Résumé Première partie








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Splendeurs et misères des courtisanes’’) à la classe des actrices et des courtisanes qui étaient peut-être, au temps de Balzac, les seules femmes libres. Elle a été conçue d'une manière conventionnelle :

- elle est juive comme Esther, et Balzac lui donne ainsi un certain charme exotique (qui fait contraste avec celui de la sylphide romantique) ;

- elle est naïve (sa fraîcheur de sentiment, page 418), effacée devant son amant (pages 348, 404, 407, 433, 435, 438, 472), victime de son ambition (pages 424-425) : Lucien est son destin ;

- douce et tendre (page 385) mais aussi sensuelle (pages 284-285), elle est unie à Lucien par un amour à la fois spirituel et sensuel (page 302), l’amour vrai des courtisanes (pages 273, 319, 321, leur bonté, page 346). L’amour est sa vie (page 273), et aussi sa rédemption (page 302) : le rachat par l’amour était un des thèmes romantiques qui tenaient le plus au coeur du romancier, et, si la mort chrétienne de Coralie (page 439) n’est pas tout à fait étonnante, il y entre cependant une bonne part d’idéalisation romantique.

Comme Lucien est l’antithèse de David, Coralie a son repoussoir dans le personnage de l’hypocrite Florine (pages 267, 424), qui use de toutes les ressources du cabotinage, aussi bien sur les planches que dans ses aventures sentimentales (pages 315, 410).
Dans ce roman d’initiation, qui est celle de Lucien, on le voit soumis à diférentes influences.

Attiré vers Lousteau par son affinité de caractère avec lui, il n’en a aucune avec d’Arthez (pages 199, 241, 263, 274, 275, 345, 366, 368 ; pourtant pages 200-201, 240), qui est son « bon ange » (page 422), sa conscience (page 423), en qui, pourtant, il pourrait trouver un modèle de virilité dans son idéal que traduit le dynamisme, l’ardeur, de son nom même. Jeune homme à l'esprit droit, à l’âme tendre (page 204), à l'imagination vive, il s'impose par :

- ses qualités de créateur génial mais sage, travailleur acharné mais capable de longévité et de résistance aux désirs (c’est le seul personnage d’écrivain où Balzac ait esquissé sa propre idéalisation) ; c’est un romancier de génie (page 207) du moins, montre-t-il qu’il a la possibilité de le devenir lorsque, critiquant ‘’L’archer de Charles IX’’, il lance une proclamation en faveur d’un nouveau roman (pages 204-205) ; Balzac fut donc son propre censeur à travers les critiques que prononce d’Arthez ;

- l’ambition de ses recherches philosophiques (page 205) qui sont celles mêmes que Balzac poursuivait vers 1820, et qui sont vastes comme celles de beaucoup de jeunes gens de ‘’La comédie humaine’’ dans lesquels il se reconnaissait ;

- sa parfaite probité intellectuelle (pages 212-213) qui n’admet aucune compromission, son intégrité un peu sévère (la lettre sur Lucien, pages 312, 471-474). Sa générosité un peu hautaine n’est pas sans émouvoir au moment (page 423) où, après avoir corrigé ‘’L’archer de Charles IX’’ (page 227), il corrige l’article écrit par Lucien contre son propre ouvrage.

- son zèle d’apôtre qui s’empare du coeur des gens ;

Mais, d’une façon générale, son rigorisme moral, digne d'admiration, ne le rend pas sympathique (page 423).
- Lousteau : Son nom, qui fait penser à « loustic », suggère légèreté, sournoiserie, glissade, hypocrisie. Il se vante de parler de livres qu’il n’a pas lus. On ne peut lui reprocher l’aide qu'il apporte à Lucien quand celui-ci tente de débuter à Paris, mais il est son mauvais ange (à comparer avec le Lorenzaccio de Musset, page 188), « son fatal introducteur dans le monde littéraire » (page 436). Comment Lucien, qui n’a pourtant, à son arrivée à Paris, que de nobles ambitions, peut-il être attiré par Lousteau? C'est sans doute qu'ils ont en commun la même faiblesse de caractère. On devine un paresseux (page 410), mais un paresseux dépourvu de grâce. Sa camaraderie (pages 314, 316, 319) est un peu facile.. À travers sa longue confidence sur les joies et les déboires de la profession journalistique (pages 234-238), on découvre une blessure profonde : lui aussi est une victime de la société. et le chantage n'est pour lui qu'un moyen de prendre sa revanche sur elle. Mais il a été trop corrompu : il est devenu cynique, comme il le marque par ses plaisanteries (page 282), sa noire philosophie : « La conscience, mon cher, est un de ces bâtons que chacun prend pour battre son voisin, et dont il ne se sert jamais pour lui. ». S’il présente le gouffre du journalisme comme une fatalité, il n’a pas vraiment l’intention d’en détourner Lucien. Il lui en fait miroiter les avantages (pages 274-276), car il y a chez lui le désir secret de le voir se dégrader comme lui-même. Il évoque la possibilité d'y échapper par le succès, mais avec une note finale de scepticisme (page 275). Au contraire de D’Arthez (qui le définit, pages 472-473), il défend la littérature du XVIIIe siècle (page 335). Quand il croit voir en Lucien un rival dangereux (page 294), il n’hésite pas à manoeuvrer contre lui pour briser sa carrière. Cette mesquinerie jalouse n’est que la réaction d’un médiocre, d’un maître-chanteur (pages 393-394), qui craint de devenir un raté.

Lousteau doit beaucoup à Jules Sandeau, mari éphémère de George Sand et éphémère secrétaire de Balzac. Mais certaines circonstances de sa biographie imaginaire sont empruntées à la vie de Jules Janin, le critique dramatique du ‘’Journal des débats’’.
- Carlos Herrera : L’entrepreneur infatigable que fut Balzac, le débiteur insolvable qui menait pourtant grande vie et s’enfonçait de plus en plus dans la truanderie, éprouvait une attirance certaine pour les criminels. Et il a mis beaucoup de lui-même dans le personnage de ce mystérieux abbé (pages 585-586) qui est inquiétant par sa physionomie (deux portraits différents : pages 585 et 600-601), ses gestes et ses paroles qui, par leur habileté cauteleuse, rappellent ceux de Tartuffe et qui ont même du magnétisme (page 600). L’intérêt qu'il montre au nom de Rastignac (pge 590) permet de relier ‘’Illusions perdues’’ au ‘’Père Goriot’’ et, surtout, prépare le lecteur à découvrir sa véritable identité : c'est Vautrin. Mais de simple héros d'aventures qu'il était dans ‘’Le père Goriot’’, il prend ici une grandeur fantastique. Se laissant aller à la logique de l’imagination, le romancier crée l’hypostase démoniaque de son aspiration à la puissance. Sa prétention, « Je connais tout Paris », le confirme, et on en constatera la vérité dans ‘’Splendeurs et misères des courtisanes’’. Le lecteur n’a bientôt plus de doute sur son identité sans que le romancier la lui ait directement révélée, et il a l'impression de découvrir lui-même la clé du mystère. Balzac aime le thème de la liaison de la puissance et du secret. Il faut, à la lumière de ces indices : « le chasseur » (page 585), l’allusion au « triste dieu de l’hymen, sa sorte de séduction, son empressement naturel » (page 586), sa flatterie : « le diamant ignore sa valeur » (page 587), son intention de le faire « son favori » (page 588), l’allusion à « la puissance du vice » (page 589), les mots : « affectueux » (page 590), « coquet, caressant, presque chat » (601), « je vous achèterai » (page 591), le « mobile de son apparente charité » (pages 595, 601), son aveu, « nous obéissons tous à un vice » (page 597), « l’amitié d’homme à homme » (page 602), son « baiser au front » (page 605), comprendre que l’intérêt qu’il porte à Lucien est celui d’un homosexuel. Ses dernières paroles (pages 599-600) sont démoniaques et ont aussi une valeur prophétique. Balzac fait de sa rencontre avec Rubempré une sorte de tentation dans le désert où, brusquement, lui (= le Christ), qui y a déjà été soumis de la part des journalistes parisiens (page 347), domine tout l'univers humain auquel il a été mêlé jusque-là. C'est Satan lui-même qui lui apparaît. Malgré le contraste qu’offre Carlos Herrera avec les autres personnages, sa présence ne nuit pas au réalisme du roman. Cette nouvelle incarnation de Vautrin a été inspirée à Balzac par la lecture des ‘’Mémoires de Vidocq’’.

