L’examen de soi








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Chapitre IV : le lecteur de l’autobiographie





  1. la problématique de la réception




    • le lecteur modèle

Umberto Eco ds Lector in fabula, def le concept de lecteur modèle. Tout texte écrit – a fortiori tout texte publié – a un lecteur potentiel qui permet de l’actualiser : destinataire est à la fois postulé par écrivain et nécessaire à actualisation du message. Sans lecteur, le texte bine qu’existant se trouve amputé d’une dimension essentielle : celle de sa réception et de sa construction par le lecteur qui le parcourt : « Le texte est donc un tissu d’espaces blancs, d’interstices à remplir, et celui qui l’a écrit prévoyait qu’ils seraient remplis et les a laissés en blanc pour deux raisons. D’abord parce qu’un texte est un mécanisme paresseux (ou économique) qui vit sur la plus-value de sens qui y est introduite par le destinataire[…]. Ensuite parce que, au fur et à mesure qu’il passe de la fonction didactique à la fonction esthétique, un texte veut laisser au lecteur l’initiative interprétative, même si en général il désire être interprété avec une marge suffisante d’univocité. Un texte veut que quelqu’un l’aide à fonctionner »

    • rapport avec lecteur autobio pour plusieurs raisons : texte même écrit par un auteur = traiter quasiment comme un sujet indépendant, sorte de matrice en fonctionnement qui en dit plus qu’elle n’exprime et qui exprime plus que l’auteur n’a dit. Univocité svt côté auteur (Rousseau préférait qu’on compris ses Confessions de telles manières plutôt que de telle autre), peut être redoublée d’une polysémie que le lecteur découvrirait + fonctions heuristiques et didactiques = accompagnées d’une fonction esthétique qui donne au texte dimension créatrice et plurielle qui permet au lecteur d’ouvrir signification => lecteur dépossède lecteur de son œuvre et l’interprète « à sa guise et selon ses moyens » (Paul Valéry) : statut général de l’œuvre qui englobe statut particulier de l’autobiographie littéraire.

Eco signale que non seulement auteur prévoit son lecteur ms que texte peut également laisser libre cours à une certaine frange d’incertitude que la lecture peut concrétiser => texte peut également prévoir son lecteur modèle en développant stratégie propre à son auteur : « un texte est un produit dont le sort interprétatif doit faire partie de son propre mécanisme génératif ; générer un texte signifie mettre en œuvre une stratégie dont font partie les prévisions des mouvements de l’autre, comme dans toute stratégie » : l’auteur à travers son texte doit prévoir, voire instituer les compétences de son lecteur modèle de façon à éviter les mésinterprétations. Virtualité du lectorat entraîne un certain nombre d’inconvénient pour autobiographe : effectue le récit rétrospectif de sa vie pour qu’on le comprenne, le disculpe , or question, de vient double « Que voulais-je faire de ce texte ? » « Que va-t-on faire de ce texte que j’ai écrit ? » : à tout instant sens littéral risque de se multiplier en polysémantisme, lecture = une forme de contrefaçon parce qu’elle est appropriation faisant du texte un objet de saisie, de compréhension, un objet herméneutique :cf Paul Ricoeur, lecture = interprétation « est un travail de pensée qui consiste à déchiffrer le sens caché dans le sens apparent, à déployer les niveaux de signification impliqués dans la signification littérale »

Autobiographe ne maîtrise pas son lecteur ni son destinataire. Séparé de son texte devenu public, éloigné de son autobio par tps ou mort doit poser clairement raison qui l’ont poussé à écrire + tout aussi clairement préparer lecture de son œuvre


    • Le destinataire idéal

Si on accepte de désigner Saint Augustin comme un des fondateurs du genre, convient d’analyser les enjeux d’un récit de vie dont destinataire = « le Créateur lui-même, lecteur idéal s’il en est puisqu’en définitive il connaît le contenu du récit dans le même temps qu’il sait hic et nunc que le récit s’écrit » p91

Autobio de Saint Augustin si on inclut les Confessions dans un tel genre = plutôt ce que Ph Lejeune appelle une « autobiographie spirituelle » ; texte décrit travail de la grâce divine qui influence et infléchit cours de l’existence d’un pêcheur. Ce qui est exalté = puissance de Dieu et pas individu : « la laïcisation de tels écrits permettra d’accorder à l’homme une place centrale que l’on retrouve aussi bien dans les Confessions de Rousseau que dans La règle du jeu de Leiris » p91

