I les projets de William Boltyn








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Bellevillois et Yankee


Une ville comme Paris a besoin de joie.

Contre les ennuis et les déceptions dont chaque être a sa part, contre les déboires de la quotidienne lutte pour la vie, contre le dégoût des insuccès, il faut un remède, une sorte d’élixir moral qui chasse la rancœur, stimule les efforts.

Cet élixir, c’est la chanson.

De tout temps, on a chanté à Paris.

Dans les heures prospères aussi bien que dans les détresses, dans l’abondance comme dans la disette, dans la paix comme dans la guerre, les strophes, railleuses ou sentimentales, gaies ou tristes, se sont toujours envolées des lèvres et des cœurs, même aux instants les plus critiques de l’histoire.

En parlant du Français, J.-J. Rousseau écrivait : « On dirait que la chanson est l’expression naturelle de tous ses sentiments. »

« On chantait quand les Anglais démembraient le royaume », dit un autre écrivain, M. de Jouy ; on chantait pendant la guerre civile des Armagnacs, pendant la Ligue, pendant la Fronde, sous la Régence ; et c’est au bruit des chansons de Rivarol que la monarchie s’est écroulée à la fin du dix-huitième siècle.

C’est même ce qui donne à Paris sa physionomie spéciale et bien à soi, que l’humeur toujours légère, que le goût de sa population pour la chanson.

Nos pères ont connu les guinguettes et les caveaux, dont plusieurs furent célèbres avec les chansons de Pierre Dupont, de Béranger, de Désaugiers.

On se réunissait sans protocole, ouvriers, employés et artistes, pour le plaisir d’entendre des couplets alertes, des saillies drolatiques, ou des hymnes d’espérance.

De nos jours, Paris s’est transformé. La vie est devenue plus fébrile, plus hâtive. Il paraîtrait qu’on chante moins.

Pourtant, détrônée presque partout, expulsée de ses guinguettes, la chanson a, quand même, conservé ses droits de cité dans deux quartiers de Paris : Montmartre et le quartier Latin.

À Montmartre surtout, toute une population de peintres, de sculpteurs, de poètes, continue la tradition, qu’ont instaurée les troubadours et les bohèmes du bon vieux temps ; les Rutebeuf, les Villon, les Cyrano de Bergerac, et tant d’autres.

Nombreux sont les établissements, les cabarets, où l’on chante chaque soir devant un public jeune et enthousiaste, que n’ont point encore contaminé le pessimisme et la raideur voulue de l’élément anglais et américain, qui de plus en plus, pénètrent, en les défigurant, dans nos vieilles mœurs françaises.

Là, après les soucis du labeur de chaque jour, on trouve encore le temps de s’amuser, de rire avec esprit.

Tout est sujet à chansons.

On raille les travers des uns et des autres.

Il se trouve encore des cœurs généreux pour flétrir les turpitudes, pour dire les aspirations, les espérances.

Ce n’est pas le café-concert avec ses grivoiseries de bas étage ; c’est quelque chose de gai, de pimpant, de bon enfant ; c’est l’esprit français qui toujours chante, ne serait-ce que pour le plaisir de chanter.

Léon Goupit, le Bellevillois, connaissait son Montmartre comme un vieux parisien.

Habitué fidèle de tous les cabarets, il faisait ses délices de l’audition des chansonniers.

C’était même, dans quelques endroits, un petit personnage, ne comptant plus ses amis ni ses camarades.

Tout en se réclamant avec orgueil de ses origines bellevilloises, il n’était pas moins fier de son titre de citoyen de Montmartre.

Il fallait l’entendre parler avec dédain des autres quartiers de Paris.

– Non, mais c’est-y qu’y s’figurent qu’y sont parisiens tous ces pétrousquins-là, disait-il. Paris, c’est Montmartre et Belleville, voilà !

Et rien n’aurait pu le faire démordre de cette opinion.

Chaque fois qu’on mettait en doute ses principes, il fallait le voir se dresser sur ses talons, enfler la voix et, avec les mots impayables, défendre la réputation de la butte qui porte le Moulin de la Galette.

Pour le moment, après plusieurs mois d’absence à Enghien, il venait de renouer avec ses anciennes relations.

En plus de cela, il n’était pas peu glorieux d’une conversation qu’il venait de faire.