Avec Lousteau, Vautrin s’oppose aux figures angéliques de David et de d'Arthez, car Balzac, le visionnaire développe, dans ‘’Illusions perdues’’, de véritables allégories du Bien et du Mal.
David : Comme il y a contraste entre le couple Lucien-Louise et le couple David-Ève, « un contraste est produit par l’opposition de ces deux caractères et de ces deux figures (page 34), celle de David et celle de Lucien. Par opposition à l’agilité de celui-ci, David possède un physique puissant : c’est un « bœuf » (pages 36, 452), un « Silène lourdement appuyé sur lui-même » (page 34) qui a « les pieds plats du Welche et l’encolure de son père le pressier » (page 67). Balzac lui a donné des traits de son propre physique (page 34), mais son portrait est surtout construit d'après le caractère qu'il lui a d'abord prêté. Il incarne en lui sa virilité pour l’opposer à la féminité de Lucien. Il est modeste (les « tortures de cette modestie », page 76), mais il lui manque « la noblesse des manières » (page 67).

Il lui a donné une « belle figure de penseur » (pages 467, 494), l’a doté de « cette haute intelligence qui met l’homme de plain-pied avec toutes les sommités » (page 31), de « la froide raison » (page 64). Il en a fait un inventeur qui est vu par Lucien « comme un Cuvier futur » (page 65). L’allusion page 497 indique que Balzac l’a imaginé sur le modèle de Bernard Palissy (1510-1590), un des créateurs de la céramique en France qui sacrifia, par passion pour la science, tout son bien à ses travaux. Comme son illustre prédécesseur, il néglige la vie quotidienne pour se consacrer avec passion à ses découvertes de papetier. D’autres inventeurs sont aussi évoqués (477). Il se place dans la lignée des obstinés chercheurs balzaciens (étant « comme Prométhée dévoré par un vautour » [page 215]). Cependant, face de ce monstre dévoré par le démon du savoir qu’est Balthazar Claës, David a seulement la volonté tenace du chercheur qui poursuit méthodiquement ses essais dans un domaine où il a déjà acquis de l'expérience, qui « consume ses jours et ses nuits à chercher une occasion de fortune » (page 107), qui est « sur la voie d’une découverte lucrative » (page 107). Mais David est un Bernard Palissy ressuscité dans un siècle où la puissance de l'argent domine et exploite les activités de l'esprit. Et il reconnaît : « Si je suis capable de découvrir une mine d’or, je suis singulièrement inhabile à l’exploiter » (page 107). Inventeur, il est soumis à des obligations diverses (pages 454, 529), éprouve des angoisses (pages 611-615). N’ayant d’intérêt que pour son invention (pages 615, 623-624), il se montre incapable d’en tirer le fruit (annoncé depuis la page 107), car il méprise le commerce (page 612). Apparaît ainsi une inadéquation entre la Pratique et la Théorie (page 616). Incapable d’apprécier le danger (page 512), il échoue, lui aussi, mais par la faute d'autrui : il se heurte à une malhonnête coalition d'intérêts qui le frustre des bénéfices de sa découverte. Balzac pensait n’avoir pas épuisé toute la signification tragique du destin de David : il se reprochait d’avoir négligé la mélancolie profonde de cette vie qui aboutit à un échec.

S’il est le « bon David, ce modèle des fils », il a avec son père, « ce modèle des pères conservateurs » (page 119), un conflit (page 23), qui est aussi un conflit de générations, le conflit entre les enfants et les pères avares (il est avare [page 116], ruine son fils [page 28], s’oppose à son mariage [page 117]), comme est avare M. de Nègrepelisse avec sa fille : page 44 - « la lutte qui allait éclater entre son avarice et l’esprit indépendant de sa fille inoccupée » [page 45]). C’est aussi le conflit entre les pères ignorants (il est hostile à l’éducation [pages 116, 117], David connaît « la plus horrible des humiliations, celle que cause l’abaissement d’un père » [page 25]) et les fils instruits (pages 510, 520-525) qui est aussi celui entre le père Sorel et Julien.

Il est aussi « le modèle des soupirants », à travers lequel Balzac satisfit son goût conventionnel de l’amour sous les tonnelles et au clair de lune. Il ressent pour Ève « une sourde et simple passion [...] à l’allemande, sans manifestations bruyantes ni déclarations empressées [...] L’amour d’un savant habitué à la solitude et qui agrandit encore les sentiments en s’en exagérant les difficultés » (page 70). Encore Balzac a-t-il besoin de préciser combien, dès avant les fiançailles, les « muettes délices » (page 71) de cet amour différaient des passions tumultueuses : « Et, si l’amour dure ici, c’est sous je ne sais quelle cendre. » Il lui propose le mariage « par amour pour Lucien : tout s’aplanirait : Nous lui arrangerions ainsi une vie sans soucis, une vie indépendante » (page 105). Leurs propos amoureux sont assez fades : « Vous êtes un ange et je suis un homme » (page 106). Mais leur couple est une extraordinaire exception dans une oeuvre où l’amour conjugal est la forme d’amour la plus maltraitée. L’auteur approuve Ève d’avoir obtenu de David qu’il abdique la terrible vocation des inventeurs et David d’avoir renoncé à la gloire ; mais leur bonheur quotidien dans un amour sans histoire a été le prix du renoncement à une passion vitale.