Ms confessions augustiniennes présentent un certain nbre de carctéristiq qui autorise critiq à les traiter comme récit autobio : expérience perso = riche et ouvre opportunité dans relaté sincèrement parcours singulier à un destinataire ; la présence d’un lecteur potentiel donne à l’acte autobio toute sa valeur et toute sa dimension

« De plus, « je » est confirmé dans sa fonction sujet par la présence de son corrélat « tu », qui confère au discours sa motivation » (Jean Starobinski), que tu (altérité attentive = Créateur ne change rien à analyse : essentiel pour autobiographe est d’être entendu, d’être lu, existence de ce destinataire renforce le statut discursif de l’autobio.

De + Confessions augustiniennes proposent à l’état encore fragmentaire, un récit de vie : éducation, je enfantins, apprentissages des langues, tentations de la chair sont évoqués. Le larcin des poires, au chapitre 4 du livre II = à mettre en relation avec épisode du ruban volé de Rousseau. « Les différents épisodes de la vie deviennent objet d’une narration » p92 + auteur, narrateur, perso = id

    • = critères qui permettent d’inclure confessions de saint Augustin ds genre de autobio


/ pbatiq du destinataire : appel à Dieu sont nbeux ms St Augustin prend rapidement conscience de inutilité complète de la rédaction de ces appels cf chap 3 livre II : « Mais pour qui fais-je ce récit ? Ce n’est pas pour vous, mon Dieu ; mais en vous contant ces choses, je les conte à mes semblables, aux hommes, mon livre ne tomberait-il qu’en de rares mains. Et pour quoi l’écrire ? C’est afin que quiconque le lise, et moi-même, nous concevions la profondeur de l’abîme d’où il faut crier vers vous »

récit saint-augustinienne possède donc un autre destinataires (les hommes) et double fonction : montrer en exemple vie d’un pêcheur, souligner éloignement qui existe entre Dieu et ses créatures.

    • instrument scripturaire fait alors naître paradoxe : destinataire directement interpellé n’a pas besoin de lire le texte, c’est le témoin obliquement convoqué (les autres) qui devrait directement le lire : le langage de la conscience ne nécessite pas l’écriture autobiographique ; écriture autobio = indirecte t médiatrice : s’impose de parler à Dieu pour s’adresser aux hommes :

« Ainsi ma confession, ô mon Dieu, comme le la fais en votre présence, est muette et elle ne l’est pas ».

« Seigneur, je me confesse à vous pour que les autres hommes m’entendent »

Le passage par la confessions à Dieu offre la possibilité de signaler aux autres la véracité des propos ; le destinataire divin certifie en quelque sorte la transparence et la limpidité
Chez Saint-Augustin, les Confessions offrent véritablement à la démarche scripturaire une fonction heuristique, parce qu’elle est l’intermédiaire entre le domaine de l’humain et l’insondable abîme du divin :

« mais quel profit, seigneur, ç qui chaque jour s’ouvre ma conscience, plus confiante dans votre miséricorde que dans son innocence, quel profit y-a-t-il, je vous le demande, à ce que je confesse encore aux hommes, devant vous, par cet ouvrage, non plus ce que je fus, mais ce que je suis ? La confession du passé, j’en connais et je viens d’en indiquer l’intérêt. Mais ce que je suis dans le temps même où je rédige ces Confessions bien des gens désirent le savoir : les uns me connaissent, les autres pas ; il s m’ont entendu ou ils ont entendu parler de moi, mais s’ils n’ont pas l’oreille contre mon cœur, là ou je suis ce que vraiment se suis, ils veulent donc m’entendre confesser ce que je suis intérieurement ; là où ils ne peuvent appliquer ni l’œil, ni l’oreille, ni l’esprit. C’est avec l’intention de me croire qu’ils veulent m’écouter »

La confession du passé rejoint ici la confession du présent, l’autobio atteint le journal intime
Autobio utilise écriture comme un instrument qui construit et prévoit celui qui devra la lire : lecteur pris au piège de la double énonciation ne peut émettre d’objection majeure : Augustin dit la vérité puisque c’est la Vérité même qui vérifie ce qu’il raconte.

