La Bibliothèque électronique du Québec








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La comtesse


Étale ta marchandise : nous allons t’étrenner ; il faut voir comment tu t’y prendras.

Petit Pierre n’était embarrassé de rien : il fit valoir chacun des objets qu’il rangeait sur la table, comme s’il n’eût fait que cela toute sa vie. Madeleine n’en revenait pas ! Tout le monde fit des emplettes ; le comte lui-même sortit de son cabinet pour acheter des plumes de fer dont il n’usait jamais.

Le petit marchand était radieux, il tira un carnet de sa poche, inscrivit les objets vendus, remit la marchandise en ordre. Après avoir renouvelé leurs remerciements, la mère et les enfants se disposaient à partir, lorsque la comtesse les engagea à passer à l’office où les attendait un plat de choucroute et un pot de bière.

Avec quel empressement furent servis les protégés du château !

Marianne


Allons, Petit Pierre, faites donc honneur à ma cuisine mieux que ça ! Vous allez passer par Walbourg, mon village. En entrant, vous verrez à main droite, une maison qui a deux fenêtres, il y a un vieux banc de pierre devant la porte. C’est là que demeure Rose, ma sœur aînée, entrez et dites-lui bonjour de ma part. C’est une bonne connaissance. Je suis sûre qu’elle vous achètera pour trois francs sans compter un verre de bière. Elle a bon cœur et elle est joliment à son aise. Si les maîtres sont encore au château, c’est moi qui vous le dis, vous ferez d’aussi bonnes affaires que chez nous.

Il fallut cependant quitter un si bon gîte et se séparer !

Madeleine avait formé en secret le projet d’accompagner Petit Pierre jusqu’à Marienthal, célèbre pèlerinage d’Alsace où chacun va se recommander à la Mère de Dieu. La pauvre veuve se disait qu’elle s’en retournerait plus tranquille après avoir prié avec son fils dans ce pieux sanctuaire ; mais elle comprit, sans qu’il fût besoin de le lui dire, qu’une pareille entreprise avec Christine était de toute impossibilité. Déjà la petite fille était bien lasse ; il fallut donc se contenter de faire quelques centaines de pas dans la direction de Walbourg ; puis le moment venu elle embrassa son fils, lui recommandant la prudence et la fidélité à ses devoirs.

Petit Pierre déchargea un instant ses épaules pour mieux embrasser sa mère et sa sœur, leur promettant des lettres affranchies partout où il pourrait écrire et des surprises à son prochain retour. « Car je ne vais pas en Amérique, moi, ajouta-t-il pour raffermir son cœur et celui de sa mère, et s’il vous arrivait du mal je serais bientôt là... adieu, adieu... au revoir ! »

Le brave enfant se mit en route ; il frappait la terre de son bâton, marchait la tête haute et se tournait pour faire de petits signes d’amitié à sa mère et à sa sœur ; puis, au détour d’un sentier, il les perdit tout à fait de vue. Petit Pierre fut soulagé de se trouver tout seul ; il s’assit sur un tronc d’arbre, couvrit sa figure de ses deux mains, comme pour se cacher ses larmes à lui-même et donna un libre cours à son émotion.

Ces larmes ne démentaient point le courage de Pierre ; elles étaient seulement le témoignage de la tendresse de son cœur. Il repassait toute sa vie d’enfant : la mort de son père était un grand malheur, car si l’honnête Lipp eût vécu, Petit Pierre fut resté dans son village.

Voilà comme nous sommes : des que nos désirs sont accomplis, nous apercevons le côté fâcheux que nous n’avions pas voulu voir.

Cependant Pierre n’était pas un garçon à rester là ; il se leva avec résolution, mais avant de se remettre en route il eut la fantaisie de monter dans un arbre pour regarder encore une fois la vallée si chère à son cœur. Il jeta un cri de joie en apercevant la fumée qui s’échappait en grosse colonne blanchâtre du fourneau du maréchal ferrant. Il la suivait dans les airs et reportait ses regards vers le point d’où elle partait.

Petit Pierre resta ainsi perché jusqu’au moment où, ayant entendu des pas d’hommes, il descendit et reprit son ballot.

En passant devant quelques maisons, le petit marchand fit ses offres de service ; mais elles ne furent point acceptées. On le regardait avec une sorte de surprise mêlée d’un peu de défiance.

La rencontre d’un gendarme qui lui demanda ses papiers acheva de le contrarier. Il ne tarda pas à comprendre cependant que cette formalité était nécessaire pour sa sûreté, comme pour celle des autres.

Le gendarme, s’étant assuré de son identité, lui remit ses papiers disant : C’est bien.

Dans la belle saison, la route de Reichshoffen à Walbourg est une des plus jolies promenades du pays ; à cette époque de la saison, c’était bien différent : la pluie avait creusé les ornières, les haies dépouillées n’offraient plus rien aux moineaux qui sentaient déjà approcher la disette. « Encore quelques jours, pensait Pierre, et tout disparaîtra sous la neige. »

Sa consolation du moment, après le souvenir de sa mère, était de pouvoir traverser hardiment les plus mauvais pas, grâce à ses guêtres de cuir. La nuit tombait lorsqu’il entra dans Walbourg.

Les renseignements de Marianne étaient exacts ; il reconnut la maison à deux fenêtres, le vieux banc de pierre où, malgré l’heure avancée, la jeune femme était assise occupée à retirer des châtaignes d’une chaudière, repoussant de petites mains que la vapeur n’effrayait pas.
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