Il est encore le modèle des amis (« son fanatisme pour Lucien » [pages 71 – 74] – le « grave et observateur David complice du dévouement » d’Ève à l’égard de Lucien [page 124] mais pourtant sa lucidité à son égard [pages 104, 496, 525, 566]) : « Dans le désir d’éprouver son frère, David le mit quelquefois entre les joies patriarcales de la famille et les plaisirs du grand monde » (page 124). Il lui est totalement dévoué non sans être un tuteur inquiet (pages 74 - 75 – « les inquiétudes que lui cause la marche actuelle de Lucien » [page 103] - ses craintes et ses admonestations [page 145] - ses « horribles pressentiments sur les destinées de Lucien à Paris » [page 146]).
Lucien et lui sont « deux poètes » (« tous deux étaient arrivés à la poésie par une pente différente » [page 31), tous deux victimes de la société, d’où « les similitudes des destinées » (page 31) des les rapprochent.
Lucien : Il a le rôle essentiel dans ‘’Illusions perdues’’ et tout s’ordonne autour de lui. À travers Lucien, on l'a vu, Balzac se rêve beau et séduisant. Mais il fustige surtout les défauts qu’il se connaissait et qu'il lui fallait sans cesse réprimer pour pouvoir triompher de la tâche impérieuse qu'il s'était donnée. Enfin, par lui, c'est la mélancolie romantique qu’il veut définir et combattre à la fois.
1- Lucien est un beau jeune homme : Il a, « comme tous les enfants de l'amour », hérité de « la merveilleuse beauté » de sa mère (page 30). Son premier portrait (pages 34-35) est donné dans un vocabulaire lyrique, tendant même au dithyrambe, et Balzac revient sans cesse sur son éloge : « Le poète était déjà la poésie » (page 56) - « Il était si séduisant ! ses manières étaient si câlines ! son impatience et ses désirs, il les exprimait si gracieusement !il avait toujours gagné sa cause avant d’avoir parlé. Ce fatal privilège perd plus de jeunes gens qu’il n’en sauve. Habitués aux prévenances qu’inspire une jolie jeunesse, heureux de cette égoïste protection que le Monde accorde à un être qui lui plaît, comme il fait l’aumône au mendiant qui réveille un sentiment et lui donne une émotion, beaucoup de ces grands enfants jouissent de cette faveur au lieu de l’exploiter. Trompés sur le sens et le mobile des relations sociales, ils croient toujours rencontrer de décevants sourires ; mais ils arrivent nus, chauves, dépouillés, sans valeur ni fortune, au moment où, comme de vieilles coquettes et de vieux haillons, le Monde les laisse à la porte d’un salon et au coin d’une borne » (page 124) - « l’excessive beauté de Lucien » (page 139) - il est de ces « hommes qui unissent les grâces de l’enfance à la force du talent » (page 147) - pages 161, 168, 180, 181, 240, 252, 258, 261, 265, 267, 273, 280, 293, 294, 298, 301, 302, 303, 321, 330, 332, 346, 347, 363, 368, 373, 374, 376, 379, 380, 381, 407, 413, 414, 416, 428, 447, 450, 570-571, 572, 575, 587, 589, 596, 597, 601, 604). Il semble qu’il n’ait pas assez de mots pour décrire une beauté pareille. Tous ceux qui approchent Lucien sont pleins d’admiration devant cette perfection de visage, de grâce et d’allure. Cependant, le portrait des pages 570-571 est teinté d’ironie.

Cette beauté rapproche Lucien de la femme (sa peau a la « blancheur veloutée des femmes » - on est « tenté de le prendre pour une jeune fille déguisée » (page 35) - le romancier typologue note qu’il a « les hanches conformées comme celles d’une femme » (page 35) - il a une « tournure molle, presque débile, pleine de grâces féminines » (page 35) - il commande « en femme qui se sait aimée » (page 36). Balzac décrit cette beauté avec un frémissement féminin, le personnage étant sans doute l’image la plus précise qu’il nous ait laissée de sa tentation féminine, lui dont le physique était lourd, disgracieux. Lucien possède la légèreté, la souplesse, la grâce séduisante que l’écrivain aurait aimé avoir.

Mais cette beauté sera aussi la cause du malheur de Lucien parce qu’il prendra trop l’habitude de compter uniquement sur elle : « Les jeunes imaginations sont si naturellement complices de ces louanges et de ces idées, tout s’empresse tant à servir un jeune homme beau, plein d’avenir, qu’il faut plus d’une leçon amère et froide pour dissiper de tels prestiges. » (page 120). Son destin sera déterminé aussi par la fragilité de sa constitution (page 437) comme, en fonction de la symbolique balzacienne, par le fait qu’il est blond, tandis que Rastignac, son antithèse, réussit parce qu’il est brun !
2 - Lucien est un être faible, rêveur et jouisseur (pages 431, 448, 472, 476) : Il acquiert « les vices de l’enfant de famille […] cet égoïsme qui dévore le noble » (page 75) – « Il est de nature à aimer les récoltes sans le travail » (page 103) – « Il a une si grande horreur des privations de la misère » (page 104). David se méfie de « la funeste mobilité de caractère qui pouvait tout aussi bien jeter Lucien dans une mauvaise comme dans une bonne voie » (page 145). La pensée du mariage de sa sœur auquel, partant pour Paris, il ne sera pas est « le dernier soupir de l’enfant noble et pur » (page 141), « maudissant sa famille, David et sa soeur, trouvant mille raisons péremptoires à sa fuite, car il n’y a rien de jésuite comme un désir » (page 142). Ce jésuitisme, il en fait preuve quand il essaie de se justifier auprès de David : « À quoi servirait notre hauteur de pensée, si elle ne nous permettait pas de faire abstraction des petites cérémonies dans lesquelles les lois entortillent les sentiments? » (page 144). « Il voulut se tuer, et son désespoir fut si vrai, si profond » (page 142), mais, vite, il ne se soucie plus de sa famille (page 142) et a surtout des soucis de garde-robe (page 143).

La propension à la rêverie caractérise le poète, mais son excès chez Lucien fait de lui un être mou (page 168) qui n’a qu’un « courage d’épiderme » (page 416). Il est inconstant (« il allait du mal au bien, du bien au mal avec une égale facilité » (page 68), sans volonté (pages 103, 357, 379 [il ne sait pas prendre parti pour Mme de Bargeton], 381 [il pense à Mlle des Touches et renonce à elle], sans suite dans les idées et cette inconséquence (page 420 : « se disant alternativement : oui ! –non ! »), cette inconstance (pages 68 [mobilité de son caractère], 114-115, 173, 240, 311, 383 [il passe du désir de la gloire littéraire à celui de la gloire politique], 620) qui sont encore accrues par l’effervescence (pages 142, 181, 260, 334, 348, 358, 424) que lui donne son « caractère gascon » (page 35), son « esprit méridional qui parcourait si facilement le clavier des sentiments » (page 218) car Balzac tint compte, dans une certaine mesure, du climat pour expliquer la psychologie de son personnage, suivant en cela une idée de Montesquieu : David « ne manquait point de la persistance des hommes du Nord » (page 36). Lucien a toujours besoin d’un tuteur et il le reconnaît lui-même (« Je ne puis acquérir de valeur que par un mariage avec une volonté forte » [page 582]) : d’abord, Mme de Bargeton qui est l’«arbitre de ses destinées » (pages 119, 138 [« elle saura mieux que nous comment je dois me conduire dans les circonstances actuelles »], 185), David (pages 145, 214) et Ève (pages 190, 545), du Châtelet (page 180), d’Arthez (pages 205-206), le Cénacle (pages 213, 405-406), Lousteau (pages 232, 334-336), les journalistes (pages 295, 299), Coralie (pages 301, 306-308), Merlin (page 309), Blondet (page 351), Mme d’Espard (pages 372-375), Martainville (page 422), Finot (page 425), des Lupeaulx (page 430), Carlos Herrera. Il aurait pu subir l’influence et suivre l’exemple de David, comme, plus tard, de D’Arthez, mais à sa faiblesse de caractère se joint l’ardeur de son ambition : il est trop impatient, et trop inconstant.

