Croissance et transformations sectorielles : d’une économie post-industrielle à une économie hyper-industrielle








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A) Une désindustrialisation qui s’amorce dans les années 1970



Pour la plupart des pays industrialisés, le début des années soixante-dix constitue le pic en matière d’emplois manufacturiers(i.e industriels) puisque l’on observe à partir de cette date une diminution tendancielle de la part de l’emploi industriel dans l’emploi total, dans la plupart de ces pays. La désindustrialisation a commencé dès le milieu des années soixante aux Etats-Unis qui connaît par la suite une diminution forte: la part de l’emploi manufacturier passe de 28 % en 1965 à 14 % en 2006. Certains observateurs américains pensent qu’elle est désormais en dessous de 10%6. Au Japon, la désindustrialisation s’amorce plus tardivement au milieu des années soixante-dix et est plus lente. Dans l’Union européenne la baisse de la part de l’emploi industriel, qui était comparativement aux États-Unis et au Japon plus élevée, débute au début des années soixante-dix et est importante : au Royaume-Uni, on constate une très forte diminution au cours des années quatre-vingt ; en France et en Allemagne, la baisse est importante, mais de moindre ampleur qu’au Royaume-Uni.

Dans le même temps, on observe une augmentation continue de l’emploi dans les services dans tous les pays industrialisés depuis 1960. Les États-Unis sont les premiers à connaître cette tertiarisation de l’économie : la part des services y est élevée dès 1960 (environ 56 % des emplois) et ne cesse de s’accroître.
B) Une tertiarisation qui s’affirme à partir des années 1960

La croissance de la part du tertiaire dans le PIB et la population active est nette depuis le début des années 1960 même si le mouvement a pu commencer au milieu du XIXème (avec un ralentissement de 1881 à 1945) pour la France. Dans ce secteur fourre-tout, on peut identifier les branches d’activité qui ont porté cette croissance: un tertiaire à croissance explosive (on raisonne ici sur le poids relatif dans l’emploi) qui est composé des services marchands aux ménages, plus encore des services de santé et des services marchands aux entreprises, un tertiaire à croissance régulière mais plus lente (services non marchands hors santé publique), un tertiaire à croissance lente (commerce, transports et télécommunications).
 L’emploi tertiaire (dans le cas français) a été multiplié par 2 depuis 1945. En 1954, sa part dans l’emploi total était égale à celle de l’industrie (1/3), elle est devenue majoritaire au début des années 1970 et atteint aujourd’hui les ¾ (74,2 % en 2002 contre 51 % en 1974). A contrario, l’industrie qui employait, au faîte des Trente Glorieuses (1974) 38,6 % des actifs n’en regroupe plus aujourd’hui que 21, 9 %. Cette évolution est comparable dans les autres PDEM: le tertiaire occupe plus de 70 % de la population aux Etats Unis et en Grande Bretagne, plus de 60 % en Allemagne et au Japon

 La modernisation a, en effet, entraîné une spécialisation accrue des tâches et suscite un affinement des services (transports et télécommunications, services marchands aux entreprises mais surtout une révolution des structures financières -avec la course à l’ouverture de guichets en France de la fin des années 1960 au début des années 1980- et des structures commerciales  infra II)

 L’élévation des niveaux de vie et la saturation progressive de la consommation de biens durables pousse aussi à la consommation de services marchands. Le développement de l’état providence implique l’extension des services non marchands même si leur poids reste assez stable dans la valeur ajoutée. La croissance de la demande de services est d’abord due à la demande de consommation finale (santé, services marchands aux ménages) mais elle est prolongée par la montée des services marchands aux entreprises.
 Le vecteur principal de la création nette d’emplois depuis 40 ans est le secteur tertiaire, en France comme dans les autres grands pays industrialisés ( document joint Insee Premières). Les deux branches qui ont le plus progressé, avec l’enseignement, sont constituées d’activités d’assistance ou de soins, et de conseil ou de transfert de connaissances. Santé et action sociale, enseignement et services aux entreprises expliquent ainsi les 2/3 de l’accroissement du poids relatif du tertiaire dans l’emploi depuis un demi-siècle (4,6 % en 1936, 23 % en 1990).



