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Jean-François BARÉ

Anthropologue, directeur de recherche à la retraite de l’IRD
et de l’Université de Paris I Panthéon.
(1987)


Tahiti, les temps
et les pouvoirs

Pour une anthropologie historique
du Tahiti post-européen



Un document produit en version numérique par Réjeanne Toussaint, ouvrière
bénévole, Chomedey, Ville Laval, Québec

Page web. Courriel: rtoussaint@aei.ca
Dans le cadre de: "Les classiques des sciences sociales"

Une bibliothèque numérique fondée et dirigée par Jean-Marie Tremblay,

professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi
Site web: http://classiques.uqac.ca/
Une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque

Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi

Site web: http://bibliotheque.uqac.ca/



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Jean-Marie Tremblay, sociologue

Fondateur et Président-directeur général,

LES CLASSIQUES DES SCIENCES SOCIALES.

Cette édition électronique a été réalisée par Réjeanne Toussaint, bénévole,

Courriel: rtoussaint@aei.ca

Jean-François BARÉ

Anthropologue, directeur de recherche à la retraite de l’IRD
et de l’Université de Paris I Panthéon.
Tahiti, les temps et les pouvoirs.

Pour une anthropologie historique du Tahiti post-européen.
Paris : Éditions de l’ORSTOM, 1987, 543 pp. Collection : Travaux et documents, no 207. Institut français de recherche scientifique pour le développement en coopération.
[Autorisation formelle accordée par l’auteur le 23 juillet 2012 de diffuser ce livre dans Les Classiques des sciences sociales.]
Courriel : jfbare@wanadoo.fr
Polices de caractères utilisée :
Pour le texte: Times New Roman, 14 points.

Pour les citations : Times New Roman, 12 points.

Pour les notes de bas de page : Times New Roman, 10 points.
Édition électronique réalisée avec le traitement de textes Microsoft Word 2008 pour Macintosh.
Mise en page sur papier format : LETTRE US, 8.5’’ x 11’’
Édition numérique réalisée le 2 août 2013 à Chicoutimi, Ville de Saguenay, Québec.

Jean-François BARÉ

Anthropologue, directeur de recherche à la retraite de l’IRD
et de l’Université de Paris I Panthéon.


Paris : Éditions de l’ORSTOM, 1987, 543 pp. Collection : Travaux et documents, no 207. Institut français de recherche scientifique pour le développement en coopération.

[v]
Table des matières

Quatrième de couverture

Avant-propos [xi]

Note liminaire (1984) [xv]

Remerciements [xix]

Conventions d'écriture [xx]
L'HISTOIRE NÉCESSAIRE - INTRODUCTION GÉNÉRALE [1]
1. L'histoire polynésienne comme apprentissage de l'Autre [3]

2. La démarche et le contexte contemporain [8]

Première Partie

LE DIX-NEUVIEME SIÈCLE POLYNESIEN
— DE LA FASCINATION À LA DEPOSSESSION
[21]

Chapitre I. Logiques culturelles et conjonctures du XIXème siècle tahitien. [23]
1. Les Ma’ohi entre les Anglais et les Français : trois doubles malentendus, « trois bateaux se croisent dans la nuit ». [25]

2. Méthodologie et lecture des situations historiques : l'exemple de la relation entre Polynésiens et missionnaires anglais. [30]
A. Le silence polynésien [30]

B. Une unique loi [32]

C. Un échange de services ? [33]

D. Une foi conditionnelle [34]
3. « Marques » anglo-saxonnes sur la Polynésie. [36]

4. Présence des pères fondateurs. [43]

Chapitre II. De la force des armes à la vérité de Dieu (1760-1815). [45]
1. Introduction. [47]

2. De la visite du Dolphin à l'arrivée du Duff : premiers « contrats » avec l'Occident (1767-1797). [49]
A. Le système culturel à la fin du XVIIIème siècle. [51]
A.1. Préambule [51]

A.2. L'espace et la production vivrière [51]

A.3. Production vivrière et contrôles sociaux [53]

A.4. Contrôles territoriaux [55]

A.5. Espaces, rituels et dieux [56]

A.6. Hiérarchie [59]

