La Bibliothèque électronique du Québec








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Le vieillard


Je n’achète pas, mon enfant : je vais de mon petit pas, bien loin d’ici, chercher mon pain pour la semaine. Ça se trouve mal, par exemple, j’ai des douleurs de goutte qui m’ont fait crier toute la nuit ; mais que voulez-vous ?

Pierre


Si ce n’est que cela, partageons mon pain et mon saucisson. Peut-être demain serez-vous plus capable de faire ce petit voyage.

Le vieillard fut aussi surpris qu’attendri de la générosité de Pierre. « J’accepte, mon enfant, lui dit-il, car cette aumône attirera certainement une bénédiction sur toi. Si tu voulais te reposer dans ma chaumière ?

Pierre


Grand merci, mon bon père, il faut que j’arrive à Hert sans perdre de temps, les jours sont courts, dans cette saison, et, si je ne me trompe, la neige ne tardera pas à tomber.

Le vieillard


Adieu donc : que le chemin te soit facile ! Puisse le souvenir de ta bonne action rendre ton fardeau léger !

Peut-être êtes-vous surpris, comme le fut Pierre, de tant de bénédictions pour un morceau de pain donné de bon cœur. Il ne faut pas vous en étonner : La plus petite aumône porte avec elle sa récompense. Si vous aviez vu Pierre rouge d’émotion, regardant le vieillard reprendre le chemin de la maison, vous eussiez envié son bonheur. N’attendez pas d’être grand pour faire l’aumône ; donnez ce que vous avez, et certes, vous possédez beaucoup plus que ne possédait notre petit voyageur.

Le souvenir de cette rencontre contribua beaucoup à distraire le fils de Madeleine, et il arriva frais et dispos. Il ne tarda pas à faire des connaissances. Pierre était si honnête, sa physionomie inspirait une si grande confiance, que plus d’une ménagère se laissa prendre à ses discours. Il y avait tant de sincérité dans sa voix ! Aussi fit-il de bonnes affaires à Hert. Il s’y reposa largement et se remit en route le cœur tout joyeux.

V


En quittant Hert, Pierre eut trois lieues à faire à travers des plaines arides. Il faisait froid, car on était à la fin de novembre, et l’Alsace, dont je n’ai nulle envie de dire du mal, est un pays froid.

La neige tombait, Petit Pierre bénissait la comtesse en sentant ses jambes si bien emprisonnées dans ses guêtres ; il contemplait avec une certaine philosophie la neige qui formait déjà une couche épaisse sur son manteau de toile cirée. Puis de temps à autre, il faisait disparaître son vêtement blanc, en donnant de bons coups de coudes.

Ces journées étaient pénibles, et Pierre supportait le présent en songeant à l’avenir : « Quand je reviendrai, les haies et les prairies seront vertes. Combien aurai-je gagné ? D’abord, j’irai au château porter un petit à-compte, comme c’est convenu, et le reste sera mis dans l’armoire, juste dans le sac où mon père mettait l’argent qu’il rapportait tous les samedis ! que de choses j’aurai à conter ! »

En dépit de son courage, Pierre était bien las. Et ce fut un grand soulagement pour lui, lorsqu’il aperçut une touffe de bois de sapins qui devait le conduire au petit village de Reichstett, à une demi-heure de là. Il parcourut successivement trois villages qui sont très rapprochés.

Nous ne suivrons pas Pierre dans toutes ses courses, il nous suffira de savoir que la vente allait si bien, que c’était devenu une nécessité d’aller s’approvisionner à Strasbourg. Strasbourg ! terme de l’ambition de Petit Pierre.

La veille de Noël, notre cher petit voyageur n’était plus qu’à une lieue de la capitale de l’Alsace ; la campagne était couverte de neige. Des jeux bruyants avaient lieu dans un parc : des enfants riaient, gambadaient sur la neige, se réjouissant de la belle fête dont le jour approchait.

« Oh ! dit une petite fille, en apercevant Pierre, s’il avait quelque chose de joli pour mettre à l’arbre de Noël ! Maman l’achèterait, car elle n’a pas voulu que Brigitte allât à Strasbourg pour acheter des surprises, et ma bonne m’a dit que notre arbre ne serait pas aussi beau que celui de l’année dernière. » La petite Cécile parlait avec une conviction qui passa dans l’âme des frères et sœurs. « Petit marchand, attendez un peu ! » Et toute la bande s’envola, comme une nuée d’oiseaux vers un sillon aux épis d’or.

La pensée de Cécile fut très appréciée par la famille. Brigitte alla chercher le petit marchand. À en croire ces messieurs et ces demoiselles, il fallait sans tarder que Pierre déballât ; mais cet enfant était déjà pour Mme Franck l’objet d’une tendre sollicitude. Son passage devant le château devait lui porter bonheur. Brigitte fut chargée de prendre soin de lui, et, certes la brave femme s’en acquitta bien ! Elle conduisit Pierre au poêle1, l’aida à se débarrasser de son manteau, et le fit causer.
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