Manuel de subversion urbaine








télécharger 358.68 Kb.
titreManuel de subversion urbaine
page1/7
date de publication03.04.2017
taille358.68 Kb.
typeManuel
ar.21-bal.com > documents > Manuel
  1   2   3   4   5   6   7



Autopsie d’un massacre

Une enquête de Djamal Benmerad





Autopsie d’un massacre
Préface de Suzannah Horowitz
Du même auteur :
Chants d’impatience -- Editions ENAL, Algérie

Tracts pour rêver – Edition clandestine

La céramiste et le poète – Edition clandestine

On ne meurt bien qu’en Algérie – Editions Rebelles

Chants d’exil, Dessins d’Ali Silem – Editions Le Coudrier

Abrasion – Editions Le Coudrier

Poèmes et autres tracts, dessins d’Ali Silem – Editions Tetras Lyre

CHE ! (une biographie d’Ernesto Che Guevara) Editions Aléas

Manuel de subversion urbaine - Editions Rebelles

Chants d’amour et de combat - Editions de L’Harmattan

Si Gaza m’était contée – Editions Rebelles

Quelques mots en guise de préface

Cet ouvrage n’est pas un réquisitoire, réquisitoire que l’Histoire, s’il y a lieu, se chargera de faire.

Il s’agit ici de la relation de quelques faits, généralement inconnus du public, qui pourraient jouer un rôle déterminant dans le présent de l’Algérie.
Dès le premier mandat de Bouteflika, l’Algérie a connu ses premières émeutes – vite réprimées – mais elle ne connut jamais de massacres de masse comme celui qu’elle vécut en ce printemps 2001.
En faisant truquer la deuxième élection présidentielle – dont il était l’unique candidat – par des fonctionnaires qui ne doivent le poste qu’à la mansuétude clanique du Président – puis en modifiant la Constitution algérienne à sa convenance pour un troisième mandat, Bouteflika rejoint là les dirigeants maghrébins dans la durée.
Il y eut, dans l’Histoire, des dictateurs éclairés, mais Bouteflika est assurément un dictateur « démocratique » mais nullement éclairé comme le fut, par exemple Houari Boumediene qui a donné à son peuple l’accès gratuit aux deux béquilles d’une nation : la Santé et l’Education.
Bouteflika n’a donné ni l’un ni l’autre. Il partira en laissant un pays dévalué sur la scène internationale et de vielles dames fouillant les poubelles à la tombée du soir sur le plan national.
Suzannah Horowitz

Première partie

Le mouvement berbère durant la guerre d’indépendance

Le 20 avril 1980 était-il un coup de tonnerre dans un temps paisible ?  Pour les rares observateurs  attentifs, le feu couvait sous la cendre. Il faut dire que la question Tamazight (la question berbère) a été posée dès 1949 et qu’elle fut l’objet  d’un violent débat certains historiens   l’appelèrent  la crise  «  berbéro-marxiste », mais elle fut ensuite mise en  veilleuse, la priorité fut donnée à la lutte contre l’occupant français. Plus  récemment, dans les années 1970, la contestation et la revendication ont pris,  d’abord, des formes culturelles. Chansons, poésie, pièces de théâtre... Le lycée Colonel Amirouche de Tizi Ouzou, chef-lieu de province de la Grande Kabylie, était l’un des foyers de cette agitation et des incidents y avaient régulièrement lieu. Ces lycéens se mirent plusieurs fois en grève parce qu’on  leur demandait de jouer en arabe une pièce qu’ils ont écrite en kabyle !


