I les projets de William Boltyn








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Départ de Ned Hattison


Le lendemain matin, Hattison débarquait de bonne heure à Skytown, et pénétrait dans le laboratoire, où Ned était justement en train d’examiner les résultats d’une curieuse expérience.

Vêtu d’une longue blouse grise, il paraissait fort occupé à projeter, dans une immense cuvette de verre, des boules brunes qu’il puisait avec de longues pinces dans un récipient plein d’huile.

– Qu’est-ce, ceci ? fit distraitement Hattison.

– Oh ! dit Ned sans cesser de surveiller ses boules, qui au contact de l’eau s’enflammaient et brûlaient avec de petites détonations, c’est tout simplement le feu grégeois.

– Comment, le feu grégeois ?

– Oui, ce fameux moyen de destruction qu’employaient autrefois les Grecs pour incendier les flottes arabes. Il brûlait dans l’eau ; et, au dire des chroniqueurs qui en ont parlé, il était absolument inextinguible. En voici quelques échantillons dans ce bocal.

– Et avec quoi fabriques-tu cela ?

– Oh ! c’est bien simple. Le premier venu, avec un traité de chimie élémentaire et après cinq minutes de réflexion, en saurait tout autant que moi.

– Mais encore ?

– Tout simplement un composé de ces métaux alcalins qui, comme le potassium et le sodium, se décomposent au contact de l’eau, et que j’unis, dans certaines proportions, à des substances grasses et à des azotates.

– Voilà, certes, un beau résultat.

– Je ne suis pas encore satisfait. Je voudrais obtenir mon feu grégeois à l’état liquide, afin de pouvoir en remplir des obus. Si je réussis, on pourra incendier toute une flotte ou toute une ville avec cinq ou six projectiles, et je passe sous silence l’effet foudroyant qu’ils produiraient sur un corps de troupe.

Hattison resta un moment silencieux, en regardant se consumer, avec de grandes fumées blanchâtres, les dernières boules de feu grégeois qui tournaient, en crépitant sur l’eau, avec de petites détonations.

Puis, brusquement.

– Voilà qui est très bien, mon cher Ned, dit-il. Mais, si tu veux, pour aujourd’hui, nous laisserons de côté la chimie.

– Vous voulez sans doute me parler balistique.

– Nullement.

– Ou sous-marins ?

– Pas davantage.

Et la figure du vieux savant s’éclairait d’un sourire malicieux.

– Alors ?

– Je viens tout simplement te parler mariage.

Ned, dont le front s’était rembruni, demeura silencieux.

– Oui, mon cher Ned, poursuivit l’ingénieur. Et la fiancée que j’ai à te proposer est jeune, belle, richissime et intelligente. De plus, elle t’aime.

– Elle s’appelle ?

– Miss Aurora Boltyn.

– Mon père, répondit Ned, je vous ai dit souvent que je me trouvais encore trop jeune pour le mariage, et je persiste dans cette résolution. J’ai encore beaucoup à travailler avant d’être arrivé à conquérir, pour l’offrir à celle que j’aimerai, une renommée digne de celle que vous avez acquise. Quoique flatté de la recherche de miss Boltyn, mon intention bien arrêtée est de refuser.

– Mais, cette obstination est ridicule ! Tu ne retrouveras jamais une occasion pareille.

– Je n’y tiens pas. Jusqu’ici, la science a suffi à mon bonheur. Je ne désire rien de plus pour l’avenir que de continuer à demeurer votre collaborateur. Si vous voulez bien, mon père, nous ne parlerons plus de ce projet.

À cette réponse, Hattison, en qui, depuis le commencement de l’entretien, couvait une sourde colère, éclata tout à coup en paroles furieuses.

– Ton entêtement est stupide. Tu diriges ton existence en maladroit ; et, qui plus est, tu bouleverses les grands projets que j’avais formés. Tu me compromets !

