Leçon 1 15 janvier 1964 Leçon 2 22 janvier








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27Idee einer anderen Lokalität »

qui est une autre localité, un autre espace, une autre scène.
Cet « entre perception et conscience », nous pouvons à tout instant le saisir. L’autre jour, n’ai–je point été éveillé, d’un court sommeil où je cherchais le repos,

par quelque chose qui frappait à ma porte déjà avant que je me réveille.
Avec ces coups pressés, j’avais déjà formé un rêve, un rêve qui me manifestait autre chose que ces coups. Et quand je me réveille, ces coups, cette perception, si j’en prends conscience, c’est pour autant qu’autour d’eux, je reconstitue, je replace toute ma représenta­tion, je sais que je suis là, à quelle heure je me suis endormi, et ce que je cherchais par ce sommeil.
Quand le bruit du coup parvient non point à ma perception mais à ma conscience, c’est que ma conscience se recons­titue autour de cette représentation, que je sais que je suis sous le coup du réveil, que je suis knocked.
Mais là, il me faut bien m’interroger sur ce que

je suis à cet instant–là…

si immédiatement avant et si séparé qui était celui où j’ai commencé de rêver sous ce coup

qui est en apparence ce qui me réveille

…à ce moment, je suis, que je sache, avant que je ne me réveille, ce « ne » explétif28 – dit explétif –

qui déjà dans tel de mes écrits29 désignait le mode même de présence de ce « je suis » d’avant le réveil.
Il n’est point explé­tif, il est plutôt l’explétion de mon impléance chaque fois qu’elle a à se manifester, qui fait ce que la langue – la langue française – définit si bien dans l’acte de son emploi.
Je dis « Aurez–vous fini avant qu’il ne vienne ? » quand cela m’importe que vous ayez fini, à Dieu ne plaise qu’il vînt avant !
Je dis « Passerez–vous avant qu’il vienne ? » car déjà quand

il viendra, vous ne serez plus là.
Ce vers quoi je vous dirige, c’est vers la symétrie…

à quoi nous sommes sollicités

…de la structure qui me fait, après le coup du réveil, devoir me poser, ne pouvoir me soutenir en apparence, que comme dans ce rapport avec ma représentation,

qui dans sa transparence ne me fait que conscient :

tel un reflet, en quelque sorte involutif en ce sens

que dans ma conscience, c’est ma représentation

que je ressaisis.
Mais justement, est–ce bien là tout ?
Et FREUD nous a assez dit qu’il lui faudrait…

ce qu’il n’a jamais fait

…revenir sur cette fonction de la conscien­ce.
Peut–être verrons–nous mieux ce dont il s’agit,

à saisir ce qui tout de même est là, qui motive le surgissement de cette réalité représentée, à savoir le phénomène, la distance, la béance même qui constitue le réveil.
Et nous ne pouvons tout de même le faire,

que d’accentuer…

enfin je vous ai laissé le temps à tous,

soit de le lire, soit, je l’espérais,

peut–être aussi d’intervenir

…la fonction que donne dans son chapitre VII, si étran­gement, FREUD, à ce rêve que je vous ai brièvement décrit, aussi briève­ment d’ailleurs qu’il l’est dans FREUD.
Notez comme ce rêve, tout entier fait aussi sur l’incident, le bruit, qui détermine ce malheureux père…

qui a été prendre, dans la chambre voisi­ne de celle où repose son enfant mort, quelque repos, laissant l’enfant à la garde, nous dit le texte, d’un grison, d’un autre vieillard

…qui, atteint, réveillé, par quelque chose qui,

non seulement est la réalité…

le choc, le knocking d’un bruit fait pour le rappeler au réel

…mais qui dans son rêve, traduit juste la quasi identité de ce qui se passe, à savoir la réalité même d’un cierge renversé et en train de mettre le feu

au lit où repose cet enfant.
Que voilà quelque chose qui semble peu désigné

pour confirmer ce qui est la thèse de FREUD dans

la Traumdeutung, à savoir que le rêve est la réalisation d’un désir !
Nous voyons presque pour la première fois dans la Traumdeutung, ici surgir, ce que FREUD donne en apparence comme une fonction seconde, à savoir que le rêve ici ne satisfait que le besoin de prolonger le sommeil.
Que veut donc dire FREUD en mettant là – à cette place – et en accen­tuant qu’il est en lui–même [ ce rêve ] la pleine confirmation de tout ce qu’il nous a dit

du rêve ?
Ceci, qui peut à une première vue nous paraître si singulièrement – disons pour le moins – ambigu.
Si la fonction du rêve est de prolonger le sommeil, si le rêve après tout peut approcher de si près la réalité qu’il propose, est–ce que nous ne pouvons pas nous dire après tout qu’à cette réalité, il pourrait être répondu sans sortir du sommeil ?
Il y a des activi­tés somnambuliques après tout.
Et ce dont il s’agit, la question…

qu’au reste toutes les indications précédentes de FREUD nous permettent ici de produire

