Leçon I, 1er décembre 1965








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Leçon du 1 er juin 1966

Mais toute cette plaie que nous laissons s'étendre au nom de ne pas savoir motiver ce que veut dire qu'elle ne saurait en aucun cas être soupçonnée d'être vraie, voilà ce qui laisse le champ libre à ce que j'ai appelé cette plaie que vous pouvez épingler encore du terme de médico-pédagogique. C'est bien là la gra­vité du cas du psychanalyste. Car c'est toute leur force et je pense que ce que les mots que je dis ont assez de poids et de portée pour que, concernant leur place, vous donniez son sens à ce prestige - ils n'en ont pas d'autre - dans le champ de la science qu'ils peuvent bien être soupçonnés d'être les représentants d'une représentation qui serait véridique. C'est bien dans ce registre, et ce qui accroche, et ce qui arrête devant ce qui serait normal : une pure et simple posi­tion de rejet puisqu'aussi bien nous n'avons pas encore réussi à donner un sta­tut valable au matériel qu'ils apportent.

Or c'est bien là, et le glissement, et l'alibi qu'une formation réponde à une définition de la structure par quoi elle peut être soupçonnée d'être vraie. Ce qui, puisqu'il n'y a que soupçon, ne veut pas dire suffisance mais n'implique un « il faut» au-delà duquel peut-être rien d'adjoint ne peut décisivement apporter la suffisance. Tel est ce signe qui est la définition de ce soupçon. Et c'est bien là, en effet, notre problématique devant ce que nous propose le symptôme comme question de la vérité. Chaque fois que nous avons affaire diversement campés dans un savoir à cette interrogation de la vérité, la même ambiguïté se présente que supporte et qu'incarne le terme de représentant de la représentation. Car c'est bien ainsi que depuis toujours échoue sur le leurre que je vais dire : la cri­tique par l'Aufklärung de la religion.

Ces représentants savent fort bien l'erreur en quoi consiste cette représen­tante de la vérité, de l'attaquer sur les représentations, sur les représentations qu'elle en donne, et ceci, les représentants eux-mêmes, c'est-à-dire les person­nages diversement sacralisés le savent fort bien. Ils encouragent que les assié­geants de la citadelle discutent sur la vraisemblance de l'arrêt du soleil dans la bataille de Josué ou telle ou telle autre historiette du texte sacré. La question n'est pas à porter dans la structure qui prétend intéresser la question de la véri­té sur les représentations, quelles que soient, quelles que puissent être les repré­sentations de cette structure, mais sur les représentants de la représentation.

C'est pourquoi bien que ceux-ci aiment mieux que la bataille se porte sur les thèmes d'autant plus inexpugnables de la révélation qu'on peut les pourfendre aussi longtemps qu'on voudra, comme ils sont de la matière même de la struc­ture, c'est-à-dire pas de la même matérialité que les épées qui les traversent, ils se porteront encore longtemps fort bien...

Ainsi, inverse est ce que nous pourrons appeler la trahison des psychana­lystes. C'est que pour être les représentants d'une position qui peut être soup- ­- 347 -
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çonnée d'être vraie, ils se croient en devoir de donner corps par tout autre moyen que ceux qui devraient découler du cernage le plus strict de leur fonc­tion de représentant; ils s'efforcent au contraire d'authentifier les représenta­tions de toutes les façons les plus étrangères qu'ils puissent chercher pour leur donner le sceau du généralement reçu.

Voici donc la fin de ce que nous cherchons à construire : les critères de la structure en tant qu'ils répondent à ces exigences étant donné ce qui est abordé, à savoir la structure du sujet, qu'une doctrine puisse être soupçonnée d'être vraie, ce qui implique chez ceux qui en sont les représentants quelque chose d'autre que de s'appuyer sur des critères étrangers. Voilà ce qui justifie non seu­lement la méthode mais les limites selon lesquelles nous devons aborder certains éléments-clé de cette structure et concernant tel objet a, celui par exemple du champ scopique, assurément, nous imposer cette discipline qui ne va pas sans quelque puritanisme, de faire peu de cas de la richesse de ce qui nous est là offert. Car aussi bien, comment ne pas marquer quel point de concours est ce regard autour duquel déjà Freud nous a appris, lui et lui seul, à repérer la fonc­tion, la valeur du signe de l'Unheimlichkeit car vous pourrez remarquer, à reprendre son étude, que dans les œuvres qu'il apporte en témoignage de cette dimension, le rôle, la fonction qu'y joue le regard sous cette forme étrange de l’œil aveugle parce qu'arraché.

je doute [que] quelque attribut que ce soit qui peut en représenter l'équiva­lent proche, les lunettes par exemple, ou encore l’œil de verre, le faux œil, c'est là toute la thématique d'Hoffman et Dieu sait si elle est encore plus riche que je ne peux ici l'évoquer: la référence aux Élixirs du diable est là à votre portée.