Cette évolution est comparable à celle des autres pays même si la part de l’emploi industriel reste plus forte en Allemagne et au Japon (1/3 de la population active)
C) Enflure tertiaire et sous développement
Comme le remarque Jean Fourastié, si la croissance tertiaire est rendue possible par le progrès technique, elle n’en est pas l’indicateur quantitatif. Seule une analyse concrète peut permettre d’approcher le point d’équilibre entre développement économique d’ensemble et croissance du tertiaire, en fonction des formes et des rythmes d’introduction du progrès technique. Le thème de l’optimum ou des proportions souhaitables des secteurs dans l’économie est donc présent dès cette période.

 Il est évident que les pays les moins avancés ont des économies dominées par l’agriculture avec un tertiaire faiblement développé ou, du moins, non différencié par la spécialisation (les fonctions tertiaires se mélangent avec les autres). On sait aussi que les ex PSI (pays socialistes industrialisés) étaient caractérisés par la faiblesse structurelle de la production de services (en partie compensée par une économie souterraine)

 Cependant, il peut y avoir des phénomènes d’hypertrophie tertiaire. Ils sont d’ailleurs soulignés très tôt dans les années 1950 dans les controverses autour de la trisectorisation de l’activité.

Certains auteurs évoquent l’éventualité de glissements d’emplois directs du primaire au tertiaire, avec une faible industrialisation, dans certains processus de développement. Ceci s’est vérifié dans un certain nombre de PED à revenu intermédiaire sous la forme du développement d’un «tertiaire de survie».

 De même, la relation entre croissance et proportion d’emplois tertiaires a paru une hypothèse faible à cause de l’hétérogénéité du tiers secteur.

L’idée d’une proportion optimale du secteur tertiaire a été reprise par Alfred Sauvy pour la France dans une étude de 1949 dans laquelle il montrait que, de 1928 à 1948, la proportion d’emplois tertiaires progressait alors que le produit par tête stagnait voire régressait. Cet écart progressif, en opposition avec la loi générale, était interprété par l’auteur comme une distorsion, un excédent de tertiaire freinant le progrès technique et la croissance générale d’où cette conclusion générale d’où sa conclusion: «Le tertiaire ne remplit pleinement sa fonction de producteur indirect que lorsque ses effectifs sont appropriés à la situation. Quand ce chiffre optimal est dépassé, l’excédent devient en grande partie improductif»(Alfred Sauvy).

Les statistiques semblent certes confirmer l’idée que la croissance des services correspond à un stade de développement supérieur des sociétés humaines, le passage à une société post-industrielle (la révolution industrielle marquait elle le passage des sociétés agraires à croissance lente aux sociétés industrielles) dont l’enfantement paraît aussi traumatisant («crise») pour les sociétés que le précédent.

Mais le ralentissement de la croissance qui accompagne ce passage a redonné vigueur aux thèses qui réévaluent la place de l’industrie dans la croissance, jusqu’à considérer que la société contemporaine est une société plutôt «trans-industrielle» ou «hyper-industrielle ».
II) Une approche historique de la croissance tertiaire7
«Le secteur tertiaire a joué un rôle essentiel dans la croissance économique des pays développés. Dès la première révolution industrielle les activités de services   notamment le négoce   connaissent un essor important. Le tertiaire commercial devient alors un levier du développement industriel et agri­cole. Par ailleurs, l'évolution du mode de vie struc­turé autour de la société de consommation -essor de l'économie de la culture, des loisirs, de la santé  ainsi que l'urbanisation, profitent largement aux ser­vices. Les firmes industrielles, quant à elles, intè­grent des fonctions tertiaires tout en faisant de plus en plus souvent appel à des prestataires extérieurs. Aujourd'hui, industrie et tertiaire s'entremêlent. Les processus industriels reposent sur les services et, inversement, le tertiaire adopte les méthodes de l'industrie.
A) Le rôle du tertiaire dans la première révolution industrielle
1) Les chemins de fer, moteur de cette révolution
Parmi les systèmes techniques qui ont structuré la première révolution industrielle, le système des chemins de fer a constitué l'un des leviers majeurs de l'expansion. En soi-même, l'économie ferroviaire en soi est forte créatrice d'emplois (20 000 salariés en France en 1853, 550 000 en 1930, encore 280 000 en 1973) et participe à la mise sur pied de la grande entreprise, de son mode de gestion (structuration et diffusion de l'autorité, grilles de prix, évaluation des coûts de revient, etc.). Certes, cette branche tertiaire en déstabilise d'autres (le transport de batellerie ou de voiturage, surtout); mais l'économie ferroviaire devient en quelques décennies un énorme acteur de l'expansion en injectant d'énormes doses de lubrifiant dans les circuits industriels (accélération de la diffusion du charbon, des matériaux lourds, etc.). Elle s'offre elle même en débouché gigantesque à l'industrie: locomotives et wagons, rails, bâtiments des gares et entrepôts, combustible charbon   et l'économie des travaux publics en est profondément stimulée (construction des voies, ponts, tunnels), la diversification de la Société de construction des Batignolles (locomotives) vers les travaux publics en étant un signe. Le chemin de fer participe à la restructuration de l'espace économique : quartiers des gares dans les grandes villes, naissance de villes autour des gares (Saint Pierre des-Corps, etc.) ou autour des plates formes ferroviaires (gares de triage, noeuds ferroviaires, ateliers de maintenance), mise en valeur de territoires dans les pays neufs ou émergents (transcontinentaux américains, Transsibérien, Pékin-Hankéou, Amérique latine) ou dans les pays en cours de colonisation (réseaux africains, etc.).

