Croissance et transformations sectorielles : d’une économie post-industrielle à une économie hyper-industrielle








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L’innovation de process, tout comme l’innovation de produit, peut être immatérielle. Elle pourra consister en méthodes, c’est-à-dire en un script définissant de manière précise les paroles, actions et opérations de chacun (méthodes des consultants, mais aussi de la restauration…). On pourra alors, dans ce cas particulier, parler d’ «innovation objectivation» ou encore d’ «innovation formalisation». Certaines méthodes pourront s’appuyer sur des systèmes techniques (informatisation des méthodes de recrutement de cadres), d’autres s’incarner dans des outils (systèmes experts juridiques), mais ce n’est pas une condition nécessaire d’innovation. Autrement dit, il serait injustifié de considérer qu’il n’y a innovation que lorsque la nouveauté s’incarne dans un système technique.

Cette immatérialité (et cette dimension non technologique) ainsi que l’importance de la relation de service ne sont pas étrangères aux difficultés d’appropriation et de protection de l’innovation dans les services. Mais elles ont, à notre avis, un avantage. Détachés dans une certaine mesure des contingences matérielles et techniques, les services constituent peut-être le dernier bastion d’une certaine «improvisation romantique» en matière d’innovation (improvisation romantique que Michel Callon, 1994, dénonce comme l’un des grands mythes de l’innovation technologique). Les idées les plus simples peuvent encore conduire à des empires économiques. Les exemples abondent depuis la distribution de pizzas à domicile jusqu’à l’organisation de voyages touristiques en passant par les services de maintien à domicile des personnes âgées.

Dans les services, l’innovation de produit et celle de process sont beaucoup plus difficiles à séparer que dans le cas des biens. Comme nous l’avons déjà souligné, un service n’est pas un artefact, mais un protocole, une formule, un processus de fourniture d’un «produit», inscrit dans le temps.

Mais le service est également socialement inscrit. Ainsi, les services sont le lieu d’une importante activité d’innovation ad hoc et sur mesure40. Cette forme d’innovation naît de l’interaction entre le client (ou l’usager) et le prestataire. Elle est simultanée au processus de prestation. Il s’agit d’une innovation non programmée qui n’est reconnue en tant que telle qu’a posteriori, à la fin de la prestation. L’innovation ad hoc peut être définie comme la construction interactive d’une solution au problème particulier d’un client donné. Il peut s’agir d’une solution d’ordre organisationnel, stratégique, juridique, fiscal, social, humain, etc. en réponse à un problème (en partie inédit). Du point de vue du prestataire, l’innovation ad hoc contribue à la production de connaissances et de compétences nouvelles qu’il faut codifier et formaliser de façon à les rendre réutilisables dans d’autres circonstances.

Si l’innovation ad hoc est particulièrement importante et centrale dans les services intensifs en connaissance, on peut dire que dans les services de type «package» (alliant des biens et des services) comme par exemple le commerce, l’hôtellerie et la restauration et le transport, c’est l’innovation architecturale ou encore l’innovation de recombinaison qui semble dominer.

Cette forme d’innovation s’appuie sur un principe élémentaire d’association- dissociation des caractéristiques du produit. Il s’agit de manière plus précise de créer un nouveau produit en fractionnant un produit existant, en dissociant certaines caractéristiques et en faisant de certaines composantes des produits autonomes. Les illustrations de ce modèle d’innovation sont nombreuses. Ainsi par exemple, les services de charters sont issus de ce processus de dissociation d’un service de transport aérien défini comme la combinatoire de différents éléments : le transport au sens strict, le traitement des bagages, la restauration et la réservation. On peut interpréter de la même manière l’apparition de la restauration rapide, du courtage… Le lancement de la chaîne «Formule 1» dans l’hôtellerie relève également d’un modèle de dissociation qui consiste à réduire la prestation de service hôtelier à ses caractéristiques de service de base, autrement dit, à la débarrasser de toutes les caractéristiques de service complémentaire41. On retiendra pour finir que l’innovation peut provenir à la fois de la suppression de services et de l’adjonction de services (modèles d’association). Le concept de «club» illustré par le club Méditerranée ou encore les «fitness centers» inventés par Viatrop en sont des exemples marquants.
Les modes et modèles d’organisation de l’innovation dans les services : La théorie économique a longtemps défendu une conception linéaire de l’innovation, dans laquelle les phases de R&D, de production et de commercialisation se succèdent sans interagir. Les chercheurs, les producteurs et les vendeurs sont des spécialistes qui appartiennent à des mondes différents et hermétiques les uns aux autres.