A.7. Un dieu violent et centralisateur : le culte d’Oro [61]
B. Entre la dépendance et l'instabilité. [63]
B.1. L'impartialité d’Oro : la mort de Tutaha (1768) [64]

B.2. Compétition pour les marins anglais (1789) [65]

B.3. L'incident du Matilda (1792) 71

B.4. L'arrivée du Duff et l'incident du Nautilus (1797-1798) [71]

B.5. Mort de Teri’irere (1798) [74]

B.6. Pomare et 'Oro, partout et nulle part [75]

B.7. Mort de Pomare I (1802) [76]
3. De « l'échec » d"Oro à Jehovah (1802-1818). [78]
A. La débâcle (1802-1808). [79]

B. Premiers contacts missionnaires avec Huahine (1808). [82]

C. De l'échec d"Oro au succès de Jehovah (1809-1818). [89]
C.1. Jehovah gagne du terrain (1811-1812) [90]

C.1.1. La conversion de Pomare II (1812) [90]

C.1.2. Cosmologie ma’ohi, cosmologie chrétienne : une cohérence trompeuse [91]

C.1.3. Une « révolution lettrée » [94]

C.1.4. Réactions populaires à l'époque des conversions [95]
C.2. Vers la conversion des chefs des Iles Sous le Vent [98]

C.3. Victoire de l'alliance chrétienne (1815) [105]
Chapitre III. De la lune de miel à la désillusion (1818-1831). [107]
1. Prologue [109]
A. Processus historiques et modèles culturels [109]

B. Désordre et méthode [111]

C. Chronologie et modèles [113]
2. Premier « effet miroir » : les Polynésiens se voient dans le regard des missionnaires. [114]
A. Vision missionnaire de la société ma’ohi ; son intériorisation [114]

B. Les « codes des lois » projettent la vision missionnaire [116]
3. La L.M.S. et l'ordre politique. [118]
A. Les lois [120]

B. La hiérarchie [124]
4. « Stations » missionnaires et contrôles territoriaux. [128]
A. Fondation des stations de Sous le Vent. [128]

B. La « station » de Huahine et les contrôles territoriaux internes. [133]
B.1. La population de Huahine au XIXème siècle [136]

B.2. La répartition démographique [137]

B.2.1. Commentaires [141]
C. Contrôles politiques et affiliations territoriales. [143]
C.1. L'organisation politico-territoriale [143]

C.2. L'exemple de Huahine, 1819-1895 [144]

C.2.1. L'opposition Ama-Atea et les unités originelles [146]

C.2.2. Nature des unités « sous tribales de Huahine » : affiliations et contrôles territoriaux [147]

C.2.3. Les contrôles politiques [156]

C.3. Contrôles politiques et espace territorial : temples et marae [160]
5. La L.M.S. dans les transactions. [163]
A. Les transactions ma’ohi. [165]

B. Transactions avec l'Occident avant les conversions. [166]

C. La L.M.S. et l'habillement. [167]

D. L'habitat. [169]

E. La LM.S. et la circulation économique. [172]
E.1. Le contexte des années 1820-1830 [172]

E.2. Les sociétés ecclésiastiques : « Dieu ne veut pas de porcs en colère » (1822) [177]

E.2.1. Le processus de décision [177]

E.2.2. Le problème de la réciprocité [180]

E.3. Les pasteurs et le troc [182]

E.4. Les projets de développement commercial [186]

E.5. Le développement commercial et la circulation maritime [191]

E.5.1. Contraintes culturelles et géographiques [191]

E.5.2. John Williams et l'affaire de l’Endeavour (1821-1823) [193]
6. Réformes de la sexualité et du mariage : « il est si bon de vivre dans le péché » [198]
A. La sexualité ma’ohi (D. Oliver 1974, chap. 11) [199]

B. L'alliance et les formes matrimoniales [200]

C. Les pasteurs et les conceptions ma’ohi de la sexualité [201]

D. Les Ma’ohi et les conceptions protestantes de la sexualité [205]

E. La répression sexuelle et la politique [207]
7. Les Ma’ohi, le discours chrétien et le message biblique [210]

Le message biblique [216]
8. L'heure des bilans (1826-1834) [220]
A. Les faits [220]