« Au reste, pour vous seigneur, dont les yeux dénudent l’abîme d la conscience humaine, qu’y aurait-il de caché en moi, lors même que je ne voudrais vous le confesser ? C’est vous que je cacherais à moi-même, et non pas moi à vous. »

Saint Augustin s’adresse à Dieu pour que les hommes le croient

La question rousseauiste même si elle tend vers une finalité semblable est inverse : Rousseau s’adresse aux hommes pour tirer parti de leur honnêteté. Peu sûr de cette honnêteté, il en appelle secondement à l’omniscience divine pour corriger les erreurs de son lecteur potentiel ; « d’une confession à l’autre, l’examen de soi en direction de Dieu s’est transmué en narration de soi en direction des autres » p94 => développement de l’individualisme sépare les deux hommes, toutex, préoccupation reste la même : comment s’y prendre par delà le temps pour que mon livre soit bien lu ?

Précautions à prendre = soigner préface et préambule


  1. l’argumentation au travail dans l’écriture autobiographique




    • préfaces et préambules

écrivain autobio sait que aucune lecture = innocente, toute lecture est heméneutique et + encore si 1ère approche du texte = heméneutiq qu’en sera-t-il de la seconde voire de la deuxième lecture ?  « La constante recherche d’une plénitude de l’interprétation pousse le lecteur à questionner plus loin à l’intérieur du texte afin de découvrir d’autres enjeux, d’autres significations » p95

    • cf Eco : intention du lecteur (intentio lectoris) peut , par jeux de construction et de déconstruction modifier intentions de auteur. Auteur a conscience ombre fantomatique du lecteur => nbeux autobiographes ont anticipé phénomène de réception => écriture de textes liminaires

Processus argumentatif parfois complexes pour def modalités nécessaires et suffisantes à bonne compréhension du txt

Eco, Les Limites de l’interprétation : « Le fonctionnement d’un texte (même non verbal) s’explique en prenant en considération, en sus et au lieu du moment génératif, le rôle joué par le destinataire dans sa compréhension, son actualisation, son interprétation, ainsi que la façon dont le texte prévoit lui-même sa participation »

Compréhension désigne étymologiqt la saisie personnelle et appropriation de la signification ; actualisation = ref à réactivation du sens textuel par lecture, interprétation = ref à construction de la signification par un individu lors de son activité heméneutique face au texte.

= > ces trois visées fondent acte de lecture et peuvent mener à mésinterprétation (lecteur fait surgir autre interprétation que celle que auteur voulait exprimer). Du point de vue auteur autobio, risque de déviance interprétation = préjudiciable à validité même du projet => en ce sens textes préfaciels visent à ramener préventivement lecteur potentiel à une certaine mesure.

Dans Seuil, Gérard Genette, def de façon générale la préface : « je nommerai préface, par généralisation du terme le plus fréquemment employé en français, toute espèce de texte liminaire (préliminaire ou postliminaire), auctorial ou allographe, consistant en un discours produit à propos du texte qui suit ou qui précède ». parmi nbeux types de préfaces que répertorie Genette, type « préface originale » : plusieurs fonctions essentielles à bonne compréhension du récit autobio : 1ère fonction = assurer une bonne lecture de l’écrit => forme de « captatio benevolentiae » assure une certaine univocité de la signification + valorisation de son importance. Préface revêt fonction unificatrice : donne au texte une forme d’unité, le constitue comme totalité, comme ensemble en fonctionnement en soulignant l’axe de lecture le plus pertinent pour fédérer signification cf texte liminaires des Confessions de Rousseau = récurrences des termes ressortissant au champ lexical de la vérité.

L’Encyclopédie de Novalis cité par Genette : « La préface fournit le mode d’emploi du livre » : programme suffisamment d’informations et de mises en garde pour opérer un solide guidage de lecture => Lichtenberg cité par Genette : « un paratonnerre » protégeant mémoire de auteur.