Il « prend ses remords pour des absolutions ». Devant les difficultés, il pense vite à choisir un « parti extrême », c’est-à-dire le suicide :

- « fatigué de boire à la grossière coupe de la misère, il était sur le point de prendre un de ces partis extrêmes auxquels on se décide à vingt ans » (page 31) ;

- quand il doit renoncer à assister au mariage de sa soeur pour gagner Paris avec Mme de Bargeton, « Il voulut se tuer, et son désespoir fut si vrai, si profond » (page 142) ;

- (page 427) ;

- (page 443) ;

- (page 582).

Ce suicide, il le réalisera dans ‘’Splendeurs et misères des courtisanes’’.

Dans ses amours comme dans ses ambitions, il change souvent de but.

Balzac le rend amoureux de Mme de Bargeton avec cette conviction, puisée chez Jean-Jacques Rousseau et chez les premiers romantiques, que l’amour est plus fort que les préjugés sociaux (page 38). Lucien montre « cette indéfinissable pudeur attachée aux premiers sentiments et qui défend au jeune homme d’étaler ses grandeurs tant il aime à voir apprécier son âme dans son incognito. » (page 64). Mais cet amour est suscité aussi par la vanité : « Naïs fut aimée comme tout jeune homme aime la première femme qui le flatte [...] elle l’aimait plus qu’elle ne croyait pouvoir aimer après l’affreux malheur qui lui était advenu » (page 58) – « Lucien eut donc toutes les terreurs, les espoirs et les désespérances qui martèlent le premier amour » (page 58). Lucien exerçant « le sot métier de soupirant » (page 128) est ensuite animé à son égard d’intentions conquérantes comparables à celles de Julien Sorel à l’égard de Mme de Rênal (pages 128-129) car Balzac avait lu ‘’Le rouge et le noir’’. Mais, sous l’éclairage parisien (pages 156-157), la reine d’Angoulême n’en subit pas moins vite à ses yeux une métamorphose où il lui voit plus de défauts qu’elle n'en a (page 165). À cet amour succède vite la haine et le désir de vengeance (pages 281, 291).

Lucien lui préfère Coralie avant d'avoir une dernière fois regretté un passé qu'il embellit alors (page 278). Balzac lui cherche des excuses (page 294), mais insiste aussi sur les avertissements qu’il a reçus et dont il n’a pas tenu compte (pages 299-300, 309). Plus tard, au moment de quitter le journalisme pour l'aristocratie (page 373), il fait la même comparaison entre Coralie et la comtesse de Montcornet, et il se montre aussi versatile.

C'est que sa mollesse fait de lui un fade jouisseur (pages 300, 320, 364), uniquement passif et pâtissant. Séduit un moment par la rigueur des membres du Cénacle (pages 256-257), il préfère vite la voie du succès facile et rapide (l’hésitation entre le Cénacle et Lousteau [page 263], le choix [pages 299-300, 307, 311, 355, 364, 368]) et est vite corrompu (le luxe de la chambre de Coralie, pages 305, 364, 370) : sa vénalité, sa complaisance, le côté « catin » dont l’artiste (à en croire Balzac) n’est jamais exempt. Aussi la réflexion que fait d’Arthez (page 407) ne correspond-elle déjà plus à l'état d'esprit de Lucien : il est déjà trop perverti pour pouvoir se dévouer et attacher quelque importance à l’estime des autres. Il est capable alors de jouer une abjecte comédie (page 427) qui contraste avec la franchise naïve dont il fit preuve au moment de ses premiers contacts avec « le monde ». Aussi Daniel d'Arthez peut-il le juger avec hauteur et pitié dans sa lettre à Ève (pages 471-474). La même habileté acquise dans la fréquentation corruptrice des hypocrites Parisiens lui permet de rencontrer de nouveau Mme du Châtelet à Angoulême (page 572, le comédien [page 573]) et de lui tenir d'abord des propos choquants, qui ne peuvent que la blesser, mais qui fouettent son amour-propre, puis de lui jouer la comédie des regrets.

C'est par la même faiblesse et la même versatilité que, dans le dernier épisode, il accorde très vite sa confiance à un personnage inconnu, ce qui satisfait le besoin féminin (selon Balzac) qui est en lui d’«être soumis, roulé par une passion impérieuse », et ne plus penser du tout au suicide (page 595) dont il parlait pourtant avec tant de complaisance, un instant auparavant, et que Balzac lui avait, avec ironie, fait organiser avec beaucoup de romantisme (page 584). Mais Lucien cède surtout, en parlant ainsi de soi, à la vanité qui est son principal défaut.
3- Lucien est vaniteux : Fils d’une aristocrate qui a subi une déchéance (page 30), jeune poète de province (« les vanités de ce poète caressées par cette femme, par sa mère, par sa soeur et par David [...] ses croyances ambitieuses » [page 120]), il est « ambitieux » (page 142), a des ambitions littéraires (page 123). Protégé par une grande dame dont les incitations ont « avancé la corruption de son cœur » (page 65), « son amour-propre ayant grandi dans son boudoir » (page 104), il faisait déjà des calculs ambitieux : il voulait « conquérir cette haute proie, son ambition se mêlant à son amour » (pages 65, 75), « il devait monter à l’assaut des grandeurs (67) par les faveurs d’une femme (68) ; le romancier suit le « combat que l’amour et l’intérêt se livraient dans son cœur » (page 69) ; face aux aristocrates d’Angoulême , bêtes et méchants, il « se jure de dominer ce monde » (page 99) : « je dominerai ce monde orgueilleux, j’épouserai Mme de Bargeton » ; il rêvait d’« étayer son ambition de l’intérêt que lui porterait une puissante famille » (page 113) ; il se voit « asseyant son bonheur sur la tombe de M. de Bargeton » (page 123) - Ce coup avait envoyé tout d’abord Lucien au fond de l’eau ; mais il frappa du pied et revint à la surface. Comme le taureau piqué de mille flèches, il se releva furieux. (99) - Loin de le décourager, la rage de l’ambitieux repoussé donnait à Lucien de nouvelles forces (102) - il se promettait de tout sacrifier pour demeurer dans la haute société (102) - « il habitait un de ces rêves d’or où les jeunes gens, montés sur des si, franchissent toutes les barrières » - il se voit « dominant la Société » (page 14) - il se montre injuste à l’égard d’Ève et de David : « les gens d’avenir ne sont jamais compris par leurs familles » (page 113) – page 114 - « il s’identifiait à toutes les jouissances d’une fortune dont l’usufruit lui était livré » (page 121) - il a « la vanité d’un petit jeune homme tout fier de se trouver dans un monde où il ne croyait jamais pouvoir aller » (page 121) - il devient « le grand homme d’Angoulême » (page 125) – pages 152, 173, 176, 178, 179, 216, 217, 239, 340, 425, 472.