B. Le rejet des médiateurs [222]

C. Bilans missionnaires [224]
Chapitre IV. Épreuves de force (1826-1847) [227]
1. Prologue : la force a ses raisons [229]

2. Actualité de l'annexion française de Tahiti [232]

A. Présence française, présence étrange [232]

B. Le regard des officiers [235]
3. La force et le malentendu [236]

A. Les étrangers et les lois [238]

B. Profils européens [241]

C. La conscience de l'impuissance [245]

C.1. La visite du HMS Satellite (1828) [245]

C.2. L'affaire du Truro, et la visite du Beagle (1831-1835) [245]
4. L'impuissance et les « protectorats » [249]

A. Les demandes de protectorat anglais [249]

B. La création de représentations consulaires : le discours diplomatique [250]

B.1. Le consulat anglais : Pritchard [251]

B.2. Le consulat des États-Unis et de France : Moerenhout [253]
5. Le processus de l'annexion française (1836-1843) [254]

6. La résistance tahitienne (1844-1846) [257]

7. L'annexion du point de vue des contrôles politiques internes [261]
Chapitre V. Le centralisme impossible. Chronique politique des Iles Sous le Vent (1842-1871) [263]
1. Prologue [264]

2. L'annexion vue par la L.M.S. : le point de vue des Sous le Vent [266]

3. Les tentatives de contrôles français (1845) [268]
A. La recherche de la légitimité (le débat sur l'indépendance des Iles Sous le Vent en 1845) [269]

A.1. Les arguments « pro-français » [270]

- Arguments généalogiques [270]

- Arguments politico-historiques [271]

- La soi-disant souveraineté [271]

A.2. L'envers du décor : les arguments « pro-anglais » [271]

A.3. Epreuve de force pour Huahine : le mois de janvier 1846 [273]

- L'odyssée du capitaine Scott [273]
4. Vers l'accord franco-anglais (1847) [279]

5. Le centralisme impossible [281]
A. Huahine (1852-1853) [284]

B. Ra'aitea (1853-1871) [289]

C. La nouvelle situation de Huahine : le témoignage de Saville [303]
Chapitre VI. La dépossession (années 1870-1895) [309]
1. La France et les Sous le Vent : « aimez-nous » [312]

2. Souvenir de Teraupo'o [314]

3. Un peuple exclu (1) : Tahiti dans les années 1860 à 1880 [315]

4. Un peuple exclu (2) marchandages internationaux sur les Sous le Vent (1875-1887) [317]

5. Position des acteurs la situation aux Sous le Vent fin 1887 [321]

6. Chronique de l'ensemble de Ra'iatea-Huahine (1887-1897) l'impuissance et l'obstination [328]

- la deuxième « mission Chessé » [343]

7. La soumission de Ra'aitea (l896-1897) [347]

8. Institutions françaises aux Sous le Vent : « que faire de l'archipel ? » (1897-1900) [349]
Chapitre VII. Métaphores historiques [355]
Deuxième Partie
DU SILENCE À L'« AUTONOMIE »
[361]
Chapitre I. Prologue [361]

Chapitre II. Le système colonial français et les nouvelles institutions [367]
1. Repères chronologiques [369]

2. Le système institutionnel [369]

3. Le système socio-économique [373]

A. Catégories socio-culturelles [373]

B. Les flux commerciaux [374]

C. Les produits commerciaux [378]
4. La vision des vainqueurs [383]

5. Le système institutionnel « indigène » aux Iles Sous le Vent [386]

6. L'école [387]

7. Le cadre institutionnel de l'après-guerre [388]

8. La revendication « autonomiste » [389]
Chapitre III. La vision polynésienne : les « temps » et les « pouvoirs ». [401]
1. Les locuteurs [402]

2. Catégories historiques [403]

A. Le « temps d'autrefois » [403]

B. Le « pouvoir britannique » et « l'installation de l'Évangile » [405]

C. Le protectorat et le pouvoir français [406]

D. La citoyenneté française (te ti’ara’a farani) [410]

E. Les « temps » et les « pouvoirs » [411]
Chapitre IV. L'ascension des « demis » et les mutations foncières (1900-1945) [413]
1. L'exemple des familles « demies » de Huahine [418]

