Croissance et transformations sectorielles : d’une économie post-industrielle à une économie hyper-industrielle








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Paragraphe 2: L’économie des services : la nouvelle «richesses des nations»24 ?



L'analyse critique du rôle du tertiaire dans la croissance, caractéristique de la pensée industrialiste, conduit souvent à des jugements excessifs en termes de «prolifération tertiaire». Ce préjugé, qui remonte aux classiques, revient régulièrement dans le débat public dans les périodes de «crise» (I). On peut montrer que l'inéluctabilité de la croissance tertiaire peut être discutée et qu'il faut désormais penser plutôt l’interdépendance des secteurs industriel et tertiaire (avec montée des relations de service dans l'industrie et affirmation des caractéristiques industrielles dans le tertiaire) dans une dynamique des gains de productivité renouvelée. Ainsi les mutations de l'entreprise capitaliste remettent en cause la trisectorisation traditionnelle de l'activité (II) ce que confirme d’ ailleurs la mise en perspective historique ( supra, paragraphe 1, III). Plus fondamentalement, la composante servicielle de la croissance conduit à s’interroger sur le sens de ce que mesure le PIB et donc, sur le concept de croissance lui même en même temps qu’elle demande un réexamen de l’innovation dans ce secteur d’activité (III)

I) Le tertiaire improductif contre la croissance



Malgré la place du tertiaire dans les économies modernes, la tonalité des approches du rôle des services dans l’économie reste très négative chez les économistes. L’improductivité des services est le premier thème historiquement développé et c’est Adam Smith qui l’a introduit le premier dans l’analyse économique.

D’autres analyses se sont progressivement greffées et succédées au fil du temps: la croissance des services ne serait, pour certaines , que pure apparence, elle ne correspondrait à aucun besoin réel ; elle ne ferait que refléter les coûts d’organisation croissants (liés aux rendements décroissants des systèmes socio-techniques contemporains) et une désindustrialisation (ce concept très vague qui signifie simplement la baisse de la part de l’industrie dans l’emploi et le PIB sous entend trois idées: une montée excessive des services non marchands liés à l’Etat-providence, une perte de compétitivité due à la hausse de coûts ou à la réduction de la base industrielle, une perte du rôle moteur de l’industrie); elle engendrerait une «maladie des coûts» (William Baumol  supra) due à la dérive des prix relatifs, une croissance déséquilibrée, ralentie ou stagnante et des emplois sans grade ni qualification («petits boulots», «nouveaux valets»). Cette place excessive du tertiaire serait enfin responsable du «paradoxe de la productivité» dans les années 1980 et 1990, ce qui retrouve plus ou moins le point de départ (improductivité des services). Ces thèmes sont plus ou moins valorisés par les analyses qui suivent.

A) L’improductivité des services: une problématique datée



 L’idée d’une improductivité des services trouve son origine dans la hiérarchisation ambiguë qu’introduit Adam Smith à la fin du XVIII ème ( cours «visions de l’économie capitaliste»). En effet, si la vision «consommatoire» des activités tendait à les considérer toutes comme de même nature dans la pensée pré-classique, la vision productiviste qu’introduit Smith (à la suite de Quesnay il est vrai) conduit à les hiérarchiser. Alors que Smith affirme une définition large de la richesse des individus (du point de vue de la jouissance et de la consommation finale: «un homme est riche ou pauvre, suivant les moyens qu’il a de se procurer les besoins, les commodités et les agréments nécessaires de la vie»), il est conduit à une définition plus restrictive pour la richesse de la Nation, autour des thèmes de la production, de l’épargne et de l’accumulation du capital. Un travailleur salarié est productif de richesses si son salaire fonctionne comme une avance en capital; il ne l’est pas si son salaire correspond à une dépense de revenus. Le travail n’est productif que s’il engendre du capital parce qu’il est salarié par du capital (et non par du revenu, sous la forme de dépense définitive comme dans le cas du domestique). Smith surajoute ensuite une définition beaucoup plus maladroite, source de la plupart des critiques, qui part de la durabilité des produits réalisés par le travail: «That work consists in services which perish generally in the very instant of their performance, and does not fix or realise itself in any vendible commodity which can replace the value of their wages and maintenance ». N’est donc durable que ce qui s’accumule, n’est productif que le travail qui engendre des produits durables donc le travail producteur de biens. Les services ne le font pas.

Ces services non productifs sont ensuite énumérés (serviteurs de l’état, ecclésiastiques, gens de loi, les médecins, les gens de lettres, les artistes, les services personnels). Aucune activité commerçante n’est donc citée comme improductive. Dans le contexte de la fin du XVIIIème, dominé par les emplois et les habitudes d’Ancien Régime25, il est logique que Smith se méfie de cette utilisation dépensière du revenu (d’où sa volonté aussi de limiter les dépenses - improductives - du souverain, à travers les tâches limitées qu’il réserve à l’«Etat-gendarme»).

A la suite de Smith, un nombre important d’économistes vont adopter cette position théorique pour ce qui concerne la délimitation du domaine de la production, de la richesse et du revenu (Ricardo, Malthus, James Mill et son fils John Stuart Mill). Mais d’autres (J.B Say, Sismondi) vont développer une conception plus large de la production qui préfigure, de manière certes «maladroite» (parce que les activités de services sont encore mal dégagées des autres à l’époque), la conception moderne.
 Pour ces auteurs dans leur ensemble, les services désignent les activités étatiques et les activités ayant trait au plaisir et au bien être des personnes (domestique, musicien, acteur, prêtre, médecin). On comprend que ces services, dans leur composition même, n’aient pu engendrer une théorie des services productifs, dans une époque hostile à l’intervention de l’état et où l’éthique de l’épargne s’opposait à un comportement dépensier. Le développement de la consommation bourgeoise dans la deuxième partie du XIXème et le besoin croissant d’état ont progressivement modifié cette vision, sans pour autant sortir du cadre théorique défini par la problématique des caractéristiques productives du travail. Si on peut excuser Adam Smith, ses héritiers portent une lourde responsabilité dans le maintien de l’a priori initial.

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