Résumé 17 Première partie repenser le gouvernement 22 Face au populisme, la recherche d’un nouveau modèle politique 23 Le repositionnement du politique 28 L’Etat moderne, «gérant d’affaire de la collectivité»








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titreRésumé 17 Première partie repenser le gouvernement 22 Face au populisme, la recherche d’un nouveau modèle politique 23 Le repositionnement du politique 28 L’Etat moderne, «gérant d’affaire de la collectivité»
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Huitième partie - le rêve de Keynes



Résumé


Il y a peu de secteurs de l’activité humaine qui n’aient pas été profondément changés par les prodigieuses avancées de l’intelligence artificielle, et jusque dans les arts : ainsi en juillet 2012, l’orchestre symphonique de Londres a joué une œuvre entièrement composée par une machine, Transits – Into the Abyss, du reste bien reçue par la critique.

Aujourd’hui la machine est plus forte que l’homme aux échecs et au jeu de go, en reconnaissance visuelle, elle peut remplacer le conducteur d’une automobile dans un grand nombre de circonstances, écrire des articles de presse à la place de journalistes, et le temps n’est pas loin où il pourra passer des examens difficiles et où son diagnostic sera plus fiable que celui d’un médecin généraliste.

Jusqu’où peut-on aller ? Est-ce que la machine peut vraiment devenir suffisamment intelligente pour concevoir de nouvelles idées, mais aussi pour développer une conscience de sa propre existence, dépasser complètement les capacités humaines et s’affranchir de l’homme ? Cet objectif est celui d’une science encore plus ambitieuse que l’intelligence artificielle, l’intelligence artificielle générale.

Quelles pourront être les conséquences pour l’homme ? Dans une étude qui a provoqué un certain émoi, des chercheurs de l’Université d’Oxford considèrent que la moitié des emplois aux Etats-Unis sont susceptibles d’être automatisés, et donc supprimés, d’ici 20 ans. En plus de cela, les délocalisations pourraient peser sur 25% des emplois. Du reste cette évolution a déjà commencé : les Etats-Unis ont fourni en 2013 exactement le même nombre d’heures salariées qu’en 1998, soit 194 milliards d’heures de travail, alors que dans le même temps la production de biens et services augmentait de 42% et que la population gagnait 40 millions de personnes dans la même période.

Bien-sûr, un environnement qui permettrait aux employés de changer rapidement d’orientation professionnelle et de spécialisation, notamment par le biais de MOOC dispensés par les meilleurs spécialistes et les pédagogues les plus attrayants, aurait de grands atouts. Même si les emplois restaient désespérément rares, nous pourrions nous tourner vers l’idéal de loisirs studieux proposé par Keynes.

En allant plus loin, au fond qu’est-ce qui nous empêcherait de passer notre temps sur la plage, servis par des robots dociles ? Un gouvernement généreux nous assurerait du pain et des jeux comme sous l’Empire romain et nous n’aurions même pas le dilemme moral de faire appel à des esclaves, ou du moins ceux-ci ne seraient pas humains. Au-delà du fait que cette perspective nous semble aussi peu attrayante que la vie oisive menée par les classes supérieures du temps de Keynes, elle pourrait achopper à une difficulté majeure : celle de la rareté économique. Aurions-nous suffisamment de matériaux pour construire nos « esclaves-robots », et disposerions-nous de suffisamment d’énergie pour les alimenter ? Quelles seront les promesses des nanotechnologies : sauront-elles nous conduire à un monde où l’on pourra générer et recycler toutes les molécules sans détruire l’environnement et de façon quasiment gratuite ?

Face au risque d'activité réduite et face à une précarité qui peut frapper toutes les catégories professionnelles, l'idée d'un revenu de base universel, perçu par chaque ménage ou chaque individu, recueille de plus en plus d’attention dans tous les courants de pensée politiques. Historiquement porté par des économistes libéraux comme Hayek et Friedman, il s’est distingué dès ses origines de l’aide sociale : contrairement à celle-ci, le revenu de base n’est pas conçu comme une redistribution tournée vers la justice sociale, mais comme une assurance contre l’adversité qu’il est tout à fait légitime pour un Etat de procurer dès qu’une société a atteint un certain développement ; c’est en fait, comme le dit Hayek, un « facteur d’efficacité sociale et économique », une garantie qui préserve entièrement le choix du citoyen et ne crée pas d’intrusion de l’Etat dans sa vie personnelle ou ses décisions économiques.

