Oral Géo – Mongolie intérieure – Ordos








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date de publication05.02.2018
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Oral Géo – Mongolie intérieure – Ordos

Les problèmes d’autonomie de la région autonome de Mongolie intérieure s’incarnent non seulement dans le processus de marginalisation des populations mongoles autochtones, d’un point de vue économique, culturel et politique, mais aussi dans la gestion de l’espace de cette région périphérique, espace dont la gestion devient un enjeu local et national, mais aussi étatique et privé. En effet, l’exploitation du territoire, selon la doctrine communiste, revient à l’Etat qui constitue l’autorité supérieure de décision et d’application. Cependant, avec l’ouverture économique de la Chine depuis les années 1990s, Deng Xiaoping lance la politique à première vue oxymorique du « socialisme de marché », qui se révèle en vérité être une nouvelle réalité constitutive du pays, le gouvernement libéralisant à dessein certains secteurs de l’économie et certains espaces sur son territoire. Ces tensions entre libéralisme et planification, entre acteurs privés et étatiques, s’incarnent dans la politique des villes nouvelles. Le développement de villes nouvelles représente un enjeu particulier dans une région périphérique car il est le moyen de restructurer ce territoire qui tend, par définition, à échapper au contrôle du gouvernement central. En Mongolie intérieure, c’est le cas, très largement médiatisé, de la ville d’Ordos. Située à l’ouest de la capitale de la région Hohhot, et au sud ouest de la ville-préfecture de Baotou, la région administrative d’Ordos s’étend sur 400 km d’est en ouest et 340 km du nord au sud. Le district est l’un des plus riches du pays puisque qu’il revendique un tiers des réserves de gaz et un sixième des réserves de charbon. Ses interactions avec le territoire et les acteurs aussi bien locaux que nationaux, ainsi que l’organisation spatiale qui en résulte semblent particulièrement intéressant dans le cadre d’une réflexion sur sa dynamique de fonctionnement au sein de cette région périphérique. Nous pouvons donc nous demander dans quelle mesure la gestion et l’organisation de la ville d’Ordos résultent de discordances tant politiques que financières et territoriales entre différents acteurs. Notre réflexion se déroulera en 2 temps : d’abord l’étude des intentions gouvernementales au niveau local et national, puis celle des interventions privées et de leurs conséquences spatiales et sociales.


Si la vieille ville d’Ordos existe depuis des siècles et constituait un point de contrôle stratégique pour l’accès aux pâturages des peuples mongols, depuis 1949 et l’annexion par la Chine de la région, le gouvernement mène central mène une politique de développement par la planification. En majorité peuplée de Han, Ordos est un point stratégique pour Pékin puisque sa maitrise assure la main mise de l’ethnie majoritaire sur les ressources et l’exclusivité de leur exploitation. Sa situation géographique par rapport aux ressources de la région a permis à la ville de générer une manne financière colossale qui a donné naissance à de nouveaux riches, qui cherchent désormais à investir leur argent. Le développement initial d’Ordos a été lancé dans les années 2000 par le gouvernement dans la perspective d’une planification urbaine volontariste, sous le titre de « stratégie de dvpmt et d’exploitation des régions de l’ouest de la chine ». Ordos constitue en effet un enjeu géostratégique important : porte de l’immensité mongole, lieu de pouvoir économique et culturel, nous pourrions dire qu’elle est un outil de sinisation de la région, un profond lieu d’enracinement Han.

Ainsi Ordos est l’un des points nodal du réseau de transport chinois qui tente de relier à la chine utile de l’est les périphéries éloignées. L’aéroport Ordos-Eijin-Horo est situé au sud est de la ville, il a été construit en 1959, puis reconstruit en 2005 et renommé aéroport de Dongshen. Cette reconstruction a permis de fournir un dispositif capable de répondre à la demande escomptée par les autorités, à l’afflux espéré de voyageurs tant d’affaire que touristiques. Nous pouvons remarquer que cet aéroport à une portée essentiellement nationale : les compagnies aériennes sont toutes chinoises (air china, china eastern airlines..) et permet donc avant tout de relier la région au reste du pays. La ville dispose également de 4 gares ferroviaires : la gare de Dongsheng, la gare de l’ouest de Dongsheng, une autre au sud et une autre encore plus au sud est. Les lignes principales vont en direction de Baotou au nord, principal lieu d’exploitation des ressources minières de la région et vers le shanxi au sud. La planification du réseau de transport permet donc la Chine d’intégrer la ville dans le réseau national, facilitant les migrations han et les voyages d’affaire ou touristique des chinois aisés de littoral, et l’inscrit également dans le réseau de transport local, lui permettant de s’insérer dans la dynamique d’exploitation des matières premières.

C’est cependant le projet développé par le gouvernement local qui est le plus représentatif de l’importance accordé à Ordos : à 30 km de Dongshen, la construction du quartier de Kangbashi a été lancé, pour répondre à la demande des nouveaux riches chinois qui souhaitent investir et profiter de leurs biens au profit de l’économie locale. Kangbashi doit devenir un nouveau centre attractif et moderne, occidentalisé dans son architecture, et concentrer les fonctions politiques, éducatives, scientifiques et culturelles, en quelque sorte, devenir le nouveau cœur de la ville d’Ordos. La ville se rêve en Dubai de mongolie intérieure.

Les infrastructures sont en effet spectaculaires : l’immense bibliothèque représente 3 livres sur la tranche, la salle de spectacle évoque un chapeau traditionnel, etc…

Le renouveau de la ville d’Ordos et son intégration au territoire fait donc l’objet d’une coopération des instances gouvernementales locales et nationales, et l’ouverture économique de la Chine permet aux acteurs privés d’entrer en jeu, de s’emparer du nouveau marché initié par l’Etat.