Sa vanité fait de lui un arriviste naïf, beaucoup trop impatient, peu clairvoyant : elle l’empêche de se rendre compte que personne, en dehors peut-être de Mme de Bargeton, ne s'intéresse à sa poésie pour elle-même. D’ailleurs, les invités de Sixte du Châtelet (page 62) ne sont pas qualifiés pour juger de la qualité de ses oeuvres, pas plus qu'aucun de ceux de Mme de Bargeton (page 89) qui ne s'en soucient qu’afin d’y découvrir un élément de son aventure avec elle (pages 92-93). Balzac accentue encore les éléments du quiproquo tragi-comique qui accroît l’incompréhension de Lucien par les amis de Mme de Bargeton, afin de montrer qu’il s’engage dans une mauvaise voie. Il veut briller par la poésie auprès de gens qui ne le comprennent pas et qui n’attachent d’importance qu’à l’aristocratie qu'ils lui refusent justement : d’où son malaise au milieu d’eux (page 89). Lucien est désemparé devant les aristocrates (pages 97, 99) mais prêt aussi à tout « pour demeurer dans la haute société » (page 102), l’amour de Mme de Bargeton ne jouant aucun rôle dans cette volonté (page 130). C'est au moment de partir à Paris sans assister au mariage de sa soeur (pages 141-142) qu’il est soumis pour la première fois à un choix décisif pour son avenir, et qu'il n'hésite guère. Plus tard, il est piqué au vif par l'incident de l'Opéra (page 164) où Mme de Bargeton fait semblant de ne pas le reconnaître. Il est alors soumis à la violente tentation de la richesse, du luxe, de l’ambition, et son « De l’or à tout prix ! » (page 179) a la même résonance que le « À nous deux maintenant ! » de Rastignac contemplant Paris à la fin du ‘’Père Goriot’’. Son ambition sera désillusionnée une première fois auprès des libraires (page 198). Désormais, son arrivisme se voudra plus cynique (« Quels sont les plus forts? » [page 229]) et plus assuré (« Je triompherai » [page 239]).

Plus tard, d'Arthez et ses amis analysent son caractère avec beaucoup de lucidité et y détectent la vanité (pages 216-217) ; mais leurs réflexions ne l’éclairent guère sur lui-même, pas plus qu'il ne peut entendre l'avertissement que contiennent les confidences de Lousteau (pages 235-236) lors du premier passage chez Flicoteaux (pages 227-228). Ces révélations apportent une autre désillusion (pages 270-276). La soirée passée au théâtre (pages 277-278) lui offre plus précisément les deux tentations, l’Argent et le Vice, qui finiront par dominer son destin, et il se forge de bonnes raisons pour s'y abandonner (pages 279-280, sa vanité page 281). Les gens du monde et les journalistes sont les deux dangers pour lui (page 357). Mais, à mesure qu’il pénètre plus avant dans le monde, il ne se contente pas de savourer son succès (page 363 : son apogée) : des ambitions nouvelles s’éveillent ou se réveillent en lui. Prodigieusement flatté (pages 348, 356), sa vanité (page 380) lui inspire le désir d’«occuper Paris de soi » (pages 355, 363). Il a de nouveau des « prétentions aristocratiques » (pages 347, 374, 407, 416). Il ne se rend pas compte du ridicule qu’il y a à les maintenir auprès du duc de Rhétoré, par exemple, qui est un authentique aristocrate du Faubourg Saint-Germain (pages 356, 357 : sa vanité est nettement dénoncée). Il est prêt à abandonner le journalisme, où, pourtant, il est devenu un dangereux polémiste, pour accéder à une considération supérieure. C'est alors que Mme d'Espard cherche à se le concilier avec beaucoup d'habileté (page 372) en faisant miroiter la possibilité d'obtenir le nom de Rubempré et de profiter de l’occasion ouverte par la mort de M. de Bargeton. Sa jouissance sous les flatteries qu'elle lui débite (page 374) montre qu'il est un jeune naïf qui se laisse duper par les ruses d'une femme d’expérience et, surtout, un être infatué de lui-même. C'est, en effet, un piège que lui tend Mme d'Espard (pages 374-375) et dans lequel le poussent les conversations qu’il a avec les jeunes royalistes (page 377), les conseils innocents et désintéressés de Coralie (pages 378-379) et ceux, perfides, de du Châtelet (pages 383-334). Il se voit déjà au faîte de la gloire (page 380), mais le lecteur ne partage pas ses illusions. Le « grand homme de province » est devenu maintenant un intrigant (page 407 : « Mon affaire sera faite ») qui a pénétré dans la société parisienne mais n’est pas encore capable de se jouer d’elle (pages 381-332) : il a l’impression de triompher, mais le complot tramé contre lui exige qu'il se compromette et s’engage dans la nouvelle voie avant d'être cruellement détrompé (page 386). Victime de son désir naïf d'anoblissement, il ne voit pas le piège tendu qui consiste à retourner tout le monde (page 410), tous les partis, contre lui (page 431). C’est la chute brutale et cruelle : il se retrouve au même point qu'à son départ dans le monde, de nouveau chez Flicoteaux, et de nouveau avec Lousteau (page 436). Apparemment, la fierté est éteinte (page 439) : il contemple alors Paris avec la même désillusion que Rastignac (page 442), mais celui-ci trempait son énergie dans cette désillusion et était décidé à conquérir une place, tandis que Lucien est vaincu.

De retour à Angoulême, sa vanité n'étant pas bannie pour autant (pages 538-539), il savoure encore l'apparent dithyrambe du journal sous lequel se cache en réalité une ironie perfide (pages 543-544) ; aussi ne peut-il être sensible aux arguments pleins de bon sens de sa soeur (page 545). Il tombe alors dans un autre piège, tendu par Petit-Claud à l’instigation de Mme du Châtelet qui veut le contraindre à quitter Angoulême. L'article, la sérénade, le banquet (page 554), ne visent qu'à séduire sa vanité et sa présomption naïves (la lettre à Lousteau [pages 557-559]). C'est par son souci de briller que Lucien provoque la perte de David (page 566). Les hommages d’Angoulême, les attentions de la préfète (pages 575-576) lui donnent de l’assurance (page 576), mais son habileté, là encore, n’est pas à la mesure de celle de ses adversaires (page 569). Lucien est destiné à tomber toujours dans les pièges que lui tendent des gens pourtant moins intelligents que lui (page 575) : aussi est-il tout à fait désespéré d’avoir provoqué une catastrophe (page 580), mais, là encore, sa vanité en quelque sorte l'égare car il s'imagine en être le seul responsable. Dans son long examen de conscience (pages 580-582), il voit enfin son défaut dominant : son « excessive vanité » qui lui a été révélée par le contraste entre sa vie et celle qu’il a menée à Paris et celle de ses parents à Angoulême. C’est encore par vanité qu’il discute avec Herrera (page 602).

Il y a, de ce point de vue, un certain réalisme psychologique chez Balzac qui semble, à première vue, ne concevoir ses personnages que comme des types. Ces aveux de Lucien laissent transparaître le jugement de l’auteur : il lui laisse une grande part de responsabilité car il n’a pas su se raccrocher aux différents bons exemples qui lui ont été donnés : celui de d’Arthez à Paris, celui d’Ève et de David à Angoulême. Mais il était surtout dominé par une fatalité à laquelle il ne pouvait échapper.