Au-delà de la préparation de la population à un avenir plus aléatoire, comment le politique peut-il envisager l’avenir ? En particulier, quelles sont les perspectives de croissance à long terme sous une hypothèse de bouleversement radical des technologies et des modes de travail ? Il ressort de nombreuses analyses économiques que la croissance des cinquante dernières années était largement due à des facteurs transitoires : l’amélioration du capital humain par l’éducation se tasse, la part des chercheurs dans la population active ne peut pas croitre pour toujours. Mais pour les auteurs tout dépendra surtout de l’innovation : en particulier si la machine peut assister l’homme dans la découverte d’idées nouvelles, et si par ailleurs l’innovation apparaît enfin dans les pays émergents.

Dans cette hypothèse, on pourrait passer très vite à une économie dominée par le capital. L’individu privé de plus en plus des revenus du travail pourra au minimum compter sur le revenu de base universel. Mais ne pourrait-on pas aussi concevoir un grand fond souverain constitué de royalties sur les projets industriels provenant de l’effort de recherche fondamentale publique, et qui redistribuerait des revenus aux citoyens ? La recherche publique est bien un capital commun.

Introduction


« Après la croissance extraordinaire du siècle précédent, le sentiment qui prévaut est que l’économie ne peut que ralentir. Pour les révolutionnaires, la situation est si mauvaise que le salut ne peut provenir que d’un violent changement ; pour les réactionnaires l’équilibre économique et social est si précaire qu’on ne peut prendre le risque des réformes. »

Ce constat semble décrire lucidement notre époque. Et pourtant, il provient d’un texte célèbre de Keynes, daté de 1930212… Peut-on être optimiste après la crise de 1929, peut-on l’être dix ans après la crise de 2008, alors que subsistent des difficultés inouïes (endettement excessif, courbe démographique, carences du système éducatif, ralentissement présumé durable de la croissance, etc.) à remettre l’économie mondiale sur les rails d’une prospérité partagée par le plus grand nombre ?

Keynes ne se hasarde pas à prédire les toutes prochaines années, ni même décennies, mais se place d’emblée vers 2030. Pour lui, le « problème économique », c’est à dire la question de la subsistance et des besoins basiques des populations, sera derrière nous, et donc l’humanité devra changer radicalement les objectifs qui était les siens depuis la révolution néolithique, et chercher à occuper sa liberté et ses loisirs. Cela sera un défi pour l’homme ordinaire, privé des ses racines et des conventions d’une société traditionnelle, et, ironise Keynes, la vacuité du comportement des classes fortunées, partout dans le monde, nous en donne une perspective plutôt déprimante ! Pour lui un revenu indépendant est vain s’il n’est pas accompagné d’un devoir social. Et donc une activité minimale est souhaitable, qu’il estime à 15 heures par semaine. La vitesse à laquelle nous atteindrons ce nouvel état dépendra de « quatre facteurs : notre pouvoir de contrôler la croissance de la population ; notre détermination à éviter les guerres et les dissensions de la société ; notre volonté de faire confiance aux directions que prendra la science ; et le taux d’accumulation [du capital], c’est à dire la marge entre notre production et notre consommation, qui coulera de source dès lors que les trois premières conditions seront remplies. »

Les perspectives optimistes de Keynes nous paraissent aujourd’hui visionnaires, mais dans quelle mesure peut-on vraiment tabler sur une durée de travail hebdomadaire choisie et limitée à quelques heures par jours, alors que l’homme moderne, de plus en plus sujet au stress de rythmes aliénants, en semble si loin ?