Il y a toute une histoire de l’œil, c'est le cas de le dire. Et ceux qui ont ici l'oreille ouverte de ce qui peut être information larvée, savent à quoi je fais allu­sion en parlant de L'histoire de l'œil. C'est un livre publié anonyme par un des personnages les plus représentatifs d'une certaine inquiétude essentielle, à notre époque, et qui passe pour un roman érotique. L'histoire de l'œil est riche de toute une trame bien faite pour nous rappeler, si l'on peut dire, l'emboîtement, l'équivalence, la connexion entre eux de tous les objets a et leur rapport central avec l'organe sexuel. Bien sûr, ce n'est pas sans effet que nous pourrions en rap­peler que ce n'est pas en vain que c'est dans ce point de la fente palpébrale que se produit le phénomène du pleur dont on ne peut pas dire que nous n'ayons pas, à cette occasion, à nous interroger sur son rapport à la signification struc­turale donnée à cette fente. Et comment ne pas voir aussi que ce n'est pas en vain que l’œil ou plutôt cette fente joue le rôle, pour nous, de la fonction de porte du sommeil. En voilà beaucoup et assez pour nous égarer. Trop de richesse ou trop d'anecdotes ne sont faites que pour nous faire retomber dans l'ornière de je ne -348-
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sais quelle référence développementale où chercher une fois de plus les temps spécifiques dans l'histoire qui, quel que soit l'intérêt de ces repères, ne font que nous dissimuler ce qu'il s'agit de définir, à savoir la fonction occupée par ce champ scopique dans une structure qui est proprement celle qui intéresse le rap­port du sujet à l'Autre.

Il est bien étrange, précisément, qu'alors qu'au cours de tout ce temps, nous avons promu la fonction de la communication dans le langage comme étant ce qui essentiellement devait centrer ce qui regardait l'inconscient, alors que de toutes parts, nous n'avons cessé de réentendre cette objection qui n'en est pas une, à savoir qu'il y a du préverbal, de l'extraverbal, de l'antéverbal, alors qu'on a fait état, disons-nous, du geste, de la mimique, de la pâleur, de toutes les formes vasomotrices, cénesthésiques ou autres où soit disant pourrait s'exercer je ne sais quelle communication ineffable - comme si nous l'avions jamais contesté, - que personne n'ait jamais promu ce qui était pourtant le seul point sur lequel il y avait vraiment quelque chose à dire, à savoir l'ordre de commu­nication qui se passe par le regard.

Ça, en effet, ce n'est pas du langage. C'est justement ce qui vient à l'appui de la portée de mon recentrement du maniement de l'inconscient sur ce qui est du langage et de la parole. C'est que justement Freud a inauguré la position analy­tique en en excluant le regard. C'est une vérité première dont on est tout de même bien forcé de faire état car le fait justement qu'on les élide et qu'on les oublie, prouve à quel point on est à côté de la plaque. Alors, cet objet a, celui qui est en cause dans le champ scopique, pourquoi est-ce celui-là que nous avons mis, en somme, en avant, en pointe et sur lequel cette année nous nous sommes trouvés focaliser ce qu'on appelle, en cette occasion, l'attention?

L'objet a est l'enjeu de ce qu'il y a de fondateur pour le sujet dans son rap­port à l'Autre. Notre question est suspendue sur le sujet de son appartenance. Regardons de plus près de quoi il s'agit, et en partant du plus élémentaire de ce qui est donné dans l'expérience à propos de ce que les analystes appellent la rela­tion d'objet. S'ils ont nettement laissé s'infléchir ce rapport du sujet à l'Autre, à le réduire au registre de la demande, prenons-en faveur. Les deux plus connus de ces objets, les objets-types, si je puis dire, dans la fonction, dans l'état qu'en fait l'analyse : c'est l'objet de la demande faite à l'Autre du bon sein, comme on dit; c'est l'objet de la demande qui vient de l'Autre, celui qui donne sa valeur à l'objet excrément.