Son désir d’élévation lui donne une vigueur toute balzacienne et qui le rapproche aussi de Julien Sorel, tous les deux étant d’ailleurs inspirés par « l’exemple de Napoléon, si fatal au XIXe siècle par les prétentions qu’il inspire à tant de gens médiocres » (page 68). Cette idée de conquérir la société et de régner sur elle, Balzac la médita pour lui-même dès sa vingtième année. Il l’a incarnée dans Rastignac surtout et dans toute une série d’ambitieux dont Lucien de Rubempré.
4 - Lucien est dominé par une fatalité (curieusement indiquée par l’évêque, page 97, tandis que le malheur est annoncé page 124) : l’instinct du romancier et son sens du drame le conduisent à la catastrophe. Balzac l’entraîne vers l'échec qu’il a lui-même tant de fois redouté et il fait de lui, dans une perspective très romantique, l'image type de I’individu vaincu par la société. Lucien apparaît alors comme un héros tragique. En effet, derrière ses traits, on sent la présence du destin, et il en est à la fois l'instrument et la victime. C'est d'abord la destinée de son père qui a influé sur sa personnalité : l’ambition bafouée du chimiste qu’il était (« une lucrative découverte à la recherche de laquelle il avait consumé plusieurs années d’études scientifiques » [page 29] ; il « avait parlé de réduire de moitié le prix du sucre par l’emploi d’un nouvel agent chimique et de diminuer d’autant le prix du papier en tirant de l’Amérique certaines matières végétales analogues à celles dont se servent les Chinois et qui coûtaient peu » [page 32]), du chercheur qui possédait déjà cette sorte d’intuition particulière aux hommes de talent » (page 112) s’est exacerbée chez le fils (« l’espérance de destinées brillantes » [page 30]). Balzac tient compte de l'hérédité, dans une mesure moindre, cependant, que Flaubert et surtout Zola. Lucien est avant tout soumis à une logique interne à laquelle il ne peut se soustraire. Balzac l’a placé sous le signe de la mélancolie, du désespoir romantique à la Werther et à la René. Il est donc constamment soumis, comme on l’a vu, à la tentation du suicide. Il est amené à ces états de désespoir par tout un enchaînement de malchances :

- le mécanisme des jalousies qui doivent irrémédiablement le perdre car, ayant trahi les amis qu'il avait dans un camp sans en avoir trouvé dans l’autre où l’on ne lui fait pas encore confiance, il est en état d'infériorité (pages 412-413) ;

- la ruse de Finot dont Lucien peut d'autant moins percer la manoeuvre puisqu'il le voit approuver et même louer son « changement de front » (pages 417-418) ;

- la coïncidence du livre de d'Arthez à « échiner » et de la pièce où joue Coralie et qu'il faut défendre (pages 421-422) ;

- l'échec de Coralie dont il porte la responsabilité et qui va précipiter sa propre chute (pages 402-403, 425) ;

- le refus de publication de Dauriat (page 426) ;

- enfin, le piège tendu par l'aristocratie et qui se referme sur lui (page 430).

Lucien a tout le monde contre lui, et le lecteur ne peut même pas avoir pitié de lui, puisque c'est sa vanité et sa faiblesse qui l'ont mené là. Les malheurs qui s’abattent sur lui apparaissent moins comme de cruelles injustices provoquées par le sort et par les hommes que comme de justes expiations de ses fautes (pages 437-438). Mais c'est surtout à Angoulême qu’il se voit dominé par une fatalité dont, selon un thème cher aux romantiques, il se croit l’instrument impuissant. On peut dès lors pressentir pour lui un destin malheureux parce que son caractère ne peut ériger de défenses contre une telle fatalité et d'autant moins qu’il se voit maintenant encouragé dans ses tendances par Carlos Herrera, alias Vautrin, qui le mènera à la catastrophe dans ‘’Splendeurs et misères des courtisanes’’. C'est le héros fatal du romantisme obsédé par l’échéance d'un suicide final.
Au-delà de l’étude des personnages, Balzac prouve encore sa perspicacité de psychologue par une foule de notations, d’aphorismes, de réflexions de valeur générale, car il continua, dans ‘’Illusions perdues’’, une analyse des sentiments qu’il avait inaugurée avec la ‘’Physiologie du mariage’’ :

- « la tendance qui porte l’homme à tout rapporter à lui » (page 75) ;

- « Si la jeunesse, qui n’a pas encore failli, est sans indulgence pour les fautes des autres, elle leur prête aussi ses magnifiques croyances. Il faut en effet avoir bien expérimenté la vie avant de reconnaître que, suivant un beau mot de Raphaël, comprendre c’est égaler. » (page 76) ;

- « Lucien avait déjà commencé son apprentissage des petites lâchetés par lesquelles l’amant d’une femme mariée achète son bonheur, et qui donnent aux femmes la mesure de ce qu’elles peuvent exiger » (page 77) ;

- « il ne sait pas encore distinguer le silence que garde la passion vraie du langage protecteur que lui méritent sa beauté, sa jeunesse et son talent ! » (page 122) ;

- « Les femmes seraient trop à plaindre si elles étaient coupables de tous les désirs qu’elles nous inspirent . » (page 122) ;

- À une femme âgée, « l’amour d’un jeune homme offre tant de séductions ! On redevient jeune auprès de lui, l’on se fait jeune fille, on en prend les scrupules, les manières, et l’on ne songe pas au ridicule. » (page 122) ;

- « Il y a, en effet, des passions qui s’embarquent mal ou bien, comme on voudra. Deux personnes se jettent dans la tactique du sentiment, parlent au lieu d’agir, et se battent en plein champ au lieu de faire un siège. Elles se blasent ainsi souvent d’elles-mêmes en fatiguant leurs désirs dans le vide. Deux amants se donnent alors le temps de réfléchir, de se juger. Souvent des passions qui étaient entrées en campagne, enseignes déployées, pimpantes, avec une ardeur à tout renverser, finissent alors par rentrer chez elles sans victoire, honteuses, désarmées, sottes de leur vain bruit. Ces fatalités sont parfois explicables par les timidités de la jeunesse et par les temporisations auxquelles se plaisent les femmes qui débutent, car ces sortes de tromperies mutuelles n’arrivent ni aux fats qui connaissent la pratique, ni aux coquettes habituées aux manèges de la passion. Au début de la passion, les obstacles effraient les gens inexpérimentés. » (pages 125-126)

- « Il existe chez certaines femmes une horreur des partis pris qui fait honneur à leur délicatesse, elles aiment à céder à leur entraînement, et non à des conventions. Généralement, personne ne veut d’un plaisir imposé » (page 129)

- « Un homme doit bien étudier une femme avant de lui laisser voir ses émotions et ses pensées comme elles se produisent. Une maîtresse aussi tendre que grande sourit aux enfantillages et les comprend ; mais pour peu qu’elle ait de la vanité, elle ne pardonne pas à son amant de s’être montré enfant, vain ou petit. Beaucoup de femmes portent une telle exagération dans leur culte qu’elles veulent trouver un dieu dans leur idole ; tandis que celles qui aiment un homme pour lui-même avant de l’aimer pour elles, adorent ses petitesses autant que ses grandeurs. » (pages 147).

