans un développement libre et ininterrompu » (La Transparence et l’obstacle),

    • objectivité n’est plus de mise, mvt écriture suit mvt subjectivité intérieure qui ressent faits, actes, sentiments comme vrais. Ce qui garantit une forme de vérité des événements relatés, c’est de les avoir vécus comme tels (existe nbeux épisodes des Confessions où lecteur sourit de la naïveté de Jean-Jacques)

    • « la chaîne des événements, la chaîne phénoménale des faits n’existe plus que modifiées par la perspective du regard intérieur » p51

anamnèse = ce qui se transforme et transmue, écriture autobio = sentimentale, non mimétique, rapport à réalité référentielle n’existe qu’indirectement par biais du truchement scripturaire, guide événementiel sert peu car + mvt constamment égotiste et introspectif. CF livre VII

« Je n’ai qu’un guide fidèle sur lequel je puisse compter ; c’est la chaîne des sentiments qui ont marqué la succession de mon être, et par eux, celle des événements qui en ont été la cause ou l’effet »

« L’objet propre de mes confessions est de faire connaître exactement mon intérieur dans toutes les situations de ma vie. C’est l’histoire de mon âme que j’ai promise, et pour l’écrire fidèlement je n’ai pas besoin d’autre mémoire : il me suffit comme j’ai fait jusqu’ici de rentrer au-dedans de moi »

La sincérité remplace la vérité, les faits ne signifient objectivement rien, ils ne signifient que vécus à travers la perception du narrateur-personnage qui, sincère, les relate.

>< autoportrait qui trop élaboré, trop construit ne fournit que l’apparence, une seule fois Rousseau en appelle à Montaigne mais c’est pour que lecteur par confrontation saisisse différence essentielle


    • Pour Rousseau question vérité se trouve évacuée et remplacée par celle de la sincérité : pose écrivain face à lui-même, face à vérité scripturaire.




      • Authenticité de Sartre

Pour Sartre, la question de la vérité dans Les Mots, rejoint davantage la problématique de la parodie : selon lui : je ne fais pas récit rétrospectif de ma vie, je choisis de raconter rétrospectivement la vie de l’individu que je me suis composé ; autobio établit une importante distanciation entre deux moi (celui énoncé et celui énonciation) => autobio = architecture minutieusement agencée et autobiographe = démiurge :  « Créateur et animateur d’un monde, il est l’agenceur et l’agencé ; celui qui est authentifié par celui qui authentifie, le mensonge étant inhérent à l’expression de la vérité : lecteur qui prend la pause dans la première partie de l’œuvre, écrivain qui prend la pause dans la seconde partie » (p52)
« L’écriture, mon travail noir, ne renvoyait à rien, et, du coup, se prenait elle-même pour fin : j’écrivais pour écrire. Je ne regrette pas : eussé-je été lu, je tentai de plaire, je redevenais merveilleux. Clandestin, je fus vrai » dernière phrase = bonne def de autobio sartrienne, construite et authentique ds monstration aurait été sincère ds clandestinité = autobio à rebours, autobio de la dérision, autobio impossible sinon parodique. « Ce qu’exprime cette phrase lapidaire et lucide à la fin des Mots : « l’illusion rétrospective est en miette » »


      • le projet de Renan

fonde quête autobio sur catégorie de la fidélité. Si question sincérité hantait Rousseau, si résolution du conflit entre écriture et le moi s’est réalisé pour Sartre ds authenticité de la parodie, c’est, chez Renan, la fidélité au modèle nucléaire qui permettra d’atteindre une certaine compréhension de soi.