« La préface ou le préambule ne visent à rien de moins qu’à indiquer une déclaration d’intention de l’auteur » p97 et « à suggérer au lecteur une démarche interprétative » (Genette)

face à élément exogène (lecteur) nécessaire à actualisation et réalisation, livre fournit « théorie indigène définie par l’intention de l’auteur »

Distinction pertinente des pragmaticiens entre argumentation dans le texte et argumentation du texte (= ce qui fonctionne comme argumentation / ce que tend à prouver ensemble du texte voulu et écrit comme tel) => c’est certainement dans préface qu’il faut rechercher argumentation du texte autobio, ce qu’il vise à instaurer et à signifier.

Même si langage des préfaces est « insincère » selon mot de Proust, convient d’analyser ces moments particuliers et spécifiques du texte aurtobio (cf à titre d’ex les deux textes canoniq de la litt du moi qui inaugurent autoportrait des Essais de Montaigne et autobio des Confessions de Rousseau)
- le projet paradoxal de Montaigne : autoportrait Montaigne correspond au développement de individualisme, homme = davantage intéressé par lui-même => fonde son moi comme objet d’examen, s’agit pas encore projet écrire récit rétro d’une vie mais effectuer le compte-rendu expériences exposées à partir description de soi et démarche d’introspection => selon termes Gusdorf, dans Essais , est question de fonder le portrait de l’auto devenu objet de la graphie.

« Adresse au lecteur » doit être considéré comme symptomatique car établit rapport auteurs compte instituer entre son livre et lui et surtout entre lecteur et livre.

- tout d’abord s’adresse à destinataire général et indéfini « au lecteur », donne ton discursif à ses propos => choix d’une typologie précise qui indique une stratégie particulière de la part du portraitiste : ses écrits initialement rédigés à titre strictement privé se tournent vers extérieur et deviennent publics => choix visent à prévoir le lectorat qui devra les aborder : marquent fortement les intentions de l’auteur parce que instituent fermement horizon d’attente des destinataire qui peuvent se réduire au nombre de trois

1 : un lecteur proche, un lecteur de confiance :  « c’est ici un livre de bonne foi lecteur. Il t’avertit dès l’entrée que je m’y suis proposé aucune fin que domestique et privée » ; « je l’ai voué à la commodité particulière de mes parents et amis » => au seuil du livre, Montaigne avertit au sens le plus classique du terme : il fournit une info placée en tête de son livre pour en préparer la lecture => fonder certaines compétences d’interprétation et en exclure d’autres : avertissement au lecteur = pragmatique, informatif, argumentatif

2 : Un lecteur hypothétique voire utopique = celui des nations qu’on dit « vivre encore sous la douce liberté des premières lois de la nature » : permet à Montaigne d’envisager un autre cas de figure de la peinture de soi où le sujet pourrait se présenter dans sa nudité originelle (« je m’y fusse très-volontiers peint tout entier et tout nu »). Lecteur virtuel prend la place du destinataire divin et permet d’imaginer autoportrait fondé sur transparence en même tps instaure différence entre « bonne foy » convenable pour lecteur sociabilisé et limpide sincérité pour lecteur innocent

3 : lecteur public puisque texte est publié puis annoté à partir édition de Bordeaux = lecteur potentiel de l’extériorité, de la place publique. Ethopée annoncée aura pour destinataire lecteur en général (« ainsi, lecteur, je suis moi-même la matière de mon livre »).
Les deux premières instances de réception => pas de précaution particulière à prendre

troisième instance, lectorat universel et imprévisible exige de Montaigne établissement d'un pacte de lecture précis et prudent cf procédés argumentatifs qui montrent que texte liminaire a une "idée derrière la tête" et vise à circonscrire réels périls qu'entraînerait lectorat soupçonneux ou malveillant. Avertissement au lecteur chez Montaigne débouche sur paradoxe voire impasse : comment se peindre soi-même qd on sait pertinemment que statut et rayonnement dépasseront largement cercle étroit tracé par auteur autoportrait . "En ce sens, Montaigne est peut-être le premier auteur d'une écriture profane du moi qui mette au jour ce qui conviendrait de nommer l'aporie autobiographique" p99
- le plaidoyer rousseauiste : 2 siècles plus tard, de nouveau épineuse question du destinataire mais projet différent de celui de Montaigne car JJ proclame d'entrée de jeu volonté de parler aux hommes. Si pour Saint Augustin s'agit de parler à Dieu pour s'adresser indirectement aux hommes, s'agit pour Rousseau de s'adresser aux hommes et de prendre Dieu à témoin => Renversement fondamental : texte liminaire des Confessions et début du livre 1er constituent requête et envisage lecteur potentiel dont statut, position et caractère restent très généraux : "qui que vous soyez" ; mais texte envisage comme chez Montaigne plusieurs instances réceptives :