De même qu’Olivier Coronal avait fait la connaissance de Ned Hattison, Léon Goupit avait fait celle de Tom Punch, et d’une façon singulière.

Envoyé, un jour, par son maître, porter une commission chez Ned – c’était un échantillon de curieux minéral qu’une fois, chez M. Golbert, Ned Hattison avait exprimé le désir d’avoir en sa possession – le Bellevillois, qui jamais n’avait vu l’ex-majordome de William Boltyn, rencontra, tout en s’acheminant les mains dans les poches et la cigarette aux lèvres, un gentleman d’une carrure imposante et dont l’abdomen démesurément développé avait, malgré la majestueuse redingote qui le sanglait, quelque chose de pachydermique.

C’était notre excellent Tom Punch, plus rutilant que jamais, et qui, après avoir promené ses souliers rouges à triples semelles dans une demi-douzaine de brasseries, rentrait paisiblement au bercail.

– Mince de tonneau ! s’écria le Bellevillois. Eh ! dis donc, combien qu’elle t’a coûté ta barrique ?

La formule était assurément trop irrespectueuse pour qu’un honorable gentleman comme Tom Punch y répondît autrement que par un regard courroucé.

Cela ne faisait pas l’affaire de Léon qui, trouvant une occasion de blaguer quelqu’un, se serait fait pendre plutôt que de se taire.

Croyant que si son interlocuteur ne lui répondait pas, c’était qu’il ignorait la langue française :

– Toi, t’as pas une tête à parler français, s’écria-t-il. Eh ! señor ! English spoken ! Very well !

Au son de ces syllabes, accompagnées de grimaces imitées des clowns britanniques, Tom Punch dressa l’oreille.

– Yes, fit-il imperturbablement, croyant se trouver en face d’un compatriote.

– Aôh ! Moi, pas comprendre ; moi parler volapük, continua Léon de plus en plus amusé, et avec des gestes cassants de pantin ou d’automate.

Pendant ce court colloque, nos deux personnages, l’un grand, gros et épais, l’autre fluet, petit et sautillant, s’étaient arrêtés.

Déjà, autour d’eux, nombre de badauds, intrigués par les allures bouffonnes de Léon et le flegme de l’énorme personnage qui lui faisait vis-à-vis, riaient et échangeaient des lazzis.

Un petit pâtissier, celui qu’on voit sur les affiches, l’élément primordial de tout attroupement, échangeait ses impressions avec un petit trottin de la rue de la Paix, cependant que, dans sa corbeille, les tartes et les vol-au-vent narguaient, en refroidissant, l’impatience des clients.

Encore quelques minutes, et c’eût été un rassemblement en règle, cette chose ignorée des villes américaines, où le flâneur est presque aussi rare que les maisons construites avec goût, où chacun va à ses affaires d’un pas mathématique, sans s’occuper de personne, sans même échanger, de la main, comme font chez nous les gens pressés, un rapide salut avec les personnes de leur connaissance.

D’un coup d’œil, Tom Punch vit le danger, sous la forme d’un sergent de ville qui montrait, au coin d’une rue, sa figure réjouie, ses grosses moustaches de vieux brisquart.

Une conversation, même amicale, avec ce représentant de l’autorité municipale, ne tentait pas le moins du monde l’intendant de Ned.

Depuis son aventure du Luxembourg, il avait de la méfiance pour tout ce qui portait un uniforme, sans en excepter même les inoffensifs garçons de banque, que, dans son ignorance, il prenait aussi pour des fonctionnaires investis des plus redoutables pouvoirs.

Cependant, n’ayant pas sans doute les mêmes sujets de crainte, et disposé à s’amuser jusqu’au bout, Léon ne lâchait pas la place.

Pour sauver la situation, Tom Punch eut une idée de génie.

Faisant signe au Bellevillois de le suivre, il gagna, en quatre enjambées, l’intérieur d’une brasserie, tandis que la foule des curieux reprenait le chemin de ses occupations, pas plus avancée qu’auparavant, mais ayant satisfait à la loi qui, de tout Parisien, fait un badaud.

Sur quel ton se continua cette conversation, ce quiproquo hilarant, où Léon, polyglotte d’occasion, avait engagé notre brave ami Tom Punch ?

Le Bellevillois apprécia-t-il mieux son nouvel ami après avoir absorbé les nombreuses consommations que celui-ci offrit généreusement ?

