Leçon I, 1er décembre 1965








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Monsieur X. Audouard - Il me semble que cette sorte d'univers grammatical que Stein nous a situé tout à l'heure laisse à tout moment se constituer comme un reste, et c'est sensible dans divers aspects de ses propos, par exemple lorsqu'il dit que même si le psychanalyste a une activité contestable ou qu'il occupe une position contestable à notre regard, il reste cependant qu'il y a une certaine brillance dans ses propos. Que même si le psychanalyste n'est pas détenteur de la vérité, il reste cependant qu'il en est le serviteur fidèle. Que s'il est vrai que la prédication est toujours ou positive ou négative, il reste cependant que le champ propre de la prédication tombe hors du positif comme du négatif. Et ce n'est pas peut-être pour rien que justement Verneinung ici a été entendu à la place de Verleugnung. Car Verleugnung justement introduisait cette dimension du men­songe qui n'est autre chose que la dénégation. Dans cet univers grammatical où Stein m'a paru situer les rapports de l'analyste avec l'analysé, il y a comme une sorte de fidélité qui apparaît à tout moment, où l'effort de spécularisation qui se ferait par exemple entre le je et le tu, entre la première personne se réfléchissant ou le tu venant là réfléchir la première personne, il y a dans cet effort de spécu­larisation où Stein essaie d'introduire le rapport de l'analysé avec l'analyste, il y a comme du non-spécularisable qui apparaît à tout instant. En somme on pour­rait dire que cet univers logique d'une réflexion du tu sur le je ou du je sur lui-­même, n'est peut-être tout à fait même déjà dans l'orientation d'une dialectique et que, même si on introduisait dans une orientation plus dialectique, encore resterait-il que dans cette dialectique on ne trouverait guère de fond ou de véri­té qui la fonde. C'est en liaison, par exemple, avec ce que Madame Parisot nous a dit l'autre jour qu'on pourrait mettre tout ceci, à savoir qu'après tout le spé­cularisé n'est pas le spécularisable. Loin d'être le spécularisable il est peut-être simplement ce qui fait croire qu'il y a un spécularisable et que le spéculaire en tant que tel est toujours traversé par un reste qui tombe hors du champ de la réflexion. En somme qu'il y ait une sorte d'abîme entre le sujet prédicant et le sujet du prédicat, cela nous indique qu'il y a là entre eux deux comme un monde, comme un vide, comme un quelque chose qui les éloigne, non certes sans pouvoir les dialectiser mais sans permettre à aucun moment que cela vise tu et je sans que se constitue comme autre chose, comme un forçage qui n'ap­partient ni à la logique ni à la grammaire mais à ce forçage particulier du désir. La prédication ne me paraît pas être au départ un acte logique comme l'enfant dit que le chien fait miaou et le chat wouah, comme le disait Lacan, il ne s'agit pas d'une prédication qui appartient à l'ordre de la logique mais à l'ordre de ce forçage particulier qu'est le désir.

Enfin, c'est simplement pour indiquer dans quelle voie on pourrait à mon -146-

Leçon du 26 janvier 1966

sens s'introduire une critique dune interprétation, peut-être a mon sens trop satisfaisante parce que trop grammairienne.

Docteur J. Lacan - Green, dites un mot.

Docteur A. Green - je m'excuse. J'aurais besoin du tableau. Je m'efforcerai d'être aussi bref que possible. je pense que je voudrais juste dire quelques mots concernant la formule de Lacan: « Moi, la vérité, je parle » avec ce que vient de dire Stein.
Alors, si nous écrivons : Moi la vérité je

parle

nous trouvons une phrase qui est en fait articulée selon deux axes, l'axe Moi/je, et l'axe la vérité/parle. je pense que tout ça a un rapport avec ce que nous a dit Stein des rapports entre le je et le moi et la parole. Audouard vient de faire remarquer que Stein construit une équivalence des différents pronoms entre le je, le tu et éventuellement le il. Du fait même que le sujet ne peut pas dire : «Je dis que tu es je », du fait même que le «je dis que tu es je » est remplacé par « ça dit que tu es je », de ce fait même je crois que c'est cette équivalence entre les dif­férents pronoms qui me paraît fausser les choses. Pourquoi ? Parce que, si à ce moment-là, en connotant sous forme d'index, ça dit que tu es je, on peut dire en quelque sorte que dans l'énonciation même, dans la succession de l'énonciation, à partir du moment où le tu parvient au je, le je s'en trouve pour ainsi dire

trans­formé et n'est plus le même je qu'au départ, et il est ramené au tu primitif. je crois que ce point est très essentiel pour concevoir qu'il y a là quelque chose, qui est une circularité close, et que la seule façon de sortir de la circularité, la seule façon que ça ne constitue pas un système qui tourne en rond, c'est en effet de concevoir qu'il existe une différence entre le tu et le je, cette différence étant celle du grand Autre et celle du grand Autre barré en tant que justement ce que libère la barre, c'est un reste. Il faut qu'il y ait un reste, et pour qu'il y ait un reste, il faut qu'il n'y ait pas d'équivalence entre les différentes valeurs prono­minales.

Sur quoi tombons-nous là? Nous tombons justement sur le terme dont je parlais en premier : la vérité; c'est-à-dire que Stein a parlé du moi, qu'il a parlé du je, qu'il a parlé de la parole, mais justement la question reste pendante en ce qui concerne la vérité. L'analyste est-il ou non le fidèle servant de la vérité ?