Vers une robotisation accélérée


Après plusieurs faux départs et tentatives décevantes, il semble que l’intelligence artificielle appliquée au Big Data, soit en mesure de tenir ses ambitieuses promesses, notamment grâce aux techniques de « deep learning » des réseaux de neurones. Que ce soit en « supervised learning », où les réseaux de neurones sont calibrés à partir de nombreux cas de figure, ou en « unsupervised learning », où l’intelligence artificielle part à la découverte de nouveaux modèles, ce sont les données, plutôt que des chercheurs et des programmeurs qui conduisent à l’écriture de nouveaux logiciels.

Comme le montre Martin Ford dans un livre marquant213, dont nous tirons un grand nombre d’exemples mentionnés dans ce chapitre, il y a peu de secteurs de l’activité humaine qui n’aient pas été profondément changés par les prodigieuses avancées de l’intelligence artificielle, et jusque dans les arts : ainsi en juillet 2012, l’orchestre symphonique de Londres a joué une œuvre entièrement composée par une machine, Transits – Into the Abyss, du reste bien reçue par la critique. Il est d’ailleurs fascinant de penser que l’on pourra peut-être un jour faire vieillir Mozart et simuler les œuvres qu’il aurait pu composer s’il avait vécu comme Beethoven jusqu’au milieu du XIXème siècle, ou bien s’il avait pu être influencé par Wagner ou Schönberg en musique, Proust et Kundera en littérature…

Aujourd’hui la machine est plus forte que l’homme aux échecs et au jeu de go, en reconnaissance visuelle, elle peut remplacer le conducteur d’une automobile dans un grand nombre de circonstances, écrire des articles de presse à la place de journalistes, et le temps n’est pas loin où il pourra passer des examens difficiles214 et où son diagnostic sera plus fiable que celui d’un médecin généraliste : le logiciel d’IBM, Watson, peut déjà plonger dans de très vastes répertoires de situations passées, y compris dans les publications les plus obscures, et en tirer des observations non évidentes, et même élargir son champ d’investigation à des disciplines en dehors du champ strictement médical. L’incroyable force de l’intelligence artificielle est de faire l’impasse sur une compréhension des causes profondes pour se focaliser de façon beaucoup plus simple sur un très grand nombre de corrélations – cela peut paraître contre-intuitif et à l’opposé des intentions professées dans ce livre !

L’automatisation des tâches triviales répétitives s’accélère, mais aussi celle des métiers prédictifs et de projets complexes aujourd’hui dirigés par des cadres spécialisés. La société WorkFusion, par exemple, propose à de grandes entreprises des outils essentiellement de remplacement de leurs ingénieurs et de leurs cadres administratifs.

Les machines peuvent aussi faire preuve de curiosité et de créativité. De sorte que même la science est impactée par l’essor de l’intelligence artificielle : dans une expérimentation fascinante utilisant les techniques de programmation génétique, deux chercheurs, Hod Lipson, le directeur du laboratoire de « machines créatives » de l’université de Cornell, et son étudiant de doctorat, Michael Schmidt, ont créé un système appelé Eureqa215 qui a pu redécouvrir par lui-même et sans aucune connaissance a priori, les lois physiques décrivant le mouvement d’un pendule, dont la deuxième loi de Newton216. Eureqa ne se contente pas de calibrer un modèle connu à l’avance, comme dans le cas de régressions linéaires ou non-linéaires, mais explore indépendamment des équations de toute forme possible.

L’intelligence artificielle s’invite aussi en finance : un article de la revue Nature montre que les marchés internationaux sont aujourd’hui marqués par « un écosystème émergent de machines compétitives activant une foule d’algorithmes prédateurs » pouvant dépasser le contrôle et même la compréhension des hommes217.

Jusqu’où peut-on aller ? Est-ce que la machine peut vraiment devenir suffisamment intelligente pour concevoir de nouvelles idées comme nous l’avons vu, mais aussi pour développer une conscience de sa propre existence, dépasser complètement les capacités humaines et s’affranchir de l’homme ? Cet objectif est celui d’une science encore plus ambitieuse que l’intelligence artificielle, l’intelligence artificielle générale. Dans un livre intitulé cyniquement « Notre dernière invention »218, James Barrat révèle les résultats d’un sondage de la communauté scientifique : 42% des sondés considèrent que les « machines pensantes » existeront avant 2030 (l’horizon de Keynes dans l’introduction de ce chapitre…), 25% d’ici 2050, 20% d’ici 2100, et seulement 2% pensent que c’est un événement impossible.