Ecriture autobio lié à catégorie de la singularité et de l’exception : elle recherche le modèle ancien, germé bénéfique, qui a permis de construire la rectitude intellectuelle d’une existence. S’agira en grande partie de vérifier conformité au moule, comprendre prédestination d’une individu tjs en équilibre (breton et gascon) entre romantisme et raison, idéalisme et pragmatisme, religieux et rationnel = équilibre qui permet une forme de sagesse où se nourrissent dialectiquement les contraires : « Cette complexité d’origine est en grande partie je crois la cause de mes apparentes contradictions. Je suis double ; quelquefois une partie de moi rit quand l’autre pleure »


    • se réapproprier le monde

les enjeux de l’autobio = doubles. Tournée vers l’intérieur du moi, elle tente de retracer parcours qui a motivé éclosion d’une perso et cheminement d’une vie, mais tournée vers extériorité, cherche aussi à se réapproprier monde perdu pour comprendre monde présent. CF fin des Mémoires d’outre-tombe, Chateaubriand y propose récapitulation de sa vie, mêlant histoire publique et existence privée, comme si vieil écrivain avait réussi à solidifier histoire de sa vie, à pétrifier histoire des hommes. Bilan de sa vie = bilan de la France ; présent énonciation scripturale = entre passé et futur, étrange entre d’eux où le monde passé n’existe plus et où monde futur est encore inconnu : « En traçant ces derniers mots, ce 16 novembre 1841, ma fenêtre qui donne à l’ouest sur les jardins des Missions étrangères est ouverte : il est six heures du matin ; j’aperçois la lune pâle et élargie ; elle s’abaisse sur la flèche des Invalides à peine révélée par le premier rayon doré de l’Orient : on dirait que l’ancien monde finit et que le nouveau commence. Je vois les reflets d’une aurore dont je ne verrai pas se lever le soleil. Il ne me reste qu’à m’asseoir au bord de ma fosse, après quoi, je descendrai hardiment, le crucifix à la main dans l’éternité »

Face à transformations, écrivain tente de ressaisir ces époques des conceptions du monde et de son univers, écriture salvatrice dresse bilan et ouvre d’autres champs. Mais ceci ne concerne plus l’autobiographe : « les scènes de demain ne me regardent plus » écrit Chateaubriand, « elles appellent d’autres peintres : à vous messieurs »

« C’est alors seulement, lorsque l’existence est retracée scripturairement (lorsque le texte rejoint le moment de son énonciation), que la totalité de la vie revêt une signification » (p56)
4) la lutte avec l’Ange


    • « l’art est un anti-destin » (André Malraux)

= formule célèbre, si condition essentielle homme = mortalité, art = ce que l’homme construit pour lutter contre usure et dégradation provoquée par le temps ; œuvre d’art = résultat d’un projet qui dépasse limites humaines, cf Georges Bataille commentant peintures de Lascaux qui rappelle que geste artistique est volonté humaine de saisir la réalité, de figer l’insaisissable d’expliquer imaginairement et métaphoriquement univers, mais aussi indéniable désir de durer au-delà de sa propre vie.

La plupart des autobiographes se présentent comme des individus se situant face aux phénomènes qui manifestent la dégradation du temps, cf la petite hotteuse dans les Mémoires de Chateaubriand, devenue femme ou morte, peu importe, ce que constate écrivain = sa disparition, son absence. Univers réel est devenu lacunaire, un monde de la vacuité : anamnèse scripturaire vient alors faire œuvre de comblement, pérennise éphémère instaurant à la place d’un individu réel, un individu imaginaire : personne de la petite hotteuse est devenue un personnages des Mémoires

Cf =t début de La Vie d’Henry Brulard, où Stendhal, posté sur le mon Janicule contemple les œuvres d’art des siècles passés ; la posture est symbolique : l’écrivain comme défiant le temps, couvre de son regard les créations humaines dressées pour l’éternité par des hommes pour les hommes : « Je me trouvais ce matin 16 octobre 1832, à San Pietro in Montorio, sur le mont Janicule, à Rome ; il faisait un soleil magnifique. Un léger vent de sirocco à peine sensible faisait flotter quelques petites nuages blancs au-dessus du mont Albano, une chaleur délicieuse régnait dans l’air ; j’étais heureux de vivre. Je distinguais parfaitement Frascati et Castel Gandolfo qui sont à quatre lieues d’ici, la villa Aldobrandini où est cette sublime fresque de Judith du Dominiquin […] Quelle vue magnifique ! C’est donc ici que La Transfiguration de Raphaël a été admirée pendant deux siècles et demi […] Ainsi, pendant deux cents cinquante ans ce chef-d’œuvre a été ici : deux cent cinquante ans ! …. Ah ! Dans trois mois j’aurais cinquante ans »

