Leçon 1 15 janvier 1964 Leçon 2 22 janvier








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14 dans un livre paru il y a une quarantaine d’années chez FLAMMARION.
Il y a huit ou dix formes d’inconscient qui n’apprennent rien à personne, qui désignent simplement le pas conscient, le plus ou moins conscient,

et dans le champ des élaborations psychologiques

on trouve mille variétés sup­plémentaires.
On peut faire remarquer que l’inconscient de FREUD n’est pas du tout l’inconscient romantique de la création imaginante, n’est pas le lieu des divinités de la nuit où certains croient encore pouvoir révéler l’incons­cient freudien.
Sans doute n’est–ce pas là tout à fait sans rapport avec, disons, le lieu vers où se tourne le regard

de FREUD.
Mais le fait que JUNG, qui est le relaps des termes de l’inconscient romantique, ait été répudié par FREUD, nous indique assez que ce que FREUD introduit,

c’est autre chose.

Pour dire que l’inconscient, cet inconscient lui–même si fourre–tout, si hétéroclite, qu’élabore pendant toute sa vie, dans sa vie de philosophe solitaire, Eduard Von HARTMANN15, ce ne soit pas l’inconscient

de FREUD, il ne faudrait pas non plus aller trop vite puisque FREUD, dans son septiè­me chapitre de l’Interprétation des rêves, de la Traumdeutung, lui–même s’y réfère en note. C’est dire qu’il faut aller y voir de plus près pour dési­gner ce qui dans FREUD, s’en distingue.
Je vous l’ai dit, je ne me contente pas de dire

qu’à tous ces inconscients…

toujours plus ou moins affiliés à une volonté obscure considérée comme primordiale,

à quelque chose d’avant la conscience

…ce que FREUD oppose, c’est la révélation :


  • qu’ici quelque chose

en tout point homologue à ce

qui se passe au niveau du sujet

…fonction­ne,


  • que là, ça parle, et renversant complètement

la perspective, à savoir qu’au niveau de l’inconscient, ça fonctionne d’une façon aussi élaborée qu’au niveau de ce qui paraissait être le privilège du conscient.
Je sais les résistances que provoque encore cette simple remarque, pourtant sensible dans le moindre texte de FREUD.

Et lisez là–dessus le paragraphe de ce septième chapitre intitulé L’oubli dans les rêves, à–propos de quoi FREUD ne fait référence qu’aux jeux du signifiant

de la façon la plus sensible.
De ce registre, vous en avez eu, dans l’oreille, l’indication dimension­nelle. Je ne me contente pas

de cette référence massive. Je vous ai épelé

point par point ce fonctionnement de l’inconscient.

Dans le phénomène, dans ce qui nous est produit d’abord par FREUD, comme le champ, le registre de l’inconscient : le rêve, l’acte manqué, le mot d’esprit

qu’est–ce qui frappe d’abord ?

C’est le mode d’achoppement sous lequel il apparaît.

Achoppement, défaillance, fêlure, voilà ce qui frappe d’abord.
Dans une phrase prononcée, écrite, quelque chose vient à trébucher. FREUD est aimanté par ces phénomènes, c’est là qu’il va chercher ce qui va se manifester comme l’inconscient.
Là, quelque chose d’autre demande à se réaliser

qui apparaît comme intentionnel, certes,

mais d’une étrange, dirons–nous, temporalité.
Ce qui se produit…

au sens plein du terme « se produire »

…dans cette béance dans cette fêlure,

se présente comme la trouvaille. C’est ainsi d’abord que l’exploration freudienne rencontre ce qui se passe dans l’inconscient.
« Trouvaille » qui est en même temps « solution »,

pas forcément ache­vée, mais si incomplète qu’elle soit, elle a ce « je ne sais quoi » qui nous touche de cet accent particulier qu’a si admirablement détaché…

et seule­ment détaché, car FREUD

l’a bien fait remarquer avant lui

…Theodor REIK16, à savoir la surprise, ce par quoi le sujet se sent dépassé.
Il en « trouve » à la fois plus et moins qu’il n’en attendait, mais de toute façon, c’est par rapport