      En remontant de deux siècles, on  rencontre aussi un lycéen, le premier à avoir posé la question berbère d’une  manière franche mais non dénuée de talent. Elève au lycée Ben Aknoun, dans la  banlieue d’Alger, le jeune Mohand Idir Aït Amrane écrit en 1945 un poème qui  aura l’effet d’un orage d’été. L’intitulé du poème dit tout : « Eker  a-mis ou mazigh ! » (« Debout fils d’Homme  libre ! »). Le jeune auteur évoquera dans sans son texte les  fondateurs de la nation : Kahina, Jugurtha… Et terminera son poème par un  appel au soulèvement. On remarquera en passant le rôle joué par la poésie dans  la rébellion amazigh. Les événements et le sursaut identitaire que nous  traitons ici ont le même prétexte : la poésie. La même année, Ouali  Bennaï, responsable du Parti du peuple algérien (PPA) demande à l’occasion  d’une réunion du Part, l’unification en une seule région de la Petite Kabylie  et la Grande Kabylie que le colonialisme avait scindées en deux pour des raisons
géopolitiques. Il essuiera un refus de la part de la direction du parti. Ce  problème sera reposé au sein du Comité révolutionnaire d’unité et d’action  ((CRUA) qui donnera naissance au premier jour du mois de toutes les  espérances,  le 1er novembre  1954, au FLN mais surtout à l’ALN 5. Il  faudra noter que 60 ans après ces faits et 43 ans après l’indépendance de  l’Algérie, il existe toujours 2 Kabylie ! Le printemps 1947 voit  fleurir « Le message de Jugurtha » ouvrage de Mohand-Chérif  Sahli (*).
      (*)  Voilà ce qu’en dit Mustapha Lacheraf : « …Trouvant même dans la  référence historique à la personnalité écrasante d’énergie et de patriotisme de  Jugurtha l’occasion d’un modèle exemplaire de lutte armée et de direction  responsable du peuple algérien dans son lointain passé (…) Sahli marquait  par-là ce que devait être, non seulement la pièce maîtresse de l’idéologie  nationaliste de combat libérateur, savoir : l’action directe, la part de  l’homme, de son éthique, de sa modestie, de sa capacité à diriger ses  semblables tout en restant leur serviteur. » (« Littératures  de combat » de Mustapha Lacheraf, Editions. Bouchène, Alger 1991)
L’ouvrage au nom évocateur est  diffusé par l’Union démocratique du manifeste algérien, parti libéral,  « parlementariste, qui prononcera son auto dissolution néanmoins pour les  rangs du Fln. La diffusion de l’ouvrage subira les entraves musclées du  MTLD 6.
En novembre 1957, une vingtaine  d’hommes, dont font partie le jeune poète et militant Mohand Idir Aît Amrane,  Ouali Bennaï, Amar Ould Hamouda, Saïd Ali Yahia, Saïd Oubouzar, Mohand Sid Ali  Yahia, Sadek Hadjeres,
 tous membres du PPA-MTLD, se réunissent à l’insu du  parti au village Arous, non loin de Larbâa Naït Irathen, durant prés d’une  semaine. Il faut dire que l’objet de la rencontre n’était pas des plus aisées.  Il s’agissait :
      - de condamner la politique réformiste et louvoyante du MTLD et   « pousser » à la préparation de la lutte armée
    

- d’introduire la dimension berbère dans l’organisation de la  future Algérie indépendante
      

De cette réunion sortira un  rapport dense que Ouali Bennaï doit exposer devant le Comité central du parti.  Mohand Idir Aït Amrane (il est partout ce poète !) est chargé de prendre  contact avec Mouloud Mammeri en vue de le charger d’une étude sur la langue  berbère.
            
      En novembre 1948 Ali Yahia Rachid  est, étudiant à Paris, membre actif du groupe berbériste, est élu au Comité  fédéral de la Fédération de France du MTLD 6.  Cette Fédération de France, dont traitera
quelques décennies plus tard Ali  Haroun (*) dans un ouvrage  qui demeure jusqu’à présent l’unique  référence sur cette structure, jouera déterminant pour la guerre d’indépendance  7.
      En  décembre 1948 le ver est dans le fruit : le MTLD diffuse largement, en  Algérie et en France notamment, une brochure de 50 intitulée « Mémorandum  à l’ONU. » Il y est dit en introduction : « La nation  algérienne, arabe et musulmane, existe depuis VIIème  siècle. » On ne peut mettre cette phrase
d’une gravité extrême sur le compte de l’ignorance mais plutôt  d’une amnésie entretenue et d’un déni politico-identitaire. Mais l’Histoire est  impitoyable : durant la guerre d’Algérie, les concepteurs et promoteurs de  ce « mémorandum », les MNA 8 et  autres « bellounistes » combattront aux côtés de l’armée française,  les armes à la main, les indépendantistes algériens. Cette brochure soulève une  tempête sans précédent au sein du mouvement national dont les derniers à être  indignés ne furent pas les berbéro-nationalistes.
      Durant l’été 1949, trois  étudiants entreprennent rédigent et diffusent une brochure « L’Algérie  libre vivra ! » sous le pseudonyme d'Idir El Watani.  La brochure, qui circule largement au sein du MTLD, soutient que «La nation  algérienne ne suppose ni une communauté de race, ni de religion, ni de langue.  Cette nation repose sur quatre

(*)  Ali Haroun « La 7ème Wilaya » La guerre du FLN en France  1954-1962. Ed. du Seuil, Paris, 1986