– Je vous compromets ? demanda Ned avec un grand calme.

– Oui, tu me compromets avec tes refus dictés par l’orgueil d’une présomptueuse jeunesse. Et si je m’étais engagé, moi ! Si j’avais donné ma parole pour ce mariage !

– Mon père, vous auriez eu tort. Il fallait d’abord me demander mon avis.

– Pouvais-je supposer que, sous tes airs d’homme pratique, tu dissimulais des instincts aussi puérilement orgueilleux ! Quoi qu’il en soit, maintenant, il est trop tard. Il faut que tu épouses miss Boltyn ; je le veux, et je te l’ordonne. Tu me sauras gré, plus tard, d’avoir été plus raisonnable que toi.

– Je vous ai déjà dit, mon père, dit Ned d’un ton très ferme, que je ne voulais pas me marier. Une fois pour toutes, qu’il ne soit plus question de cela entre nous.

– Eh bien, soit ! s’écria Hattison, parvenu au dernier degré de la fureur. Tu fais fi des conseils de mon expérience ; tu bouleverses mes plans grandioses ! Va-t’en !... Je te renie pour mon fils et pour mon collaborateur. Tu es désormais un étranger pour moi. Je t’ai donné la science pour te défendre dans la lutte pour la vie ; je ne te dois plus rien. Et, fais en sorte que je ne te rencontre jamais sur mon chemin.

Hattison s’éloigna à grandes enjambées, en fermant avec violence la porte du laboratoire.

Quelques instants après, il remontait dans un train de chemin de fer de glissement, à destination de Mercury’s Park.

Après le départ de son père, Ned, que cette scène violente avait d’abord profondément attristé, reprit vite son courage.

Il s’occupait à classer les papiers et les appareils qui étaient sa propriété personnelle, en réfléchissant à quels industriels il allait pouvoir s’adresser pour obtenir une place d’ingénieur, lorsque, de nouveau, la porte du cabinet de travail s’ouvrit.

Ned se retrouva face à face avec son père.

Mais, toute la colère de l’inventeur paraissait tombée ; et c’est avec une douceur et une résignation apparentes qu’il dit :

– Mon cher fils, j’ai eu tort de m’emporter tout à l’heure. Je comprends qu’à ton âge on aime à être le maître de ses actions. Je ne te parlerai plus de ce mariage, mais je viens te demander une faveur. Pour conserver les immenses capitaux que les milliardaires mettent à ma disposition, pour réaliser les vastes projets qui nous donneront gloire et fortune, il ne faut pas que William Boltyn connaisse ton refus que tu dis être irrévocable.

– Mais, dit Ned, je ne vois guère le moyen.

– Le moyen existe. Est-ce qu’un voyage en Europe te déplairait ?

– Pas du tout. Bien au contraire.

– Eh bien, alors, tout peut encore s’arranger. Tu vas partir d’ici quelques jours pour Londres, d’où tu te rendras à Paris, muni d’autant d’argent qu’il te sera nécessaire. Tu pourras aisément surprendre les plus intéressantes découvertes, militaires et scientifiques de nos ennemis. Je vais faire entendre à nos milliardaires que ce voyage est indispensable, et qu’il faut qu’il dure un an.

– Mais miss Aurora ?

– Miss Aurora ? Je ferai comprendre discrètement à son père que tu ajournes ta réponse jusqu’à ton retour, que ton absence est absolument nécessaire à l’œuvre commune. Il est trop pratique pour ne pas se rendre à mes raisons.

– Oui, mon père. Mais l’année une fois terminée ?

– Oh ! l’année une fois terminée, il importera peu que tu épouses ou que tu n’épouses pas Aurora. D’abord, elle aura pu t’oublier. Puis, toi-même, tu changeras peut-être d’avis. De plus, l’affaire de Mercury’s Park aura été poussée trop loin. Trop de capitaux auront été engagés pour qu’il leur soit possible de revenir sur leur décision.