2. Les mutations et transactions foncières [421]
Chapitre V. Une vie polynésienne dans l'histoire [425]
1. Je suis Teri’teanau a Tapi [428]

2. Voilà l'image de cette maisonnée [430]

3. L'année 1914 se produisit la première grande guerre [433]

4. L'année 1918 il y eut une grande maladie [436]

5. Le prix du coprah était monté [438]

6. L'année 1922, je suivis M. Ambroise Colombani comme matelot [439]

7. L'année 1923 le prix de la vanille verte montait. [442]

8. L'année 1939 eut lieu la seconde grande guerre [447]

9. C'est cette année-là que Pouvana’a '0’opa débarqua à Huahine [449]

10. C'est l'année 1945 qu'on donna la liberté aux terres sous protectorat [451]

1l. L'année 1950, l'assemblée de district mena à bien des décisions [453]

12. L'année 1955 le prix de la vanille montait [455]

13. La piste internationale et les « temps modernes» [458]

14. Le centre d'expérimentation du Pacifique [460]

15. Voyage du général de Gaulle à Tahiti [462]
Chapitre VI. La vie double des « demis » : le cas de Thérèse [465]
- La vie double de Thérèse [467]

- Thérèse, les « indigènes » et elle-même [469]
Chapitre VII. Quelques sens de l'histoire [477]
- Fa’aterera’a [479]

- Mana. [480]

- 'Ai’a [480]

- Rapae [481]

- Tauira’a. [481]

- Tao’a/Tauiha’a [481]

- Nehenehe/Nahonaho [482]

- Ma [482]

- Ti’ama. [482]
ANNEXES [483]
Documents originaux [485]

Documents d'archives. [527]
1. Archives de la London Missionary Society (Council for world missions) [527]
1.A. Écrits au départ de Huahine ou de Mai'ao [527]

1.B. Lettres au départ de Ra'aitea [528]

1.C. Lettres au départ de Taha'a [530]

1.D. Lettres au départ de Porapora et Maupiti [530]

1.E. Lettres au départ de Tahiti ou Mo'orea [530]
2. Archives nationales section Outremer Paris [532]

- Fonds Océanie - XXème siècle [534]

3. Service historique de la Marine (Paris) [535]

4. Société des Missions Evangéliques (Paris) [535]
Bibliographie [536]
Index des principaux noms [541]
Tahiti, les temps et les pouvoirs.
Pour une anthropologie historique du Tahiti post-européen
QUATRIÈME DE COUVERTURE

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Jean-François Baré est directeur de recherche à l'ORSTOM (anthropologie). Ses premières recherches ont porté sur l'organisation politique et l'histoire d'une société malgache, à partir de longs travaux « de terrain ». Ce livre, qui est aussi le résultat d'enquêtes directes à Tahiti et de recherches documentaires en Europe, constitue l'une des premières tentatives de synthèse sur l'histoire tahitienne post-européenne. Il a constitué sa thèse de doctorat d'État.

Dans le prolongement de ces travaux et dans le cadre du département « conditions d'un développement indépendant » il s'intéresse à la nature des adaptations et des « inventions » des sociétés du Tiers Monde devant l'expansion des formes politico-économiques occidentales, aux situations ainsi créées et à leurs conséquences pour les enjeux du développement. Il souhaite donc contribuer, au-delà, à la mise en oeuvre d'une anthropologie des sociétés « modernes ».

La complexité et les paradoxes du Tahiti actuel, les transformations répétées et souvent brutales subies par la communauté ma'ohi, pourraient décourager toute recherche historique un tant soit peu extensive. C'est sans doute pour cette raison que voici encore quelques années, l'histoire de la communauté tahitienne se confondait avec une masse désordonnée et lacunaire d'historiographie. Pourtant, on y parlait beaucoup d'histoire, des missionnaires anglais, de la colonisation française.

