Notes nouvelles sur Edgar Poe








titreNotes nouvelles sur Edgar Poe
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« Les bienfaits de la lune »
On se croirait dans une féerie mais on glisse doucement vers le fantastique. Il y a qqch d’essentiel, de fondateur, comme dans « Le thyrse ». Poème publié sans titre en 1863 dans la revue Le boulevard. Place et rôle de la lune ??? Raccourci du monde imaginaire de Baudelaire ? Traite quoi qu’il en soit l’imaginaire collectif universel de la Lune.

Présence étonnement discrète des ténèbres de la nuit (Baudelaire avait pourtant pensé appeler le recueil Poèmes Nocturnes). Ce poème s’oppose complètement au jeu d’ombre et de lumière du « Désir de peindre ». Baudelaire y distinguait aussi deux aspects antithétiques de la lune, dualité et opposition qui disparaissent dans « Les bienfaits de la lune ». Il préfère insérer la lune dans un jeu de correspondances. Les qualités de la lune sont des motifs récurrent chez Baudelaire : la lune est un personnage féminin et élit, désigne un personnage féminin. Double interpellation à cette femme marquée par les effets de la lune. En français, la lune est un nom féminin : féminisation et valeurs symboliques liée à la féminité. Mais attention au cratylisme. La lune relève aussi du « régime nocturne de l’image qui implique des valeurs maternelles et féminines » (Guillaume Durand). Elle est le caprice même.

Ici elle a élu comme auxiliaire une femme, sûrement inspirée d’un modèle réel (Poème dédié à « Mme B. » ??). On a retrouvé un portrait de femme fait par Baudelaire avec une dédicace + deux autres dont une caricature. On remarque également que Jeanne Duval avait joué au théâtre sous le nom de Berthe. Il connaît donc en 1863 une autre Berthe que Jeanne Duval (mais étranges ressemblances physiques : voulait-il faire revivre un fantôme du passé ?).

Dans le poème, il s’agit d’une beauté plus pâle, plus mystérieuse, une beauté lunaire. Elle a les yeux verts. A ces traits physiques, on trouve rattaché le caprice : Baudelaire est charmé par ce type de femmes. La femme aux yeux verts est en effet un type récurrent, elle se rapproche d’un type félin. Mais la lune elle-même prend des allures félines. C’est un type également lié à la représentation de la mer (cf. l19-21).

La lune est l’inspiratrice de tous ceux qui recherchent l’ailleurs. Un phénomène de diastole, d’élargissement traverse tout le poème. Etre lunaire = se tourner vers un ailleurs (cf. « être dans la lune, être dans les nuages »). La folie est aussi lunaire et lunatique (cf. l’enfant : les fleurs monstrueuses, les parfums qui font délirer). Le thème de la lune est aussi lié au sacré : cf. en latin, sacer = saint / tabou, maudit. Elle est dotée de terribles pouvoirs : elle promet la royauté au petit enfant, cf. « reflet de la redoutable Divinité »

Hécate = nouvelle lune

Artémise = lune ascendante et descendante

Célénée = pleine lune

(+ Phoebée, sœur de Phébus + dans Salammbô Talithe = eau, nuit et féminité)

La lune est le symbole de la beauté artistique, elle est elle-même présentée fugitivement comme un peintre (quand elle dépose les couleurs sur les joues de l’enfant). Elle règne sur tout ce qui inspire habituellement du beau à Baudelaire, elle inspire « Le désir de peindre ».

La vocation artistique exige de profonds sacrifices : « Malheureux peut être l’homme mais heureux l’artiste que le désir déchire ».La lune domine un règne bipolaire : douleur / férocité ; beauté / horreur. C’est donc un poème où règne l’oxymore.

1ère ambivalence : spiritualité et ambivalence (cf. aussi « Tristesse de la lune » in FM). Les gémissements des chats sont parallèles à ceux des femmes. L’adjectif « voluptueux » témoigne d’un désir à la jonction du sensuel et du spirituel (+ rôle des parfums)

2e ambivalence : étrange alliance de la douceur et de la pire des cruautés : l’enfant montre des joues « extraordinairement pâles ». Cette enfant sera la reine des hommes dont elle avait aussi serré la gorge. Cf. « le poison » (in FM) : réunion du motif du poison et des yeux verts. La lune plonge les esprits dans la folie. La fin du poème montre l’ambiguïté des sentiments envers l’enfant : « maudite chère enfant gâtée ».