éléments essentiels : « le territoire,  l’économie, le caractère national qui se traduit dans le mode de vie, la  mentalité et la culture, le culte d’un même passé et le souci d’un même  avenir. » Les auteurs de la brochure rappellent l’existence d’une  Algérie antérieure à l’avènement de l’Islam, une nation plusieurs fois  millénaire et réfutent l’affirmation de Messali Hadj qui limite l’histoire de  l’Algérie au VIIème siècle.
      En août 1949  survient un  « incident » : Ferhat Ali, militant du MTLD et néanmoins  opposant à Messali Hadj, concernant la question de la lutte armée et la question  berbère, est atteint d’une balle par Krim Belkacem, futur membre du GPRA. Le lendemain, L’Echo d’Alger,  journal des ultra colonialistes, titre  « Des  membres dissidents du PPA veut créer le PPA kabyle », déclaration  supposée provenir de la victime. Deux jours après, le groupe des étudiants  berbéro-nationalistes demandent à la même victime de rédiger une mise au point.  L’Echo d’Alger refuse de la publier. C’est Alger républicain,  journal avant-gardiste, qui s’en charge… et en caractères gras. Mais nous  arrivons au printemps 1949 et à la fameuse « crise  berbèro-marxiste ». Au mois de mars, le bouillonnant Ali Yahia Rachid,  étudiant en droit à l’université de Paris et, nous l’avons vu plus haut, membre  élu du Comité directeur de la Fédération de France, réussit à faire  voter une motion
 dénonçant le mythe d’une Algérie arabo-islamique et défend la  thèse de l’Algérie algérienne. La motion est votée à une large majorité : 28 pour sur 32 contre.
      Moins d’un mois après, le 15  avril 1949, Messali Hadj ordonne à un militant, Embarek Filali,  d’organiser un commando pour reprendre en force la Fédération de France.  Celui-ci s’exécute et pousse le zèle jusqu’à diffuser un tract (d’inspiration  messaliste) condamnant le berbérisme.   Mustafa Rade, ancien de l’ENA et membre du Conseil de la Fédération de  France, originaire de Kabylie, réunit le  Comité fédéral et fait voter une motion intitulée « Condamnation  de la déviation politique du Comité fédéral ». Echec : la  motion recueille 12 voix pour et 1 voix contre. Mustafa Radjef décide alors,  avec quelques kabyles de service dont le Dr Mustapfa Chawki et Sadek Saïdi,  d’organiser d’autres commandos pour « reprendre » la Fédération de  France « des mains des scissionnistes. » L’effectif initial de ces  commandos est de 70 hommes, selon Mustafa Radjef. Des affrontements ont lieu  entre les « arabo-islamistes » et les tenants de « l’Algérie  algérienne. » pour
 la récupération des moyens logistiques, des locaux et  des véhicules du Parti, particulièrement dans les 18ème et 20ème  arrondissements de Paris notamment.
      Ali Yahia Rachid, pressentant le  danger, lance un appel à Ouali Bennaï à Oran. Ce dernier, conscient du danger,  s’apprête à embarquer pour Marseille lorsqu’il est étrangement arrêté au port  d’Oran par la police française. Ce sera le début d’une campagne d’arrestations  mais ciblant uniquement les partisans de l’Algérie algérienne.
      Ainsi de nombreux cadres importants  du MTLD, dont Omar Boudaoud, responsable de l’Organisation spéciale en Basse  Kabylie, et dirigeant de la Féderation de France de l’ALN pendant la guerre),  Saïd Oubouzar, responsable politique de la région de Tizi Ouzou, Amar Ould  Hamouda, un des responsables de l’O.S. et membre du Comité central du MTLD,  Omar Oussedik, membre du Comité central et adjoint d’Ahmed Bouda, connaîtront  la torture et la prison.
      