L' économie ferroviaire se constitue en système technique car, au delà de son développement organique, ses innovations et ses consommations intermédiaires (les productions que son fonctionnement nécessite) contribuent aux mutations de beaucoup de branches industrielles et au remodelage du mode de production et de l'organisation du mode de vie, avec des prolongements jusqu'à la deuxième révolution industrielle (poursuite de l'extension des réseaux, mise en place des chemins de fer d'intérêt local, boum des tramways) ( colles sur la Révolution industrielle).
2) Un appareil économique d'État embryonnaire
Sans évoquer ici l'histoire de l'administration publique ni les fonctions régaliennes civiques, notons que des embryons d'appareil économique d'État prennent corps ( voir plus tard cours sur l’Etat). Il s'agit souvent de surveiller l'industrie (mines, carrières, machines à vapeur) et les transports, pour limiter les risques d'accidents. L'État gère l'économie des concessions (chemins de fer, messageries postales, canaux, gaz)   mais, dans de nombreux pays, les collectivités locales assument une part importante de cette responsabilité (Allemagne, par exemple, avec les régies de services publics) et assurent la tutelle du domaine public et des équipements qui s'y ancrent (ports, etc.). N'oublions pas le boum des services douaniers et fiscaux, pour prélever une part des sommes générées par les flux commerciaux, et la force des services postaux et télégraphiques (44 000 salariés aux PIT français en 1886, 178 000 en 1936).
B) La deuxième révolution technique traduit-elle une hégémonie de l'industrie sur le tertiaire ?
1) Existe-t-il un tertiaire caché ?
L'économie des services s'étend en fait de façon discrète: la grande organisation d'entreprise industrielle se déploie par une croissance organique forte, qui implique un développement en interne de beaucoup de fonctions de gestion ( colles à suivre sur l’entreprise). Le remodelage des processus de production lui même passe par la constitution de puissants services d'ingénierie (bureaux d'organisation et méthodes, notamment, qui mettent en place la rationalisation du travail); la gestion de l'organisation exige l'extension des départements de gestion du personnel, de la comptabilité, de la gestion des finances et des flux de trésorerie ; l'entretien des usines mobilise un ample personnel ; le traitement des données rassemble d'immenses pools de dactylographes, comptables, employés et techniciens des machines électro comptables.