…c’est :

qu’est–ce qui réveille ?
Est–ce que cela n’est pas une autre réalité,

celle que dans le rêve, FREUD nous décrit ainsi :
Das Kind, daß an seinem Bett steht : que « l’en­fant est près de son lit », ihn am Arme faßt : « le prend par le bras » et « lui murmure sur un ton de reproche » : Vorwurfsvoll zuraunt, Vater, siehst du denn nicht : « Père, ne vois–tu pas », daß ich verbrenne ? : « que je brûle ? »
[ Nach einigen Stunden Schlafs träumt der Vater, daß das Kind an seinem Bette steht, ihn am Arme faßt und ihm vorwurfsvoll zuraunt : Vater, siehst du denn nicht, daß ich verbrenne ? (VII. Zur Psychologie der Traumvorgänge)]
Est–ce qu’il n’y a pas plus de réalité dans ce message que dans ce bruit par quoi le père aussi bien identifie l’étrange réalité…

sur laquelle nous reviendrons à l’instant

…de ce qui se passe dans la pièce voisine ?
Est–ce que dans ces mots ne passe pas la réalité manquée qui a causé la mort de l’enfant ?
Est–ce que FREUD lui–même ne nous dit pas que dans cette phrase, il faut reconnaître quelque chose qui,

pour le père, perpétue cette phrase,

ces mots à jamais séparés de l’enfant mort…

et qui lui auront été dits, suppose–t–il,

« peut–être à cause de la fièvre », mais qui sait ?

…pour lui, perpétue la question, l’angoisse,

le remords, de ce dont FREUD pointe la question concernant ce qui, chez le père peut perpétuer le désir qu’aussi celui qu’il a mis près du lit de son fils à veiller : le grison, ne sera peut–être pas

« à la hauteur de bien tenir sa tâche » Besorgnis// gewachsen il ne sera pas, peut–être, en mesure, à la hau­teur de sa tâche.
Et en effet, il s’est endormi.
[ Vielleicht hatte selbst der Vater die Besorgnis mit in den Schlaf hinübergenommen,

daß der greise Wächter seiner Aufgabe nicht gewachsen sein dürfte. ]
Cette référence à la phrase dite à propos de la fièvre est–ce que ce n’est pas aussi bien à ce propos…

à ce que dans un de mes derniers discours

j’ai appe­lé « la cause de la fièvre »

…qu’elle se rapporte ?
Est–ce que si ici, aussi urgente qu’elle se présente, l’action soit selon toute vraisemblance de parer à

ce qui se passe dans la pièce voisine — peut–être aussi est–elle sentie comme « de toute façon maintenant trop tard »

par rapport à ce dont il s’agit, à la « réalité psychique » qui se manifeste dans la phrase prononcée ?
Est–ce que le rêve poursuivi n’est pas essentiellement, si je puis dire l’homma­ge à la réalité manquée, qui ne peut plus se faire qu’à se répéter indéfini­ment

en un indéfiniment jamais atteint réveil ?
Quelle rencontre peut–il y avoir désormais avec cet être inerte à jamais, même à être dévoré par les flammes, sinon celle–ci qui se passe justement, où

la flamme par accident, « comme par hasard », vient à le rejoindre ?
Et où est–elle la réalité dans cet accident,

sinon qu’il répète quelque chose en somme plus fatal,

au moyen de la réalité, d’une réalité où celui qui était chargé de veiller près du corps reste encore endormi, même d’ailleurs quand le père survient après s’être réveillé.
Ainsi la rencontre, toujours manquée, est passée entre le rêve et le réveil, entre celui qui dort toujours et dont nous ne saurons pas le rêve,

et celui qui n’a rêvé que pour ne pas se réveiller.
Si FREUD s’en émerveille comme confirmant la théorie du désir, c’est bien qu’il s’agit d’autre chose

que d’un fantasme comblant un vœu!
Ce n’est pas même que dans le rêve se soutienne

que son fils vit enco­re, mais bien que cette vision atroce désigne un au–delà qui s’y fait entendre.
C’est que le désir s’y présentifie, de la perte imagée au point le plus cruel de l’objet.

C’est que dans le rêve, se fasse la rencontre vrai­ment unique,

  • après quoi le désir n’a plus à subsister que comme deuil,

  • après quoi la réalité n’a plus de sens que du nettoiement de la scorie.