Dans une perspective de quasi science-fiction, un certain nombre de chercheurs, dont Ray Kurzweil219, postulent une ère de la « singularité » où l’homme fusionnera avec la machine, notamment par des implants dans son cerveau qui auront la capacité d’augmenter dramatiquement son intelligence. Cela aurait peut-être l’avantage de faire conserver à l’homme le contrôle de la machine ! Mais d’autres scientifiques sont plus pessimistes : dans un article paru dans The Independent220 et co-écrit avec d’éminents scientifiques dont le Prix Nobel Frank Wilczek, le physicien Stephen Hawking reconnaît que l’émergence de machines intelligentes serait un événement capital dans l’histoire de l’humanité, mais alerte l’opinion publique sur les risques posés par une technologie dépassant l’intelligence humaine « sur les marchés financiers, dans la recherche fondamentale, pouvant manipuler les dirigeants politiques et développer des armes que nous ne comprendrions pas. » Pour les auteurs, cela pourrait être « notre pire erreur dans toute l’histoire de l’humanité. »

Et l’éthique dans tout cela ? La robotisation crée des problématiques morales complètement nouvelles : une voiture autonome doit elle risquer de blesser son passager pour éviter de renverser un piéton ? Peut-on faire la guerre la guerre avec des armes offensives autonomes, et si celles-ci commettent un crime de guerre, qui est responsable ? Ce ne sont que quelques exemples de questions qui risquent de nous dérouter longtemps.

Conséquences pour l’homme


Sans aller jusqu’à imaginer l’asservissement de l’homme par la machine, quelles conséquences peut-on anticiper sur la vie quotidienne de nos sociétés ? La peur ou le mépris du progrès (par exemple chez Rousseau ou chez Baudelaire) ne sont pas nouveaux. A chaque nouvelle révolution industrielle, on a pronostiqué un remplacement de l’homme par la machine, sans voir que les changements technologiques permettraient la création d’autres types de métiers. Il y avait certes des destructions d’emplois dans le court terme, mais ils étaient remplacés dans le long terme par des emplois plus qualifiés. En sera-t-il de même dans cette nouvelle phase de développement radicale ?

Comme le note Ian Ayres221, professeur à Yale, à partir de très nombreuses études, l’approche algorithmique a montré sa supériorité sur l’expertise humaine ; et si l’on donne à l’homme la maitrise du processus plutôt qu’à la machine, le résultat en souffrira. Martin Ford222 en conclut que l’apport de nouveaux métiers pour accompagner le travail de la machine sera modeste : « les industries émergentes feront rarement appel à une main d’œuvre importante. La menace sur l’emploi est qu’à mesure que la destruction créatrice se met en place, la destruction frappera surtout les secteurs traditionnels à forte main d’œuvre (comme le commerce et l’agro-alimentaire), alors que la création générera de nouvelles entreprises peu demandeuses de collaborateurs. Et donc l’économie est sans doute sur une trajectoire de basculement vers un modèle où la création d’emploi ne pourra plus assurer le plein emploi. »

Dans une étude qui a provoqué un certain émoi, des chercheurs de l’Université d’Oxford223 considèrent que la moitié des emplois aux Etats-Unis sont susceptibles d’être automatisés, et donc supprimés, d’ici 20 ans. En plus de cela, les délocalisations pourraient peser sur 25% des emplois224. Espérons que ce ne seront pas les mêmes !

Même les emplois nécessitant traditionnellement un contact humain sont menacés devant l’avancée des plateformes de réalité virtuelle.