Une telle conception théorique est très éloignée de la réalité des entreprises industrielles. Elle est, pour l’essentiel, incompatible avec la nature profonde des activités de service. En effet, les services sont par définition interactifs, et ils ont eu tendance à organiser leur activité d’innovation quasi naturellement selon un modèle interactif (Kline et Rosenberg, 1986), c’est-à-dire un modèle où interagissent des acteurs de différents départements.

Ceci semble être la règle même pour de lourdes bureaucraties comme les compagnies d’assurance. La mise au point, par exemple, d’un nouveau contrat d’assurance grand public implique la participation de juristes, d’actuaires, d’informaticiens, de spécialistes des règlements, de commerciaux et de clients. Si l’on prend l’exemple des consultants, on constate que ceux qui produisent l’innovation sont ceux-là même qui vendent les prestations (c’est-à-dire qui sont au contact du client). Il ne peut en être autrement dans des activités où une partie de l’innovation est produite à l’interface entre le prestataire et le client.

Cette interactivité (quasi naturelle) n’empêche pas, bien entendu, l’existence, dans certains cas, notamment dans les plus grandes entreprises, de départements spécialisés dans l’innovation. Mais il est rare que ce département soit le seul acteur de cette innovation. Il est presque toujours complété (et concurrencé) par des structures d’innovation formalisées mais non permanentes (groupes de projets à géométrie variable constitués de membres de différents départements) et, surtout dans les activités intensives en connaissance, par une forte activité individuelle informelle.

L’absence fréquente de département de R&D rend difficile la mise en évidence d’une activité de R&D autonome. Elle est pourtant bel et bien présente. Elle peut se retrouver dans l’activité des structures moins permanentes autres que les départements de R&D (les groupes de projet par exemple). Elle constitue le plus souvent une des facettes de projets d’innovation qui peuvent en effet comporter une activité analytique et conceptuelle parfois accompagnée de tests. Elle peut également prendre des formes qui échappent aux indicateurs nationaux et internationaux de R&D : celles des sciences humaines et sociales. Pour ne citer que ces seuls exemples : la psychologie pour le conseil en recrutement et la gestion des ressources humaines, et pour l’assurance: l’ethnologie, la sociologie, l’économie et la gestion, le droit et les sciences politiques, ou encore la cindynique (science du danger).
De l’innovation dans les services à l’innovation par les services : Les réflexions sur l’innovation dans les services passent régulièrement sous silence les multiples situations d’innovation par les services. En effet, aujourd’hui, de nombreuses activités de service ont inversé leur relation de subordination vis-à-vis de l’industrie en matière d’innovation technologique.

Autrement dit, elles produisent elles-mêmes, ou dans un rapport de force qui leur est plutôt favorable, leurs propres systèmes techniques. C’est le cas par exemple des guichets et distributeurs automatiques de banques, des robots de nettoyage, des machines de cuisson et de réfrigération dans la restauration rapide. C’est également le cas de certaines grandes chaînes de distribution qui exercent un véritable contrôle sur leurs fournisseurs et leur imposent des spécifications précises dans la fabrication de produits commercialisables (marques de distributeurs) ou de technologies de vente (Gallouj, 2004). Dans ce cas, on peut véritablement parler de fournisseurs technologiques dominés par les utilisateurs.