Toujours est-il que, deux heures après, ils étaient les meilleurs amis du monde, et qu’ils quittèrent le café, bras dessus, bras dessous.

Mais où la scène devint drôle, c’est lorsque tout en marchant, Léon, qui avait enfourché son dada favori, l’apologie de Montmartre capitale du monde, s’aperçut qu’ils suivaient tous deux le même chemin.

Ils avaient contourné le Luxembourg et venaient de s’engager dans la rue de Fleurus.

– Tiens, s’écria Léon en interrompant ses digressions sur la supériorité de Montmartre à tous les points de vue... Me v’là rendu !

Et cherchant des yeux les numéros, il continua à marcher, laissant de nouveau libre cours à sa verve de gamin de Paris, que les nombreuses libations de l’après-midi n’avaient pas affaiblie, au contraire.

Tom Punch souriait, en philosophe, sa canne sous le bras, les pouces dans l’entournure de son gilet, sans perdre un mot des propos facétieux de son nouvel ami.

Au même moment, les deux hommes s’arrêtèrent.

Léon venait d’apercevoir en face de lui le numéro 150, but de sa course ; et Tom Punch la maison de son maître, naturellement.

En homme qui connaît les bonnes manières, le majordome, tout en tirant de sa poche la clef de la porte, allongeait le bras pour un cordial shake-hand, lorsque le Bellevillois s’écria :

– Mince de rigolade alors ; vous v’là aussi arrivé ! Pas d’erreur...

Et tirant le petit paquet de sa poche, il lut : Monsieur Ned Hattison, 150, rue de Fleurus.

– Ned Hattison ! fit Tom Punch stupéfait. Vous ne vous trompez pas.

– Puisque je vous le dis. Tenez...

– Mais c’est mon maître. Ou plutôt c’est moi qui suis son intendant.

– Ah ! ben, pour être rigolo, ça, ça l’est ! C’est vous l’larbin de M. Hattison ? Enchanté de faire votre connaissance, monsieur l’intendant. Eh bien, moi, ajouta-t-il en se rengorgeant, j’suis l’intendant de M. Olivier Coronal, l’inventeur d’une torpille qui vous écrabouillerait en une seconde comme une tomate, vous et votre gros ventre, et même encore des milliers comme vous avec.

Une présentation, aussi élégamment faite, valait bien une poignée de main.

C’est ce qu’ils comprirent tous les deux.

Léon n’était pas pressé ; Tom Punch, comme d’ordinaire, n’avait rien à faire.

Ils résolurent de dîner ensemble, pour sceller une amitié commencée sous d’aussi favorables auspices.

Avec un gastronome de la force de Tom Punch, le menu ne pouvait être quelconque.

Ce soir-là, lorsque après avoir vidé, à lui seul, sa quatrième bouteille de champagne, Tom Punch décrocha son banjo, il aurait fallu aller loin pour contempler pareil spectacle.

Accroupi sur ses talons, Léon, qui à son amour du roman-feuilleton joignait le goût de l’acrobatie, exécutait avec maestria la danse des Chinois en poussant, à l’exemple de son hôte, de fanatiques hurrahs ! ce qui, joint à la musique désordonnée du banjo, pouvait donner l’illusion d’une peuplade noire en train de célébrer les bienfaits d’une civilisation qui leur a fait connaître l’alcool et le tabac.

Après une pareille réception, la courtoisie du Bellevillois ne pouvait se montrer en défaut.

À son tour, il invita son nouvel ami ; et pendant toute une soirée, de cabaret en cabaret, de brasserie en brasserie, il le conduisit à travers Montmartre, très fier d’être le guide d’un personnage aussi majestueux et aussi solennel qu’un ordonnateur des pompes funèbres ou qu’un huissier de ministère.

Le majordome était enthousiasmé.

Dès lors, il ne voulut plus entendre parler du quartier Latin ; et ce, pour la grande joie de son cicérone, flatté dans son orgueil de citoyen de Montmartre.

Là comme ailleurs, sa ventripotente bonhomie et son insouciante générosité attirèrent à Tom Punch une sympathie universelle ; et imposait à tous sa réputation de formidable buveur.

Mais où sa célébrité ne connut plus de bornes, conquit tout Montmartre, c’est lorsque, sur l’instigation de Léon, il honora, un jour, d’une séance de banjo, l’un des établissements les plus connus du boulevard de Clichy.