Il est clair que tout ceci nous laisse enfermé dans une relation parfaitement duelle. Quand je dis parfaitement, je ne veux y inscrire par là nul accent de satis­fecit mais de fermé, de parfaitement clos. Et l'on sait ce qu'il en résulte de réduc­tion de toute la perspective aussi bien théorique, compréhensive, pratique, cli­- -349-

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nique, psychologique et même pédagogique pour s'enfermer dans ce cycle de la demande, cohérent de celui de la frustration ou gratification, frustration ou non­-frustration. La restitution, en quelque sorte interne, immanente à la fonction de la demande, de ce qui doit en surgir comme autre dimension du seul fait que cette demande s'exprime par le moyen du langage en tant qu'il donne au lieu de l'Autre la primauté, permet de donner un statut suffisant à la dimension du désir.

Dans la dimension du désir vient à se manifester le caractère spécifique de l'objet a qui le cause en tant que cet objet prend cette valeur absolue, ce cachet qui fait que ce que nous découvrons dans l'efficience, dans l'expérience, ce n'est pas à proprement parler de la satisfaction du besoin qu'il s'agit, ce n'est pas que l'enfant soit rempli, ni que rempli il s'endorme, qui compte. C'est que quelque chose qui prend un accent si particulier, un accent de condition si absolue qu'il vient à être isolé sous ces termes différemment dénommés qu'on appelle nipple, bout de sein, bon sein, mauvais sein, ce n'est pas de sa forme biologique qu'il s'agit mais d'une certaine fonction structurale qui, justement, permet de lui trouver l'équivalent qu'on veut, dans aussi bien la tétine, par exemple, le bibe­ron ou n'importe quel autre objet mécanique ou même le petit coin ou le petit bout de mouchoir, pourvu que ce soit le mouchoir sale de la mère, donnera, pré­sentifiera la fonction de cet objet oral d'une façon qui mérite d'être spécifiée, structuralement, comme étant là la cause du désir. Cette fonction de condition absolue auquel est porté un certain objet qui n'est définissable qu'en terme structural, voilà ce sur quoi il importe de mettre l'accent pour en donner les caractéristiques.

Car, en effet, c'est quelque chose qui est emprunté au domaine charnel et qui devient l'enjeu d'une relation que, pour parler tout à fait improprement, on peut appeler intersubjective. Mais quel est de cet objet l'exact statut? C'est précisé­ment ce que nous sommes en train d'essayer de définir. Pour les deux premiers objets que j'ai pointés, ils sont en jeu dans la demande mais pourtant pas sans qu'ils intéressent le désir de l'Autre. La valeur prise par l'objet réclamé dans la dialectique autant orale qu'anale joue sur le fait qu'en le donnant, ou en le refu­sant, le partenaire, quel qu'il soit, fait valoir ce qu'il en est de son désir dans son consentement ou son refus.

La dimension du désir surgit avec l'avènement de cet objet qui, je le répète, n'est pas l'objet de la satisfaction d'un besoin, mais d'un rapport de la demande du sujet au désir de l'Autre. Il est à l'inauguration de la fonction du désir et il introduit dans cette dimension la condition absolue du désir de l'Autre.

Voici pourquoi ces deux objets se trouvent prévalents dans la structure de la névrose et pourquoi à rester dans un horizon d'autant plus facilement borné -350-
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que c'est eux-mêmes qui les bornent, - quand je dis horizon il a un sens depuis que j'ai parlé d'une certaine façon de l'objet scopique - les psychanalystes se contentent si aisément d'une théorie qui met tout l'accent sur la demande et la frustration, sans s'apercevoir que c'est une caractéristique spécifique de la névrose. Le névrosé a ce rapport à l'Autre que sa demande vise le désir de l'Autre et son désir vise la demande de l'Autre. Dans cet entrecroisement qui est lié aux propriétés - je l'ai accentué plus d'une fois - de la structure du tore, gît la limitation de la structure névrotique.