Une autre relation nous semble également importante qui illustre, s’il était nécessaire, l’implication des entreprises de service dans cette activité fondamentale qu’est l’innovation. Il s’agit en particulier du rôle que jouent certains prestataires (principalement les services intensifs en connaissance) dans l’innovation de leurs clients (notamment industriels). Qu’il s’agisse d’innovations organisationnelles, stratégiques, de produit, etc., ces prestataires de service assistent leurs clients de diverses manières, à des degrés variables et à différents moments du processus d’innovation. On peut ainsi véritablement parler d’un modèle d’innovation assisté par consultants (cf. Gallouj, 1994). Cette relation traduit à l’évidence une certaine inversion des rapports de force ou de domination intersectorielle.
Conclusion : La littérature économique est dominée (quantitativement) par des travaux consacrés à l’innovation technologique dans ses relations avec les services. Qu’ils se contentent d’examiner les impacts de l’innovation technologique sur les entreprises et les secteurs de services ou qu’ils proposent des constructions théoriques plus élaborées (théorie du cycle inversé, taxonomie des trajectoires d’innovation), ces travaux (de même que les enquêtes qu’ils inspirent) se révèlent insuffisants pour rendre compte de l’innovation dans les services dans toute sa diversité. Pour notre part, nous avons essayé de montrer que l’effort d’innovation est, au sein des secteurs de services, à la fois considérable et multiforme. Pour autant, il ne s’agit pas d’opposer industrie et services, bien au contraire. L’économie de l’innovation dans les biens et celle dans les services peuvent s’enrichir mutuellement. Ceci signifie que les activités industrielles peuvent s’inspirer des entreprises de service, par exemple dans la mise en place de modèles interactifs, et que les différentes formes d’innovation que nous avons mises en évidence dans ce complément peuvent s’appliquer également aux activités industrielles. Autrement dit, en sous-estimant l’innovation dans les services, c’est aussi l’innovation dans l’industrie que l’on sous-estime.

Nous nous contenterons d’évoquer ici et de montrer les limites des deux constructions théoriques (qui placent l’innovation technologique au cœur de leur analyse) qui nous semblent les plus achevées : le modèle du cycle inversé de Barras (1986 et 1990) et la taxonomie des trajectoires technologiques dans les services selon Soete et Miozzo (1990). Il s’agit là de deux analyses néoschumpeteriennes.
 Pour Barras, les différentes vagues d’informatisation (informatique lourde, mini-informatique, puis micro-informatique et réseaux) sont à l’origine d’un cycle de vie de l’innovation dans les services qui articule successivement une phase d’innovation de process incrémentale, une phase d’innovation de process radicale et une phase d’innovation de produit. Ce cycle de l’innovation est l’inverse du cycle traditionnel décrit dans l’industrie manufacturière, par Abernathy et Utterback (1978). L’innovation ne réside pas dans ces systèmes techniques eux-mêmes (ce qui constitue une avancée importante par rapport à la plupart des travaux «en termes d’impacts»), mais dans les changements qu’ils permettent à travers toute la gamme du spectre des processus d’apprentissage (apprentissage par la pratique, l’usage, l’interaction, le conseil…).

Les innovations de process incrémentales dominantes au cours de la première phase du cycle sont des innovations de back office: il s’agit, par exemple, de l’enregistrement informatisé des polices d’assurance, de l’informatisation des registres du personnel et des salaires. Les innovations de process radicales de la seconde phase du cycle concernent essentiellement le front office. Il s’agit, par exemple, de la gestion informatisée des listes d’attente d’attribution de logements dans les administrations municipales, des enregistrements «en direct» des polices dans les bureaux de certaines compagnies d’assurances, des tenues de comptes informatisées dans les entreprises d’expertise comptable. L’installation de guichets automatiques de banque appartient également à cette catégorie. Les innovations de «produit» quant à elles, sont encore relativement rares, pour l’instant. La banque à domicile en est l’illustration la plus évidente. Mais, il s’agit également de nouveaux services, encore au stade expérimental, comme les processus d’audit et de comptabilité, interactifs et entièrement informatisés, dans les entreprises d’audit ou encore le service totalement en direct dans les compagnies d’assurance. L’essor de ce type d’innovation dépend de l’existence d’une infrastructure informationnelle publique, susceptible de démultiplier les capacités des technologies permissives.

