Dans les communautés traditionnelles, les relations sociales étaient facilitées par la taille relative des villages








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date de publication19.03.2018
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Thierry Brugvin

Sociologue

DENSIFIER ET VEGETALISER LES PETITES VILLES ET LES GROS VILLAGES :

L’AVENIR DES PAYSAGES URBAINS ET RURAUX
La crise écologique au travers de l’empreinte carbone et de l’empreinte écologique pousse à la prise de conscience d’une nouvelle organisation des déplacements et de l’habitat. Or, les choix urbanistes n’ont pas seulement une fonction pratique, mais ils contribuent à modifier le paysage urbain, mais aussi rural.
Dans les communautés traditionnelles, les relations sociales étaient facilitées par la taille relative des villages. Cependant, cela pouvait être aussi relativement étouffant ou sclérosant. Pour les décroissants, la solitude individualiste dans des mégalopoles sera remplacée par plus de relations sociales, grâce à la création de réseaux sociaux situés dans de petites villes ou des villages.

Mais créer une multitude de maisons et de villages dans les campagnes n’est pas viable par ce que cela suppose d’importants déplacements entre les villages et/ou la ville la plus proche. Seul une autonomie quasi complète, sur le plan économique, sociale ou relationnelle permettrait d’éviter les déplacements en excès, ce qui semble assez difficilement envisageable à présent.

Pourtant, on estime que « que 80% du travail d’autrui consommé par un individu est produit dans un rayon de 20 km autour de lui »1. La vie est en réalité largement locale, mais la mondialisation tend à nous en écarter de plus en plus créant une perte d’autonomie et des dégâts écologiques. En effet, sur le plan de l’empreinte écologique, l’excès de déplacement a un coût écologique important (pétrole, CO2, métaux du véhicule…). Il en est de même pour l’idée d’avoir chacun sa maison. Pour ces différentes raisons, notamment économiques, l’humanité va progressivement chercher à minimiser le coût écologique de son habitat et de ses déplacements, en favorisant le développement de gros villages ou de petites villes.

Chez Takis Fotopoulos, « la démocratie généralisée que préconise cet auteur suppose une "confédération de dèmoï", c'est à dire de petites unités homogènes de 30 000 habitants environ. Ce chiffre permet, selon lui, de satisfaire localement la plupart des besoins essentiels. Contrairement aux idées reçues, la taille ne serait pas un "déterminant exclusif ni même décisif de la viabilité économique"2. Il faudra probablement’’, précise-t-il, « morceler en plusieurs ‘’dèmoï’’ de nombreuses villes modernes étant donné leur gigantisme »3.

"La nouvelle organisation politique pourrait être, par exemple, une confédération de groupes autonomes (aux niveaux régional, continental et mondial) oeuvrant à la mutation démocratique de leurs communautés respectives »4.

Cette utopie démocratique locale rejoint les idées de la plupart des penseurs d'une démocratie écologique, comme l'anarchiste Murray Bookchin. « Il n'est pas totalement absurde, écrit ce dernier, de penser qu'une société écologique puisse être constituée d'une municipalité de petites municipalités, chacune desquelles serait formée par une "commune de communes" plus petites (...) en parfaite harmonie avec leur écosystème5. « Cela rejoint la vole tracée par le mouvement des " villes lentes " (Slow City), à la suite de celui des Slow Food. Il s'agit d'un réseau mondial de villes moyennes qui limitent volontairement leur croissance démographique à 60 000 habitants »6.

La conception écologiste consiste à densifier la ville. Mais il ne s’agit pas de créer des villes inhumaines, flanquées d’immenses immeubles collés les uns contre les autres. Comme dans certaines citées de banlieues devenues invivables, car leurs habitants étouffent coincés entre des murs grisaillant en béton armé, telles des prisons ouvertes. En un mot des paysages de désolation telle que le furent certaines villes soviétiques.