Ce livre s'emploie d'abord à renouer ces fils, à combler ces lacunes. Utilisant les méthodes conjointes de l'anthropologie et de l'histoire, brassant de nombreux documents inédits, alternant l'analyse et le récit, il veut d'abord rendre compte d'un trajet, celui suivi dans le temps par la communauté ma'ohi de la fin du XVIIIe siècle, jusqu'à nos jours : des « conversions » au protestantisme de la période missionnaire, le « pouvoir anglais », de celui-ci à l'intervention militaire française, de cette intervention aux rebellions du XIXe siècle, aux raisons de leurs échecs, enfin à la colonisation française. Il en émerge une histoire bien différente des stéréotypes en vigueur, plus complexe mais peut-être plus vraisemblable, où le malentendu constitue parfois la loi de la communication. Au début du XIXe siècle, alors qu'avec les « conversions » s'ouvre cette histoire souvent tragique, les ma'ohi auraient-ils été touchés par « la grâce » ? Auraient-ils au contraire été « réprimés » par une quinzaine de missionnaires faméliques ?

Ce livre s'attache, en tout cas, à une lecture aussi rigoureuse que possible des processus historiques de rencontre des sociétés polynésiennes et de celles de l'Occident.

Cet ouvrage a bénéficié d’une subvention du Secrétariat d’État aux DOM TOM.
[xi]

Tahiti, les temps et les pouvoirs.
Pour une anthropologie historique du Tahiti post-européen
AVANT-PROPOS

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Ce travail tente de retracer les principaux processus historiques de confrontation des Polynésiens de l'est avec les cultures qui pèsent d'une si lourde présence dans la situation contemporaine.

Pour ce faire, il a été impossible de négliger l'écho persistant de la culture polynésienne d'origine bien au-delà de sa prétendue destruction, et la marque qu'elle imprime à ces évènements centraux que constituent d'une part l'arrivée des « découvreurs » de la fin du XVIIIème siècle et de leurs proches successeurs, les missionnaires protestants, d'autre part de l'implantation française. De fait, l'argument central est bien de montrer que les systèmes de signification qui constituaient cette culture, en donnant une forme spécifique à des évènements qui pourraient apparaître parfaitement conjoncturels, orientent d'une manière spécifique ces processus ; quand la praxis - la totalité des pratiques - résultant de ces confrontations n'est plus interprétable par les matricules culturelles disponibles, apparaît la perte de sens, la « dérive » d'une culture qui n'apparaît plus progressivement, que comme la métaphore d'elle-même ; et qui pourtant affirme par là même sa paradoxale permanence.

Dans ce sens, les oppositions classiques qui tentent à ordonner au moins implicitement les discours à la fois historique et anthropologique - entre structure et conjoncture, entre histoire évènementielle et les autres sortes d'histoire qui critiquent la première - paraissent dépourvues de pertinence ; quand les chefs tahitiens se convertissent à Jéhovah selon la logique même qui leur permettait d'abandonner des dieux considérés comme « inefficaces » pour d'autres qui le seraient moins, il ne s'agit pas d'une conjoncture - puisque c'est l'ensemble du système culturel qui est alors à l'œuvre - ni non plus d'un fait à proprement parler structural selon les connotations implicites d'habitude à l'usage de ce terme - puisqu'il induit des modifications radicales du système culturel et même, au sens strict la désorganisation de ce système. Dans ce sens, il s'agit bel et bien de la structure de conjonctures, liée notamment au dispositif inter-culturel alors repérable dans la double projection de la culture anglaise des missionnaires sur les Polynésiens, de la culture polynésienne sur les premiers.

Or, l'essentiel de la première partie était achevé quand est paru l'ouvrage de M. Sahlins Historical Metaphors and Mythical Realities Structure in the Early History of the Sandwich Islands Kingdom (The University of Michigan Press, 1981) qui pose à propos de l'histoire hawaïenne de la plus remarquable façon, des questions analogues.