Ce fut un véritable triomphe, une joie délirante, un engouement passionné de toute la clientèle artiste du lieu. Bon prince, Tom Punch laissait faire, et trouvait cela tout naturel.

Il reçut même, un matin, la visite d’un journaliste, auquel il fournit complaisamment une interview.

Comme on le voit, rien ne manquait à son bonheur.

– Décidément, disait-il parfois à Léon, c’est encore à Paris qu’il faut venir pour s’amuser.

– À Montmartre, vous pourriez dire, répliquait le Bellevillois... C’est égal, quand j’vous ai servi tout c’que j’savais d’anglais, vous vous rappelez, la première fois ? Si je me serais jamais douté d’ça !

L’un étant exactement l’opposé de l’autre, les deux hommes étaient faits pour s’entendre.

Quelques jours leur avaient suffi pour sceller une amitié digne de celle d’Oreste et de Pylade, à condition toutefois qu’Oreste fût ventru, et que Pylade parlât l’idiome spécial aux faubouriens de la grande ville.

Mais, hélas ! il n’est pas ici-bas de plaisirs sans compensation.

Un beau matin, Tom Punch vit venir à lui Ned Hattison, qui semblait furieux et brandissait un journal.

– Ah ! ça, m’expliquerez-vous, maître Tom, ce que cela signifie ? et quelle nouvelle folie vous possède ? Êtes-vous attaché à mon service à seule fin de me créer des ennemis ?

Ne sachant que répondre, l’infortuné majordome levait les bras au ciel, comme pour le prendre à témoin de son malheur et de son innocence.

– Oui, continuait Ned, je crois que tu deviens fou. Voici maintenant qu’on parle de toi dans les gazettes. S’il te plaît de jouer du banjo, ne pouvais-tu rester ici tranquillement, au lieu d’aller courir, ivrogne que tu es, toutes les brasseries de Montmartre où tu te donnes en spectacle.

– Mais je n’ai rien fait de mal, balbutiait le malheureux Tom Punch.

Il était si drôle à voir dans son costume matinal, sa grosse panse à l’aise dans une robe de chambre verte et jaune ; il semblait tellement atterré et déconfit, que Ned ne put retenir un sourire.

– Tu n’en feras jamais d’autres, fit-il, un peu radouci. C’est égal, je soupçonne que si William Boltyn savait cela...

– Oh ! William Boltyn ! répéta Tom, d’un ton peu convaincu...

Il avait l’air de dire que cela lui était bien égal.

Il est rare qu’un sentiment résiste à l’éloignement de celui qui en est l’objet.

À Chicago, le majordome se serait fait hacher pour son maître.

Depuis un an qu’il l’avait quitté, sous le fallacieux prétexte d’aller chercher en Europe de nouveaux procédés culinaires, son attachement avait diminué d’intensité.

Même il n’avait plus du tout envie de laisser là la vie facile et distrayante qu’il menait à Paris pour retourner s’enfermer dans le somptueux et mélancolique hôtel de la Septième Avenue de Chicago.

La protestation contenue, qu’il venait d’accentuer avec un geste détaché, était assez claire pour que Ned la comprît.

– Ah çà ! mais, dis-moi donc, tu n’as pas l’air de faire grand cas de ce que l’honorable William Boltyn peut penser de toi ?

– Oui... non... balbutia Tom, pris au dépourvu.

La diplomatie n’était pas son fort. Une teinte cramoisie l’envahit du menton jusqu’au bout de ses larges oreilles, lorsqu’il se sentit deviné ; et Ned n’eut pas beaucoup de peine à le confesser, à lui faire avouer qu’en effet, le désir de revoir Chicago ne le tourmentait pas.

– Que voulez-vous, M. Ned, conclut-il en philosophe, la vie est mal faite. Moi, j’aurais dû naître parisien. De toutes les villes que j’ai vues, c’est Paris qui me plaît le plus. C’est à Paris que l’on fait la meilleure cuisine, et sans le secours de l’électricité encore !

– Ah ! mon gaillard, fit l’ingénieur en éclatant de rire ; te voilà pris par ton côté faible. Mais avec tout cela, sais-tu que te voilà devenu, du jour au lendemain, une célébrité ?

Jamais Tom n’avait vu son maître aussi joyeux.

Depuis quelques jours, Ned Hattison avait changé du tout au tout.