Les systèmes communistes soviétiques ont généralement privilégié la satisfaction des besoins essentiels, plutôt que la consommation ostentatoire7 comme dans les sociétés capitalistes. La culture, la beauté de l’architecture qui contribuent à l’édification du paysage urbain supposent un cout financier souvent conséquent. Or, l’économie soviétique fonctionnait au ralenti malgré des choix fondés sur le productivisme, notamment par un rôle excessif de la planification centralisée. Les dirigeants soviétiques ont donc considéré que le développement de la beauté urbaine était un choix politique superflu. L’esthétique soviétique était industrialiste, car ce secteur était celui de « la ’’navrante’’ dictature du prolétariat » et il devait permettre l’autonomie économique et donc politique. Elle visait donc aussi à rompre avec l’esthétique bourgeoise et capitaliste. Elle était fondée sur l’humilité des prolétariats industriels dévoués à la cause commune et de la simplicité du travail manuel, mais aussi sur le culte de la puissance du parti communiste et de ses grands timoniers.

Jusqu’à la chute du mur de Berlin, dans les nations soviétiques, ce type de choix architecturaux a engendré une ambiance générale générant une impression de grisaille, de froideur, voire de déprime, de dépression psychique et finalement économique. L’égalisation des conditions de vie conduisait à l’uniformisation des choix de mode de vie, à édifier des immeubles uniformes à la géométrie cubique et répétitive engendrant des paysages gris et monotones.

Ces choix esthétiques s’expliquent aussi par le fait que les monarchies de même que les pays capitalistes ont toujours attaché beaucoup d’importance à la beauté clinquante, aux signes extérieurs de réussites économiques. Ainsi, au XXI siècle les grandes capitales occidentales construisent des buildings de métal et de verre très élancés. Ils sont généralement fondés sur une esthétique futuriste d’inspiration technologique, reflétant la lumière, jouant sur les transparences… Leur cout de construction est souvent considérable. Ces buildings sont synonymes de puissance et de performance technologique. Ils visent parfois à démontrer la réussite économique de leurs résidents.


Cependant, à présent se développe aussi une esthétique du végétal, à l’instar du « landscap art », l’art paysagé et naturel ou des tableaux du peintre Hundertwasser, de ceux de Luc Schuiten dessinant « des cités végétales ». Cette architecture consiste notamment à utiliser des matériaux naturels, tels que le bois et les plantes, par exemple avec des toits végétalisés. Ceci vise notamment de retrouver une certaine harmonie avec la nature, mais aussi à améliorer le rapport cout/efficacité de l’isolation énergétique.

Par contre, les investissements financiers dans les quartiers pauvres des nations capitalistes restent minimalistes la plupart du temps. Dans ces zones, « c’est la zone », l’architecture est donc réduite au coup minimum. Le choix se limite donc à des grandes barres linéaires et répétitives, qui rappelle donc logiquement la morosité des paysages urbains soviétiques.

Entre la beauté clinquante onéreuse et superficielle du capitalisme et l’esthétique déprimante des ex-nations soviétiques, il y a sans doute une juste voie à trouver. Une architecture écosocialiste du « bien vivre » serait donc plutôt fondée sur des couleurs claires et simples, sur petits immeubles aux formes créatives et variées contribuant à la joie de vivre, au « buen vivir » de leurs habitants, mais avec des coûts relativement modestes.

En 1923, Gustave Perret a réalisé la première chapelle en béton brut et apparent. Depuis, de nombreux architectes occidentaux ont prôné la beauté du béton brut sans peinture. D’autant que c’est le moins onéreux. C'est pourquoi les architectes le réservent généralement à l’habitat des plus pauvres. Mais lorsque le béton est situé à l’extérieur de longues trainées noires de moisissure sale viennent rapidement l’enlaidir. Lorsque les architectes proposent des constructions en béton apparent pour plus riches, ceux-ci disposent des ressources financières pour nettoyer leurs murs régulièrement au karsher, ou pour les repeindre régulièrement en laissant tomber le béton apparent. Mais ce dernier est généralement limité aux pièces intérieures protégées de la pluie donc de la moisissure…