La beauté de la lune confine à la monstruosité. Il fait aimer « les fleurs sinistres qui ressemblent aux encensoirs d’une religion inconnue ». La lune est à la fois féconde, nourricière, froide et stérile.

« Any where out of the world »
Ce poème dit à la fois la vanité du voyage et le besoin de voyager. Cf. Sénèque, Lettres à Lucilius, Horace, Montaigne (dit le charme et la vanité du voyage dans les Essais), Pétrus Borel (Les contes immoraux de Champavert).

1er par. : « cette vie » (= hic) trouve son répondant dans « hors de ce monde » : valeur déictique. L’image même de l’hôpital crée un lien ténu avec Melle Bistouri. Cf. aussi « Les phares », allusion à l’œuvre de Rembrandt, « La leçon d’anatomie ». La métaphore caractérisée indique une identification : « cette vie est un hôpital » (cf. évocation de l’hôpital dans Germinie Lacerteux des Goncourt). On note un progrès dans l’illusion : le 1er veut se réchauffer (« voudrait » : en face du poêle et donc adoucir souffrance ?) ou veut–il souffrir ? et alors nuance de dolorisme mystique. Le poêle est aussi le symbole de l’ardeur vitale. L’autre fait ref à la fenêtre : l’envie d’ailleurs montre aussi enfermement. Cf. Mallarmé, « Les fenêtres ». On note enfin la concision et la sobriété de ces 2 phrases introduisant le poème (cf. « Le crépuscule du soir »)

2e par : aspect lunatique, dissonance ironique déménagement / âme

3e par : s’adresse ensuite à son âme : « apostrophe ». Mélange d’ironie et de détresse. Rappelle un peu les Complaintes de Laforgue. Baudelaire ne cesse de dire l’horreur du froid. Dans « Les chats » il sympathise avec eux car ils sont frileux. Il propose ensuite une villégiature méridionale (suppose le climat de la ville). Familiarité de l’expression, soulignée par écho sonore de « ragaillardirais comme un lézard ». Le cadre urbain ici évoqué fait songer au décor onirique de « Rêve parisien ». Il rêve d’un décor soumis à toutes les règles de l’art humain.

Cf. Le genre fantastique de Hellaut : « la beauté est en raison inverse de la vie…le poète dira règne minéral d’abord, règne végétal ensuite, règne animal enfin… ». L’eau est maîtrisée, immobilisée. Le motif du miroir apparaît, cf. « c’était d’immenses glaces éblouies » (« Rêve parisien »). L’image de l’eau offre comme le minéral l’image de la stérilité. Le paysage bannit le trouble inhérent à la vie. Schaunard raconte ce qu’aurait dit Baudelaire : « l’eau en liberté m’est insupportable, je la veux prisonnière entre les bords carrés d’un quai ».

On note également le paradoxe suivant : il offre de se réchauffer au soleil mais c’est un paysage dévitalisé.

L 17-23 : La Hollande est ici nommée. Ambiguïté du terme « béatifiante » : sens religieux, mystique / admiration stupide. Il offre avec calme le spectacle du mouvement : pays actif (+ thème du divertissement, Baudelaire est fasciné par la peinture hollandaise et notamment les paysages). L’expression « forêt de mats » est supportée car métaphorique. Sédentarité des maisons semblent gagner les bateaux amarrés au pied des maisons (+ sonorités similaires).

Rotterdam est trop proche : sert de point de départ vers Batavia (capitales des Indes néerlandaises).

Chassé croisé avec les 2 invitations au voyage. Ici on retrouve l’évocation de l’Europe en parallèle avec l’exotisme. On remarque enfin qu’il y a plus de désespoir dans le voyage en vers, ici il y a moins de rhétorique.

« Laquelle est la vraie »
Publié en 1863 sous le titre « l’idéal et le réel ». titre définitif est énigmatique mais une réponse vient rapidement avec Bénédicta. Pas de réponse définitive cpdt. Récit rétrospectif à la 1ère personne. « J’ai connu » = Passé composé qui renvoie au passé mais qui a laissé des traces dans la mémoire du locuteur. « certaine » indique ambiguïté. Le mot « Bénédicta » comprend des connotations romantiques (= la bien nommée, la bien dite ; la bénie, avec idée de figure littéraire ou religieuse).