Et comme le souligne encore Martin Ford225, dans une économie de marché, « l’adoption de technologies induisant des réductions de main d’œuvre sera irrésistible » pour les entreprises. Du reste cette évolution a déjà commencé : les Etats-Unis ont fourni en 2013 exactement le même nombre d’heures salariées qu’en 1998, soit 194 milliards d’heures de travail, alors que dans le même temps la production de biens et services augmentait de 42% et que la population gagnait 40 millions de personnes dans la même période226.

Le salut peut-il venir de l’éducation ? Pas forcément. D’après l’Economic Policy Institute227, l’offre de diplômés aux Etats-Unis avec une spécialisation d’ingénieur ou d’informaticien dépasse très largement la demande des entreprises.

Bien-sûr, un environnement qui permettrait aux employés de changer rapidement d’orientation professionnelle et de spécialisation, notamment par le biais de MOOC (cours disponibles sur internet à un très large public) dispensés par les meilleurs spécialistes et les pédagogues les plus attrayants, aurait de grands atouts. Même si les emplois restaient désespérément rares, nous pourrions nous tourner vers l’idéal de loisirs studieux proposé par Keynes.

Des instabilités géopolitiques sont-elles à craindre ? Le problème n’est pas dans les inégalités liées à la détention des brevets de robotique, après tout de nombreux logiciels sont disponibles à tous. Le risque est plutôt dans la « désindustrialisation prématurée » qui pourrait empêcher les marchés émergents  de passer par une phase importante de développement économique et de constituer une large classe moyenne : comme le souligne Dani Rodrik228, de l’Université de Harvard, les emplois manufacturiers occupaient 45% de la main d’œuvre anglaise avant la Première Guerre mondiale, mais au Brésil, en Inde et en Chine leur pic n’a été que de 15%, parce que l’automatisation est bien plus importante aujourd’hui.

La question de la rareté


En allant plus loin, au fond qu’est-ce qui nous empêcherait de passer notre temps sur la plage, servis par des robots dociles ? Un gouvernement généreux nous assurerait du pain et des jeux comme sous l’Empire romain et nous n’aurions même pas le dilemme moral de faire appel à des esclaves, ou du moins ceux-ci ne seraient pas humains. Au-delà du fait que cette perspective nous semble aussi peu attrayante que la vie oisive menée par les classes supérieures du temps de Keynes, elle pourrait achopper à une difficulté majeure : celle de la rareté économique. Aurions-nous suffisamment de matériaux pour construire nos « esclaves-robots », et disposerions-nous de suffisamment d’énergie pour les alimenter ?

Pourrons-nous dans un avenir assez proche assurer nos besoins énergétiques par des énergies renouvelables, notamment l’énergie solaire et l’éolien ?

Quelles seront les promesses des nanotechnologies : sauront-elles nous conduire à un monde où l’on pourra générer et recycler toutes les molécules sans détruire l’environnement et de façon quasiment gratuite, comme l’envisage l’astrophysicien Michio Kaku, certes à un horizon très lointain, dans une vidéo229 plus philosophique que scientifique ?

Il n’est bien-sûr pas possible, aujourd’hui, de répondre à ces questions. Mais elles sont importantes car elles conditionneront la stabilité géopolitique du monde futur.

Revenu universel


Face au risque d'activité réduite et face à une précarité qui peut frapper toutes les catégories professionnelles, l'idée d'un revenu de base universel, perçu par chaque ménage ou chaque individu, recueille de plus en plus d’attention dans tous les courants de pensée politiques. Historiquement porté par des économistes libéraux comme Hayek et Friedman, il s’est distingué dès ses origines de l’aide sociale : contrairement à celle-ci, le revenu de base n’est pas conçu comme une redistribution tournée vers la justice sociale, mais comme une assurance contre l’adversité qu’il est tout à fait légitime pour un Etat de procurer dès qu’une société a atteint un certain développement ; c’est en fait, comme le dit Hayek, un « facteur d’efficacité sociale et économique », une garantie qui préserve entièrement le choix du citoyen et ne crée pas d’intrusion de l’Etat dans sa vie personnelle ou ses décisions économiques. Il est intéressant de noter que certains programmes d’aides sociales sont en fait parfois utilisés comme substitut d’un revenu de base : par exemple aux Etats-Unis, lorsqu’une personne réussit à se faire verser des aides sociales aux handicapés, il est très rare qu’elle retravaille par la suite, sans doute parce qu’elle ne peut pas courir le risque de perdre à la fois son emploi et les aides sociales dont elle bénéficie. L’aide sociale peut plus facilement conduire à un aléa moral que le revenu de base.