On pourrait encore ajouter ces exemples : pages 151, 167, 168, 173, 180, 205, 293, 316 (Lucien surprend Vernou avec « une femme trop laide pour ne pas être légitime »), 372, 373, 376, 379, 380-381, 382, 451, 454, 513, 520, 532, 542-543, 554, 577, 612.
Plus que des personnages, Balzac dresse devant nous de hautes images, qui sont des allégories du bien et du mal. En face d’Ève et de David, le beau et faible Lucien. En face de Daniel d’Arthez, Lousteau qui est, avec Carlos Herrera, le Satan de ce ‘’Paradis perdu’’. La soeur et l'ami de Lucien sont les anges gardiens qui, jusqu'à l'heure de la chute veillent sur sa pureté, et qui se voilent la face de leurs ailes lorsque le malheureux enfant cède aux appels de l'enfer. Aussi cela nous conduit-il à dégager :
Intérêt philosophique
‘’Illusions perdues’’ n'est pas seulement un récit passionnant et la peinture de divers milieux, c’est aussi, nous l'avons vu, une confession poignante de l’auteur et, surtout, une expression de sa vision du monde et de sa critique de la société, d’autant plus qu’il traduit ses idées foisonnantes dans des maximes :
La critique sociale : Nous avons vu comment les différents épisodes d’’’Illusions perdues‘’ développent la même protestation de Balzac :
- Contre le bouleversement de la hiérarchie sociale. La prise de conscience d’une évolution qui lui a paru néfaste l’a conduit à écrire ‘’La comédie humaine’’ qui est, pour lui, une oeuvre de conservation sociale : « Nous arrivons à un temps où, les fortunes diminuant par leur égalisation, tout s’appauvrira ; nous voudrons du linge et des livres à bon marché, comme on commence à vouloir de petits tableaux, faute d’espace pour en placer de grands. Les chemises et les livres ne dureront pas, voilà tout. La solidité des produits s’en va de toutes parts. » (page 111) – « À Paris, les grands hôtels, les grands appartements seront tôt ou tard démolis ; il n’y aura bientôt plus de fortunes en harmonie avec les constructions de nos pères. Quelle honte pour notre époque de fabriquer des livres sans durée ! » (page 112) – « En conviant aujourd’hui tous ses enfants à un même festin, la Société réveille leurs ambitions dès le matin de la vie. Elle destitue la jeunesse de ses grâces et vicie la plupart de ses sentiments généreux en y mêlant des calculs. » (page 65).
- Contre le règne de l’argent (qui est, peut-être, le personnage essentiel du roman). Le livre est un réquisitoire, toujours actuel, contre une société dominée par l’argent (pages 162, 360 : « l’intérêt accroupi dans tous les coins » ; page 534 : « trois hommes, trois cupidités » »). Balzac observe, comme, plus tard, Maupassant et Zola, que les calculs, trafics, spéculations agitent toutes les marionnettes humaines : « Du fait de l’argent, la vie sociale est une comédie » (page 353) ; « L’or est la seule puissance devant laquelle ce monde s’agenouille. » (page 179).
- Contre la prééminence de l’aristocratie qui impose « les impitoyables lois du monde » (page 67) et de la bourgeoisie pour laquelle « ne pas réussir est un crime de lèse-majesté sociale » (pages 65, 542).
- Contre l’attraction d’une capitale corruptrice : « Paris était la capitale du hasard » (pages 180-181). La société parisienne est stigmatisée : « Dans ce monde où les petites choses deviennent grandes, un geste, un mot, perdent un débutant. Le principal mérite des belles manières et du ton de la haute compagnie est d’offrir un ensemble harmonieux où tout est si bien fondu que rien ne choque. »
- Contre l'injustice d’une procédure qui, de toute façon, est ruineuse, la justice étant une justice de classe. C’est en passant trois ans dans les bureaux poussiéreux d’un avoué puis d’un notaire, au milieu des dossiers et des papiers timbrés, que le futur romancier avait découvert sur quelles bases, souvent sordides, sur quelles compromissions, repose l’édifice social.
- Contre la presse, présentée comme un instrument diabolique. Au cours d'un repas, un groupe d'amis journalistes s'interroge sur « l'influence et le pouvoir du journal » : « L'influence et le pouvoir du journal n'est qu'à son aurore, dit Finot, le journalisme est dans l'enfance, Il grandira. Tout, dans dix ans d'ici, sera soumis à la publicité. La pensée éclairera tout, elle...- Elle flétrira tout, dit Blondet en interrompant Finot. - C'est un mot, dit Claude Vignon. - Elle fera des rois, dit Lousteau. - Et défera des monarchies, dit le diplomate. - Aussi, dit Blondet, si la Presse n 'existait point, faudrait-il ne pas l'inventer ; mais la voilà, nous en vivons. - Blondet a raison, dit Claude Vignon. Le journal au lieu d'être un sacerdoce est devenu un moyen pour les partis ; de moyen, il s'est fait commerce ; et comme tous les commerces, il est sans foi ni loi. Tout journal est, comme le dit Blondet, une boutique où l'on vend au public des paroles de la couleur dont il les veut. S'il existait un journal des bossus, il prouverait soir et matin la beauté, la bonté, la nécessité des bossus. Un journal n'est plus fait pour éclairer, mais pour flatter les opinions. Ainsi, tous les journaux seront dans un temps donné, lâches, hypocrites, infâmes, menteurs, assassins ; ils tueront les idées, les systèmes, les hommes ; et fleuriront par cela même. Ils auront le bénéfice de tous les êtres de raison : le mal sera fait sans que personne en soit coupable. Je serai moi Vignon, vous serez toi Lousteau, toi Blondet, toi Finot, des Aristide, des Platon, des Caton, des hommes de Plutarque nous serons tous innocents, nous pourrons nous laver les mains de toute infamie. Napoléon a donné la raison de ce phénomène moral ou immoral, comme il vous plaira, dans un mot sublime que lui ont dicté ses études sur la Convention : Les crimes collectifs n'engagent personne. Le journal peut se permettre la conduite la plus atroce, personne ne s'en croit sali personnellement. »
- Contre la perversion de la littérature conçue comme un sacerdoce gâché par les intrigants. La révolte du génie et du coeur se heurte à des intérêts mesquins et se dégrade en une comédie piteuse.

Au fond, c’est la médiocrité qui mène le monde, à Angoulême comme à Paris.
Le réalisme de Balzac tend à pénétrer jusqu'aux lois du monde physique et du monde politique et social. La psychologie des personnages est liée à leur condition sociale et à leur origine (la différence de condition entraîne une différence de caractère). La veulerie de Blondet, le cynisme de Lousteau ne sont pas seulement des vices d'individus. Ils sont la conséquence d'un ordre social, et Balzac veut nous faire découvrir par quels mécanismes un monde livré aux affairistes doit créer de tels hommes.

Ces lois sociales mêmes sont la conséquence d'autres lois, plus générales et plus profondes, qui déterminent dans tous les ordres les manifestations de la vie.

À la critique noble, théorique et, somme toute, idéaliste, que les membres du Cénacle font de la société, Balzac (réactionnaire qui ne croit pas vraiment à une société susceptible d’un ordre meilleur) préfère celle, réaliste et cynique, qu'il met dans la bouche de du Châtelet (pages 149-153), de Finot (page 272) et, surtout, de Carlos Herrera. Pour celui-ci, le pragmatisme (« Le succès est la raison suprême de toutes les actions quelles qu’elles soient.» [page 595]) explique l’histoire de France depuis la Révolution. Vautrin représente une des tendances profondes de Balzac, celle de l’évasion par l’anarchisme réactionnaire : « L’ordre public est une duperie qui profite à quelques-uns ; les honnêtes gens sont plus coquins dans leur hypocrisie que les coquins avérés ; les prétendus rapports de justice sont des rapports de force ; mais il est vain de vouloir les modifier par un effort collectif : la défense individuelle est le seul recours. » Pourtant, avec cette phrase : « Les peuples religieux ont peu de lois » (page 595), il est aussi le porteur de la morale sociale de Balzac qui fonde son édifice social sur la religion et la monarchie. Il voulait un retour aux principes qui se trouvent dans le passé par cela même qu’ils sont éternels. Il défend le catholicisme qui l’intéresse surtout comme politique, le protestantisme étant, à ses yeux, lié à l’esprit de critique et représentant un principe de désordre. Il est conservateur à propos de l’éducation des femmes (pages 43-45). Il est partisan des idées de De Bonald et de De Maistre, « ces deux aigles penseurs » (page 49).