L'expression de cette croissance d'une économie des services en interne se cristallise dans le fameux organigramme en râteau diffusé par le management moderne aux États-Unis dès l'entre deux guerres  c'est l'une des composantes du sloanisme, du nom de Sloane, le patron de Général Motors qui met en place des pratiques fines de gestion de la grande entreprise  avec des directions fonctionnelles (finances, gestion du personnel, commercial, services généraux ou secrétariat général, etc.). Une énorme économie tertiaire se développe donc cachée, faute de l'externalisation ultérieure ; et on s'aperçoit de son ampleur précisément quand cette externalisation se déploie puisque sont alors transférés d'énormes blocs de prestations de services. On peut d'ailleurs penser que l'ampleur de l'internalisation qui a prédominé pendant presque trois quarts de siècle a faussé quelque peu les statistiques : une bonne part de la population active secondaire et du PIB industriel est en fait assurée par des sous ensembles qui seraient enregistrés dans le domaine du tertiaire à partir des années 1980 1990. (...)( supra I)
2) Le tertiaire commercial, un levier du développement industriel et agricole
Cela dit, l'industrie a encore plus sensiblement mobilisé de larges pans du tertiaire dans le cadre de son propre développement. La fonction commerciale peut passer pour une excroissance de l'industrie et chaque branche dispose de son propre type de base commerciale.
 Les industries lourdes ou semi lourdes (matériaux, biens d'équipement) s'appuient ainsi sur des réseaux de négoce de gros (produits sidérurgiques, produits pour le bâtiment, produits chimiques, produits pétroliers, etc.) qui sont souvent indépendants (comme Pinault Bois & Matériaux, lancé en 1963, l'ancêtre du groupe Pinault actuel, PPR), bien que l'intégration verticale tente certains groupes (Mannesmann avec Klöckner, les sidérurgistes lorrains avec Davum ou IMS, dans la métallurgie). Le monde agricole s'est doté lui aussi de structures de négoce. Des firmes capitalistes ont bâti des outils de distribution en gros des produits consommés par les paysans (engrais, produits phytosanitaires, outils, etc.) ; mais ceux ci, pour réduire les marges ainsi prélevées, ont souvent construit leurs propres outils, des coopératives d'achat locales (les coopératives Raiffeisen en Allemagne, etc.) ou de plus en plus fédérées à l'échelle interrégionale.

Nombre d'industries légères recourent elles aussi à des intermédiaires négociants. La pharmacie a vu émerger des distributeurs de gros entre les industriels et les officines, gestionnaires de stocks et de la logistique   soit des mutuelles dépendant des pharmaciens, soit des grossistes capitalistes. Beaucoup d'industries alimentaires dépendent d'agents, de grossistes assurant la distribution des grandes marques dans des régions ou dans des pays étrangers, en particulier pour les boissons. Outre mer, beaucoup de sociétés de négoce se sont fait les spécialistes de tel ou tel marché, pour bien en maîtriser les risques ; des firmes sont devenues les clés des ventes en Asie, notamment des bri­tanniques en Inde et en Chine (avec Swire, Inchcape, Jar­dine & Matheson), quelques françaises (Denis frères en Indochine, Olivier en Océanie) ; d'autres se sont affirmées en Afrique noire (comme les françaises CFAO, SCOA, Optorg, ou nombre d'entreprises marseillaises ou bordelai­ses) ; ces sociétés se sont dotées de réseaux de distribution de gros et demi gros et parfois de détail (les fameuses factoreries en Afrique noire, transformées en boutiques à partir des années 1950 1960, cédées à des autochtones) pour la vente des produits d'habillement, des biens d'équi­pement des ménages et du foyer, etc.
 Les négociants (généralement d'une dimension régionale, dans le cadre de PME familiales) sont en contact étroit avec les firmes industrielles consommatrices de sous pro­duits, peuvent anticiper sur la demande pour faire remonter les informations, constituent des stocks qui procurent la souplesse nécessaire au bon fonctionnement de l'écono­mie : la fonction de négoce n'est pas une simple perception de péage sur les flux internes de l'économie, car elle consti­tue un facteur d'efficacité par la marge de manoeuvre et l'élasticité qu'elle apporte. L'absence de tels outils de négoce dans les pays communistes   plusieurs branches tertiaires passant pour des intermédiaires parasitaires – a débouché sur une rigidité que n'ont jamais pu surmonter les plus belles constructions statistiques de la planification, et les combinats ou les firmes ont dû souvent négocier entre eux, dans le cadre d'une «économie grise» (discrète), des accords de fourniture en gros des quantités, qualités et délais nécessaires…
 Les firmes, industrielles ou non, structurent un appareil commercial ramifié, pour vendre leurs produits; en direct, elles peuvent posséder leurs réseaux (succursales pour l'automobile) ; mais généralement elles passent par des réseaux indépendants, ceux des concessionnaires, pour l'automobile par exemple, ou tout simplement la distribu­tion de détail. L'économie des services tertiaires est donc la clé de l'accès au marché   ce que comprend d'ailleurs Citroën lorsqu'il lance en France le concept des stations services dans les années vingt. Les mutations de la distri­bution s'accompagnent cependant d'un investissement désormais essentiel chez les industriels, la promotion de marques. Beaucoup se dotent en effet de marques repré­sentatives de leurs qualités spécifiques (exemple : l'auto­mobile, l'alimentation, etc.) et les promeuvent.
Le monde agricole lui aussi sécrète une économie ter­tiaire importante   classiquement, le négoce du vin (notamment en Bourgogne et en Bordelais) et des alcools est le débouché clé des viticulteurs   ceux ci lui ajoutant des coopératives de stockage et d'assemblage pour écrêter quelque peu les sautes du marché. Les paysans lancent de fortes coopératives de commercialisation, qui regroupent la production des adhérents afin de recueillir une plus grande part de la plus value : les producteurs de céréales ou de fruits et légumes, par exemple   sans parler ici des coopératives qui transforment les produits avant de les commercialiser (comme dans le sucre ou les produits lai­ tiers), riches elles aussi de marques de distribution.