à ce qu’il attendait, d’un prix unique.
Or, cette trouvaille, dès qu’elle se présente, se présente comme retrou­vaille instaurant la dimension de la perte et, qui plus est, cette trouvaille est toujours prête

à se dérober à nouveau.
Pour me laisser aller à quelque métaphore, EURYDICE deux fois perdue, vous dirais–je, telle est l’image la plus sensible que nous puissions don­ner dans le mythe, de ce qu’est le mythe, de ce que c’est que

ce rapport de l’ORPHÉE analyste par rapport à l’inconscient.
En quoi, si vous me permettez d’y ajouter quelque ironie, l’incons­cient se trouve au bord strictement opposé de ce qu’il en est de l’amour, dont chacun sait qu’il est toujours unique, et que la formule

« Une de perdue, dix de retrouvées » est celle qui trouve

sa meilleure application.
La discontinuité, telle est la forme essentielle où nous apparaît d’abord l’inconscient comme phénomène.
Dans cette discontinuité, quelque chose qui se manifeste comme une vacillation, et ceci nous conduit à nous interroger sur ce qu’il en est de son fond,

puisqu’il s’agit d’une discontinuité.
Si cette discontinuité a ce caractère absolu…

ce que nous semblons lui donner

dans le texte du phénomène

…ce caractère inaugural dans le che­min de la découverte de FREUD, devons–nous lui donner, comme ce fut depuis la tendance des analystes, le fond en quelque sorte nécessaire, d’une appréhension de quelque totalité?
Est–ce que le « Un » lui est antérieur ?
Justement je ne le pense pas !
Et tout ce que j’ai enseigné ces dernières années tendait, si je puis dire, à faire virer cette sorte d’exigence d’un « Un » fermé qui est mirage, auquel s’attache la référence à cette sorte de double de l’organisme que serait le psychisme d’enveloppe

où résiderait cette fausse unité.
Vous m’accorderez que l’un qui est introduit par l’expérience de l’inconscient, c’est justement

cet 1 de la fente, du trait, de la rupture.
Ici jaillit, disons, une forme méconnue de l’« Un » :



  • disons, si vous voulez, que ce n’est pas un Un, que c’est l’1 de l’Unbewusste [ inconscient ],

  • disons que la limi­te de l’Unbewusste, c’est l’Unbegriff

[ begriff : concept ] non pas non–concept, mais concept du manque.
Et d’ailleurs, qu’est–ce que nous avons vu surgir tout à l’heu­re, sinon son rapport à cette vacillation

qui retourne à l’absence ?

Où est le fond ? Est–ce l’absence ? Non pas !
La rupture, la fente, le trait de l’ouverture

fait surgir cette absence comme le cri qui,

non pas s’isole, se profile sur fond de silence,

mais au contraire le fait surgir comme silence.
Si vous saisissez, si vous gardez dans la main

cette structure initiale, vous serez plus sûrs de ne pas vous livrer à seulement tel ou tel aspect partiel de ce dont il s’agit concernant l’inconscient, comme par exemple que c’est le sujet, en tant qu’aliéné dans son histoire, au niveau où la syn­cope

du discours se conjoint avec son désir.
Vous verrez :

  • que, plus radicalement, c’est dans la dimension d’une synchronie que vous devez situer l’inconscient,

  • que c’est au niveau d’un être, mais en tant qu’il peut se porter sur tout,

  • que c’est au niveau du sujet de l’énonciation en tant que…

vous savez bien

…selon les phrases, selon les modes, il se perd autant qu’il se retrouve et que, dans une inter­jection, dans un impératif, dans une invocation, voire dans une défaillan­ce, c’est toujours lui qui vous pose son énigme qui parle, bref,

  • que c’est au niveau où tout ce qui s’épanouit se diffuse, comme dit FREUD à pro­pos du rêve, comme le mycelium autour d’un point central, et qui se rap­porte à l’inconscient.