      Ces arrestations provoquent un  profond malaise au sein des militants kabyles qui accusent leurs dirigeants du  MTLD de complicité avec l’administration coloniale.  Messali  Hadj pousse le cynisme à accuser ces cadres et permanents du MTLD, alors qu’ils  sont déjà en prison, jusqu’à les accuser de « régionalisme » et  d’ « antinationalisme.» Ils seront tous exclus du Parti. Idir Aït  Amrane, l’auteur, nous l’avons vu, de « Ekker a-mis ou  mazigh », leur composera un chant tout aussi émouvant : « Si  l’ Dzaïr ar Tizi Ouzou ». Tl traduira « L’Internationale » en berbère.
      Après « la  récupération » musclée de la logistique de la Féderation de France par les  arabo-islamiques, une « mise au point » se fait à Alger, dans la  Medersa « Errachid ». Les principaux responsables du mouvement  berbère, en prison ou sous mandat d’arrêt, à l’exception d’Aït Ahmed activement  recherché par la police coloniale, furent exclus du Parti.
      Du fond de sa prison, Ouali  Bennai envoie, par l’intermédiaire de Me Abdrrahmane Kiouane, avocat du  Parti,  une lettre à Ali Yahia Rachid.  Il lui demande explicitement : « Que devient le M. R.  B. ? »  Cette lettre lue et  photographiée parla direction du Parti, est distribuée à toutes ses sections.  Une aubaine pour la direction du Parti qui y voit là une preuve irréfutable de  la présence d’une organisation secrète à l’intérieur du Parti, dite « Mouvement  révolutionnaire Berbère. » Elle redynamise sa campagne  antiberbère. Des délégués sont envoyés à travers toute l’Algérie. Leur mission  est de faire condamner le berbérisme par les sections de base. Dans certains  quartiers d’Alger, des bagarres éclatent entre les arabo-islamistes et les  berbèro-nationalistes.
      L’année 1952 commence par  l’assassinat d’Ali Rabia, militant du Parti. La campagne de liquidations  physiques vient d’être inaugurée.
      Le MTLD dénonce, à travers son  organe central « L’Algérie libre » et avec l’aide de ses  porte-voix, la pièce de théâtre de Abdellah Nakil intitulée « El  Kahina. » La pièce, mise en scène le 27 novembre 1953 par celui qui  deviendra le célèbre dramaturge, Mustapha Kateb, retrace l’histoire de  l’invasion arabe et la résistance des berbères conduits par Kahina, la reine  berbère. Jouée en arabe populaire, elle connaît un vif succès auprès des  populations.
      En mars 1954, une association  culturelle se nommant Tiwwizi n’tamazight (solidarité pour tamazight)  est crée à Paris par un groupe de berbéristes. Son objectif  est le développement de la langue berbère.  L’association publiera une revue du même nom. Ce sera l’une structures  réellement démocratiques d’avant-guerre. Le poète Idir Aït Amrane, décidément  incontournable, leur dédiera un chant intitulé « Akker Wer neggan  udhan »  (Debout toi qui ne  dort point) Après le 1er Novembre 1954, l’association s’auto-dissout  en assemblée générale et décide de rejoindre le combat armé.
      La guerre d’Algérie est entamée  depuis deux ans lorsque les résistants, qu’on appelait « maquisards »  apprennent que Amar Ould Hamouda, ancien responsable de l’Organisation spéciale, est « exécuté » avec Mbarek Aït Menguellat.  Ils sont accusés d’avoir constitué un groupe qui prônait le  communisme en  Kabylie. La même année  verra l’assassinat, à Demâa N’Sharidj, de Boualem Bennai, militant  infatigable de la cause nationale et  partisan de l « Algérie Algérienne. » L’ordre de l’exécution a  été donné par Krim Belkacem, futur négociateur des accords d’Evian. Selon  l’historien Mohamed Harbi « Le colonel Ouamrane l’avait fait avertir  par Rabah Bouaziz de ne pas se rendre dans   sa région et de rejoindre le maquis de la wilaya IV. Il savait qu’en  Kabylie son sort était scellé. »
      Le 27 décembre 1957,  Abane Ramadane, stratège politico-militaire,   cerveau de la révolution algérienne, concepteur et organisateur  du Congrès de la Soummam, se rend au Maroc où est réfugiée la direction de la  résistance, rappeler aux cadres de cette résistance les décisions du Congrès de  la Soummam : primauté de l’intérieur sur l’extérieur et primauté du civil  sur le militaire. Il est exécuté par les siens au Maroc. Il a été jugé et  condamné en secret par les 3 « B » : Boussouf, Bentobal et  Belkacem, trois « dirigeants extérieurs » de la résistance.
      
              
      
      
      
                    
  1   2   3   4   5   6   7

similaire:

Manuel de subversion urbaine icon0 Le projet d'une architecture du territoire civil
«créativité» asservie à un impératif d’a-normalité, de subversion, raidit une normalité qui finit par ne plus se définir que comme...

Manuel de subversion urbaine iconLe Manuel Qualité est exclu de cette procédure (la gestion du Manuel...
«a» indique qu’il s’agit du premier document d’enregistrement créé dans le cadre de l’instruction insn°XX, b le deuxième formulaire...

Manuel de subversion urbaine iconLe rapport de présentation
«foure-tout». Le législateur lui-même a permis la confusion, parlant de «rénovation urbaine» loi d’orientation et de programmation...

Manuel de subversion urbaine iconRecherche préalable à la création d’un service d’évaluation et de...
«Vers une nouvelle culture de la mobilité urbaine». Ce document rappelle l’importance des émissions de polluants résultant de la...

Manuel de subversion urbaine iconLe Corbusier et la modernité urbaine

Manuel de subversion urbaine iconRevue de presse – La mobilité urbaine

Manuel de subversion urbaine iconB- nouvelle stratégie urbaine et protestations sociales

Manuel de subversion urbaine iconPrincipiano Dumont D’Urville La pollution urbaine et ses conséquences

Manuel de subversion urbaine iconManuel de

Manuel de subversion urbaine iconTable des matières
«témoignage exceptionnel de la continuité de l'installation urbaine sur plus de deux millénaires»








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
ar.21-bal.com