[il ne parle que d’œuvres picturales, en tout cas dans extrait => à vérifier, peut être utile pour notion de portrait dans autobiographie]

Ds extrait, tous les éléments qui nourrissent autobio stendhalienne = condensés : confrontation existence et œuvre d’art, fresque qui deviendra métaphore de autobio (elle exprime mais s’efface), la méditation sur le temps : l’écrivain autobiographe, du haut d’un des monts des plus prestigieux du monde, contemple sa vie, contemple son œuvre, contemple le temps : c’est pour lui l’heure de l’écriture de sa vie

« l’écriture autobiographique s’apprête dès lors à lutter contre la mort »p58


    • affronter la mort

Michel Leiris dans Biffures comprend après plus de deux cents pages d’écriture quel est le véritable objet de sa recherche : esthétique d’une œuvre, le bonheur d’écrire, désir d‘introspection et de compréhension de soi, mais plus profondément, l’écriture autobio est le recensement des morts, sorte de descente aux enfers, voix qui évoque souvenir et disparus

« Si cette peur de me faner est finalement ce qui m’oriente, quoi d’étonnant à ce que l’édification de ma propre statue soi devenue le but conscient (et ici même avoué) de tentatives littéraires ? A mesure qu’on se flétrit la défense devient plus urgente ; et la plus immédiate est, sans doute, de se couvrir d’un beau vêtement »

[là encore réf à un art « physique », plus visuel que l’écriture]
écriture de la vie aurait pour projet la rencontre obstinée et quasi frontale avec la mort cf Sartre. Les Mots : « Nos intentions profondes sont des projets et des fuites inséparablement liés : l’entreprise folle d’écrire pour me faire pardonner mon existence, je vois bien qu’elle avait en dépit des vantardises et des mensonges, quelque réalité : la preuve en est que j’écris encore, cinquante ans après. Mais si je remonte aux origines, j’y vois une fuite en avant, un suicide à la Gribouille ; oui, plus que l’épopée, plus que le martyre, c’était la mort que je cherchais »
« qu’en est-il, dans cette perspective, de l’écriture autobiographique lorsqu’elle pose comme objectif l’atteinte de cet horizon que l’on ne peut jamais atteindre ? Elle est ce que l’on pourrait nommer, suivant Blanchot, l’écriture du mourir : ce qui s’oriente inéluctablement vers la mort, maintenant toutefois la vie par son déroulement même » p59
la question des motivations de l’écriture autobio reste fortement orientée vers émetteur : face à lui-même, à la fin de son existence, autobiographe cherche à dresser bilan de savie

    • écriture autobio semble jouer rôle cathartique non négligeable, même si tension scripturaire s’oriente vers passé, faut convenir qu’il reste à autobiographe un morceau de vie assumer : écrire sa vie revêt pour lui une fonction essentielle = trouver la force de mener le reste de son existence avec un certain bonheur, atteindre une certaine « sérénité crispée » (René char) , écriture autobio = précieux instrument dont écrivain se sert pour parfaire sa ligne de vie

cf Michel Leiris préfaçant l’Age d’homme «  Recherche d’une plénitude vitale, qui ne saurait s’obtenir avant une catharsis, une liquidation, dont l’activité littéraire – et particulièrement la littérature dite de confession – apparaît comme l’un des plus commodes instruments »


    • « Reste qu’en fermé désormais dans l’espace isolé de l’écriture, l’autobiographe achoppe sur la question essentielle qu’il se pose à lui-même : comment concilier la narration d’une existence réelle et le lieu de l’écriture nécessairement imaginaire ? » p60



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