Parfois, le fait simplement de repeindre régulièrement les murs gris suffit à égayer une rue. La beauté urbaine ne nécessite pas forcément un coût financier beaucoup plus important. La beauté du paysage urbain et rural n’est donc pas une composante superflue de la vie et de la ville. Elle contribue au bien vivre des habitants et donc à pacifier les relations sociales. Se relier au vivant, au végétal, à la nature est une condition pour retrouver une qualité de vie profonde, pour ceux qui n’ont pas encore perdu leur racine et leur caractère « d’homme vrai ». C’est ainsi que certains peuples premiers se nomment en opposition aux citadins matérialistes et technophiles. Pour croître les végétaux suivent des lois biologiques et physiques fondées sur des lois naturelles dont se coupent de plus en plus les humains des mégapoles. Ce qui engendre dans notre civilisation, des déséquilibres physiques, psychiques, des maladies, du stress, des dépressions… En plus de la bétonnisation, les nouvelles technologies tendent à couper l’homme de ces semblables, de la nature et du vivant. Le téléphone portable en est le parfait symbole, il est quasiment greffé dans la main et les yeux des adolescents élevés depuis le biberon à la « culture Geek », « décommunicant » entre eux par mails et sms.

Richard Reynolds a ainsi rédigé un ouvrage intitulé « la guérilla jardinière » (Ed. Yves Michel, 2010) qui explique l’essor de ce mouvement pour revégétaliser les villes. La guérilla ne se fait pas par les armes, mais par exemple avec des bombes végétales. Elles ne sont pas composées d’explosif chimique, mais de la puissance vitale des graines naturelles, qu’on lance dans des zones inaccessibles et bétonnées, afin que se développent de jolies fleurs au milieu des villes grises et bétonnées. La révégétalisation urbaine vise « A créer un meilleur cadre de vie, car la couverture végétale fournit de l'ombre, de l'oxygène tout en nous procurant une isolation sonore et thermique et en évitant des inondations provoquées par l'imperméabilisation des sols. A encourager les citadins à pratiquer l'agriculture, le jardinage et à toucher la terre, geste de plus en plus rare en ville. A réintroduire la biodiversité sur les murs bétonnés de nos villes. A favoriser les échanges au sein de son quartier notamment en créant un jardin partagé qui est un lieu propice aux liens sociaux8. » De nombreuses associations militent pour le développent des jardins partagés, tel le réseau du Jardin dans Tous Ses Etats depuis 1997.

Une densification humaine et écologiste devrait donc plutôt viser à développer un habitat composé de petits immeubles à 3 ou 4 étages maximums entourés de beaucoup de végétation diffusant de l’oxygène, de la vie et de la beauté naturelle et harmonieuse. Ce nouvel urbanisme remplacerait les cités composées de grandes barres, mais aussi les zones pavillonnaires situées dans les périphéries urbaines. Ces dernières viennent dévorer les meilleures terres agricoles entourant les communes.
Contre cette disparition de plus en plus rapide des terres agricoles liées à l’urbanisation (habitations, zones commerciales, routes, parking...) une «  campagne nationale pour la création, la préservation et l’extension des ceintures vivrières autour des agglomérations » une campagne nationale a été lancée en mars 2011 par l’association «Relocalisons ». Car « 54 000 ha de terres agricoles disparaissent, chaque année, en France : l’équivalent d’un département est ainsi englouti sous le goudron et le béton, tous les 7 ans. Ces terres sont remplacées, à 50%, par des maisons individuelles et à près de 20%, par le développement du réseau routier, accompagnant cette expansion. A cela s’ajoute ici un aéroport, là une plateforme logistique pour la grande distribution, une zone commerciale, etc. Le nombre d’exploitations a ainsi été divisé par deux, en 20 ans, tandis que leur surface moyenne a presque doublé (42 à 77 ha) »9.
L’initiative des villes en transition vise à développer l’autonomie locale par la relocalisation. « C’est en 2005, dans la petite ville irlandaise de Kinsale que sont nées les principales idées qui devaient ensuite donner naissance au réseau des Transition towns. Un professeur de permaculture nommé Rob Hopkins10, militant écologiste déjà conscient ». Totnes est « une ville de 9 000 habitants au sud-ouest de l’Angleterre.  Avec son groupe d’amis militants, Rob Hopkins réussit « à fédérer toutes les expériences éparses pour proposer une ’’vision’’ alternative de ce que pourrait être Totnes en 2030, presque sans pétrole ». « Par bouche-à-oreille militant et par ouï-dire médiatique, plusieurs autres groupes locaux de transition s’étaient déjà formés dans d’autres villes du Royaume-Uni. Ces groupes étaient une cinquantaine à s’être manifesté auprès des animateurs du réseau en 2008. Deux ans plus tard, ils étaient « 300, à des stades d’avancement très variés. Désormais, la tendance est également à l’internationalisation du mouvement (...).  L’un de leurs exemples historiques favoris pour parvenir à leur but, est la manière par laquelle le Royaume-Uni a su résister au blocus dont il était victime pendant la Seconde Guerre mondiale : du jour au lendemain, le pays entier a dû en revenir à une forme d’autosuffisance alimentaire, et cela ne fut possible que parce qu’il existait encore dans la population des savoir-faire aujourd’hui plus confidentiels, comme entretenir un potager, faire des conserves, élever des poules ou des lapins, réparer, coudre, bricoler… Le « ré-apprentissage des savoir-faire » est donc l’un des autres chevaux de bataille des Villes en transition, qui tentent de revivifier la vie locale en suscitant le partage de ces connaissances pratiques dans les écoles, dans les maisons de retraite, dans les associations locales, dans les kermesses, etc. » 11.