Ce modèle simple et suggestif présente un certain nombre de limites. Tout d’abord, il ne constitue pas une théorie de l’innovation dans les services, mais une théorie de la diffusion de l’innovation technologique d’origine industrielle dans les services. Ensuite, il ne rend pas compte des formes non technologiques de l’innovation. Ainsi, dans le cas de la banque, le modèle de Barras rend compte des guichets et distributeurs automatiques de banque en tant qu’innovation de process radicale, de la banque à domicile en tant qu’innovation de produit, mais il n’est nulle part question de nouveaux produits financiers, par exemple, qui constituent le cœur de l’activité financière et bancaire. Par ailleurs, même pour cet objet d’analyse restreint qu’est la technologie, le domaine de validité du modèle ne semble pas dépasser la frontière de services préindustriels de masse (banque, assurance, administration). Enfin, il existe d’autres technologies que les technologies informationnelles (par exemple les technologies de transport et plus généralement de traitement de la matière) qui jouent un rôle important dans les services, mais qui sont exclues du modèle.

 Soete et Miozzo (1990) pour leur part tentent d’adapter aux services la taxonomie des trajectoires technologiques sectorielles élaborée par Pavitt (1984). Ils mettent ainsi en évidence plusieurs trajectoires technologiques correspondant à différents secteurs de service :

• les entreprises dominées par les fournisseurs d’équipements et de systèmes techniques, qui sont peu innovantes et tributaires des fournisseurs industriels pour leurs technologies de process. On peut diviser cette première catégorie en deux groupes : les services aux particuliers (services de réparation, de nettoyage, de restauration, d’hôtellerie, de distribution de détail, de blanchisserie, etc.) et les services publics et sociaux (éducation, santé, administration publique) ;

• les entreprises en réseaux qui suivent une trajectoire technologique reposant sur la baisse des coûts et des stratégies de mise en réseau. Elles sont également divisées en deux groupes selon le type de support principal du service. La taxonomie distingue ainsi des réseaux physiques, constitués de entreprises dont la prestation porte sur des supports matériels (transport, commerce de gros) et des réseaux informationnels dont l’information codifiée constitue le support de la prestation (finance, assurance, communication).

On assiste ici à une inversion du rapport de force entre ces entreprises et les fournisseurs d’équipement à tel point que l’on peut parler de «fournisseurs industriels de technologies dépendant des services» ;

• les fournisseurs spécialisés et les services fondés sur la science, qui sont particulièrement actifs en termes d’innovations technologiques (appuyées éventuellement sur des activités de recherche-développement). Il s’agit en particulier des services aux entreprises intensifs en connaissance (informatique, ingénierie…).

Cette taxonomie remet en cause l’uniformité du comportement technologique des services, qui suivent tous, selon Pavitt (1984), des trajectoires «supplier dominated». Elle rend par ailleurs compte de la diversité des comportements au sein de ce secteur hétérogène. Deux critiques peuvent cependant lui être opposées. Tout d’abord, elle exclut les trajectoires d’innovation non technologique. Ensuite, elle conforte une conception déterministe et univoque des trajectoires d’innovation (un secteur donné est associé à un comportement technologique donné) alors qu’une même entreprise ou un même secteur peuvent articuler, de différentes manières dans l’espace et le temps, des trajectoires différentes. Autrement dit, plusieurs trajectoires peuvent être à l’œuvre dans un même secteur ou une même entreprise, qui peuvent se renforcer mutuellement, se concurrencer ou coexister en s’ignorant.


1 dans Vers la société post-industrielle  paru en 1973 en France

2 dans La société post-industrielle paru en 1969.

3 «L’importance toujours plus grande des connaissances techniques et du savoir faire professionnel fait de la formation scolaire et universitaire une condition d’admission à la société post-industrielle elle-même»(Daniel Bell, les contradictions culturelles du capitalisme, 1976, p.178)

4 «Dans cette société, le centre de gravité se déplace de plus en plus nettement vers le « secteur du savoir», qui absorbe une part croissante du PNB»(ibidem, p.259)

5 dans The clash of progress and Security, 1935

6 En 2006, la production de biens représentait 19,8% du PIB aux EU : les produits manufacturés 12,1% ;le bâtiment 4,9% ; les forages pétroliers, l’extraction du gaz et l’exploitation minière 1,9% et l’agriculture moins de 1%

7 extrait de Hubert Bonin, «Tertiaire et histoire économique : quelques mises au point sur la fonction des services dans la croissance», Historiens et Géographes, mai 2002