C’est que seul un rite, un acte toujours répété,

peut commémorer cette rencontre immémorable,

puisque personne ne peut dire ce que c’est que

la mort d’un enfant sinon le père en tant que père, c’est–à–dire nul être conscient.
Car la véritable formule de l’athéisme n’est pas que

« Dieu est mort »…

et même en fondant l’origine de la fonction

du père sur son meurtre, FREUD protège le Père

…la véritable formule de l’athéisme c’est que

« Dieu est inconscient ».
« Ce qui serait peut–être » il faut le chercher,

le voir dans la réalité avant le réveil.

Le réveil nous montre l’éveil de la conscience du sujet dans la représentation de ce qui s’est passé,

à savoir le fâcheux accident de la réa­lité à quoi

on n’a plus qu’à parer.
Mais qu’était donc cet accident quand tout le monde dort…

  • celui qui a voulu prendre un peu de repos, celui qui n’a pu soutenir la veille,

  • et celui dont, sans doute, devant son lit, quelqu’un de bien intentionné a dû dire : « On dirait qu’il dort » ?

qu’était cet accident quand nous n’en savons qu’une chose, c’est que dans ce monde tout entier assoupi, seule

la voix s’est fait entendre : « Père, ne vois–tu pas, je brûle ? ».
Cette phrase elle–même est un brandon : à elle seule elle porte le feu là où elle tombe, on ne voit pas

ce qui brûle, car la flamme aveugle sur ce qu’il porte,

sur l’un­terlegt, sur l’ὑποχείμενον [ upokeimenon ], mais non sur le réel.
Et c’est bien ce qui nous porte à reconnaître

dans cette phrase…

dans cette pièce détachée du père dans sa souffrance

…l’envers de ce qui sera – éveillé – sa conscience, nous portant à nous demander ce qui est le corré­latif, dans le rêve, de la représentation.
Ce qui se confronte à lui à ce moment est d’autant plus frappant qu’ici nous le voyons vraiment

comme l’envers de la représentation :

c’est l’imagerie du rêve, c’est ce qui nous impose d’y désigner ce que FREUD, quand il parle de l’inconscient, désigne comme ce qui le détermine essentiellement, le Vorstellungsrepräsentanz, ce qui veut dire, non pas comme on l’a traduit en grisaille,

le représentant représentatif, mais le « tenant–lieu de la représentation ».

Nous en verrons la fonction, par la suite essentiellement.
Revenons maintenant à notre chemin.
Si j’ai réussi à vous faire saisir ce qui,

de la rencontre comme à jamais manquée, est ici nodal et soutient réellement dans le texte de FREUD, ce qui lui semble dans ce rêve être absolument exemplaire : ce point de la place du réel qui va du trauma au fantasme

en tant que le fantasme n’est jamais que l’écran qui le dissimu­le

…a quelque chose de tout à fait premier, déterminant dans la fonction de la répétition :


  • voilà ce qu’il nous faut repérer,

  • voilà ce à quoi il nous faut revenir,

  • voilà, au reste, ce qui, pour nous explique à la fois l’ambiguïté de la fonction de l’éveil et de la fonction du réel dans cet éveil,


Le réel peut se représenter par l’accident, le petit bruit, le peu de réalité30 qui témoigne que nous ne rêvons pas.
Mais d’un autre côté, cette réalité n’est pas peu,

car ce qui nous réveille c’est l’autre réalité cachée derrière

le manque de ce qui tient lieu de représentation.
« C’est le Trieb », nous dit FREUD, mais attention,

nous n’avons pas encore dit ce qu’est ce Trieb.

Et si – faute de représentation – il n’est pas là qui se donne, ce Trieb dont il s’agit nous pouvons avoir

à le considérer comme n’étant que Trieb à venir.
Et cet éveil, comment ne pas voir qu’il est à double sens, que cet éveil qui nous resitue dans une réalité constituée et représentée, se redouble, fait double emploi de ce qui nous désigne :


  • que c’est au–delà du rêve que nous allons, nous avons à le rechercher,

  • que c’est dans ce que le rêve a enrobé,

a enveloppé :

[ schéma de la séance du 13–05–64 ]
nous a caché derrière le manque de la représenta­tion dont il n’y a là qu’un tenant–lieu,