Sur le plan politique, de républicain qu’il était (il se fustige lui-même quand il parle des « haineuses idées républicaines par lesquelles beaucoup de ces futurs Patriciens préludent avec la haute société » [page 58] ; quand Lucien « abjure ses idées populacières sur la chimérique égalité de 1793 » [pages 63-64]), Balzac doit à « la Dilecta » d’être devenu royaliste de nuance libérale, jusqu’au jour où la marquise de Castries, légitimiste intransigeante, fit de lui un intraitable ultra (« les Ultras qui voulaient être plus royalistes que le Roi » [page 32]). Son oeuvre analyse les conflits entre les tentatives de restauration absolutiste (critique de la Restauration : « En dessinant la position de la noblesse en France et en lui donnant des espérances qui ne pouvaient se réaliser sans un bouleversement général, la Restauration étendit la distance morale qui séparait encore plus fortement que la distance locale » [page 41] – pages 382, 383, 548, 595-598) et les forces croissantes du capitalisme. Afin de compromettre le gouvernement, il a été l’auteur de la « brochure pour demander le rétablissement du droit d’aînesse » dont il est question page 370. Autres aperçus : pages 209, 210 (d’Arthez = Balzac), 369 (Vernou).

En économie, il proposa un dirigisme qui n’était guère adapté à l’évolution industrielle de son temps ; il garda son admiration pour le colbertisme et les institutions de l’Ancien Régime (page 628). Ses considérations sur l'hypocrisie sociale doivent beaucoup à J.J. Rousseau. Il constata que la justice sociale ne fait que confirmer l'inégalité existante, mais il ne proposa pas de remède politique puisque, pour lui, cela aurait supprimé « la barrière entre les pauvres et les riches » et « amènerait la fin de l'ordre social » (page 597). Et c'est ici que se précise la morale de Balzac : dans un monde ainsi fait, il faut, à force d’énergie, conquérir une place parmi les nantis, il faut « s'égaler à toute la Société », « se donner un but éclatant et cacher ses moyens d’arriver, tout en cachant sa marche. » (page 597). Vautrin avait déjà donné les mêmes conseils à Rastignac dans ‘’Le père Goriot’’.
La vision du monde de Balzac dans ‘’Illusions perdues’’. Elle se développe comme un système complet et assez cohérent. Balzac a montré combien chaque destin, si humble soit-il, est l’image de la destinée de tous. Simplement, suivant les cas, les événements atteignent en chaque être humain des profondeurs différentes. ‘’Illusions perdues’’ est le poème d'une destinée et d’une destinée qui est celle de chacun de nous.

Mais il n'y a pas de leçon plus pessimiste que celle de ce roman noir. Balzac condamne « les gens faibles ou purement spirituels » (page 371) et sauve les gens forts, « les grandes volontés » (page 371). Ceux qui acceptent le cours du monde (Châtelet, Mme d'Espard, Finot) sont des personnages ridicules ou de franches canailles. Dans cette perspective, les vaincus (Lucien malgré sa veulerie, Anaïs de Bargeton malgré sa cruauté, Coralie par sa double passion pour le théâtre et pour Lucien, David) nous font pitié : ils ont notre sympathie car ni le génie ni le rang ne peuvent surmonter les préjugés. Leurs échecs sont ceux de la génération romantique en face d’un monde dont le cours est figé dans des attitudes vieillies. Si on peut dire qu'Anaïs ne subit qu'une demi-défaite (en acceptant les lois de la mascarade), Lucien et David représentent cependant une double erreur : celle de Lucien est d’avoir été victime de la corruption ; celle de David est d’avoir été victime de son obstination.

La morale est qu’il faut maîtriser son ambition par la force ou la modération : « Il faut être un grand homme pour tenir la balance entre son génie et son caractère. » (page 437). – « Ne pas réussir est un crime de lèse-majesté sociale. » (page 65).

Balzac insiste sur le rôle du destin dans la carrière de Lucien, il montre comment il est, derrière les passions et les intérêts, le grand ressort du livre. Il n'en demeure pas moins qu'il laisse à son héros une grande part de responsabilité. Il fustige la faiblesse avec laquelle Il s'abandonne à son destin (page 586) : à travers la grandiloquence qu’il lui donne, il se moque du romantisme gémissant et emphatique à la Musset.

Sa faiblesse le conduit au suicide, le suicide égoïste de celui qui ne voit plus de raison d’être, et, à cette occasion, Balzac se livre à une étude de psychologie sociale (pages 583-584), en prenant un ton scientifique, une attitude de clinicien. Ses idées sont à comparer à celles de Camus dans ‘’Un raisonnement absurde’’ (premier essai inséré dans ‘’Le mythe de Sisyphe’’). La contradiction au désir de suicide est apportée par Carlos Herrera qui, encore une fois, est bien l'interprète des idées de Balzac. Mais on peut penser aussi que l’idée d’une vie recommencée est celle du romancier qui donne un nouvel élan à son personnage.

L'enseignement donné par Carlos Herrera se résume dans cette question qui exprime bien la pensée de Balzac : « Mais avez-vous ramené tous vos vouloirs, toutes vos actions à une idée? » (page 594). De l’aventure de David Séchard peut aussi se dégager une morale selon laquelle le bonheur peut être connu dans la tranquillité et la simplicité (pages 627-628).
llusions perdues offre donc un intérêt qui ne se limite pas à un moment particulier de la société française. Même si, demain, un ordre social nouveau supprimait le règne des affairistes, réalisait une presse qui ne fut pas vénale, un monde où l’argent cessât d’être roi, il resterait encore, pour chaque être humain, un choix à faire : ce choix qui est proposé à Lucien entre le travail et la facilité, entre le succès immédiat et l'efficacité lointaine, entre les lâches compromissions et la pureté qui ne transige pas. Parmi les créations de Balzac, Illusions perdues pourraient bien être celle qui conserve l'intérêt le plus vivant, celle qui nous atteint avec le plus de force et répond le mieux aux préoccupations que nous portons en nous.
Destinée de l’œuvre
‘’Illusions perdues’’ donna naissance à d’autres grandes oeuvres de ‘’La comédie humaine’’ : ‘’Splendeurs et misères des courtisanes’’ dont les personnages et la composition le prolongent ; ‘’Une fille d'Ève’’ qui traite un peu le même sujet que ‘’Les deux poètes’’ avec Nathan comme héros ; ‘’Les secrets de la princesse de Cadignan’’ où nous est révèlé d’Arthez ; ‘’Béatrix’’, aventure de Mlle des Touches qui ne fait que passer avec Conti dans la deuxième partie d’’’Illusions perdues’’ ; ‘’La muse du département ‘’ où l'on trouve une sorte de Mme de Bargeton, maîtresse de Lousteau ; enfin, ‘’Le cabinet des antiques’’, une première version d’’’Illusions perdues’’, où sont racontées les frasques d’un jeune homme à Paris.
Le roman a été adapté à la télévision française dans un feuilleton de Maurice Cazeneuve, avec Yves Rénier dans le rôle de Rubempré et Bernard Noël dans celui de Lousteau.
André Durand
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