1 : lecteur indéfini capable d'arbitrer en consciences enjeu du texte ses règles et l'exactitude des propos

2 : un lecteur hypothétiquement hostile (Grimm, Diderot + lecteur des temps futurs) dont les caractérisants distribués de façon binaire sont significatifs : "généreux et bon" /"malfaisant et vindicatif"

Stratégie du texte rousseauiste envisage que celui-ci peut revêtir fonction cathartique indéniable.

Incipit du premier livre reprend en y insistant singularité du projet, permanence notion de sincérité. Ms si maintien nécessité lectorat humain, pose comme indispensable dans stratégie de l'écrivain un autre récepteur idéal : Dieu lui-même cf étonnante prosopopée incipit ou Rousseau fait parler son propre personnage devant l'Eternel => ouvre à auteur possibilité de fournir indiscutable caution de sa sincérité : "Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra ; je viendrai ce livre à la main, me présenter devant le souverain juge. Je dirai hautement : voilà ce que j'ai fait, ce que j'ai pensé, ce que je fus [...] J'ai dévoilé mon intérieur tel que tu l'as vu toi-même. Etre éternel, rassemble autour de moi l'innombrable foule de mes semblables ; qu'ils écoutent mes confessions. [....] Que chacun d'eux découvre à son tour son coeur aux pieds de son trône avec la même sincérité"

Si obstacles dont on a parlé précédemment survenaient (défaut mémoire, utilisation d’ornements …) mouvement heuristique des Confessions n’en serait pas moins vrai, cautionné qu’il est par le lecteur suprême . Première programmation du lecteur modèle ( un lecteur honnête assuré de authenticité par la présence du lecteur divin ) est doublé d’une prog plus subtile : « je me suis montré tel que je fus, méprisable et vil quand je l’ai été, bon, généreux, sublime quand je l’ai été » => déséquilibre entre caractérisants + gradation valorisante pour les trois derniers adjectifs => texte présente une disproportion en faveur du narrateur- auteur- personnage : si lecteur divin n’ a pas besoin de médiation, lecteur humain lui ne peut connaître et juger JJ que par truchement de l’écriture ms une écriture travaillée et façonnée en direction d’une valorisation du scripteur : « l’intention du texte et l’intention de l’auteur tentent de modifier l’intention du lecteur » p101

    • question du destinataire = pas innocente et préoccupe au premier chef auteur d’autobio : ds sa lutte contre opacité langage JJ s’est suffisamment utiliser vbe pour que le vbe penche en sa faveur : « mieux vaut construire l’horizon d’attente de son lecteur plutôt que d’accepter une totale liberté de réception… » p101




    • écart réceptif et regard du lecteur

- l’écart esthétique : Hans Robert Jauss, dans Pour une esthétique de la réception, pose deux concepts fondamentaux : l’ « horizon d’attente » qui « résulte de trois facteurs principaux : l’expérience préalable que le public a du genre dont elle relève, la forme et la thématique d’œuvres antérieures dont elle présuppose la connaissance, et l’opposition entre langage poétique et langage pratique, monde imaginaire et réalité quotidienne »

    • autobio établit « les normes notoires du genre », étant un récit nécessairement imaginaire institué comme œuvre littéraire et recomposition artistique d’un parcours elle répond à « l’opposition entre fonction poétique et fonction pratique du langage »

2ème point def = « les rapports implicites qui lient le texte à d’autres œuvres connues figurant dans son contexte historique » et façon dt éléments histo perçus à d’autres époques où seront lus