– Soit, dit Ned, après un instant de réflexion, j’accepte votre proposition. Je vais faire mes préparatifs de voyage.

Et, loyalement, Ned Hattison tendit la main à son père, qui la serra vigoureusement.

Toutefois, dans l’âme du vindicatif savant, cette réconciliation n’était pas sans arrière-pensée.

Le lendemain de cette mémorable entrevue, Hattison était reçu par William Boltyn, dans l’hôtel de la Septième Avenue.

Il expliqua au milliardaire l’imminence du départ de Ned.

Il fallait se hâter, car les savants anglais, allemands et français, étaient, d’après des avis secrets qu’il avait reçus, sur la piste de découvertes merveilleuses.

Quant au mariage, c’était, bien entendu, une affaire arrêtée.

D’ailleurs, Ned enverrait fréquemment de ses nouvelles et reviendrait grandi par le succès et formé par le voyage.

À en croire l’ingénieur, son fils se jugeait indigne de la main de miss Aurora, et il voulait absolument la mériter par quelques travaux peu ordinaires.

Hattison pria même William Boltyn et sa fille de ne pas faire allusion au mariage en présence de Ned, alléguant la timidité du jeune homme.

Hattison employa tant d’habiles sous-entendus, eut l’air si effrayé en parlant des savants européens, enfin fit avec tant d’éloquence une peinture de l’amour et de la timidité de son fils, que Boltyn ne soupçonna pas un seul instant la vérité.

– Si mon fils, conclut hypocritement l’inventeur, n’est pas venu lui-même vous saluer, c’est qu’un retard d’un seul jour l’exposait à manquer le paquebot. Et il n’en eût pas trouvé d’autre avant une huitaine.

– Nous en aurions affrété un pour lui seul, dit majestueusement William Boltyn.

– Je sais que vous pourriez le faire. Mais il faut éviter toute dépense inutile de temps et d’argent.

Hattison, retenu à dîner par son hôte, répéta à miss Aurora ce qu’il avait dit à son père et parvint à la leurrer de la même façon.

Mais elle prit la chose avec moins de philosophie.

Pendant tout le repas, elle eut le cœur gros, et elle se retira de bonne heure dans ses appartements.

Elle y avait à peine pénétré, que quelqu’un frappa discrètement à la porte.

C’était le mélancolique Tom Punch, venu, disait-il, en s’excusant de son intrusion près de sa maîtresse, pour implorer d’elle une grande faveur.

Aurora, comme son père, avait beaucoup d’indulgence pour le majordome.

Elle l’accueillit avec bienveillance.

Tom Punch venait d’avoir une idée de génie.

Tout en servant à table, il avait appris le départ de Ned Hattison.

Il avait en même temps remarqué la tristesse d’Aurora, et il venait tout simplement prier la jeune fille d’intercéder près de son père pour l’envoyer, lui, Tom Punch, en Europe, avec Ned.

Chaque semaine, il enverrait à William Boltyn une lettre détaillée sur Ned et, en même temps, il veillerait sur lui.

Cette prétention fit sourire Aurora.

La cause de Tom Punch était déjà plus qu’à demi gagnée.

Il ajouta, enfin, qu’il importait fort qu’il se mît au courant des dernières nouveautés culinaires et gastronomiques.

– Mais, dit Aurora, Ned est parti.

– Pour New York, oui. Mais il n’est pas encore embarqué. En prenant le premier train rapide à la gare de l’Atlantic, je puis encore le rejoindre à New York.

– Tu as réponse à tout. Je vais prévenir mon père immédiatement.

William Boltyn trouva l’idée bizarre, mais excellente, puisqu’elle venait de sa fille.

Et, un quart d’heure après, Tom Punch, dûment muni de bank-notes et armé d’une grosse valise, sautait dans un cab et se faisait conduire à la gare de l’Atlantic Railway.

XI



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