D'une autre dimension s'agit-il pour les autres objets que j'ai déjà introduits dans un certain quatuor qui, peut-être est-il un cadran, à savoir la voix et le regard. Il est certainement remarquable que je ne me sois pas, cette année, étant donné la prédilection que je peux avoir pour le champ des effets de la parole, [porté] sur la voix. Sans doute ai-je pour cela mes raisons, ne seraient-ce que celles que la limitation de temps qui m'impose peut-être de devoir en prendre quelque peu pour faire comprendre et promouvoir les choses nouvelles que j'ai apportées justement sur le champ scopique.

Que, pour ce qui est de la voix en tout cas, l'objet a soit directement impli­qué et immédiatement au niveau du désir, c'est ce qui est évident. Si le désir du sujet se fonde dans le désir de l'Autre, ce désir comme tel se manifeste au niveau de la voix. La voix n'est pas seulement l'objet causal, mais l'instrument où se manifeste le désir de l'Autre. Ce terme est parfaitement cohérent et constituant, si je puis dire, le point sommet par rapport aux deux sens de la demande, soit à l'Autre, soit venant de l'Autre.

Comment alors pourrons-nous situer cet objet et ce champ scopique ? Est-ce que ce n'est pas là que nous lui voyons et comme à nous laisser guider par le parallélisme des termes désir, demande, de..., à..., que nous voyons s'ouvrir cette dimension singulière déjà pour nous offerte par l'évocation de la fenêtre qui, aussi bien, on l'appelle elle-même volontiers un regard, dans cette dimen­sion de désir à l'Autre, d'ouverture, d'aspiration par l'Autre qui est à propre­ment parler ce dont, à ce niveau, il s'agit. C'est alors que nous pouvons voir pourquoi il prend dans la topologie elle-même cette fonction privilégiée, puis­qu'en fin de compte, à quelque réduction combinatoire que nous puissions pousser ces formes topologiques dont je fais devant vous état en en faisant image, il semble qu'il y reste quelques résidus de ce que peut-être faussement on appelle intuitif et qui est proprement cet objet a que j'appelle le regard.

je vais, pour terminer aujourd'hui et comme pour simplement fournir un point de scansion, évoquer sous une forme qui aura l'avantage de vous mon­trer la polyvalence des recours qu'on a, au niveau de la structure, évoquer pour vous une autre forme aussi bien topologique qui viendra recouper le paradig- ­- 351 -

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me, l'exemplification que je vous ai donnée de cette structure scopique au niveau des Ménines. Je vais terminer la leçon d'aujourd'hui pour trouver un point de chute sur ce que je vous ai présenté comme la bonne plaisanterie du roi collant la croix de Santiago sur la poitrine du peintre dans le tableau Les Ménines, que ce soit ou non comme la légende le dit en y mettant lui-même la main au pinceau.

Ce petit trait aurait ému, si j'en crois les échos dans l'assemblée, quelques bonnes âmes qui y aurait vu une secrète allusion à ce que j'ai à traîner moi-même. Que ces bonnes âmes se consolent, je ne me sens pas crucifié et pour une simple raison, c'est que la croix d'où je partais, celle des deux lignes qui divisent le tableau des Ménines, celui qui va du point d'horizon qui se perd, passant par la porte, le personnage qui sort jusqu'au premier plan au pied du grand tableau, représentant de la représentation, et l'autre ligne, celle qui part de l’œil de Velasquez pour s'en aller tout à fait vers la gauche, là où il rejoint son lieu natu­rel où je l'ai situé, à savoir à la ligne à l'infini du tableau, sont deux lignes qui, tout simplement, et toutes croisées qu'elles paraissent, ne se croisent pas, pour la bonne raison qu'elles sont dans des plans différents.

C'est bien aussi s'il en est une, toute la croix à laquelle j'ai affaire dans mes rapports avec les analystes à savoir que, on vous l'a représentée comme ça d'une façon qui s'interrompt. Nous avons donc deux lignes qui ne sont pas dans le même plan. Eh bien! sachez que c'est une petite trouvaille, faite depuis très longtemps par les gens qui se sont occupés de ce qu'on appelle les coniques que, quand on prend pour axe une troisième ligne quelconque entre ces deux précé­dentes qui sont donc comme ça et qu'on fait tourner le tout comme une toupie, qu'est-ce qu'on obtient ?

On produit quelque chose auquel peu de monde semble avoir, - enfin, dans -352-

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