C’est toujours du sujet en tant qu’indéterminé qu’il s’agit.
Oblivium…

c’est lèvis avec le « e » long, qui veut dire polir, unir, rendre lisse

Oblivium, c’est ce qui efface : le rapport de l’oubli avec l’effacement de quelque chose qui est le signifiant comme tel.
Voilà où nous retrouvons la structure basale,

ce à quoi se rattache la possibilité de quelque chose que nous devons concevoir comme opéra­toire,

la possibilité de quelque chose qui prenne

la fonction de barrer, de rayer une autre chose.
Ceci se situe à un niveau plus primordial structuralement que le refoulement dont nous parlerons plus tard.

Aussi bien, nous voyons que la référence à cet élément opératoire dont je parle, de l’effacement, c’est ce que FREUD désigne, dès l’origine,

dans la fonction de la censure.
Les modes sous lesquels il souligne que nous devons les concevoir comme le travail du censeur,

le caviardage avec des ciseaux, la censure russe

ou encore, comme Henri HEINE17, au début du livre

De l’Allemagne le dit en caricaturant la censure allemande :
« Monsieur et Madame Untel ont le plaisir de vous annoncer

la naissance d’un enfant beau comme la liberté ».
Le Dr HOFFMANN raye le mot « liberté » et assurément,

on peut s’interroger sur ce que devient l’effet

du mot « liberté » du fait même de cette censure proprement matérielle.
C’est là un autre problème, mais c’est aussi ce

sur quoi FREUD désigne que porte, de la façon la plus effi­ciente, le dynamisme de l’inconscient.
Et pour reprendre un exemple jamais assez exploité…

celui qui est le premier sur lequel

il a fait porter sa démonstration

l’oubli, l’achoppement de mémoire concernant le mot de

« Signorelli » après sa visite faite aux peintures d’Orvieto.
Est–il possible de ne pas voir surgir du texte même, s’imposer, non pas la métaphore, mais la réalité

de la disparition, de la suppression, de l’Unterdrückung,

du passage dans les dessous…

et impossible de le retrouver

…du terme de « Signor », du Herr.
Le Signor, le Herr, le maître absolu, ai–je dit en un temps,

la mort pour tout dire, est là disparue.
Mais aussi bien ne voyons–nous pas, là derrière,

se profiler tout ce qui nécessite FREUD à trouver dans les mythes de la mort du père, la régulation

de son désir ?
Et qu’après tout, s’il se rencontre avec NIETZSCHE pour énoncer à sa manière, dans son mythe à lui,

que « Dieu est mort », c’est peut–être sur le fond

des mêmes raisons.
À savoir que le mythe du « Dieu est mort »…

dont je suis pour ma part, beaucoup moins assuré…

comme mythe, entendez bien

…que la plupart des intellectuels contemporains, ce qui n’est pas du tout une déclaration de théisme

…que ce mythe du « Dieu est mort » n’est peut–être

que l’abri trouvé contre une menace…

particulièrement présente en fonction

d’un certain nombre de corrélations

effectivement de temps et d’époque

…la menace de la castra­tion.
Précisément celle dont il s’agit…

si vous savez les lire

…aux fresques apocalyptiques de la cathédrale d’Orvieto.

Et si vous en doutez, si vous ne savez pas les lire, lisez donc la conversation du train :

avec son interlo­cuteur…

l’interlocuteur précisément vis–à–vis de qui

il ne retrouve pas le nom de « Signorelli »

…il ne s’agit précisément…

dans la demi–heure où l’heure qui précède

ces propos qui se tiennent dans un train

quelque part qui circule du côté de Dubrovnik

ou de quelque endroit analogue

…il ne s’agit que de la fin de la puissance sexuelle dont son interlocuteur méde­cin lui dit le caractère dramatique pour ceux qui sont ordinairement ses patients.
Ainsi l’inconscient se manifeste toujours comme ce qui vacille dans une coupure du sujet, d’où resurgit une trouvaille que FREUD assimile au désir que nous situerons, pour nous, provisoirement, dans la métonymie dénudée du discours en cause

où le sujet se saisit en quelque point inat­tendu.
N’oublions pas que, pour parler de FREUD et de

sa relation au père, tout son effort ne l’a mené

qu’à avouer que pour lui la question restait entière – il l’a dit à une de ses interlocutrices – :
« Que veut une femme ? »
Question qu’il n’a jamais résolue.