– que c’est vers cela que nous sommes ramenés,

– et que la psychanalyse nous désigne qu’il est un réel qui commande plus que tout autre nos activités.
Ainsi nous pouvons voir que FREUD se trouve apporter la solution à ce qui, pour le plus aigu des questionneurs de l’âme avant lui : KIERKEGAARD31

s’était déjà centré sur la forme de la question autour de La répétition.
Je vous invite à relire ce texte éblouissant

de légèreté et de jeu ironique, texte véritablement mozartien dans son mode donjuanesque d’abolir

les mirages de l’amour.
Cette lucidité des affects, laquelle, sans possible réplique, est accentuée de ce que dans l’amour du jeune homme dont il nous fait le portrait à la fois ému et dérisoire, ce jeune homme ne s’adres­se

qu’à soi, par l’intermédiaire de la mémoire.
Vraiment n’y a–t–il pas là quelque écho plus profond de la formule de LA ROCHEFOUCAULD que :
« Combien peu éprouveraient l’amour si on ne le leur en avait

expliqué les modes et les chemins, les formules. »
Oui, mais qui a commencé ? Et tout ne commence–t–il pas essentielle­ment dans la tromperie ?
À qui s’adresserait le premier qui, en disant l’enchantement de l’amour, a fait passer cet enchantement pour exalta­tion de l’autre,

en se faisant le prisonnier de cette exaltation jusqu’à l’es­soufflement, celui qui avec l’offre

a créé la demande la plus fausse, celle de

la satisfaction narcissique, qu’elle soit

de l’idéal du moi ou du moi qui se prend pour l’idéal ?
Pas plus que dans KIERKEGAARD, il ne s’agit dans FREUD quant à la répé­tition, d’aucune répétition qui s’assoie dans le naturel, d’aucun retour du besoin. Le retour du besoin vise à la consommation mise au service de l’appétit. La répétition demande du nouveau. Elle se tourne vers le ludique qui fait de ce nouveau sa dimension, et cela, FREUD nous le dit aussi

dans le texte du chapitre dont je vous ai donné

la référence, la der­nière fois.
Tout ce qui, dans la répétition, se varie, se module, n’est qu’aliénation de son essence. L’adulte – voire l’enfant plus avancé – exige dans ses acti­vités,

de ce jeu, du nouveau.
Mais – FREUD le désigne – ceci n’est que le glissement de ce qui donne le vrai secret du ludique, glissement d’une diversité plus radicale qui est celle même que constitue la répétition en elle–même.
À savoir celle qui chez l’enfant, dans son premier mouvement, au moment où il se forme, où il se forme comme être humain, se manifeste chez lui comme exigence que le conte soit toujours le même, que sa réa­lisation racontée soit ritualisée, c’est–à–dire textuellement la même.

Et ce point donc, comme dessinant une consistance distincte des détails de son récit, un signifiant de renvoi, à la réalisation du signifiant qui ne pourra jamais être assez soigneuse dans sa mémorisation pour atteindre à dési­gner la primauté de la signifiance comme telle et c’est donc s’en évader que

de la développer en variant les significations.
Bien sûr cette variation fait oublier la visée de cette signifiance en transformant son acte en jeu,

en lui donnant des décharges bienheu­reuses au regard du principe du plaisir.
Mais cette répétition peut bien être saisie par FREUD sur le jeu de son petit–fils comme le fort–da réitéré dans la disparition de la mère, FREUD peut bien souligner que c’est tam­ponner son effet en s’en faisant l’agent.

Il reste que le phénomène est corrélatif de ce que nous souligne WALLON, à savoir que ce n’est que secondaire.
Tellement, que celui–ci surveille par la porte, surveille la porte par où est sortie sa mère, marquant qu’il s’attend à l’y revoir, mais qu’auparavant – avant ce stade – c’est au point même où elle l’a quitté, au côté proche qu’elle a abandonné près de lui, qu’il porte sa vigilance, que la béance introduite par l’absence dessinée est donc toujours ouverte

et reste cause d’un tracé centrifuge où ce qui choit, ce n’est pas l’autre en tant que figure où se projette le sujet, mais cette bobine…

à lui–même par un fil seulement retenue

…où s’exprime ce qui de lui se détache dans cette épreuve, l’automutilation à partir de quoi, l’ordre

de la signifiance va se mettre en perspective.
Car le jeu de la bobine est la réponse du sujet à ce que l’absence de la mère est venue à créer sur la frontière de son domaine, c’est–à–dire le bord de son berceau, à savoir un fossé autour de quoi il n’a plus qu’à faire le jeu du saut : cette bobine, ce n’est pas la mère réduite à cette peti­te boule…

par je ne sais quel jeu, digne des JIVAROS

…c’est un petit quelque chose du sujet qui se détache tout en étant encore bien à lui encore rete­nu.

Et dont on doit dire…

comme ARISTOTE dit, que « L’homme pense avec son âme »
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