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Julie Gouraud

Le petit colporteur



BeQ

Julie Gouraud

Le petit colporteur
roman


La Bibliothèque électronique du Québec

Collection À tous les vents

Volume 1191 : version 1.0

Le petit colporteur

Édition de référence :

Paris, Librairie Hachette et Cie, 1867.

I


Un épais brouillard couvrait la vallée de Niederbronn, l’une des plus pittoresques de l’Alsace : les maisons du hameau de Wasembourg étaient silencieuses, à l’exception d’une seule où plusieurs personnes étaient réunies : c’était celle de Constant Winkel, l’ancien maréchal ferrant. La veille, il avait reçu une lettre de son fils Georges qui lui annonçait son arrivée à New-York. Le vieillard, la tête découverte, tenait, près de la flamme épaisse de la lampe, une lettre dont les amis attendaient la lecture avec impatience...

« Enfin me voici arrivé après une promenade de douze jours sur l’Océan. Un temps magnifique et le cœur bon. J’ai trouvé tous les amis en débarquant, et il ne fallait pas moins que des figures connues pour me remettre de la triste impression que m’a causée la vue des Docks. Ah ! que c’est triste ! Faut-il aller si loin pour voir cela ? Cependant, pour être juste, je dois vous dire, mon père, que New-York est une ville immense, étonnante : c’est grand à faire peur. Figurez-vous des maisons de cinq étages tout en fer ; d’autres sont en marbre, mais tout aussi tristes que les premières. Ce qui est beau, c’est, qu’après avoir vu les vagues de l’Océan s’agiter dans le port, les yeux se reposent sur une rivière qui porte une île au beau milieu de New-York. La grande rue qu’on appelle Broadway est une fourmilière d’hommes. Ils vont dans tous les sens, le chapeau enfoncé jusque sur les yeux, au milieu d’une quantité effrayante de voitures, sans s’inquiéter de ce qui se passe autour d’eux. On reçoit à droite, à gauche, de bons coups de coude qu’il faut rendre à son tour pour arriver. Les femmes ne peuvent traverser d’un côté à l’autre de la rue sans être assistées d’un ou deux hommes de la police. Nos élégantes de Strasbourg feraient triste figure dans une pareille bagarre.

« Maintenant, passons au beau quartier, dans la Firth avenue, comme on dit, ce qui signifie la cinquième avenue. C’est plus beau que les Champs-Élysées, où nous nous sommes promenés l’année dernière : de chaque côté s’élèvent des palais en marbre blanc fort élégants et tous semblables les uns aux autres. Chacun de ces palais possède son parc, je devrais plutôt dire sa forêt ; car jamais je n’ai vu de pareils arbres. Il y a de beaux édifices, comme Trinity-church, d’où l’on a une magnifique vue ; mais si je vous en parle, c’est pour ajouter que, tout en rendant justice à la beauté du coup d’œil, je préfère la vue de la cathédrale de Strasbourg.

« Dieu merci, il y a aussi une église pour les catholiques, et l’on est tout heureux de s’y rencontrer le dimanche.

« Pierre Leconte a une brasserie qui marche bien ; les anciens camarades font de bonnes affaires ; Rose Hulek et sa fille ont plus d’ouvrage qu’elle ne peuvent en faire. Ce n’est pas étonnant, les américaines ont la passion des modes françaises.

« Cependant, mon bon père, le temps n’est plus où l’or poussait dans cette grande ville. Je n’y resterai pas, selon toute apparence ; j’irai m’établir dans l’ouest, où, pour quatre ou cinq dollars, j’aurai un herbage. J’achèterai des bestiaux ; c’est, m’a-t-on dit, le meilleur moyen de faire fortune aujourd’hui. »

Le vieillard commença une phrase qu’il n’acheva pas. Les voisins comprirent qu’il en resterait là, et, après l’avoir félicité et remercié, chacun regagna sa chaumière.

Quand on parcourt les belles vallées de l’Alsace, quand on voit ces champs si bien cultivés, on s’étonne de la facilité avec laquelle l’Alsacien quitte son pays. Mais son caractère aventureux explique ce goût d’émigration : ce n’est point la misère qu’il fuit, c’est la fortune qu’il cherche. D’une complexion forte et vigoureuse, il ne craint pas de s’engager avant que la conscription le réclame : « Si je meurs au champ de bataille », se dit-il, « voilà tout ; si je reviens, je serai riche pour le reste de mes jours ; je me marierai, et ma vieille mère aura la première place au foyer. »

Les lettres de l’Amérique réveillent toujours l’ambition de l’Alsacien.

Parmi les personnes qui avaient assisté à la lecture de la lettre de Georges Winkel, se trouvait un garçon de treize ans, Pierre, le fils de la veuve Lipp. Son père avait été un des meilleurs ouvriers de la forge de Niederbronn, mais, un jour, ce cri sinistre : Un homme blessé ! retentit et glaça tous les cœurs. Cet homme était le père du petit Pierre, et cette blessure était mortelle.

L’enfant avait alors huit ans, la vue du corps de son père rapporté sans vie à la maison fit sur lui une impression qui ne s’effaça jamais. De turbulent, il devint calme ; Madeleine sa mère, habituée à le voir sans cesse dehors, avait de la peine à le faire sortir de la maison. Il l’aidait dans les soins du ménage ; soignait sa petite sœur Christine ; il était apte à tout. La veuve de Lipp inspira le plus sincère intérêt ; une petite pension lui fut accordée par les dignes propriétaires de la forge. On envoya Pierre à l’école, il s’y fit remarquer par son exactitude et son application.

C’était un beau et gentil garçon que Petit Pierre ! avenant, le teint clair, les yeux noirs, la taille bien prise, l’allure ferme, chacun lui prédisait un bel avenir. Le maître d’école le considérait attentivement, hochait la tête et terminait son monologue par une prise ronflante.

Toutefois, à l’aisance du ménage avait succédé la gêne. Madeleine était journalière, commissionnaire ; elle était tout ce qu’on voulait : forte et intelligente, elle élevait bien ses enfants, et elle avait su se mériter l’estime de tous les honnêtes gens.

Petit Pierre, la joie et l’espérance de sa mère, avait fait sa première communion, et il était arrivé à ce moment si difficile, où il faut choisir un état, entrer en apprentissage. Il avait horreur de la forge, et ne passait jamais par là sans nécessité.

De retour à la maison, Pierre raconta à sa mère et à sa petite sœur Christine, toutes les merveilles qu’il avait entendues chez le vieux Winkel.
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