Ici, nous nous référons à ce qu’a été effectivement sa relation à la femme, à ce caractère uxorieux18, comme s’exprime pudiquement JONES le concernant.
Nous dirons que FREUD aurait fait assurément un admirable idéaliste passionné s’il ne s’était pas consacré à l’autre, sous la forme de l’hysté­rique.

J’ai décidé d’arrêter toujours à point nommé :

deux heures moins vingt, mon séminaire.

Vous le voyez, je n’ai pas clos aujourd’hui

ce qu’il en est de la fonction de l’inconscient.

Restons donc un peu avant les termes que j’avais donnés à ce que j’espérais boucler : l’inconscient.
Aujourd’hui je n’ai point abordé la répétition.
Ce que j’ai à dire sur l’inconscient se lie étroitement

à ce qu’il en sera de notre abord du second concept de la répétition la prochaine fois.
29 janvier 1964 Table des séances

Mon introduction du premier de ceux que j’ai appelés les quatre concepts freudiens fondamentaux…

mon introduction la dernière fois de l’inconscient par la structure d’une béance

…l’introduction a fourni l’occasion à un de

mes auditeurs : Jacques–Alain MILLER, d’un excellent tracé de ce que – dans mes écrits précédents –

il a pris soin de reconnaître comme étant la fonction structurante d’un manque, et de le rejoindre, en somme, par un arc audacieux, élégant, à ce que j’ai pu désigner en par­lant de la fonction du désir comme

le manque à être.
Ayant réalisé pour vous cette sorte de synopsis

qui n’a sûrement pas été, au moins pour ceux

qui avaient déjà quelques notions de mon

ensei­gnement, d’une utilité rassemblante

…ayant donc fait ce tracé, il m’a inter­rogé sur mon ontologie.
Bien sûr, je n’ai pas pu lui répondre dans les limites qui sont imparties au dialogue par l’horaire sur une telle question à propos de laquelle il aurait convenu tout d’abord que j’obtins de lui la précision bien nette de ce en quoi il cerne le terme d’ontologie. Néanmoins, qu’il ne croie pas que ce soit

que j’ai trouvé du tout la ques­tion inappropriée.
Je dirais même plus, il tombait particulièrement

à point en ce sens que c’est bien d’une fonction

à proprement parler ontologique qu’il s’agit

dans cette béance, dans cette structure fondamentale, par quoi j’ai cru devoir introduire comme la plus essentielle, comme lui étant la plus essentielle,

la fonction de l’inconscient.
Car à l’introduire ainsi, vous l’avez vu distinguer deux formes assu­rément en ce qui se montre par cette béance – nous pourrions le dire – préontologique.
J’ai insisté sur ce caractère trop oublié…

et oublié d’une façon qui

n’est pas sans signification

…trop oublié de la premiè­re découverte de l’émergence de l’inconscient :

de ne pas prêter à l’ontolo­gie.
Ce qui s’est montré d’abord à FREUD, aux découvreurs, à ceux qui ont fait les premiers pas, ce qui se montre encore à quiconque dans l’analyse s’y intéresse, s’accommode un temps, forcé qu’il peut y être à certains détours, accommode son regard à ce qui est proprement de l’ordre de l’inconscient, c’est que ce n’est ni être ni non–être, c’est du non–réalisé.
J’ai évoqué la fonction des limbes, j’aurais pu aussi parler de ce que dans le registre mythique, dans les constructions de la gnose, on appelle êtres intermédiaires : sylphes, gnomes, voire formes plus élevées de ces médiateurs ambigus.
Aussi bien, n’oublions pas que FREUD,

quand il commença de remuer ce monde articula ce terme, qui paraissait plus lourd d’inquiétantes appré­hensions, quand il l’a prononcé, dont il est bien remarquable que la menace soit, après soixante ans d’expériences, complètement oubliée :

« Flectere si nequeo superos, Acheronta movebo
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