C’est en partie pour cette raison que la réforme fiscale proposée dans ce livre supprime toutes les aides sociales et les remplace par un revenu de base et des tranches d’impôt négatif qui incitent au travail, puisque plus on travaille plus on est aidé par l’Etat, du moins jusqu’à un certain seuil de revenus. Dans ce contexte, le revenu de base constitue l’ordonnée à l’origine de la fiscalité des ménages, c’est à dire un versement reçu par un contribuable avant même qu’il gagne un seul euro. Calibré sur les besoins et les moyens de la société actuelle, le revenu de base serait aujourd'hui relativement modeste. Mais on peut très bien imaginer qu’il puisse être fortement relevé au cours du temps pour permettre de conjurer le risque de précarité, s’il était vérifié que les bouleversements technologiques conduisent bien à une réduction massive du temps de travail effectif.

Il est clair que dans un monde en mutation constante la sécurité apportée par un revenu de base pourra amortir les périodes de chômage ou de faible activité et empêcher les ménages de trop couper dans leurs dépenses, ce qui risquerait de déclencher un cercle vicieux de dépression économique si trop de ménages sont frappés en même temps. En effet, si on en croit l’hypothèse du revenu permanent, les agents économiques déterminent davantage leur consommation sur la base de leurs revenus passés et futurs que sur le revenu courant. Par ailleurs l’appétit pour le risque sera d’autant plus élevé que le revenu sera stable. C’est une considération importante si l’on veut encourager l’entrepreneuriat.

Changement de paradigme économique


Au-delà de la préparation de la population à un avenir plus aléatoire, comment le politique peut-il envisager l’avenir ? En particulier, quelles sont les perspectives de croissance à long terme sous une hypothèse de bouleversement radical des technologies et des modes de travail ?

Au premier abord, l’histoire de la croissance semble être un long fleuve presque tranquille, qui sort parfois de son lit, mais revient toujours à une moyenne de 2% par an hors inflation, du moins aux Etats-Unis, et cela depuis presque 150 ans :


Source : (Fernald & Jones, 2014)
Mais comme le souligne une étude de la Réserve Fédérale de San Francisco230, cette relative régularité est loin de constituer un modèle de croissance, en tout cas il aurait échoué lamentablement au Japon, qui a vu son PIB par habitant passer de 86% du niveau américain en 1995 à 75% aujourd’hui. Les auteurs explorent toute une gamme moderne de modèles, de Robert Solow à Philippe Aghion, reliant croissance, capital humain, effort de recherche et développement, le nombre d’actifs et le stock d’idées. Il ressort de leurs analyses que la croissance des cinquante dernières années était largement due à des facteurs transitoires : l’amélioration du capital humain par l’éducation se tasse, la part des chercheurs dans la population active ne peut pas croitre pour toujours. Mais pour les auteurs tout dépendra surtout de l’innovation : en particulier si la machine peut assister l’homme dans la découverte d’idées nouvelles, et si par ailleurs l’innovation apparaît enfin dans les pays émergents (il y avait très peu de doctorants scientifiques en Chine en 1978, il y en a aujourd’hui 25% de plus qu’aux Etats-Unis, et donc les Steve Jobs chinois ne sont peut-être pas loin), alors la croissance de long terme pourrait très bien augmenter.

Dans cette hypothèse, on pourrait passer très vite à une économie dominée par le capital. L’individu privé de plus en plus des revenus du travail pourra au minimum compter sur le revenu de base universel. Mais ne pourrait-on pas aussi concevoir un grand fond souverain constitué de royalties sur les projets industriels provenant de l’effort de recherche fondamentale publique, et qui redistribuerait des revenus aux citoyens ? La recherche publique est bien un capital commun.


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