Cette floraison des marques explique l'émergence des compagnies spécialistes en communication publicitaire dès l'entre deux guerres, et l'affirmation de groupes de communication commerciale à partir des années cinquante (Havas ou Publicis en France, Ogilvy, Saatchi & Saatchi, dans les pays anglo saxons, Dentsu au Japon, etc.). Les médias deviennent aussi des supports publicitaires, d'abord la presse magazine et la grande presse dite populaire, dont les recettes évoluent au gré des oscillations conjoncturelles ; la radio dite commerciale triomphe (en France, RTL et Europe 1) avant le boum de la télévision : les fameux soap operas tirent leur nom des réclames faites dans les pauses de ces séries télévisées par les industriels de la propreté (du corps ou du foyer), les lessiviers, parmi les plus gros consommateurs d'écrans publicitaires. Les publicitaires deviennent de plus en plus des agences conseils, maîtrisant toute la gamme des outils de communication, tant commerciale qu'institutionnelle. (...)
Globalement, l'intensification de la croissance de la deuxième révolution technique dépend de plus en plus des prestations de services assurées par des fournisseurs qui nourrissent l'extension de l'économie tertiaire. Celle ci affirme nettement sa mission de relais de l'industrie auprès des acheteurs en semi gros ou en détail. ( ... )8
3) Le tertiaire est stimulé par la société de consommation
 La véritable révolution tertiaire, la plus visible, est constituée par le boum des services liés à l'élan du système d'organisation du mode de vie qui se structure autour de la société de consommation. Le mode de consommer évolue déjà sensiblement avant la Première Guerre mondiale, avec l'expansion de l'économie des grands magasins (Galeries Lafayette, Le Printemps, Nouvelles Galeries, dans les années 1890 ; El Corte Ingles en Espagne en 1935) et la poursuite de la mise en place de la distribution spécialisée (habillement, fournitures pour couture ou tricotage   Phildar, DMC, etc.  , alcools, etc.). Déjà, l'économie des loisirs crée plus d'emplois que la sidérurgie ! Quelques 500 000 cafés ou bistrots fonctionnent en France en 1900 (le roman de Zola L'Assommoir)... Les classes aisées disposent des hôtels, restaurants, stations de bord de mer (lancement dans les années 1850 1900 grâce aux chemins de fer), avant la percée du tourisme de montagne. La faiblesse de l'équipement du foyer justifie la mobilisation de millions d'employés de maison (Bécassine, les romans de Maupassant, la bonne de Proust, Le Journal d'une femme de chambre, de Mirbeau, etc. !) dans le monde développé occidental9.
 L'offre de consommation explose avec la diversification de la distribution de détail. (…) La distribution de masse a contribué à la diffusion de la production de masse, elle l'a rendue plus efficace et elle en a élargi plus encore les débouchés, en un mouvement réciproque de stimulation : le système «taylorien fordien» a bénéficié de la standardisation des produits qui était la base de la grande distribution ; celle ci n'a pu proposer des prix bas que grâce à ce même système. L'interaction entre industrie et tertiaire est ainsi patente, et elle est confirmée quand les années 1960 1970 connaissent la révolution de la grande distribution spécialisée : mobilier, équipement de la maison, électronique de loisirs. Les chaînes alors lancées (en France: But, Darty, Conforama, FNAC, etc.) bousculent les boutiques classiques par leur force de vente et donc, en amont, d'achat, qui leur permettent de négocier des grilles de prix avec des industriels tout heureux de procurer des débouchés constants à leurs chaînes de production. Cette économie tertiaire commerciale joue par conséquent un rôle clé dans l'amplification de la deuxième révolution industrielle, dans l'élargissement de la «demande sociale» en incorporant des strates des couches sociales moyennes et populaires dans la société de consommation, grâce à l'abaissement des prix. Globalement, le commerce sous toutes ses formes pèse 12 % du PIB français en 1972 et mobilise presque 12 % de la population active.
4) Le tertiaire profite du boom de l’urbanisation
Les services publics connaissent d'énormes investissements, freinés souvent pendant les années 1930 1940, mais stimulés par la croissance démographique du baby boom et par le remodelage et l'extension des agglomérations. L'économie de l'eau (Lyonnaise des Eaux et Compagnie générale des eaux, les deux leaders en France), l'économie du traitement des déchets, l'économie des transports urbains, l'économie de la propreté de la voirie et des immeubles, voire l'économie (publique et privée) de la sécurité, deviennent des branches clés de la croissance, créatrices d'emplois et consommatrices de produits industriels (trains, métros, autobus ; tuyaux ; usines de traitement des eaux usées et des déchets, etc.). Mais les prestations des distributeurs de gaz et d'électricité restent incluses dans l'industrie   EDF et Gaz de France n'intervenant pas, par exemple, «au delà du compteur»   alors que, avant la nationalisation de 1946, la Société lyonnaise des eaux et de l'éclairage s'occupait d'électricité, de gaz et d'eau, avec donc une affectation quelque peu confuse de ses activités entre tertiaire et industrie.