+ « l’écart esthétique » = « une distance entre l’horizon d’attente préexistant et l’œuvre nouvelle dont la perception peut entraîner un changement d’horizon »., analyse valable pour œuvre nouvelle qui institue distance entre les compétences de lecture du public et les compétences qu’elle requiert qd propose de nouvelles modalités esthétiques
- l’exemple d’Henry Brulard : « N’étant bon à rien, pas même à écrire des lettres officielles pour mon métier, j’ai fait allumer du feu et j’écris ceci, sans mentir j’espère, sans me faire illusion, avec plaisir comme une lettre à un ami. Quelles seront les idées de cet ami en 1880 ?[…] Ceci est nouveau pour moi : parler à des gens dont on ignore absolument la tournure d’esprit, le genre d’éducation, les préjugés , la religion ! Quel encouragement à être vrai, et simplement vrai, il n’y a que cela qui tienne. »

Stendhal projette lecture environ 50 années plus tard, se préoccupant de horizon d’attente de son lecteur. Incertitude ds laquelle il se trouve le laisse perplexe, incapable d’imaginer son lectorat => obscurité livre risque de provenir de l’écart à la fois artistique et historique qui le sépare de instant d’énonciation : ni vérité propos, ni sincérité auteur ni honnêteté lecteur ne sont en cause, tps lui-même risque d’entraîner mésinterprétation = le 1880 symbolique d’une modification de la perception « cela sera peut-être bien obscur en 1880 » ; « mais hélas, où seront toutes ces choses en 1880 ? » ; « Je fais de grandes découvertes en écrivant ces mémoires. La difficultés n’est pas de trouver et de dire la vérité, mais de trouver qui la lise »

    • projection du texte ds avenir qui signale inquiétude profonde autobiographe ; présente au lecteur son être le plus profond => « l’autobiographie prendra alors des dimensions ontologiques, intimes, intérieures telles qu’il faudra prévoir la distance entre le temps de l’écriture et celui de la lecture ; l’autobiographie devient le texte qui anticipe son lecteur » p103

ni lecteur, ni auteur, ni texte vraiment responsable : ce qui tourmente Stendhal = question de la temporalité => rejoint ainsi pbatiq essentielle de la litt désignait par mythe d’Orphée : le monde réel absent du livre est commenté par un auteur mort et absent du monde, dialectique de la présence et de l’absence = au cœur de l’autobio


  1. la perspective anthropologique


« transaction avec autrui » (Leiris) , déjà abordée par Montaigne ds son avertissement au lecteur ; à partir d’une démarche inductive, Essais vont du particulier au général, du moi singulier au lecteur indéfini. Pour majorité des autobiographes, récit d’une vie perso ressemble à processus de concaténation : à la question « qui suis-je ? » répond la question « qu’est-ce q’un homme ? » cf Ph Campion ds Bulletin de Philosophie n°8, universel est le plus accessible à anthropologie = celui de sa propre personne ; le « connais-toi toi-même » reviendrait ds une certaine mesure à mieux connaître les autres cf Rousseau Préambule des Confessions : « […] un ouvrage unique et utile, lequel peut servir de première pièce de comparaison pour l’étude des hommes, qui certainement est encore à commencer »

« Chaque homme porte en soi la forme entière de l’humaine condition » (Montaigne)

    • Fonction universelle et didactique de autobio = pas à négliger car lecteur potentiel devient ici espèce humaine, humanisme que Sartre définit en une formule lapidaire dans Les Mots « Du jour où j’ai compris que tout homme et tout l’homme », vrai que vie du philosophe = singulière : les deux chapitres des Mots = tentative retracer parcours unique de l’enfant surdoué, ms excipit de autobio = modestie et vérité : « Ce que j’aime en ma folie, c’est qu’elle m’a protégé, du premier jour, contre les séductions de l’élite : jamais je ne me suis cru propriétaire d’un talent : ma seule affaire était de me sauver – rien dans les mains, rien dans les poches – par le travail et la foi. Du coup, ma pure option ne m’élevait au-dessus de personne : sans équipement, sans outillage, je me suis mis tout entier à l’œuvre pour me sauver tout entier. Si je range l’impossible Salut au magasin des accessoires, que reste-t-il ? Tout un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui »

La question du lecteur devient dès lors question universelle parce que parlant de moi, je décris aussi l’autre. Gusdorf : « dans ces conditions, l’autobiographie explore le foyer même de la réalité humaine »