Autrefois sombre et mélancolique et souvent irrité sans motif, il était à présent plus ouvert, plus gai.

Tom Punch commençait à s’en apercevoir ; mais il ne savait à quoi attribuer cette transformation.

C’était bien simple. Ned était heureux. Il voyait son rêve prendre corps.

Le soir même de sa visite à Olivier Coronal, il avait vu M. Golbert, lui avait franchement expliqué la nouvelle situation qu’il acceptait en rompant avec son père ; et n’y pouvant plus tenir, il lui avait avoué son amour pour Lucienne.

– Ce n’est point une illusion, avait-il dit. Depuis une année, je constate, chaque jour, que Mlle Lucienne prend, dans mes rêves d’avenir, une place de plus en plus grande. Jusqu’à présent trop d’obstacles me forçaient à me taire. Aujourd’hui je suis libre ; l’avenir ne me fait pas peur ; je puis vous demander sa main.

Confortablement installé dans son fauteuil à oreillettes, le savant écoutait avec intérêt. La figure simple et bienveillance du vieillard s’éclairait d’un sourire indulgent.

– Je n’ai pas qualité pour vous donner seul une réponse. Ma fille est libre de sa décision. Je vous communiquerai demain la réponse qu’elle aura faite à votre demande.

Et devant l’air anxieux de Ned.

– Voyons, après un an d’attente vous patienterez bien encore un jour. Mais n’ayez pas trop d’inquiétudes, fit-il en prenant la main du jeune homme ; vous n’avez pas à craindre un refus. Je suis un peu le confident de ma fille. Mais il suffit ; n’essayez pas de me corrompre. Je dois être discret.

Le lendemain, Ned apprenait qu’en principe la main de Lucienne lui était accordée.

Il ne pensait même plus aux embarras de sa situation présente, aux difficultés que son père n’allait pas manquer de soulever pour empêcher ce mariage, qui allait mettre une entrave à ses rêves d’universelle conquête.

Miss Aurora ! Quelle joie d’être affranchi du cauchemar de son souvenir !

Ned rayonnait. Il puisait, dans son amour pour Lucienne, une joie sans bornes.

Son intelligence, son énergie lui revenaient, avec la certitude de l’épouser.

– Ah ! tu veux rester à Paris, mon brave Tom. L’Amérique ne te dit plus rien. Eh bien, assieds-toi. Écoute ce que j’ai à te dire.

Jusqu’alors, ne sachant trop ce qu’il allait lui advenir, Tom Punch était resté debout, dans la même position, celle d’un patient à qui l’on fait subir la torture.

– Voyons, quitte-moi cet air contrit. Je ne vais pas t’avaler, que diable ! Veux-tu rester à mon service ?

– C’est que...

– Allons, achève. C’est qu’il faudrait quitter Paris ; car tu supposes, dans ta jugeote de majordome joueur de banjo, que je retourne à Chicago !

– C’t’idée ! fit Tom Punch, expression qui lui était devenue familière depuis son intimité avec Léon.

– Que dis-tu ?

– Oh ! rien. Je voulais dire qu’en effet, c’était mon avis.

– Comme tu es peu perspicace. Tu te trompes. Je reste à Paris, là ! Es-tu satisfait ? De plus, je me marie.

– Comment, s’écria Tom désappointé ; miss Aurora arrive ici ?

– Ah ! tiens, tu savais, toi aussi ? Enfin, ce n’est pas mon affaire. Eh bien, tu fais encore erreur. Ce n’est pas miss Aurora que j’épouse. C’est une jeune fille charmante, une Parisienne. Tu vois que, si tu aimes Paris, tu n’es pas le seul.

Un malencontreux : « c’t’idée ! » allait encore échapper à l’intendant.

– Et vous me gardez avec vous ? demanda-t-il.

– À une condition, toutefois ; c’est que tu te montreras, à l’avenir, plus prudent dans tes entreprises et moins avide de gloire, fit Ned en lui montrant ironiquement le numéro du journal. C’est entendu ?

– Oh ! tout ce que vous voudrez, répondit Tom. Je suis tellement heureux, à la pensée que nous ne nous séparerons plus. Vous verrez quelle bonne cuisine je vous ferai, ajouta-t-il ; et quant au menu du dîner de noce, que je perde mon nom si les mânes de Lucullus n’en sont point jaloux.

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