Baudelaire aime évoquer l’atmosphère, c’est un milieu de transition(cf. avant, la lune remplissait la chambre d’une atmosphère phosphorique). Mais Bénédicta n’est pas décrite. La réalité de cette figure est à peine incarnée : on ne voit que ses yeux. « répandaient » indique la diffusion d’une substance. La figure féminine est idéalisée et tend vers l’abstraction. Solennité dans la phrase, jeu d’échos entre le spirituel et le sensible. Les phonèmes se retrouvent, cf. « Bénédicta / idéal ». Le verbe « croire » apporte une restriction : à la fois laudatif (foi) et ironique (crédulité). La fin du 1er par. contient déjà une rupture avec « mais ».

La beauté pour le mystique de l’art est un miracle. Elle est mortelle dans les 2 sens du terme : vouée à la mort / elle tue (cf. « La passante, Le désir de peindre). La beauté ne peut s’accommoder du cours durable de la vie. Dès qu’elle s’incarne, elle meurt ou elle s’éclipse. « aussi est-elle morte » : ton prosaïque, mi-raisonneur, mi-mondain. C’est un ton presque anecdotique : marque d’ironie. Rien de concret ne semble avoir provoqué sa mort : mystère. « Après que » devient presque un lien causal. L’incarnation de la beauté est alors sous terre. Le printemps participe du rituel funéraire : la nature se met en beauté, en grand deuil, exhale charme et parfums par provocation. Insolent contraste avec la mort. La répétition de « c’est moi » montre un lyrisme macabre.

Est enfermée celle qui faisait croire à une expansion infinie. « bière » contraste par son caractère prosaïque. La dépouille est assurée d’un cercueil que le temps ne pourra pas détruire. L’image du coffre indique un secret, et annonce le trésor du par. suivant. L’emploi du mot trésor montre avec quel soin il a enfermé ces restes. Il est le gardien du tombeau. « mon » dit presque une passion d’avare. Trivialité du participe « fichés » fait pressentir une nouvelle rupture. On note une gradation dans l’utilisation des temps verbaux. La violence de la surprise est indiquée par le passé simple + l’adverbe. C’est comme si le réel s’acharnait à tuer l’idéal : déroulement parodique et sacrilège, comme si on ne pouvait tomber que dans le cauchemar (« inquiétant étrangeté »).

Le retournement rappelle « Une chambre double ». Les être deviennent étranges et étrangetés ; « singulièrement » a d’ailleurs plusieurs sens. Cette ressemblance étrange est confirmée par l’adjectif « bizarre ».

La structure du poème est oxymorique : il tend à confondre deux figures opposées : la petite fée naine et maléfique à l’agitation bruyante s’oppose au calme du début. Véhémence qui rappelle l’héroïne du « désir de peindre ». C’est un personnage qui se rapproche du poète, lui-même fasciné par l’hystérie. Vengeance de l’inconscient ?? Retour du refoulement ?? cf. « Le mauvais vitrier ». Baudelaire semble ici préférer le langage théologique : caractère diabolique de la petite créature. Mais peut-on trouver cette créature belle ? Elle est définie comme « bizarre » (cf. « le beau est toujours bizarre »). Il y a ici une définition moderne de la beauté, avec une esthétique du mouvement. Il s’agit d’une nouvelle forme de beauté qui assure la bigarrure, accepte le trivial. L’évocation des multiples visages de la beauté montre le caractère évanescent de toute manifestation vivante.

Le personnage ici est-il autre ou est-ce un double ironique ? Tout cela annonce déjà l’idéal de la beauté convulsive du surréalisme. L’explosion de rire est un signe du caractère diabolique du personnage, c’est le rire de l’intruse profanant la tombe. Les sonorités sont éclatantes et dures. Les phonèmes de Bénédicta se retrouvent dans « canaille » : contraste avec la noblesse qui présidait à la 1ère Bénédicta. Cf. « La soupe et les nuages » : violence et hystérie. Propos qui reprennent le ton du narrateur (« c’est moi qui… »). L’écho a une résonance ironique, le poète n’a rien recueilli qui vaille : antiphrase : maledicta.

Réponse à la question du titre :

  • la vraie chez Platon serait la défunte

  • l’autre dans une optique réaliste incarne la vie dans sa violence, dans son élan.

Il y a une vengeance dans ce culte aveugle de l’idéal : il est condamné à aimer le réel tel qu’il est . Le poète entend bien protester mais ainsi il imite jusqu’au ton des paroles celle qu’il prétend repousser. Il imite comiquement ses gesticulations. Mais conscience tragique : le poète profane à son tour la sépulture et s’enterre lui aussi (cf. Vigny).

Paradoxe final, « la fosse de l’idéal » : la 2e Bénédicta pourrait bien incarner une 2e esthétique.
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