Le développement du quartier de Kangbashi fait l’objet d’un fort engouement parmi les particuliers enrichis dans l’exploitation des matières premières de la région, mais également parmi les riches chinois du littoral. L’immobilier est sûr moyen de placer leurs fonds. Les salaires y sont également plus élevés qu’ailleurs, tout comme le PIB par habitants, supérieur à celui de Pékin et même à celui de Hong-Kong (environ 17 000 Dollars). Le contrôle strict de l’activité bancaire et l’impossibilité de faire sortir de l’argent du territoire impose aux chinois les plus riches de faire des investissements locaux, d’où l’apparition d’une bulle financière immobilière. Le prix de l’immobilier à augmenter de 7.8% entre 2008 et 2009, de 13% pour le seul mois d’avril 2010, rendant ce genre d’investissement très rentable. Kangbashi en a donc profité en un certain sens, de nombreux hommes d’affaires ont donc investi dans des villas et appartements de luxe. Un premier problème se pose ici : la bulle financière à tellement fait augmenter le prix du logement que le chinois lambda a bien du mal à réussir à se loger, et de plus, les appartements achetés par les investisseurs sont très largement inoccupés. L’éclatement récent de la bulle financière immobilière a conduit Ordos à une crise sans précédents : des centaines de constructions sont inachevées, les prix de l’immobilier ont chuté d’un tiers en un an, les agents immobiliers fuient la ville et la crise et la situation semble être figée. D’autre part, l’activité d’exploitation du charbon à fortement ralenti : un tiers en quelques mois, tout comme le cours du charbon. Ordos ne semble plus être une ville attractive pour les investissements. Le projet Ordos 100, prévoyant la construction de 100 villas de haut standing par des architectes reconnus a ainsi périclité, faute de fonds.

L’inoccupation des biens immobiliers et le prix très élevé des loyers a des conséquences économiques importantes : la ville est très peu peuplée, on parle même de « ville fantôme »  et en effet la densité de population est extrêmement faible : 15 habitants par km², 600 000 habitants pour le vieil et le nouvel Ordos réunis. On dénombre même 3 appartements par habitants. Les rues et les centres commerciaux sont déserts, la ville est pourtant un immense chantier en construction. Le théâtre municipal flambant neuf ne donne qu’une ou deux représentation dans l’année faute de spectateurs. Pourtant, les bâtiments ont longtemps continué à se construire inlassablement, une aubaine d’ailleurs pour les mingongs qui sont mieux payés qu’ailleurs, mais qui, face à la crise, quittent progressivement la ville, aujourd’hui 150 000 mingongs auraient quitté Ordos.

Le caractère désertique de cette ville induit également des problèmes plus quotidiens pour les quelques habitants qui y résident cependant : il n’y a par exemple pas de supermarché dans la mégapole, pour faire leurs courses les habitants doivent se rendre à 10 km plus au sud, à Yiqi. Les taxis s’égarent car la ville est si neuve qu’elle n’a pas été répertoriée sur les GPS et manque de points de repères. Le manque de population à Ordos entraine un cercle vicieux : de grands malls commerciaux ont été construits, mais sans clients, les boutiquiers ne parviennent pas à développer une activité rentable et font faillite ou vont s’installer ailleurs : ainsi les 500 locaux du Hunneng shoping mall à Kangbashi sont vides, faute de clients et de commerçants. Dans l’autre sens, l’absence de main d’œuvre empêche les usines escomptées de s’installer et de rendre ainsi la localité attractive pour les populations alentours.
Ainsi, Ordos semble être un exemple de la politique économique chinoise de surinvestissement, qui se solde à l’arrivée d’un échec retentissant, tant sur le plan financier que sur le plan social. Au lieu d’être un élément structurant de la région autonome de Mongolie intérieure permettant à cette périphérie d’être intégrer dans les dynamiques nationales, la nouvelle ville d’Ordos déstructure le tissu social et territorial en polarisant des investissements qui auraient pu être utiles par exemple dans le développement de l’exploitation des terres rares, plus au nord, près de Baotou. Nous pourrions donc dire que la mauvaise évaluation des potentialités réelles du territoire a conduit les gouvernements nationaux et locaux à développer des projets pharaoniques qui au final ne sont pas viables. Peut être pouvons nous y voir un exemple de l’application moderne de l’idéologie chinoise impériale voulant que le territoire soit avant tout un outil pour les populations, et qu’il soit entièrement maîtrisé par le gouvernement sous peine de révoltes politiques. En ce sens la situation d’Ordos peut représenter un danger conséquent pour le pouvoir central, surtout dans une région où les contestations sont déjà présentes.

Biblio :
http://www.geo.fr/photos/reportages-geo/chine-ordos-megapole-steppes/yiqi-rue-animee-commerces

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ordos_(ville)

http://affaires.lapresse.ca/economie/international/201404/17/01-4758647-la-chine-fantome-ordos-au-milieu-de-nulle-part.php

http://www.lesechos.fr/07/11/2012/LesEchos/21307-044-ECH_ordos--la-ville-chinoise-ou-les-grues-se-sont-arretees.htm

http://gaite-lyrique.net/article/kangbashi-ville-nouvelle-et-deserte-en-mongolie-interieure

http://journalmetro.com/uncategorized/90948/bienvenue-ordos-ville-fantme-chinoise/

http://www.persee.fr/docAsPDF/perch_1021-9013_2008_num_105_4_3669

http://www.ordos.gov.cn/english/ordos5/200908/t20090811_73261.html

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