Eh bien! je crois que c'est là qu'il nous faut quand même revenir à la formu­le proposée par Lacan, comme spécifiant le transfert, à savoir que le transfert s'adresse à un sujet supposé savoir, supposé savoir quoi ? C'est toute la ques­- - 147 -

L'objet de la psychanalyse

tion. Qu'est-ce qu'il sait le psychanalyste? Je pense que tout le malentendu de la cure, tout la Verleugnung, c'est qu'il est censé savoir tout sauf la vérité. Et c'est dans la mesure où ce malentendu existe au départ, que la cure peut se pour­suivre pour arriver finalement à une situation où évidemment il est bien enten­du que le sujet supposé savoir n'est plus du côté de l'analyste et que ce dont il est question, c'est bien une vérité qui ne peut être que celle du sujet. Je crois que nous trouvons une problématique tout à fait identique à celle que j'ai essayé d'analyser en ce qui concerne l'oracle chez les Grecs.
Docteur J. Lacan -J'essaierai de donner des formules encore plus précises mais celle-ci me paraît vraiment massive et tout à fait fondamentale. Est-ce que vous voulez Stein répondre tout de suite, ou bien, comme il est concevable, car je vous annonce déjà que je ferai en février trois séminaires : deux séminaires ouverts et je ferai encore un premier séminaire fermé, le quatrième, je serai, en principe, parti aux U.S.A. Il est tout à fait concevable que le quatrième séminai­re de Février se passe à poursuivre une discussion si bien engagée ce qui vous laisse tout loisir d'attendre pour répondre aux interventions d'aujourd'hui la prochaine fois à moins que vous ne vouliez tout de suite placer quelques mots.
Docteur C Stein - Je ne pense pas qu'il me soit facile de faire une introduc­tion substantielle la prochaine fois sur la base des remarques qui ont été faites aujourd'hui car ça ne mènerait à rien.
Docteur J. Lacan - Non, mais la prochaine fois, il peut s'inscrire auprès de vous, ce serait plus simple, un certain nombre de personnes qui, ayant laissé mûrir ce qu'ils ont entendu aujourd'hui, se proposeraient à venir discuter avec vous le quatrième mercredi.
Docteur C. Stein - Oui, mais je ne pourrais pas m'avancer encore beaucoup plus...
Docteur J. Lacan - Non, il ne s'agit pas de ça. Il s'agit ou bien que vous disiez un mot auquel vous teniez beaucoup...
Docteur C Stein - Si, il y a un mot que je voudrais dire, c'est le suivant: dans toute cette discussion et cela n'est pas fait pour nous étonner, on en arrive tou­jours à la tentation de réduire ce reste dont parlait Audouard et que reprenait Green. Dans l'argument de Green que je ne veux pas reprendre dans son ensemble parce qu'il est très important, intéressant, je voudrais quand même simplement lui faire remarquer que, en me prêtant le propos d'établir une équi­valence entre les différents pronoms, il réduit justement ce que je laissais en quelque sorte comme reste, car je n'ai pas désigné l'équivalence entre les diffé­rents pronoms mais justement une confusion entre les différents pronoms dans le registre imaginaire, ce qui est tout à fait différent.

Et ceci m'amène, pour être très bref, à Audouard qui, à mon avis, a admira­- -148-

Leçon du 26 janvier 1966

blement défini quelque chose qui se rapporte, qui est dans ce que je vous ai dit aujourd'hui : que le non-spécularisable apparaît à tout instant dans l'effort de spécularisation, dans la tentative de spécularisation; ceci est certain et ceci pour­rait même résumer ce que j'ai dit aujourd'hui. Mais alors je ne vois pas pour­quoi Audouard en tire argument pour dire que ma grammaticalisation n'est pas satisfaisante dans la mesure où elle réduit ce reste non-spécularisable, puisque justement pour reprendre les excellents termes d'Audouard, cela pourrait être encore formulé autrement. Mais qu'est-ce qui est apparu dans ma démarche comme étant le reste, si ce n'est justement ce registre imaginaire ? C'est-à-dire qu'il est bien vrai qu'il n'y a pas discours spécularisé qui ne se réfère, qui ne comporte un reste ou, dans les termes où j'ai posé les choses, qui ne se rappor­te à un registre imaginaire.
Docteur J. Lacan - Une des choses les plus saillantes et un point clé de votre exposé d'aujourd'hui c'est que quand vous dites que « ça parle », à savoir ce que j'appellerais la surface topologique unique du sujet et de l'autre qui est bien là impliqué, cette surface topologique est de l'ordre imaginaire. La clé de tout est là et c'est là je crois qu'est votre erreur de formulation. Nous pouvons aujour­d'hui laisser les choses ici suspendues.

Petite anecdote. je ne suis pas du tout opposé à cette grammaticalisation qui me paraît un point d'appui, si on sait s'en servir c'est un instrument tout à fait excellent. je voudrais quand même, comme ça, pour le plaisir de l'histoire, rap­peler qu'à un certain congrès d'Amsterdam, qui, si je crois bien se situe en 1950, non, le premier congrès d'Amsterdam c'est en...
Docteur A. Green - En 1948
Docteur J. Lacan - En 1948, j'ai fait le discours que j'avais préparé à ce moment-là, nous n'en étions pas encore au commencement d'un enseignement quelconque de ma part, qui était, qui tournait autour, non pas seulement de n'importe qu'elle grammaticalisation mais très précisément celle des pronoms personnels, discours au cours duquel j'ai dû crever les interprètes car j'ai été forcé de dire en dix minutes ce que j'avais préparé pour vingt, Madame Anna Freud ayant cru devoir dépasser largement son temps d'intervention.

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