Malraux, ds les Antimémoires «  Ce qui m’intéresse dans un homme quelconque, c’est la condition humaine »

=> tous les gds textes autobio en arrivent au bout du compte à la question de l’humanité de l’homme, cf parcours quasi circulaire et autotélique de L a Règle du jeu, après 800 pages ds Fibrille, Leiris revient sur épisode qui ouvre Biffures : « Donc, montrant que par l’exercice de la poésie l’on pose autrui en égal, je retourne à la vérité que j’avais dégagée d’abord : apprendre qu’on ne dit pas ….reusement mais heureusement, c’était apprendre que le langage est à deux faces, l’une tournée vers le dedans, l’autre vers le dehors, et quand – découvrant l’altruisme au bout de deux ou trois volumes consacrés à ma propre personne – j’assure qu’un poète ne peut pas se désintéresser du sort de son prochain, c’est de cette double nature que je tire argument, comme si l’essentiel avait été déjà inclus dans ma trouvaille ancienne » : monde clos et introverti de l’enfant prisonnier de son idiolecte s’ouvre sur extraversion essentielle de l’altérité. « La dualité du langage fait émerger chez Leiris le sens de ce long parcours scripturaire : parler de soi, écrire pour soi ; c’est écrire en direction des autres » p105

figure du lecteur, ce non-visage = absence pourtant nécessaire à réalisation du message et ce lecteur = homme utilisant le même langage. « Pour Leiris autobiographe, la conscience de son appartenance à un groupe entraîne un constat irréfutable : l’écriture est une conquête humaine » p106


  1. l’impossible pacte de l’œuvre d’art




    • littérature et référentiel

Maurice Blanchot, La Part du feu, def étrange rapport qu’entretiennent écrivain, écriture et réalité, rapport à la fois antagonique et dialectique : si imaginaire est ce qui se détourne du monde, il est aussi un monde qui appartient à cet univers-ci ; qui est inclus dans le monde des hommes : espace qui se développe dans l’ici du monde, qui le transpose, le reconstitue en totalité nvelle

Autobio échappe pas à à cette dialectiq : est ce qui transcrit cours d’une vie, ce qui supprime cours réel pour le faire accéder à la littérature, Cf Blanchot : phrase qui cerne au plus près préoccupations de Leiris : « L’imaginaire n’est pas une étrange région située par-delà le monde, il est le monde même, mais le monde comme ensemble, comme tout. C’est pourquoi il n’est pas dans le monde car il est le monde, saisi et réalisé dans son ensemble par la négation globale de toutes les réalités particulières qui s’y trouvent, par leur mise hors de jeu, leur absence par la réalisation de cette absence elle-même, avec laquelle commence la création littéraire, qui se donne l’illusion, lorsqu’elle revient sur chaque chose et sur chaque être, de les créer, parce que maintenant elle les voit et les nomme à partir de tout, c’est-à-dire de rien »

Qd écrivain projette de réaliser scripturairement son œuvre d’art décide d’entrer ds jeu quasi insupportable de absence : absence au monde, défaut de réalisation, impossible atteinte.

- absence au monde= inhérente au phénomène de nomination (on sait depuis Hegel que mot donne ce qu’il signifie ms d’abord le supprime : nomination = d’abord suppression pour faire accéder existant à l’objet) langage retire du monde objet nomme, « le détache de sa réalité phénoménologique pour le réinstaller dans la réalité construite de l’imaginaire » p108, et autobio échappe pas à cette règle litt : la vie que j’ai vécue « devient cette vie-là, séparée de sa réalité d’existant, développée désormais dans l’espace de l’objet littéraire » p108


    • le retour sur l’absurde question édenique

récit autobio ds son essence d’œuvre d’art = fondé sur impossibilité de se réaliser pleinement => « l’écriture autobiographique n’est que la trace tangible du récit de vie que l’écrivain voulait réaliser » p108 ; parti pour écrire sa vie, il rencontre son incapacité existentielle à raconter sa vie
pbatiq des frontières d’un genre : nbeux écrivains ont voulu raconter leur vie sans en faire un récit autoréférentiel à la 1ère personne => s’interroger sur frontières fragiles qui séparent œuvres proprement autobiographiques des autres formes du genre

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