« Dans l’approche proposée par les Villes en transition, le rationnement apparaît comme l’une des solutions les plus désirables pour partager équitablement l’énergie lorsqu’elle viendra à manquer, et il y a même de fortes raisons de penser que cette solution s’imposera à nous comme une évidence lorsque les premières pénuries se feront sentir»12 .
Ce mode d’organisation relocalisée offre l’avantage de permettre une autonomie socio-économique, mais aussi politique, c'est-à-dire une autogestion et une qualité de vie, du fait de la proximité de la relation à la nature notamment. Il s’agit donc de passer d’une solitude individualiste dans des mégalopoles, vers plus de relations dans de petites villes ou de très gros villages.

Thierry Brugvin

Sociologue

L’antiproductivisme (dir. M. Lepesant)

Co-Auteur de Pour une décroissance de gauche (dir. Paul Ariès)

Le magazine les zindignés sur les alternatives (dir. Paul Ariès)

Commerce équitable et éthique : opportunités et limites, l’Harmattan


1 PICARD Jacques, Territoires n°431, octobre 2002.

2 FOTOPOULOS Takis, Vers une démocratie générale, Une démocratie directe écologique et sociale, Seuil, Paris, 2002. p. 115, in Latouche, 2006.

3 FOTOPOULOS Takis , Op. cit. p. 215, in Latouche, 2006.

4 FOTOPOULOS Takis , Op. cit.. p. 243, in Latouche, 2006

5 LATOUCHE Serge, Le pari de la décroissance. 2006.

6 LATOUCHE Serge, Le pari de la décroissance. 2006

7 THORSTEIN Veblen, 1970 (1899), Théorie de la classe des loisirs, Paris, Gallimard.

8 COLIBRIS, Révégétaliser l’urbain, http://www.colibris-lemouvement.org/agir/guide-tnt/revegetaliser-lurbain, 2013.

9 RELOCALISONS, Campagne nationale pour la création, la préservation et l’extension des ceintures vivrières autours des agglomérations, http://relocalisons.wordpress.com/

10 HOPKINS Rob Manuel de transition, de la dépendance au pétrole à la résilience locale, Ecosociété / Silence, 2010.

11 SEMAL Luc, De Totnes au réseau des Villes en transition Mouvements, septembre 2010.

12 L. SEMAL et M. SZUBA, « Villes en transition vers le rationnement », Silence n° 379, mai 2010.

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