8 On retrouve l’ idée de la construction sociale et institutionnelle de l’économie de marché(note JPB).

9 On retrouvera cette dynamique avec l’émergence des «nouveaux valets» depuis les années 1980.

10 Comme déjà précisé ailleurs, je préfère le terme de «troisième révolution technique»(note JPB)

11  infra Paragraphe 2 (note JPB)

12  infra paragraphe 2, III, «De l’innovation dans les services à l’innovation par les services»

13 Se souvenir ici de la partie sur le rôle du vieillissement dans la croissance, colles Q1 (note JPB)

14 En 2004, Assistance Publique-Hôpitaux de Paris était le quatrième employeur en France avec près de 104 000 personnes.

15 D. Cohen souligne par exemple que Renault se revendique désormais «concepteur d’automobiles»

16 suivant l’expression de Jean Gadrey dans L'émergence d'un modèle de service, 2002.

17 Il faut se souvenir ici que la Comptabilité nationale traite encore l’essentiel des investissements immatériels comme des consommations intermédiaires ( cours Comptabilité nationale)

18 William Baumol, William Bowen, Performing Arts. The Economic Dilemma,1966. En 1965, la fondation Ford s’inquiétant des besoins croissants des théâtres de Broadway, charge ces deux auteurs d’analyser la situation économique du secteur. Les deux économistes vont construire un modèle à deux secteurs, un secteur archaïque et un secteur progressif. Du fait du statut qu’y occupe le travail, le spectacle vivant appartient au secteur archaïque qui se caractérise par l’impossibilité à générer des gains de productivité. En effet, le travail est constitutif du produit fini dans la mesure où il est impossible de le remplacer sans dénaturer le spectacle. Dans ce secteur, les coûts de main d’œuvre ne sont pas réductibles et les gains de productivité du travail sont nuls, contrairement au secteur progressif. Par exemple, il faut toujours autant de musiciens pour représenter un opéra de Mozart, il est impossible de jouer un quatuor en remplaçant un musicien par une bande enregistrée, il faut toujours autant d’acteurs pour jouer le Misanthrope, etc. et ces artistes ont toujours besoin du même temps de répétition. Pas de place pour la substitution du capital au travail ou pour la taylorisation de celui-ci. Le problème central vient alors du fait que les salaires du spectacle vivant s’alignent sur le secteur progressif où les gains de productivité permis par l’innovation entraînent une hausse des salaires. Il s’ensuit une croissance permanente des coûts relatifs du spectacle vivant. Cette «maladie des coûts» caractérise l’ensemble des secteurs où le travail est une fin en soi et la qualité jugée en termes de volume de travail : les artistes sont les constituants essentiels du produit fini et non des intermédiaires. Voilà pourquoi l’activité du spectacle est peu rentable.

19 Hilda et William Baumol, Inflation and the performing arts, 1985

20 extrait du rapport du Conseil d’ Analyse Economique, Désindustrialisation et délocalisations, janvier 2005.

21 extrait à rattacher aux colles précédentes sur les révolutions industrielles nationales (note JPB)

22 L’exemple de l’édition de logiciels aux États-Unis illustre bien la capacité de maîtrise d’une technologie. Alors que les entreprises américaines externalisent le développement de leurs logiciels en Inde ou ailleurs, la partie de conception pure reste exclusivement réalisée aux États-Unis. Une difficulté majeure pour les entreprises réside dans la capacité à maîtriser les transferts technologiques, le pas à franchir apparaît souvent comme infime.

23 idem

24 Titre inspiré du livre de Faiz Gallouj, Innovation in the Service Economy : The New Wealth of Nations, 2002

25 suivant la définition de Smith, on peut penser que les improductifs représentaient en France 25 % de la population active à cette époque.

26 comme le soutiendront par exemple Lorenzi et alii dans  La crise du XX ème siècle, paru en 1980.

27 NB: Toutes ces analyses ont un fort préjugé industrialiste: l’industrie est au coeur de la croissance et les services restent à sa périphérie en épongeant ses surplus et ses effectifs. Certains ont d’ailleurs noté que les premières décompositions de l’activité se sont développées dans les années 1930, période où les besoins d’éponger un chômage de masse apparaissent pour la première fois.