On ne prétend nullement, ceci dit, à une maîtrise ou à un talent analogues à ceux à l'œuvre dans ce remarquable ouvrage. L'auteur de ces lignes n'a pu simplement s'empêcher de remarquer, avec une émotion compréhensible, à quel point sa propre démarche se trouvait parallèle à celle de l'auteur de Historical Metaphors et à quel point la proximité des dispositifs culturels hawaiien et polynésien de l'est s'en trouvaient à nouveau confirmée et donc peut-être, la pertinence de la méthode ; à quel point en outre la lecture de l'histoire hawaiienne trouvait sa correspondance dans la présente tentative, nonobstant les variations dans les modalités concrètes (ici le diagnostic sur le culte d'Oro puis son abandon, là le sacrifice fondateur de Cook intégré au grand rituel du Makahiki, sacrifice qui fondait dans l'esprit hawaiien la maîtrise du mana des Européens) ; dans les deux cas, l'écho, constamment réaffirmé dans ce volume, du prestige de l'Angleterre qui amène tant de chefs polynésiens - et hawaiiens - à se considérer comme Anglais sans - dans le cas tahitien - avoir aucun aval du gouvernement correspondant. Ce parallélisme se prolonge dans l'analyse de l'échec des tentatives d'ajustement inter-culturels - avec l'échec des projets de développement commerciaux de la London Missionary Society, qui amènent les chefs tahitiens à douter du mana des guides qu'ils se sont choisis ( partie 1 ch. III) avec la perte du monopole commercial des chefs avec les navires ( partie 1 ch. V), et dans le cas hawaiien, avec le passage du sacrifice (de Cook) au commerce, qui « sécularise les Européens » : « quand le sacrifice se transforma en commerce, les haole - étrangers - se transformèrent en hommes » (Historical Metaphors, p. 53). Le seul regret de l'auteur de ces lignes est de n'avoir pas toujours pu apporter à ses analyses la même pertinente précision que celle dont disposera bientôt l'histoire de Hawaii, avec les trois volumes annoncés par Sahlins. Le seul plaidoyer qu'il peut tenter en sa faveur est l'importance de la période considérée, seule capable de faire apparaître ces « structures de la longue durée » évoquées par F. Braudel dans un [xii] article resté célèbre ; et, de ce fait, la quantité proprement terrifiante de la documentation disponible. Le présent travail où les analyses sont constamment ponctuées de témoignages directs, n'utilise qu'une partie de la documentation disponible. À propos de l'histoire post-européenne, D. Oliver dont les spécialistes du Pacifique connaissent bien la mesure de langage, parle de « myriades d'archives ».

Les conditions propres des processus historiques évoqués tendent, de plus, à donner le monopole quasi exclusif du témoignage à des Européens parties prenantes de ces processus eux-mêmes, et d'autant plus enclins à passer sous silence la marque qu'impose la culture polynésienne à leur propre action. L'errance solitaire imposée par la quantité de la documentation n'a pas toujours trouvé sa récompense dans des documents ethnographiques explicites qui auraient donné au système culturel polynésien la part qui lui revient à l'évidence dans la production de sa propre histoire ; ce travail a consacré son effort à dessiner les contours de ces marques qui, souvent, restent implicites, sans cesser de manifester une forte présence somme toute silencieuse mais qu'il est impossible d'ignorer : marques et « métaphores » qui pourtant ont été passées sous silence dans l'immense majorité des écrits historiques sur la région, dont la forme narrative se borne à un constat, celui de la destruction soudaine de la culture polynésienne en quelques années.

Ces différentes contraintes et le regard relativement nouveau dont on tente ici de préciser l'orientation, ont imposé d'entremêler les analyses et la présentation des faits, de trouver un équilibre toujours fragile entre le travail documentaire et le travail de compréhension. Le lecteur pourrait s'égarer dans ce voyage complexe et il est utile d'en préciser la trajectoire dominante, qui en détermine l'ordre interne, et, l'on espère, la logique des processus historiques évoqués. Une fois pénétré de cette trajectoire, le lecteur peut aller directement à tel ou tel développement où le mènent ses intérêts propres en s'aidant de la table des matières et des cadres chronologiques voire consulter directement les courtes synthèses qui concluent les deux parties et reprennent l'essentiel de la logique historico-culturelle qu'on tente de mettre en évidence.

PREMIÈRE PARTIE
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«Que sais-je ?», 1995 (2e éd.), 128p.; trad indonésien (Penerbitan Universitas Atma Jaya, Yogyakarta) [En préparation dans Les Classiques...

L\Chapitre 1 Ce que Dieu montre et dit
«Pourquoi?», est-ce notre faute ou la leur? Et si c'est notre faute, quelle en est la raison?








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