La révolution urbaine du XXe siècle ouvre ainsi d'énormes débouchés à l'économie tertiaire pour la gestion au quotidien des fonctions exigées par la vie en ville. Le mode d'organisation du mode de vie urbain est devenu en soi un système clé de la croissance en parallèle avec celui de la société de consommation, mais aussi en imbrication avec lui, puisque la recomposition de l'espace urbain autour des grands axes routiers ou ferroviaires incorpore la localisation des nouveaux espaces commerciaux.
L'alimentation de la vie urbaine elle même fournit une nouvelle stature à la gestion des flux nécessaires à l'approvisionnement des acteurs de la ville. L'économie des entrepôts change de dimension : les marchés de gros urbains se restructurent (déménagement des Halles de Paris à Rungis, etc.) ; des plaques tournantes sont établies pour regrouper les marchandises puis les redistribuer : entrepôts des groupes de la grande distribution ; plates-formes polyvalentes comme Garonor au nord de Paris, etc. Chaque agglomération se dote de tels sites vers où convergent rail et, de plus en plus en majorité, route ; la fonction d'entrepôt et de redistribution quitte le coeur des villes pour s'étaler dans les espaces vierges de la grande banlieue, en une diffusion du modèle américain de restructuration des noeuds d'échange.
5) L'appareil tertiaire d'État
Précisons la lente progression de l'interventionnisme public dans l'économie de l'entre deux guerres au nom de la promotion de l'intérêt national, avec les premières sociétés d'économie mixte en France (dans les transports notamment entre 1933 et 1937), la montée en puissance de la fonction de supervision et d'animation de certains pans de l'économie au sein des ministères du Commerce et des Finances. Aux États Unis, la présidence ne se dote d'une armature économique que dans la seconde moitié des années trente (création du Budget, les diverses agences intervenant dans le cadre du New Deal). Notons seulement que l'après guerre voit fleurir les agences, directions d'administration et services (comme au sein du Trésor ou du ministère de l'Industrie en France), organes de planification, de reconversion des régions ou des industries ; des pépinières de hauts fonctionnaires prospèrent par conséquent.
Les fonctions régaliennes elles mêmes s'élargissent avec la supervision des transports aériens et routiers, la gestion (en cas d'activité en direct comme en France avec les PTT) ou la supervision (en cas de concession, comme aux États Unis avec ATT) de l'économie des télécommunications. Et nous n'aborderons pas ici l'explosion du tertiaire social, scolaire, universitaire et culturel : la structuration d'une économie de la santé puis aussi (dès les années 1880 en Allemagne, sous Bismarck) d'une économie de la Sécurité sociale contribue en effet fortement à la création d'emplois tertiaires de hiérarchie moyenne ou inférieure (personnel hospitalier, employés des services de gestion sociale, etc.), tandis que le personnel enseignant (et son appui dans l'administration et la maintenance) constitue en soi une strate tertiaire énorme au sein des pays développés.

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