28 in  Services: la productivité en question ,1996

29 Le dénominateur est logiquement le temps de travail – productivité du travail = produit/temps de travail- mais le numérateur est ici aussi le temps de travail !

30 c’est le sens des remarques faites dans le rapport Boskin en 1996 aux E.U. Le problème est que ce rapport est très optimiste sur les possibilités de réduire ce biais, avec le même paradigme industrialiste !

31 Conseil d’analyse économique, Productivité et emploi dans le secteur tertiaire, paru en 2004

32 Lucie Gonzalez et Fabrice Lenseigne, «Mesure de la productivité dans les services : le cas français», Rapport CAE, 2004

33 Jonathan Gershuny, The Self Service Economy, 1977 et, la même année, “Post-Industrial Society: The Myth of The Service Economy”

34  voir éventuellement le livre de Jacques Généreux, pages 45 à 48

35 Dans la lignée des travaux de Ronald Coase (The nature of the firm, 1937), dont les principes de base ont été repris par Oliver Williamson (Market and hierarchies ,1975), certains économistes considèrent que la coordination des activités peut se faire par le truchement d'échanges sur le marché («faire faire», à l'extérieur), ou peut se faire dans le cadre de l'entreprise, sur la base de principes de procédures hiérarchiques («faire»). Le choix se fait sur la base de l'efficacité de la forme de coordination choisie d'où la mise en évidence de «coûts de transaction». Le recours au marché est source de coût car il nécessite de trouver le prestataire compétent, de se mettre d'accord sur les conditions et modalités de la fourniture de la prestation et d'obtenir des garanties sur la fiabilité dans le temps du prestataire.

Si les coûts de production sont proches, à l'extérieur et à l'intérieur de l'entreprise, la rationalisation du choix entre solution interne (faire) et externe (faire faire) fait apparaître que, plus la fréquence d'utilisation est élevée, plus l'entreprise cherchera à internaliser (pour éviter la répétition des coûts de transaction externes), et que, plus le besoin est spécifique, et plus l'entreprise cherchera encore à internaliser l'activité en question (à l'inverse, des services banalisés ou standardisés peuvent être plus facilement fournis par d'autres, au gré des besoins)

Une telle analyse peut elle être applicable aux activités de services et l'entreprise rationalise t elle ses choix de la même manière? Il semble qu'elle ne puisse l'être que de manière très partielle. L'application de la théorie des coûts de transaction devrait conduire, dans le cas des services, à donner systématiquement la préférence aux solutions internes (compte tenu de la spécificité de la relation de service, qui est souvent co-produite).

36 Economiste italien, membre du Club de Rome. Il est l’auteur de les limites du certain : affronter les risques dans une nouvelle économie de service, 1990 ainsi que d’un rapport du Club de Rome, Le plein emploi dans une économie de service (2000)

37 On peut lire dans l’«entreprise réseau» de la fin du XX ème et du début du XXI ème comme la forme moderne du «putting out system»  colles suivantes.


38 Extrait de Camal Gallouj et Faïz Gallouj, «L’innovation dans les services», dans le rapport du Conseil d’analyse économique, Productivité et emploi dans le tertiaire, 2004

39 Les principaux mythes dont il est question sont les suivants : le mythe du secteur résiduel, le mythe de la faible productivité et de la faible intensité capitalistique des services et, enfin, le mythe de la société de service comme société de serviteurs (c’est-à-dire fondée principalement sur le développement d’emplois à bas niveaux de qualifications).

40 On notera que cette forme d’innovation est particulièrement fréquente dans les activités de conseil et plus généralement dans les activités de service intensives en connaissances, où elle consiste en l’utilisation et en la mise en synergie de connaissances et d’expériences (passées), afin de créer des solutions inédites ou des connaissances nouvelles qui modifient positivement la situation du client.

41 Le concept «Formule 1» repose ainsi sur un «service minimum», sans restaurant (seul le petit-déjeuner est assuré), sans toilettes et douche à l’intérieur des chambres, etc. L’accès s’y fait en libre-service en dehors des heures de réception qui sont très restreintes.
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